SOMMAIRE
● Echanges de lettres sur la coopération franco-allemande
Entre Martin Guddat (Directeur des Armements en République fédérale d’Allemagne, 1994-1999) et Henri Conze (Directeur Général des Armements en France, 1993-1996)
Henri Conze à Martin Guddat
Cher Martin,
La Presse fait état des difficultés rencontrées par la coopération franco-allemande et européenne dans le domaine de l’armement et, plus généralement, dans celui des grands programmes. L’airbus militaire A400M, le satellite de navigation européen Galileo, les satellites météorologiques géostationnaires Meteosat donneraient lieu à des combats de tranchées, la coopération Siemens-Areva dans l’énergie est abandonnée, etc. Les médias privilégiant souvent ce qui est négatif, il n’y aurait pas lieu de s’inquiéter si, à côté de ces programmes médiatisés, la liste de ceux en cours de développement ou de négociation était substantielle. Or, cela ne me semble pas être le cas, même si, après une période difficile, Airbus avec l’A 380 et l’A 350, est à nouveau sur les bons rails.
Il y a quinze ans, quand nous préparions ensemble les sommets bilatéraux, plus de trente programmes dans lesquels participaient nos deux pays, seuls ou avec d’autres partenaires, étaient vivants. Cela nous avait conduits à proposer, lors d’un de ces sommets, une agence commune les gérant, en lieu et place de nos administrations nationales, ainsi que la mise en commun à l’horizon 2020 de nos centres d’essais. Ces initiatives étaient l’aboutissement de tout ce que les deux pays avaient fait ou tenté de faire depuis le Traité de l’Elysée. Je crois, à posteriori, qu’une des raisons de ce succès était la « sacralisation » des programmes en coopération : quelles que puissent être les difficultés budgétaires de l’un ou l’autre, tout programme ayant donné lieu à un accord n’était pas menacé, ou si l’un souhaitait l’étaler ou le retarder, la décision était prise dans le total respect de la position et des intérêts de l’autre. Un exemple de cette confiance réciproque fut la loi de programmation française de 1994. Avant de la soumettre au Gouvernement, l’Amiral Lanxade, alors Chef d’état-major des armées (CEMA), et moi-même en tant que DGA, l’avions présentée à Jörg Schönbohm, ton Secrétaire d’Etat, et au Général Nauman, General Inspektor, pour nous assurer que la loi ne soulèverait aucune difficulté dans notre coopération.
Cette confiance, établie depuis 1963 non sans difficultés, frictions, malentendus et délais, nous aurait, je crois, permis d’aboutir dans les deux projets mentionnés. Celui portant sur les centres d’essais est resté lettre morte, quant à l’agence, elle est d’emblée devenue multilatérale sous la pression de certains de nos partenaires, soutenus par quelques responsables politiques peu au fait des réalités des programmes industriels. Je le regrette, car nous n’avons pas pu rechercher de façon pragmatique les solutions à tous nos problèmes. Ils sont, me semble-t-il, toujours là. Ils concernent toutes les différences qui existent entre nos nations, autant d’obstacles dirimants à l’efficacité, portant sur des domaines tels que le calendrier budgétaire, le rôle du parlement, le financement de la recherche, l’intervention et le rôle de l’Etat, la responsabilité de l’industrie, celle des Etats-majors, l’évaluation et la qualification, la responsabilité pénale des décideurs, le statut des sociétés, la prise de risque technologique, etc. Il me parait clair que seule une période expérimentale pouvait aboutir à des rapprochements, des optimisations, des compromis, etc., sur chacune de ces myriades de questions, avant que l’on puisse ouvrir les structures à nos autres partenaires.
H C
Martin Guddat à Henri Conze
Cher Henri,
Tu as raison. La France et l’Allemagne ont connu, dans le passé, des relations exceptionnellement bonnes. Les programmes développés en commun sont là pour en témoigner. Mais cette coopération s’est affaiblie avec la décroissance de l’influence de l’Allemagne et de la France en tant que nations pilotes dans le processus d’unification de l’Europe. L’esprit de partenariat étroit, inspiré par des hommes politiques hors du commun, a disparu. Les bons résultats que nous avons obtenus dans le domaine des hélicoptères, sont insuffisants pour masquer les déficiences dans les autres domaines de la coopération. Je voudrais, sans langue de bois, te faire part de l’analyse de la situation que nous faisons généralement de ce côté-ci du Rhin.
Les déceptions dans les programmes bilatéraux ont suscité une atmosphère de désillusion. Je voudrais citer quelques raisons. D’abord, pour les allemands, la France semble s’intéresser aux connaissances de ses partenaires plus pour son propre prestige et pour garder sa suprématie que pour la recherche des meilleurs résultats à atteindre et à mettre en commun. Ensuite, bien que nous estimions que l’Allemagne a atteint un niveau équivalent, voire dans certains cas supérieur, à celui de la France, celle-ci n’a jamais fait l’acquisition d’équipements allemands pour ses forces. Enfin, les réalisations les plus en vue, les plus prestigieuses, comme Airbus, sont présentées à l’opinion publique comme françaises, quelles que soient les contributions de ses partenaires.
Plus profondément, je crois que la France n’a pas compris que les raisons de son rôle traditionnel de pilote ont changé. En ces temps de haute technologie, les standards culturels élevés ne jouent pas. La suprématie se mesure différemment et s’acquiert en fonction des valeurs et des critères d’aujourd’hui. Par ailleurs, ses sociétés sont encore plus ou moins sous le contrôle de l’Etat, ce qui affaiblit le rôle de la France dans une coopération étroite de part et d’autre du Rhin, indispensable pour relever les futurs défis. Les initiatives de l’industrie allemande n’ont donc pas toujours été couronnées de succès. C’est pourquoi ses présidents ne voient pas d’alternative au simple renforcement purement national, bien qu’ils demandent l’aide du gouvernement en prenant la France comme exemple ! Malgré tout, le marché domestique n’offre aucune garantie de profit. Etant donné les autres priorités, l’effort de l’Allemagne pour la Défense sera limité dans le futur prévisible. Les intérêts et les emprunts liés à la situation financière détériorent la situation. A moment donné, le budget de la Défense supportera très probablement les premières coupes.
Les retombées civiles des technologies militaires sont réelles, mais cependant insuffisantes pour justifier une réelle prise en considération et des efforts. Les progrès dans d’autres domaines sont là, politiquement moins sensibles. Au lieu d’espérer une aide, l’industrie doit donc renverser la procédure normale « la technologie suit la stratégie » en « la stratégie suit la technologie » et essayer de réveiller la demande militaire au travers de propositions non sollicitées. Cela pourrait soulager ses difficultés, mais n’est absolument pas la réponse définitive. De même, les exportations d’armement ne peuvent « boucher le trou ». L’importance croissante des demandes de compensations et les conséquences politiques bien connues, en marquent les limites. Aucune personne sensée n’aiderait son futur concurrent ! Etant donné ces circonstances, l’industrie allemande peut assurer sa survie mais le progrès et le profit ne sont toujours pas en vue !
L’industrie française aussi doit faire face à des problèmes presque identiques comme la pénurie de demandes nationales, des budgets restreints comprenant en outre des subventions liées aux surcapacités inutiles, des exportations limitées dans certains domaines et, sans une aide considérable de la part des pouvoirs publics, l’absence d’alternative.
A long terme, seul l’accès à d’autres marchés permettra à nos deux pays de résoudre les questions de croissance et de profit. Un effort concerté de leur part doit constituer la première étape. Etant donné que le financement public est impliqué et que les électeurs s’attendent à ce qu’il soit dépensé sur leur territoire, chacune de nos deux nations ne peut y accéder que si l’industrie allemande apparaît comme étant, aussi, française, et réciproquement, ce qui veut dire leur fusion ou tout autre forme de coopération réglant la question des frontières. Cependant, il reste des obstacles à franchir. Sans privatisation, il ne peut y avoir d’estimation correcte de la valeur boursière d’une société ni de protection contre toute interférence politique. De même, si le statut des sociétés ne peut être un statut européen, il ne peut y avoir d’indépendance vis-à-vis des intérêts purement nationaux. Je pense comme toi que la coopération avec les autres partenaires européens ne peut intervenir que comme seconde étape. Ainsi unifiées et restructurées, nos sociétés devraient être capables, avec l’aide des gouvernements, de pénétrer le protectionnisme américain et d’avoir accès au marché le plus prometteur.
Nos gouvernements ne réalisent pas, ou n’en tiennent pas suffisamment compte, les avantages politiques et économiques d’une telle approche, car une industrie rationalisée et remise sur les rails ouvrirait de nouvelles perspectives aux investissements publics. La dépendance à l’égard des budgets nationaux serait réduite et les fâcheuses subventions obsolètes. Les efforts conjoints de part et d’autre des frontières, initiés par la France et l’Allemagne, devraient avoir un impact positif sur nos autres partenaires. Politiquement, l’industrie européenne de l’armement, une fois devenue réalité, peut servir de précédent à d’autres efforts dans le processus d’unification, et devrait certainement renforcer la position de l’Europe au plan général.
Que faudrait-il faire ? Je suggère les actions suivantes :
1- Les présidents des sociétés concernées, en France et en Allemagne, développent le concept de la future coopération et en définissent les préalables.
2- Ces présidents informent et s’efforcent de convaincre les membres des parlements et les milieux influents.
3- Ils prennent contact avec les gouvernements et s’efforcent d’avoir leur aide pour aboutir dans leurs efforts, c'est-à-dire :
- privatisation totale des sociétés encore contrôlées par un Etat,
- mise en place d’une politique étrangère et de sécurité acceptée par tous, préalable à des spécifications opérationnelles communes et cohérentes et aux les exportations,
- aboutissement d’une législation européenne (réglementation financière et fiscale, droit des sociétés).
4- Les présidents invitent leurs autres partenaires européens à les rejoindre.
M G
Henri Conze à Martin Guddat
Cher Martin,
J'ai bien apprécié ta lettre, ton analyse et tes suggestions. Je voudrais répondre à quelques uns des points que tu soulèves et en ajouter d’autres.
Les grands projets. C'est un exercice que la France aime beaucoup et l'Allemagne peu, du moins apparemment. Or, face à la mondialisation, la montée de la Chine, de l'Inde, du Brésil, etc., il est clair que le salut de l'Europe passe par son développement technologique. Il y a bien longtemps que les Etats-Unis l'ont compris. Je crois que la vision allemande est proche de ce que je pense être notre intérêt commun, voire notre salut ! Mais je constate, comme toi, que nous ne nous comprenons pas sur les voies et moyens pour développer une politique commune : rôle de l'Etat, sources de financement, pouvoir des entreprises, etc. C'est sur cela qu'il faut travailler, en espérant que, dés lors que l'on convient que le problème est là et non sur les objectifs ou les priorités, on saura régler ce qui n'est qu’une série de malentendus.
Parmi les malentendus, il faut, comme tu le notes, que les français évitent tout « cocorico » qui pourrait être mal interprété, gênant ainsi le rapprochement sur une politique de grands projets. Certains responsables allemands avaient été frappés par les vœux présentés par un Président un 31 décembre, quelques semaines après l’élection d’Angela Merkel : « Avec l'A380 d'Airbus, avec Ariane 5, avec le système de navigation par satellite Galileo, avec Iter pour l'énergie du futur, notre pays s'est porté à la pointe de l'innovation mondiale ». Surtout le 31 décembre, on ne pouvait pas attendre du Président qu’il présente une liste des pays participants ! Cependant, un tel langage, perçu comme habituel de notre part par les allemands, peut renforcer leurs craintes d’une volonté d’hégémonie. Notons que cette crainte explique en partie les difficultés de gouvernance rencontrées par EADS et Airbus il y a quelques années.
Le rôle de l’Etat. Ce sont les divergences sur ce rôle qui expliquent plusieurs, voire de nombreuses disputes sur la coopération économique. Naguère sur la politique industrielle, aujourd'hui, et sans doute demain, sur les grands projets, je constate toujours les mêmes préjugés, susceptibilités, malentendus... mais surtout l'ignorance de l'évolution historique de l’autre, de ses contradictions, de ses faiblesses et problèmes. Prenons l’exemple d’EADS. La décision de sa création marquera peut-être, si les frictions que l’on a connues sont définitivement surmontées, le véritable point de départ de la révolution industrielle du Vieux Continent, c’est à dire son intégration pour compter encore plus dans le Monde. Mais elle peut, tout autant, signifier demain l’échec de la construction européenne si ces frictions renaissaient. En effet, les différences des cultures, le choc entre nos modèles d’économie, comme les oppositions entre les lois et règlements nationaux, subsistent et sont autant d’obstacles qu’il serait suicidaire de négliger et que nous avons trop négligés jusqu’à présent.
Une nécessaire transition. En dépit des différences concernant le rôle des pouvoirs publics dans la vie de chacune des nations, même si leur renoncement à tout rôle d’opérateur industriel doit être un objectif louable, en particulier pour la France, les Etats, dans cette période de transition, ont une responsabilité essentielle. C’est à eux qu’il appartient d’éviter que les obstacles que tu as mentionnés, inhérents à notre passé, deviennent autant de raisons d’échecs. Ils doivent donc s’impliquer dans la définition des stratégies, leur mise en œuvre, le développement du patrimoine technologique, l’harmonisation des lois sociales, etc. L’ignorer, comme l’ont fait quelques uns de nos partenaires de l’Union au nom de telle ou telle forme excessive du libéralisme, ne peut que conduire à une véritable crise du type de celle que nous vivons actuellement. La France et l’Allemagne doivent lutter ensemble contre de telles dérives.
Dans les restructurations que toi comme moi souhaitons, l’objectif doit être clairement le renforcement de l’Europe et, par la même, celui de chacun de ses éléments. Mais le danger existe, qu’à moment donné, l’ambition de certains se limite à leur seule position à l’intérieur de l’Europe, en profitant de la faiblesse momentanée ou d’une apparence de faiblesse de l’un ou l’autre acteur. Etre ambitieux pour l’Europe signifie qu’aucun des partenaires ne se sente lésé, chacun a sa pierre à apporter, en particulier la France et l’Allemagne sans lesquelles ni Airbus, ni l’espace ou d’autres grands secteurs, n’auraient pu se développer au niveau où ils le sont aujourd’hui. Nous devons impérativement éviter, au plan industriel, les jeux politiques que nous avons connus au cours des siècles, les renversements d’alliances et les équilibres de circonstance qui ont marqué la décadence du Vieux Continent.
Il y a, effectivement, un certain nombre d’actions à entreprendre. Celle en quatre points que tu proposes, de la responsabilité des industriels, me parait totalement pertinente. Mais je suis convaincu qu’il faut la compléter par celle de la responsabilité des états, destinée à créer les conditions amont du rapprochement. C’est, par exemple, la mise en commun de nos centres d’essais déjà évoquée, les écoles de formation commune comme celle décidée pour l’hélicoptère Tigre, les polygones d’entraînement communs pour nos forces, etc.
H C
● Les symptômes de guerre s’accumulent
Il est souvent arrivé dans l’histoire que des hommes politiques à bout de souffle aient choisi la guerre pour prolonger leur pouvoir. Et cela, d’autant plus lorsqu’une crise économique et financière les prenait à la gorge. Les Etats-Unis avaient surmonté leur plus forte récession du XXème siècle en prenant part à la Première Guerre mondiale et la Grande crise de 1929-30 en prenant part à la Seconde guerre mondiale. La tentation sera grande de surmonter la crise actuelle en ouvrant une guerre au Moyen-Orient, d’autant qu’elle leur ouvrirait de meilleurs débouchés pétroliers. Le deux guerres mondiales ont donné un coup de pouce au développement économique et scientifique et ont permis d’éponger les ardoises. Que le Prix Nobel de la paix ait été décerné à Barack Obama sans que celui-ci ait rien fait pour le mériter, avait surpris la planète. En réalité, c’était pour le dissuader de déclarer la guerre à l’Iran.
Seulement, ce conflit armé toujours repoussé jusqu’ici pourrait avoir lieu si le président iranien Ahmadinedjad se maintenait au pouvoir. En fait, ce sont les manifestations de l’opposition qui dissuadent Américains et Israéliens d’ouvrir les hostilités. Si un gouvernement démocratique, qu’il soit d’orientation civile ou religieuse (voir dans la rubrique Neue Risiken l’article de Hans-Georg Wieck) se rendrait maître de la situation à Téhéran, on ferait l’économie d’une guerre. Et c’est quand même étonnant que la contestation se soit maintenue maintenant depuis plus d’un an, malgré une répression féroce, la torture, les exécutions, la propagande du régime et ses milices armées et bien payées avec les impôts dont on pressure la population. On aurait cru qu’une dictature armée jusqu’aux dents ne pouvait pas être renversée par le peuple, mais l’Iran commence à contrebattre cette théorie.
Voici quelques indices annonçant un conflit armé.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou veut en finir une fois pour toutes avec les menaces de Téhéran. Il fait le tour des capitales du monde pour rechercher des soutiens à sa cause.
Les sous-marins livrés à Israël par l’Allemagne ont été positionnés face à l’Iran équipés de missiles nucléaires ou non. Une base de missiles nucléaires soviétiques qui se trouvait en Géorgie et avait été détruite il y a deux ans par l’armée russe a été reconstruite et équipée de missiles nucléaires dirigés contre l’Iran avec l’aide de spécialistes américains et israéliens.
Le ton monte dans les médias américains contre l’Iran des mollahs, ce qui n’est pas sans rappeler la campagne contre Saddam Hussein qui avait précédé l’attaque en Irak.
Les Etats-Unis ne sont pas encore parvenus à « pacifier » l’Irak et l’Iran où se trouvent leurs troupes, mais ils ont déployé là la plus grande concentration militaire du monde. Les Etats-Unis ont au total 200 000 hommes en opérations hors frontières. De plus, les USA ont positionné en mer face à l’Iran la plus grande armada navale de leur histoire.
A quoi pourrait ressembler un futur conflit mondial ?
Il se peut que les Chinois et peut-être les Russes ne soutiennent pas les Etats-Unis dans une attaque contre l’Iran, car une forte présence de l’armée américaine sur leurs frontières ne les enchanterait pas. Mais les Russes sont en train de se rapprocher des positions occidentales.
Israël et les Etats-Unis seraient soutenus par les Etats de l’Otan, en tête l’Allemagne, Angela Merkel ayant promis sa totale solidarité à Israël. Peut-être les Russes devraient-ils tolérer l’intervention. La Turquie qui s’est éloignée de son vieil ami Israël, serait bien embarrassée, étant membre de l’Otan. Les Etats arabes du Golfe fourniraient des bases, l’Iran étant pour eux une menace.
Si la guerre n’est pas gagnée tout de suite avec une mobilisation simultanée de l’opposition iranienne (ce qui sera bien difficile s’il lui pleut des ogives nucléaires sur la tête), le détroit d’Ormuz serait bloqué et le prix du pétrole grimperait de façon astronomique. Cela entraînerait chez nous toutes sortes de restrictions et une montée inflationnistes de prix.
Les crédits bancaires seraient sollicités par l’industrie des armements et le coût des opérations. Ainsi les banques pourraient-elles se refaire une santé. En général on apure les dettes une fois la guerre terminée. Comme il n’y a pas de réserves de capital, on financerait la guerre par l’inflation comme lors des deux dernières Guerres mondiales.
S’ajoute que pour cautériser momentanément la crise, on a injecté dans le circuit financier et industriel d’énormes masses de capitaux fictifs. Le monde de la finance a pris des dimensions démesurées qui dépassent très largement l’économie réelle, disons industrielle. Une guerre doperait la production d’armements et de gadgets de toutes sortes utiles aux armées et à leur logistique. L’industrie augmenterait ainsi sa production et les deux mondes de l’économie, la production de biens et services et les prestations financières se rapprocheraient.
Ce serait difficile d’obtenir de certains parlements occidentaux, en particulier en Allemagne, un soutien en hommes pour une attaque contre l’Iran. Les sociaux-démocrates SPD et les Verts avaient pu faire voter l’envoi d’un contingent en Afghanistan en déguisant cette opération militaire en « mission de pacification ». Cette fois, ce subterfuge ne fonctionnerait pas. Mais la défense d’Israël est un argument très fort en Allemagne et la chancelière Merkel le sait.
Ces idées sont développées par le professeur E. Hamer, à Hanovre, pour les périodiques confidentiels « Wirtschaft Aktuell » et « Vertrauliche Mitteilungen ».
● Les Russes ont du mal à se mettre au diapason
Preuve de calme et de maturité, la Bourse russe n’avait pas réagi aux
attentats du métro de Moscou survenus le 28 mars et qui avaient fait 39
morts. Au contraire, le lundi suivant le drame, alors que 71 victimes
étaient encore dans les hôpitaux en soins intensifs et qu’on avait décrété
le deuil public, les valeurs russes grimpaient de 0,69%. L’indice des
valeurs russes RTS montait de 2% le jeudi suivant 1er avril. La flambée du
prix du pétrole semblait plus importante aux investisseurs russes que les
attentats tchétchènes. Ce n’était pas la première fois que la Bourse de
Moscou restait insensible aux évènements politiques, à la différence de ce
qui s’était passé aux Etats-Unis après le 11 septembre, et à Londres après
des attentats comparables.
En revanche, cet attentat semble accentuer un retournement en faveur d’une
plus importante coopération de la Russie avec l’Ouest dans le domaine de la
Sécurité. L’un des premiers à le comprendre avait Nicolas Sarkozy,
négociateur du cessez le feu en Géorgie, régulièrement violé par Moscou. Le
président français qui travaille étroitement avec son homologue américain a
évoqué des impératifs stratégiques, économiques et financiers pour vendre à
la Russie un porte-hélicoptères Mistral, un des fleurons de la marine
nationale, le plus gros navire de guerre français après le Charles-de-Gaulle
(200 mètres de long, 32 de large). Surnommé «le couteau suisse» pour ses
qualités de polyvalence, le Mistral peut transporter une quinzaine
d'hélicoptères, treize chars Leclerc ou un petit millier d'hommes. Il est
aussi doté d'une capacité de commandement et d'un hôpital de 70 lits. Le
marché n’était pas anodin et il avait surpris. On le comprend mieux à
présent.
D’autant que le nouveau traité de désarmement nucléaire Start destiné à
remplacer son ancêtre Start I, expiré en décembre dernier, que Barack Obama
et Dmitri Medvedev ont signé en grande pompe le 8 avril au château de
Prague, marque une relance des relations russo-américaines. Les Etats-Unis
et la Russie ont convenu d'abaisser à respectivement 1 500/1 675 le nombre
des têtes nucléaires et à 500 et 1 100 le nombre des vecteurs nucléaires
(missiles intercontinentaux, embarqués à bord de sous-marins et bombardiers
stratégiques) de chacun des deux pays. On sait que la Russie a autorisé
l'utilisation de son espace aérien pour le transit de soldats et de matériel
militaire américain à destination de l'Afghanistan, un accord significatif
politiquement pour Barack Obama qui a fait de la guerre en Afghanistan l'une
de ses grandes priorités internationales. Pour la Maison Blanche la Russie
est un membre précieux de la coalition internationale soutenant l'effort en
Afghanistan. S’ajoute l’accord passé à Paris récemment avec le chef des
services secrets russes pour lutter contre la culture du pavot en
Afghanistan et les réseaux de la drogue en Russie et en Europe.
Enfin, last but not least, après que le président américain ait annulé le
projet hérité de Georges W. Bush d’implantation de missiles anti-missiles
balistiques en Pologne et en Tchéquie, à la grande satisfaction du Kremlin,
il semble que l’hémisphère Nord, de San Francisco à Vladivostok, en passant
par l’Europe, envisage à présent la création en commun d’un réseau
antimissiles, pour parer notamment au danger de bombe islamique qui ne
menace pas moins la Russie que l’Europe et les Etats-Unis. Les Russes
seraient donc associés à cet important projet qui pourrait contrer la
prolifération nucléaire.
Cela dit, Derrière la reprise de la conversation russo-américaine sur le
nucléaire, le dialogue Washington-Moscou reste difficile. Un an après son
plaidoyer de Prague en faveur d'un monde sans armes nucléaires, et après sa
renonciation au premier usage de l’arme atomique, Obama voit en Start le
moyen de convaincre la communauté internationale du sérieux du leadership
américain et russe en matière de désarmement nucléaire. Pour lui, les deux
pays, qui détiennent à eux seuls 90% des arsenaux atomiques, ne seront
crédibles que s'ils s'attaquent à leurs propres stocks d'armes. En mettant
en avant les défis de la prolifération et du terrorisme nucléaire, nous
laissons derrière nous «la mentalité de la guerre froide», a écrit le
vice-président Joe Biden dans le « Los Angeles Times». Seulement la Russie
n'est pas vraiment en phase avec ces nouvelles priorités. Pour les Russes,
Start est avant tout un traité symbolique qui rétablit la parité entre les
deux anciens Grands et permet à une Russie affaiblie de recouvrer un peu de
son statut de superpuissance. Mais le nouveau traité ne suscite pas
l'enthousiasme de l'establishment moscovite. Avec l'affaiblissement
drastique du potentiel conventionnel de l'ex-Armée rouge, l'arme nucléaire
est plus que jamais perçue à Moscou comme un «égalisateur» de puissance, qui
permet à la Russie de maintenir son statut. «C'est d'autant plus important
aujourd'hui, avec la crise économique et l'affaiblissement du rôle du gaz et
du pétrole dans notre diplomatie», souligne le chercheur russe Alexeï
Arbatov.
Dans un message diffusé le 24 janvier au matin par la chaîne arabe al-Jazira, Oussama bin Laden s’est adressé directement à Barack Obama : «Nos attaques contre vous se poursuivront tant que votre soutien aux Israéliens se poursuivra», met-il en garde. «Les Etats-Unis ne connaîtront pas la sécurité avant qu'elle ne soit établie en Palestine». «Il est injuste que vous ayez une vie tranquille alors que nos frères à Gaza vivent dans les pires conditions». Ainsi le chef d’Al-Qaida a-t-il renoué avec une de ses anciennes revendications : éliminer Israël. Mais lui-même ne mène-t-il pas une vie tranquille en exil en Iran, comme l'indiquent plusieurs sources? Et cela, en envoyant des jeunes gens à la mort. Ou, comme le prétendent ses propagandistes, "au paradis".
● L’intervention d’Israël contre les
briseurs de blocus « unanimement condamnée »
Mais ne faudrait-il pas examiner comment se sont réellement passées les
choses ? Et analyser calmement les motifs des uns et des autres ? Car les torts
sont toujours partagés.
Certes, on peut parler de « bavure » concernant l’opération de l’armée
israélienne le 31 mai 2010 contre la flottille des briseurs de blocus. Neuf
morts, dont quatre Turcs : le sang a coulé, ce n’est jamais beau. « Réaction
disproportionnée » ont dit plusieurs Etats. Suite à un désaccord entre la
Turquie et les Etats-Unis, il a fallu douze heures au Conseil de sécurité des
Nations Unies pour condamner l’intervention israélienne, mais la réprobation a
été unanime. Bavure il y a eu, parce que l’intervention s’est produite dans les
eaux internationales alors que les bateaux n’avaient pas encore franchi les
limites du blocus. Tel était leur intention, mais Tsahal aurait dû s’en tenir
aux faits et non pas aux intentions. Le délit n’était pas encore consommé au
moment de l’intervention. Bavure également parce que l’armée israélienne n’était
pas informée et croyait procéder à une simple opération de police. Pourtant,
comme on le voit ci-dessous, dès le 28 mai, la télévision du Hamas avait fait
savoir que les navires, certains navires en tout cas, étaient occupés par des
militants islamistes qui ne rêvaient que d’en découdre ou de « mourir en martyrs
», comme ils disent. Il fallait donc s’attendre à une résistance armée. Mais on
n’a pas dit suffisamment que les incidents n’ont eu lieu que sur un des navires
où se trouvaient précisément de tels militants. Les autres ont été arraisonnés
sans problèmes. On ne parle pas non plus des soldats israéliens blessés,
attaqués à la barre de fer et au couteau, voire avec des revolvers alors qu’ils
n’avaient pas encore ouvert le feu. Il est évident que les soldats ont riposté
pour sauver leurs vies. Les soi-disant « humanitaires » et soi-disant «
combattants pour la liberté » étaient des musulmans proches du Hamas qui
cherchaient à provoquer l’incident. Ils y sont parvenus et l’armée d’Israël est
tombée dans le piège. Plus que jamais, Israël lutte pour sa survie. Elle passe
par l’élimination du Hamas et du Hezbollah. Il ne peut y avoir d’accord de paix
tant que ces deux organisations sèmeront le trouble au Moyen-Orient. Ci-dessous
le débat révélateur diffusé à la télévision de Gaza trois jours avant
l’incident. Les propos tenus au petit écran ne laissaient aucun doute sur les
intentions bellicistes des participants à l’opération. Seulement, pour l’opinion
internationale, Israël a toujours tort.
Al-Aqsa TV, Gaza, le 28 mai 2010 : "Plus encore que de rejoindre Gaza, c´est le
martyre que recherchent les héros de la flottille"
M. Abd El-Fatah Nu´man : Le terme "flotte", et tout ce que l´ont raconte de son
commandant, Bülent Yildirim, me rappellent l´époque où la Méditerranée était
pleine de flottes islamiques. Aujourd´hui, à nouveau, on sent le parfum de la
flotte. Il est vrai que la flotte actuelle ne transporte ni armes ni armées,
mais elle porte le même parfum : le parfum de croyants armés de foi.
Hier, je suivais rapportant les menaces des sionistes pour arrêter le convoi et
l´empêcher d´atteindre Gaza sur les agences de presse. En face, il y a des gens
armés de foi et de détermination, qui chantent - même en entendant ces menaces :
"Khaybar, Khaybar, ô Juifs, l´armée de Mahomet va revenir." Une femme debout sur
le pont a déclaré : "Nous attendons l´une des deux bonnes choses suivantes : le
martyre ou atteindre la rive de Gaza."
Ce parfum est un message à la nation islamique dans le monde entier : l´islam
arrive, et Gaza est le fer de lance qui met la nation en mouvement. [...]
Ce qu´ils redoutent aujourd´hui, c´est l´éveil de la nation islamique. La
question n´est pas l´arrivée d´un convoi ou l´arrivée des secours. La peur du
convoi et de Gaza est, en fait, celle des sionistes et des souverains [arabes].
Ces souverains, qui appuient de tout leur poids sur la nation arabe et
islamique, n´ont pas moins peur que les sionistes face à ces actions qui
réveillent cette nation enchaînée, persécutée et opprimée.
Mon message s´adresse à ces héros qui se trouvent, à l´heure où nous parlons, en
pleine mer, dans la nuit noire sous le ciel, leurs paumes levées vers Allah
[dans un geste de] supplication. Que demandent-ils ? Le prophète Mohammed a dit
: "Celui dont les pieds ont été couverts de poussière pour l´amour d´Allah est
sauvé de l´Enfer, et celui qui a combattu, même le [peu de] temps qu´il faut
pour traire une chamelle, s´assure une place au Paradis." Ces héros ont été
choisis par Allah pour mener à bien cette mission - la mission de l´éveil de la
nation, qui les couvrira d´honneur.
Hier, le commandant de la flotte a déclaré : "Nous ne laisserons pas les
sionistes s´approcher, et nous mènerons la résistance contre eux." Avec quels
moyens résisteront-ils ? Avec leurs ongles. Ce sont des gens qui souhaitent
trouver le martyre pour l´amour d´Allah. Plus encore que de rejoindre Gaza,
c´est l´autre option qui a leur préférence.
Nous prions Allah pour qu´ils reçoivent ces deux bonnes choses : qu´ils
atteignent la rive de Gaza sains et saufs, et qu´ils reçoivent le martyre, avec
nous, sur les murs de la mosquée Al-Aqsa - comme des conquérants.
Reportage d´Al-Jazeera sur la "Flottille de la liberté" avant son départ pour
Gaza : les militants à bord scandent des chants d´Intifada et encensent le
martyre (28 mai 2010)
Reporter : Malgré les menaces israéliennes et certains obstacles inattendus,
l´arrivée des navires sur le lieu du rendez-vous, prêts à partir pour Gaza, a
attisé les émotions et l´enthousiasme des participants.
Foule scandant : Khaybar, Khaybar, ô Juifs, l´armée de Mahomet va revenir.
Reporter : Avec des chants sur l´Intifada palestinienne, les participants ont
exprimé leur désir d´arriver à Gaza.
Participant 1 : Les frères ici poussent des cris et débordent d´enthousiasme.
Ils attendent de partir bientôt, avec les bateaux qui nous entourent dans la
mer. Avec l´aide d´Allah, nous arriverons jusqu´à Gaza.
Participant 2 : Nous attendons maintenant l´une de deux bonnes choses :
atteindre le martyre, ou Gaza."
Hassan Ahmad Omar, spécialiste égyptien du droit international : la Turquie et
d´autres pays devraient utiliser les convois humanitaires pour transporter des
armes vers Gaza et des réfugiés vers Acre (Al-Jazeera, le 18 mai 2010)
Interviewer : Un porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères a
déclaré que la campagne de la ["Flottille de la liberté"] était une provocation
et une violation de la loi israélienne. Comment comprendre cela, d´un point de
vue juridique ?
Hassan Ahmad Omar : La résolution 3103 de l´Assemblée générale des Nations
Unies, émise en 1973, a affirmé les droits fondamentaux des combattants contre
les forces d´occupation étrangères et racistes. Selon cette résolution, tous les
pays ont le droit - et même le devoir – de venir en aide à la bande de Gaza et
la Cisjordanie, en envoyant des vivres et des armes. En outre, le temps est venu
d´appliquer la Résolution 194, concernant le retour des réfugiés palestiniens.
Ces convois pourraient transporter des vivres et des armes, ainsi que des
réfugiés palestiniens, désireux de retourner sur leur terre. [...]
Israël, qui impose un blocus à la bande de Gaza, ne peut rien dire des canaux
légaux d´acheminement de l´aide [humanitaire]. À mon avis, la Turquie...
Interviewer : Mais ces canaux existent, n´est-ce pas ?
Hassan Ahmad Omar : Le blocus imposé par Israël... Il est nécessaire de fournir
à Gaza non seulement de la nourriture, de l´eau et des matériaux de
construction, mais aussi des armes. Il faut fournir des armes, parce que ce sont
des armes de révolutionnaires et qu´il faut aider la bande de Gaza.
Il est nécessaire [d´apporter son soutien] au retour des réfugiés dans la bande
de Gaza, ainsi que dans la région d´Acre, parce que selon le plan de partage,
elle appartient à l´État arabe de Palestine. [...]
Les différents pays ont l´obligation de fournir ces armes et ces vivres à Gaza,
et [de permettre] le retour des réfugiés.
La Turquie pourrait relancer la Commission comprenant la Turquie, la France et
les Etats-Unis, mentionnée dans la Résolution 194 sur le retour des réfugiés,
facilitant ainsi le retour des réfugiés à Acre - au moins le demi-million de
réfugiés se trouvant au Liban - conformément l´Article 6 de la Résolution 1559
du Conseil de sécurité.
Ces campagnes d´aide ne doivent pas se limiter à la nourriture et l´eau. Les
[bateaux] pourraient également transporter des réfugiés et des armes pour les
révolutionnaires palestiniens. [...]
Je tiens à recommander aux frères en Turquie d´utiliser l´aéroglisseur comme
moyen de transport.
Interviewer : Mais toutes ces propositions nécessitent le soutien international
de ces navires. La campagne bénéficie-t-elle d´un tel soutien ?
Hassan Ahmad Omar : La Résolution 3103 oblige ces pays à fournir une aide à la
Bande de Gaza. L´aéroglisseur peut transporter tous les véhicules et toute
l´aide [nécessaire]. Le port de Gaza n´étant pas prêt, l´aéroglisseur amphibien
peut arriver sur le sable même de Gaza.
Dans toutes les futures campagnes d´aide à Gaza, nous pourrons nous servir de
l´aéroglisseur. J´ai proposé à la Banque islamique internationale d´acheter un
aéroglisseur pour le donner aux pays souhaitant venir en aide à Gaza.
(Propos recueillis et traduits par « memri-europe »)
A propos du blocus de Gaza
Pourquoi il y a blocus : parce
que Gaza est une forteresse terroriste du Hamas. Même les Égyptiens ont dû
construire une barrière de protection à leur frontière ! S’ajoutent l’armement
du Hamas, le détournement de l’aide financière, et autres, sans oublier le refus
systématique de reconnaître Israël.
Les produits de première nécessité entrent par Israël et par l’Égypte, après
contrôle du contenu des chargements pour voir s’ils ne contiennent pas d’armes.
Il est nécessaire, pour Israël, de contrôler la bande côtière. Des
bateaux chargés d’armes ont été arraisonnés à plusieurs reprises, en provenance
d’Iran ou de Corée du Nord.
A propos du caractère
ouvertement provocateur de l’opération « humanitaire »
Les passagers de la flottille étaient prévenus qu’Israël ne les laisserait pas
passer. Ils ont donc voulu forcer le blocus : forcer implique une opération de
force. Ils ont donc pris consciemment leurs risques. Israël leur a proposé de
faire passer le contenu du matériel par la frontière terrestre, ils ont refusé :
ce n’était donc pas l’aide «humanitaire » qui était l’enjeu, mais bien la
rupture forcée du blocus.
La nature des organisations à l’initiative de l’opération
Elles n’étaient pas « humanitaires » mais comptaient parmi les pro-palestiniennes les plus radicales, témoin l’organisation turque IHH, ouvertement alliée du Hamas et suspecte de relations opérationnelles avec Al Qaïda, avec dans ses rangs un Cheik, dirigeant du Mouvement Islamique des Arabes Israéliens ; témoin encore le CBSP français, soupçonné de servir de boîte aux lettres pour des fonds terroristes et pour l’envoi de combattants en Irak ; ou encore le CAPJPO également français, qui avait lancé la liste Euro Palestine avec Dieudonné : toutes ces organisations ne sont évidemment pas de nature « humanitaire » !
Ils s’étaient préparés à une résistance violente
On a trouvé à bord des navires des armes de toutes sortes.
L’action israélienne
On peut discuter sur tel ou tel détail technique ou tactique de l’action israélienne (pourquoi ont-ils commencé par les hélicoptères ? pourquoi sont-ils intervenus hors des eaux territoriales ?). Mais ces raisons techniques ne sont pas l’enjeu du déferlement anti-israélien en cours.
Les soldats
israéliens étaient de toute évidence en situation de légitime défense, face à
des gens armés et animés par la plus grande haine (on se souvient du soldat
israélien lynché et dépecé à mains nues dans les Territoires).
Sur les bateaux où il n’y a pas eu de résistance violente, il n’y a pas eu de
riposte armée israélienne.
Nous recommandons aussi la lecture de l'article de Christopher Dickey "Israel's Low Blows on the High Seas" dans "Newsweek" du 1er juin 2010. sous le site Internet : http://www.newsweek.com/2010/06/01/low-blows-on-the-high-seas.html
● Un auteur réformiste
saoudien dans Al-Sharq Al-Awsat : le terrorisme est un phénomène culturel
Dans un article du 27 avril 2009 intitulé "Le terrorisme : un phénomène culturel", paru dans le quotidien londonien Al-Sharq Al-Awsat, l´écrivain saoudien réformiste Turki Al-Hamad affirmait que les écoles saoudiennes continuent de "disséminer une idéologie extrémiste", ce qui explique l´incapacité à éliminer Al-Qaïda en Arabie saoudite. Il soulignait : "Nous sommes musulmans (…) mais nous ne sommes pas nécessairement islamistes. Il existe une différence entre islam et islamisme." (1) Extraits de l´article, paru en anglais : (2)
L´organisation Al-Qaïda demeure active et forte, ce qui est prouvée par la survie de ce groupe en dépit de tous les efforts pour en avoir raison.
Une cellule d´Al-Qaïda a récemment été arrêtée en Arabie saoudite. Avant cela, l´année dernière, un grand nombre de suspects avaient été détenus. En tout, 500 membres d´Al-Qaïda ont été arrêtés lors d´une grande descente [en juin 2008]. Depuis le début de l´année dernière, 700 personnes en tout ont été arrêtées, accusées d´appartenir à l´organisation Al-Qaïda. Elles projetaient de semer le chaos sur la planète en prenant pour cible l´économie internationale par des attentats visant les installations pétrolifères saoudiennes et en assassinant des personnalités [saoudiennes] civiles ou appartenant [aux services de] sécurité. C´est arrivé à une époque où nous pensions que l´organisation Al-Qaïda était devenue quasi-inexistante en Arabie saoudite. Puis la nouvelle [de ces arrestations] nous est parvenue et nous n´avons pas eu d´autre choix que de reconsidérer le problème.
Trois conclusions peuvent être tirées de ces rapports, dont certains sont positifs, mais dont la plupart sont négatifs.
La première conclusion est que la lutte contre le terrorisme se poursuit, et que les efforts sécuritaires pour poursuivre les terroristes (notamment en Arabie saoudite) portent leurs fruits. Cela se voit au grand nombre de membres d´Al-Qaïda qui ont été détenus et la découverte de la cellule terroriste avant qu´elle n´ait pu agir. C´est un effort qui mérite des louanges, car sans la vigilance des forces de sécurité saoudiennes dans la région, et leur efficacité dans la poursuite de ces terroristes, la situation serait très différente.
"L´arrêt des opérations ces derniers temps n´est que [le signe que] l´organisation attend son heure et réévalue sa stratégie, un peu comme un caméléon se fondrait dans son environnement en attendant sa proie."
La deuxième conclusion est que l´organisation Al-Qaïda demeure active et forte, ce qui est prouvée par la survie de ce groupe en dépit de toutes les tentatives [pour la démanteler]. L´arrêt des opérations ces derniers temps n´est que [le signe que] l´organisation attend son heure et réévalue sa stratégie, un peu comme un caméléon se fondrait dans son environnement en attendant sa proie. Le profile bas adopté par Al-Qaïda concernant sa force et à ses activités [en Arabie saoudite] a été mis à mal par les autorités sécuritaires saoudiennes [qui ont arrêté ses membres]. Voilà qui soulève les questions suivantes : pourquoi Al-Qaïda conserve-t-elle son attrait face à un grand nombre de jeunes ? Pourquoi cette organisation fait-elle autant d´adeptes malgré tous les efforts déployés à différents niveaux pour la combattre ?
"La force d´Al-Qaïda ne se trouve pas tant dans l´organisation elle-même que dans l´environnement qui facilite le recrutement de partisans et de disciples."
Les réponses à ce type de questions varient (…) et plus d´un facteur expliquent l´endurance d´Al-Qaïda et de son idéologie malgré tous les efforts pour la contenir. Peut-être faut-il plus que des considérations de lieu et de date pour expliquer la survie d´Al-Qaïda. Dans une large mesure, la réponse aux questions soulevées plus haut se trouve dans la nature des efforts déployés pour combattre Al-Qaïda, qui s´attaquent parfois aux conséquences [du terrorisme], ce qui est nécessaire – sans s´atteler directement au cœur du problème.
Au bout du compte, la force d´Al-Qaïda ne se trouve pas tant dans l´organisation elle-même que dans l´environnement qui facilite le recrutement de partisans et de disciples par Al-Qaïda. Et donc, tous les efforts déployés par la sécurité pour combattre Al-Qaïda, ses cellules actives et dormantes, – efforts qui méritent d´être loués – n´ont finalement pas suffi à déraciner Al-Qaïda. Ainsi l´organisation existe toujours en Arabie saoudite, et une cellule d´Al-Qaïda se préparait [même] à perpétrer des opérations [sur le sol saoudien]. Cela en dépit de tous les efforts des services de sécurité et du programme Munasaha [de réhabilitation], de l´ouverture [par l´Arabie saoudite] de la porte de l´amnistie [aux extrémistes réformés], et du fait que le gouvernement les ait qualifiés de mal guidés plutôt que de criminels. Ainsi, malgré toutes ces opportunités, on continue de rapporter la nouvelle d´une forte présence d´Al-Qaïda [en Arabie saoudite] et de la poursuite de ses activités [terroristes].
Pourquoi en est-il ainsi ?
La troisième et principale conclusion est que le maintien d´Al-Qaïda résulte du maintien des circonstances contre lesquelles Al-Qaïda oeuvre : elles fournissent à l´organisation un environnement favorisant son existence et sa vitalité. La propagation d´une épidémie ne dépend pas de la force du virus, mais de l´existence d´un environnement favorable à sa croissance et son développement. (…)
"La (…) lutte contre le terrorisme et les forces de destruction n´a pas été accompagnée de succès dans la lutte contre l´idéologie à l´origine de cette attitude destructrice."
En Arabie saoudite, par exemple, les agences de sécurité ont pleinement rempli leur rôle en termes de détection, d´enquêtes et d´arrestations [des terroristes], mais cela n´est pas tout. Les mauvaises herbes reviennent après avoir été arrachées, si leurs racines sont restées intactes. Dans ce cas, comme dans toute société réelle, les racines correspondent aux lieux où les gens se rencontrent, des foyers aux mosquées, des clubs aux médias, et ainsi de suite. Ces derniers contribuent à façonner la personnalité d´un individu dès l´enfance, à l´aider à se déplacer dans une direction ou une autre. Ces institutions sèment les premières graines qui donnent vie au cœur de la pensée et du comportement. Cela va dans le sens du proverbe populaire [arabe] : "On revient [toujours] à ses racines."
"La Sahwa [éveil islamique] est une idéologie qui a pour essence la culture du sang et de la mort, et qui appelle à éliminer les incroyants."
C´est une idéologie qui a pour essence la culture du sang et de la mort. Le succès de la lutte contre le terrorisme et les forces de destruction n´a pas été accompagné de succès dans la lutte contre l´idéologie à l´origine de cette attitude destructrice. Quelle autre explication y a-t-il aux centaines de recrues d´Al-Qaïda, chiffe qui ne représente que le sommet de l´iceberg et ne comptabilise pas les partisans et sympathisants silencieux ? Il existe un problème – cela ne fait aucun doute : les dégâts occasionnés par les instituts éducatifs [d´Arabie saoudite] depuis que nous avons quitté le droit chemin, au niveau social et culturel, et emprunté le labyrinthe de l´idéologie de la Sahwa [éveil islamique] à la fin des années 1970. Les instituts éducatifs, sans exception, se sont mis à refléter cette idéologie.
C´est une idéologie qui a pour essence la culture du sang et de la mort, et qui appelle à éliminer les incroyants, c´est-à-dire tous ceux qui n´y adhèrent pas complètement– aussi bien en Arabie saoudite qu´à l´étranger. Toutes les institutions éducatives se sont formées sur cette base, dans le cadre de la lutte idéologique contre la Révolution iranienne qui cherchait à exporter une autre conception de l´islam et de la lutte politique contre une superpuissance qui cherchait à occuper l´Afghanistan afin d´accéder aux eaux du Golfe. Ces facteurs ont conduit l´Etat à ignorer ce qui se passait au sein des instituts éducatifs, et parfois même à les encourager pour des raisons politiques ; aujourd´hui nous récoltons ce que nous avons semé.
"Les écoles et les programmes éducatifs continuent de disséminer l´idéologie extrémiste malgré les efforts pour réduire son impact"
Peut-être que les circonstances sont-elles ce qu´il y a de plus déterminant, et le jeu de la politique a-t-il ses propres règles, et peut-être certaines choses sont-elles nécessaires. Il n´y a pas de honte à commettre une erreur – la vie n´est essentiellement qu´épreuves et erreurs -, mais il est honteux de ne pas reconnaître son erreur et de récidiver encore et encore. C´est suivre la mauvaise voie que de continuer à mettre en pratique une politique qui a peut-être marché autrefois, mais qui s´avère désastreuse maintenant que les circonstances ont changé.
Au bout du compte, l´homme sage est l´homme qui non seulement écoute les autres, mais qui écoute aussi sa propre expérience et son histoire. Seuls les entêtés nieront l´existence d´efforts pour libérer ces instituts éducatifs de leur captivité [idéologique], mais ces efforts ne s´attaquent qu´au sommet visible de l´iceberg.
"Certaines mosquées continuent de donner des sermons appelant à la mort, à la destruction et au meurtre ; nous avons désormais besoin de nouveaux sermons appelant à la tolérance et au dialogue interreligieux"
Voilà où le problème se situe : les écoles et le programme scolaire continuent de disséminer l´idéologie extrémiste, malgré les efforts visant à réduire l´impact de celle-ci, et cela a conduit à la suppression de toute éducation effective, avec l´implication de l´islam dans les domaines de la chimie et de la médecine. L´humanité s´est trouvée divisée [entre croyants et incroyants] ; la haine et la culture de la mort ont été encouragées. Certaines mosquées continuent de donner des sermons appelant à la mort, à la destruction et au meurtre ; nous avons désormais besoin de nouveaux sermons appelant à la tolérance et au dialogue interreligieux, parce que nous sommes tous les enfants d´Adam. Nous avons besoin de sermons évoquant les splendeurs de la vie et de l´humanité. Et alors quelqu´un demandera : sommes-nous censés abandonner notre culture et notre religion ?
"Si nous ne déracinons pas les racines intellectuelles et culturelles de l´extrémisme et de la violence, nous continuerons de subir le fléau de ces mauvaises herbes [idéologiques], les arrachant, mais laissant les racines donner de nouvelles pousses."
Bien sûr que non, car ceux qui contrôlent aujourd´hui le monde n´ont pas oublié leur culture et religion. En fait, ils ont tout à fait conscience de leur religion et du fonctionnement du monde. Nous sommes musulmans, cela ne fait aucun doute, mais cela ne fait pas de nous des islamistes, car il existe une différence entre islam et islamisme. Avant la Sahwa, nous étions une société de musulmans, accordant à Dieu son droit, et n´oubliant pas notre part. Mais après la Sahwa et la prise en otage de nos instituts éducatifs, nous sommes devenus une société d´islamistes oubliant quelle est notre part en ce monde. Nous ne pourrons sortir de cette situation sans revenir au monde que nous avons négligé, à notre islam et notre humanité. Si nous ne déracinons pas les racines intellectuelles et culturelles de l´extrémisme et de la violence, nous continuerons de subir le fléau de ces mauvaises herbes [idéologiques], les arrachant, mais laissant les racines donner de nouvelles pousses.
Tant que la situation n´aura pas changé, Al-Qaïda et ses partisans continueront d´exister et d´apparaître de la même façon.
Middle East Media Research Institute, Dépêche n° 2367
[1] Page web Turki Al-Hamad : http://www.memritv.org/subject/en/602.htm. [2] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 27 avril 2009.
●
L'Allemagne réunifiée, garant essentiel de la
démocratie en Europe.
Vingt ans après la chute du mur de Berlin qui a ouvert la route à la
réunification, l'Allemagne fédérale est une démocratie exemplaire à bien des
égards et ne représente aucun danger pour l'Europe, bien au contraire de ce
qu'imaginaient maints « germanophobes ». Le travail de mémoire accompli par tout
un peuple sur l'histoire et les dérives tragiques du XXème siècle forcent le
respect. Cette année, on célèbre le 20ème anniversaire du 9 novembre 1989, date
de l'ouverture du mur, qui fut une des rares révolutions pacifiques et
démocratiques de l'histoire. Cette révolution sans verser le sang n'a pas
pourtant effacé dans la conscience allemande et européenne le 9 novembre 1938,
date de la nuit de cristal, ce pogrome organisé par les SA et les SS qui
saccagèrent les magasins juifs d'Allemagne et fit de nombreuses victimes. On
peut en parler précisément parce que l'Allemagne est un pays libre, ouvert,
autocritique et très désireux que de telles choses ne se reproduisent plus
jamais, ni entre le Rhin et l'Elbe, les Alpes et la Baltique, ni ailleurs en
Europe et dans le monde. Dans l'analyse suivante Hans-Georg Wieck qui fut de
1985 à 1990 chef des Services de renseignement allemands (le BND à Munich-Pullach),
déroule le scénario politique de la réunification de l'Allemagne et de l'Europe
tel qu'il fut en 1989-90. Observateur privilégié, il a vécu cela de très près et
continue à œuvrer dans divers organismes internationaux. Encore adolescent,
Hans-Georg Wieck avait vécu comme pompier volontaire les terribles bombardements
de Hambourg pendant la guerre. Pour sa génération, la paix en Europe est notre
bien le plus précieux. (JPP)
● De la Guerre froide à la Chute du mur de Berlin
L'année 1945 avait laissé l'Allemagne en ruines et la population décimée. En moins d'une quinzaine d'années, ce pays sortit de la misère et du deuil pour devenir, miracle économique à la clé, un Etat économiquement florissant et politiquement démocratique qui attirait en masse les Allemands de l'Est. C'est pour enrayer leur fuite que Khrouchtchev et Ulbricht confièrent à Erich Honecker en 1961 la tâche ingrate de gérer la construction du mur de Berlin. Désormais l'existence de la RDA ne tenait plus qu'à un mur, comme on dit : "sa vie ne tenait qu'à un fil". Une fois le mur construit, la Stasi multiplia ses "mesures actives" en direction de Berlin-Ouest et de la République fédérale, en déclenchant comme on le sait aujourd'hui la révolte étudiante, puis en soutenant discrètement le terrorisme de la Fraction Armée Rouge et en infiltrant les centres de décision et d'analyse de la RFA, ses médias et ses usines. A la fin, comme nous allons l'expliquer bientôt dans "Eurbag", elle projetait un coup de main militaire sur Berlin-Ouest. Mais la population est-allemande sortit de sa torpeur et de la peur dans laquelle l'avait enfermée le régime communiste. Elle exigea l'abolition du mur de Berlin et le retour à la démocratie. Une fois le mur abattu, la logique voulait que la RDA disparaisse. L'autre Allemagne était devenue "le mur" et "la Stasi" aux yeux du monde. Pendant ce temps, la République fédérale était parvenue au rang de deuxième puissance économique du monde et son Deutschemark à celui de monnaie pilote de l'Europe. L'article ci-dessous rédigé par un jeune étudiant français de Berlin décrit la situation en 1945 telle qu'elle était en cette "Année Zéro".
La Deuxième Guerre mondiale a fait mourir un nombre incommensurable de personnes, plus de 20 millions de soldats, mais aussi, probablement pour la première fois, dans l’Histoire, nettement plus de civils que de militaires, auxquels se sont ajoutées les victimes juives de l’Holocauste. Le IIIème Reich a décimé en outre les prisonniers de guerre russes, sous prétexte que l’URSS n’avait pas signé la Convention de Genève sur la sauvegarde des prisonniers. Se sont ajoutés les bombardements massifs qui ont causé la mort de quelques 600 000 civils en Allemagne et de 60 000 environ en France. La France a enregistré cinq fois moins de morts qu’au cours de la Première Guerre mondiale. La Pologne en revanche est le pays qui a compté le plus de victimes par rapport au chiffre de sa population. Il faut retenir aussi que la guerre entre le Japon et les Etats-Unis s’est prolongée jusqu’en août 1945, avec pour point final les 6 et 9 août, les attaques nucléaires contre Hiroshima et Nagasaki ayant laissé bien des traumatismes. Les hécatombes sont le fait dominant de la Seconde Guerre mondiale, avec comme fait nouveau la mort des civils (voir sous notre rubrique « Livres » le numéro de septembre 2009 de la revue « Historia » consacré aux « Civils dans la guerre »). Elle cite les propos d’un ancien travailleur forcé français qui se trouvait à Berlin à l’époque et qui parle pour ses camarades français. Ils estimaient que les bombardements n’avaient pas pour but d’abattre le régime nazi mais de décimer la population allemande…



Les bombardements les plus terribles sur l’Allemagne ont été ceux de Hambourg en juillet 1944 et ceux de Berlin et de Dresde en février 1945. On doit parler des morts, mais on oublie souvent les destructions matérielles. Celles-ci se devinent encore à Berlin dans l’alternance des bâtiments anciens et des bâtiments reconstruits dans l’après-guerre, car les bombes ne tombaient pas en chapelets réguliers mais groupées par paquets. Les villes ont été rarement reconstruites à l’identique, d’autant plus qu’un nouveau matériau, le béton, est apparu qui permet de construire vite et solidement, mais pas toujours en beauté. Il faut penser aux meubles, appartements, voitures, bibliothèques, bijoux et tableaux, des pertes incommensurables pour le patrimoine européen. En Allemagne, dès « l’année zéro » qui suit la capitulation sans conditions du 8 mai 1945, ce sont surtout des femmes, les « Trümmerfrauen », qui déblayeront les décombres, les hommes étant morts au front ou prisonniers (11 millions de prisonniers). Dans toute l’Europe, les infrastructures routières, ferroviaires et fluviales ainsi que de nombreuses usines sont détruites, le pays le plus touché étant l’Allemagne. S’ajouteront dans la Zone d’occupation soviétique des démontages nombreux d’usines transportées en URSS, souvent avec leur personnel déporté. Mais le potentiel industriel a été moins touché que les villes et cet élément sera important pour le redémarrage de l’économie. De plus les destructions créeront de la demande de reconstruction, donc du travail. Les réfugiés des provinces allemandes de l’Est perdues, 12 millions, difficiles à intégrer au départ, fournissent une main d’œuvre pas chère qui comble un peu la saignée démographique. Il faudra cependant du temps, jusqu’en 1948-49, pour surmonter la misère et la famine.
Reste le désarroi moral. Déjà très touchés par les pertes de guerre, les Allemands découvrent les camps de concentration et d’extermination. La puissance de destruction massive des Etats-Unis par la bombe atomique choque le monde. On n’aurait pas imaginé de telles horreurs. Au fur et à mesure que se dérouleront les procès de Nuremberg contre les principaux dirigeants nazis survivants, 21 au total, de novembre 1945 à octobre 1946, la vérité sur le national-socialisme apparaîtra peu à peu. Quatre sortes de chefs d’inculpation sont retenus contre eux : les complots destinés à abattre la République ; les crimes contre la paix, Hitler ayant déclenché la guerre ; les crimes de guerre, déportations, assassinats de civils dans les territoires occupés, exécutions de prisonniers de guerre, notamment ; et enfin les crimes contre l’humanité. La constitution des dossiers représentera un immense travail de recherche. Mais la plaie sera loin d’être cautérisée par ce grand procès. Peut-on faire justice quand il y a eu un génocide ?
La paix s’annonce difficile... Pourtant c’est de l’immensité de la catastrophe et de l’horreur que se dégagera un grand désir de paix et d’humanité. On se souvient que des régimes aussi différents que ceux des Etats-Unis et de Grande Bretagne d’un côté, d’URSS de l’autre, se sont unis pour lutter contre le nazisme. Les deux premiers Etats, conduits par Roosevelt et Churchill, avaient signé le 14 août 1941 la Charte de l’Atlantique qui jetait les bases d’un nouvel ordre international reposant sur le droit à l’autodétermination pour tous les peuples, le libre choix de la forme de leur gouvernement, la renonciation à toute acquisition territoriale par la force et la coopération économique internationale. Ces principes ne seront pas toujours respectés après la guerre, en particulier par l’URSS qui asservira toute l’Europe centrale, mais ils seront le fondement définitif de toutes les institutions qui naîtront après 1945. Après l’invasion de l’URSS par la Wehrmacht en juin 1941, Staline se joint à cette alliance, une alliance dans laquelle la méfiance règne.
Les principales conférences alliées sur l’organisation future de l’Europe après la victoire se sont tenues à Téhéran en novembre-décembre 1943, puis à Yalta début février 1945. Yalta reste dans l’histoire comme la conférence où fut décidé le partage de l’Europe en une sphère d’influence soviétique et une Europe occidentale libre, sous l’influence des Etats-Unis. On procède aussi à un échange de territoires en déplaçant la Pologne vers l’Ouest au profit de l’URSS et au désavantage de l’Allemagne. La division, notamment de l’Allemagne, sera entérinée à conférence de Potsdam en juillet-août 1945. Les Etats-Unis sont alors la superpuissance mondiale, mais l’URSS veut de plus en plus accéder au rang des USA. Dès l’été 1944 s’est affirmé à l’Ouest la volonté de Roosevelt d’unifier le monde, de créer des interdépendances pour éviter des guerres. Sa doctrine est le « one world ». A Bretton Woods dans l’été 1944, on a créé la Banque mondiale et le Fonds monétaire international pour garantir la stabilité monétaire et commerciale internationales. Mais la principale fondation sera celle des Nations-Unies (ONU), préparée à Dumbarton Oaks en août-octobre 1944. La Charte de l’ONU est signée le 26 juin 1945. Elle ressemble fort à la Charte de l’Atlantique de 1941. S’ajoute que les Nations-Unis s’accordent le droit de procéder à des sanctions ou d’intervenir militairement pour rétablir la paix et la sécurité dans le monde. Fondé en 1949, le Conseil de l’Europe, à Strasbourg, s’inspirera de principes proches de ceux de la Charte de l’ONU. Il protège les droits de l'homme, veut renforcer la démocratie et le droit et rassemble 800 millions d’Européens vivant dans 47 Etats membres. Il adoptera la Convention européenne des droits de l’homme que la Cour européenne des droits de l'homme pour tâche de faire respecter.
Mais le monde de l’après-guerre n’aura pas la stabilité que ces traités et organismes veulent instaurer. Le rêve américain, le rêve des vainqueurs ne se réalisera pas. Après cette deuxième grande guerre suicidaire, l’Europe est affaiblie, le Japon est à genoux. Sans la protection des Etats-Unis, l’Europe occidentale serait tombée sous la coupe de Staline et le communisme aurait triomphé en Corée et en Asie du Sud-Est, comme en Chine continentale. Tandis que la France se relève en suivant les directives du Conseil national de la Résistance et selon une orientation politique plutôt gauchisante avec un parti communiste fort, ce qui entraînera diverses réformes sociales, des nationalisations d’industries et une planification souple, l’Allemagne reste pays occupé jusqu’en 1949 et divisé jusqu’en 1989. Le 5 mars 1946, Winston Churchill sera le premier à dire qu’un « rideau de fer » coupe l’Europe en deux et un an plus tard, un homme politique américain Bernard Baruch créera la notion de « guerre froide ». La France de son côté a retrouvé son unité en jugeant et condamnant la collaboration avec l’Allemagne nazie, mais elle a sur les bras comme la Grande Bretagne un autre problème : l’émancipation de ses colonies qui lui imposera des guerres locales pendant deux à trois décennies encore et coûtera cher en vies humaines et en patrimoine perdu. Pendant la guerre les nationalismes « indigènes » se sont réveillés et les métropoles ne savaient pas comment régler politiquement le problème.
L’affrontement des Blocs deviendra très dangereux quand l’URSS aura à partir de 1949 elle aussi l’arme nucléaire. Mais après Hiroshima et Nagasaki, l’arme nucléaire n’a plus été utilisée dans aucun conflit armé.
(Nopic)● Le retour au réel après l’éclipse
Une des maladies qui affecte l’intelligentsia, est son incapacité à ouvrir les yeux et à les garder grands ouverts. Elle se complaît dans les Ténèbres, non pas celles de la Bible, avant que la Lumière ne soit, mais celles de l’aveuglement volontaire dans lequel elle s’est abîmée depuis fort longtemps. Elle préfère le mol oreiller de la paresse, l’utopie des chimères, le bercement des illusions, la récitation paresseuse du catéchisme aux réalités. Parfois, un livre paraît, qui déchire le voile, mais l’intelligentsia n’ouvre même pas l’œil gauche, redoutant que son acuité visuelle, déjà bien basse, ne soit blessée par une lumière trop vive.
Les habitués d’Eurbag, n’étant pas de l’intelligentsia, liront avec passion deux livres qui éclairent nos ténèbres : de Jean-Paul Picaper, Berlin-Stasi (Editions des Syrtes, 2009), et de Jacques Marseille, L’argent des Français. Les chiffres et les mythes (Editions Perrin, 2009). En fait, en dépit des apparences, ces deux auteurs traitent du même sujet : l’éclipse du réel derrière les discours, mythes, contes à dormir debout et légendes ou l’offuscation du monde par ce qu’il est convenu d’en dire ou l’escamotage des faits au grand bonneteau de l’université. Ils extraient le réel des couches de mensonges reçus (comme il y a des habitués des réceptions officielles), assis (comme il y a des fonctionnaires assis), acquis (comme il y a des avantages acquis), convenus (comme il y a des politesses convenues). Malheureusement, Jacques Marseille est prématurément décédé au début de cette année.
Le premier est un DDR watcher établi depuis 50 ans à Berlin Ouest comme il y a des China watchers célèbres établis à Hong Kong, le père Ladany ou Simon Leys par exemple ; le second était avant son récent décès un Adam Smith français qui confrontait toutes les « analyses » des économistes aux faits, chiffres, statistiques. Celui-ci traite des mensonges de l’histoire et de la politique ; celui-là des mensonges de l’économie ; ou, pour dire les choses plus exactement, Jean-Paul Picaper libère 50 ans de faits de la gangue politique dans laquelle ils sont pétrifiés ; Jacques Marseille deux siècles de faits tangibles de la boue idéologique dans laquelle ils sont englués.
A propos de Jacques Marseille, L’argent des Français. Les chiffres et les mythes, 400 pages, Perrin, 2009.
Dans le livre de Jacques Marseille, il est question de la « richesse d’une nation », à savoir celle que forment les Français : non pas des causes de cette richesse, mais des réalités qui l’attestent et surtout des chiffres qui la mesurent : « En un peu plus d’un siècle (…), le revenu par habitant de la France est passé, en monnaie constante, d’un peu plus de 2200 euros à un peu moins de 22000 euros. Dans le même temps, toujours, le temps de travail a été divisé par deux. Autant dire que le « prolétaire » a vu son pouvoir d’achat multiplié par dix et son temps de travail divisé par deux » (introduction, page 9). Or, ces faits sont occultés par les discours sur la pauvreté croissante des Français, simple variante de la loi d’airain de Marx, qui voudrait que tout gain en capital soit prélevé sur le salaire des ouvriers. En 1884, Zola, en 1955, Thorez, à la fin des années 1950, des intellectuels du PCF, en 1975, les économistes lumière du Nouvel Observateur, tous affirment mordicus que la pauvreté progresse, que le revenu moyen des ouvriers ne cesse de baisser depuis 1826, que les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres, alors que, au moment où Zola publie son enquête, le salaire annuel moyen des ouvriers a augmenté en 20 ans de plus de 33 % (en monnaie constante, évidemment), qu’en 1955, le salaire annuel moyen des ouvriers a augmenté en 10 ans de 60 % (toujours en monnaie constante), que, de 1970 à 1975, le salaire annuel moyen des ouvriers a augmenté de 25% (en monnaie constante) et que la part du travail dans la valeur ajoutée totale est passée de 68% en 1955 à 71,4% en 1975 et que la part du capital a baissé de 32% à 28%. Le paupérisme a donc été vaincu en France, sans doute dès Napoléon III (1849-1870), mais tout le monde fait comme si ce dragon mugissait encore, près de déchirer des proies innocentes. Pour établir ces faits, Jacques Marseille s’appuie sur les statistiques de l’administration fiscale (déclarations du revenu imposable depuis 1917, taxes diverses, recettes de la TVA et de la TIPP) et des notaires et des conservateurs des hypothèques (les successions depuis 1830), et sur une critique des « indices » utilisés. Ainsi, le PIB ou Produit Intérieur Brut ne mesure rien d’autre que les échanges ayant donné lieu à une facturation. L’indice probant est le revenu annuel par habitant, qui peut être mesuré, en monnaie constante (euros de 2007 ou francs de 2001), depuis qu’existe un appareil statistique fiable. L’augmentation régulière depuis un siècle et demi de ce revenu annuel par habitant est confirmée par l’augmentation du patrimoine moyen des Français, lequel, en 2007, avoisine 150000 euros – soit un million de francs. « Devenir millionnaire », qui fut longtemps le rêve de beaucoup de Français, est devenu la réalité banale du début du XXIe siècle ; et ce patrimoine moyen actuel, en monnaie constante, équivaut au patrimoine moyen des 10% des Français les plus riches de la Restauration (1814-1830). De fait, ce qu’avèrent les chiffres, c’est l’inexorable réduction des inégalités depuis un siècle et demi, que dissimule mal la définition « relative » de la pauvreté. En effet, en France, sont considérées comme pauvres les personnes dont les revenus sont inférieurs de 40% au revenu médian. Autrement dit, même si tous les Français doublaient ou triplaient ou centuplaient en quelques années leurs revenus et leur patrimoine, il y aurait toujours 20 ou 30 % d’entre eux qui, bien qu’ils vécussent dans l’opulence, seraient tenus pour « pauvres », parce que leurs revenus sont inférieurs de 40 % au revenu médian ! Il suffit qu’il y ait des riches pour qu’il y ait des pauvres ou tant qu’il y aura des riches, il y aura des pauvres.
Et de Jean-Paul Picaper, Berlin-Stasi. 500 pages. Editions des Syrtes. 2009.
Jean-Paul Picaper est arrivé en provenance de son Sud-Ouest natal à Berlin en 1959 pour parfaire sa connaissance de la langue allemande afin de préparer le concours de l’agrégation. Il n’en est plus parti. Il a renoncé à l’agrégation. Il est parti accomplir des études de sciences politiques à Science-Po de Paris, puis il a passé son doctorat d’université en 1968 et son doctorat d’Etat en 1976 à l’Université de Berlin-Ouest où il a enseigné comme Assistant puis Assistenz-Professor, au total pendant treize années. Puis, à une carrière universitaire, il a préféré le journalisme. Pendant vingt-six ans, jusqu’en 2003, il fut le correspondant en Allemagne du Figaro et il a écrit de nombreuses études publiées dans la presse ou dans des revues savantes.
Tout ce temps-là, Picaper a pu se déplacer sans difficulté à Berlin Est et dans toute la RDA et, comme il n’a jamais chaussé les lunettes de l’idéologie, il a pu constater l’état réel d’un pays communiste et en faire une relation objective dans ses études et articles. En 1961, il a vu ériger par l’URSS et la RDA le mur, dit « de la honte », qui a transformé l’ancienne RDA en une vaste prison, dont il n’était plus possible de s’extraire. Dans les années 1960, il a été aux premières loges dans ce théâtre du conflit Est-Ouest qu’a été l’Université de Berlin-Ouest et il a été le témoin privilégié de la radicalisation des étudiants allemands à Berlin-Ouest d’abord, puis dans toute l’Allemagne, enfin en Europe et dans le monde, radicalisation allumée et attisée par la Stasi. Il a été le témoin des tensions Est-Ouest, de l’Ostpolitik de Brandt, de la faillite du socialisme à l’Est, du rachat par Bonn en marks de l’Ouest des Allemands persécutés à l’Est, de l’effondrement du mur… Depuis 1990, il a accès aux archives de l’Est, du moins à celles qui n’ont pas détruites par la Stasi et les hiérarques du régime à l’agonie
Il n’y a pas en Europe de meilleur connaisseur de ce que fut réellement la RDA. Il est vrai que Berlin était un exceptionnel poste d’observation de la RDA. Cette ville était à la RDA ce que Hong Kong a été longtemps à la Chine de Mao, à savoir le lieu où il était possible de recueillir des informations fiables sur ce qui ce passait au-delà du mur. Il y a eu de très brillants China watchers, tels, pour ne citer que les plus connus, Simon Leys ou le père jésuite Ladany, imperméables aux mensonges de la propagande et insensibles aux manipulations. Jean-Paul Picaper a été leur homologue : un admirable DDR watcher.
Le titre, Berlin-Stasi, les deux noms propres étant reliés par un trait d’union, comme s’ils désignaient des réalités indissociables, appariées, quasiment jumelles, exprime la thèse qui sous-tend ses analyses : pendant 50 ans, le principal « acteur » politique de Berlin, à l’Ouest, comme à l’Est, a été la police politique ou Stasi, infiltrée partout, jusqu’au sommet de l’Etat fédéral à Bonn, présente partout, tirant les ficelles, agitant des leurres, désinformant, manipulant, stipendiant presque tous les radicaux de l’Ouest… Autrement dit, pour Jean-Paul Picaper, non seulement la RDA a été un Etat policier qui a mis aux fers 17 millions d’Allemands et les a maintenus dans cet état servile par la terreur, mais encore elle a attisé le désordre à l’Ouest dans l’espoir insensé que toute l’Allemagne basculerait dans le camp de Moscou. Jean-Paul Picaper a réuni les expériences, études, analyses, etc. de ces cinquante années de Berliner dans une véritable somme : plus de 500 pages, écrites serré, mais la somme est aussi un recueil de témoignages, celui de Jean-Paul Picaper lui-même sur les hasards qui ont fait de lui un DDR watcher exceptionnel, et ceux de quelques-uns des acteurs de cette tragédie, qu’ils aient été des bourreaux ou des victimes. Le livre est divisé en quatre parties d’analyses denses, intitulées successivement du chapitre 1 à 16, « ma guerre froide » ; de 17 à 33, « l’ère de la désinformation » ; de 34 à 47, « l’œil du KGB », de 48 à 71, « le triomphe des valeurs », et d’une cinquième partie, dans laquelle sont publiés les « entretiens », dix-neuf au total, que Jean-Paul Picaper, en journaliste impartial, a eus avec d’anciens responsables de la STASI, des dissidents, des passeurs, des responsables de la RFA, des espions de la RDA infiltrés en RAF.
A la différence des China watchers de Hong Kong, qui n’ont pas accès aux archives de la Chine de Mao, lesquelles sont hermétiquement closes, les DDR watchers ont à leur disposition les archives de la RDA, qui leur sont ouvertes et qui confirment toutes les analyses qu’ils faisaient sur la RDA, jusqu’en 1989, et vont même au-delà, jusqu’à dépasser tout entendement : certes, c’était un régime policier, qui ne tenait que par la terreur qu’il inspirait ; certes, c’était un gigantesque gâchis économique et humain, des millions d’œufs ont été cassés sans que l’omelette ait été servie ; certes, l’idéologie y servait de ce vaste manteau d’hypocrisie, que Molière dénonçait déjà, il y a plus de trois siècles, dans Dom Juan ; certes, les analogies entre ce régime et le socialisme national hitlérien sont innombrables ; mais tous ces phénomènes, par leur ampleur, leur généralisation, leur acceptation cynique, ont pris des proportions que Jean-Paul Picaper et les autres DDR watchers n’osaient pas soupçonner. La plupart des leaders étudiants de Berlin des années 1967-70 étaient stipendiés par la Stasi ou étaient des militants marxistes léninistes convaincus ; le policier de Berlin Ouest qui a assassiné en 1967 l’étudiant Ohnesorg, prétexte à toutes les accusations de fascisme, d’inhumanité, de répression policière portées sur le régime démocratique de Bonn, était un agent de Stasi… Le journal prétendument « anticonformiste », Konkret, d’Ulrike Meinhof et Klaus Rainer Röhl était financé par l’Allemagne de l’Est ; Meinhof, de la bande à Baader, n’était pas libertaire, mais membre depuis longtemps du PC allemand, stalinienne convaincue.
C’est ainsi que les « belles âmes » d’Occident, étudiants, journalistes, religieux, hommes politiques de l’Ouest, ont été manipulés par un régime policier, cruel, borné, stupide, inhumain. La stupidité et la lâcheté de ces prétendus « démocrates » de l’Ouest a été pendant près de cinquante ans si générale qu’à n’en pas douter, entre 1933 et 1945, ils auraient fait de bons collabos ou de vrais nazis. A la différence de Klaus Rainer Röhl, bien peu d’entre eux ont fait leur autocritique, et ils continuent malheureusement à diffuser parmi les jeunes intellectuels les métastases de la Stasi. Ainsi la « firme » comme on l’appelait, et sa maison mère le KGB, ne sont pas vraiment mortes en 1989-90. Elles empestent encore l’Europe.
Jean-Gérard Lapacherie
● Un nouvel institut d'études stratégiques
L’Ecole militaire de Paris a créé un Institut d’études stratégiques, l’IRSEM, réunissant une cinquantaine de personnes, dont 25 chercheurs, permettant de faire travailler ensembles des universitaires et des militaires. C'est déjà, peu de mois après sa naissance, un nouvel acteur dans le débat stratégique français et international sur les questions stratégiques de défense et de sécurité. Son directeur, Frédéric Charillon, fait état de « la cascade de chocs qui ont marqué depuis la fin de la bipolarité, de la nature énigmatique du système international qui en résulte, de la profusion des acteurs, de la variété des conflits, de la mutation de la sociologie militaire comme autant de défis » qui « réclament de nouvelles pensées, de nouvelles approches et de nouveaux concepts ». Il s’agira d’ouvrir « des regards novateurs » sur ce monde plus complexe et nouvellement dangereux, sans les aprioris des écoles de pensées, des courants universitaires et des chapelles.