POLITIQUE ECONOMIQUE
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POLITIQUE ECONOMIQUE
▪ Deuxième trimestre: faible croissance allemande et française
Au second trimestre 2011, l’économie allemande a subi elle aussi un ralentissement : 0,1 seulement de croissance. Certes, l’année 2011 serait bonne quand même, avec 3% de croissance, pronostiquait l’Institut d’Economie de Berlin (DIW), étant donné l’avance prise au premier trimestre et un recul de l’inflation et des augmentations de salaires prévus au troisième et quatrième trimestres. Sans doute, les entreprises ont-elles beaucoup importé pour refaire leurs stocks de matières premières dont les prix ont baissé. Cependant, les experts relevaient un léger recul des exportations et une consommation intérieure plutôt faible. Il ne faudrait pas que l’exportation faiblisse, car elle restait, selon cet institut, le moteur de la conjoncture allemande. Toujours est-il que la conjoncture allemande à l’étonnement général a été au troisième trimestre à peine supérieure à celle de la France (0% de croissance). On présume que la débâcle boursière au troisième trimestre pèsera à nouveau sur la croissance.
▪ Allemagne : une économie florissante et une communication bancale
Les Allemands sont de plus en plus satisfaits, persuadés que leur situation économique s’améliore. Et c’est elle qui compte pour eux. Les sondages en font foi. Le nombre des chômeurs diminue systématiquement. Dans ce pays de plus de 80 millions de personnes, ils n’étaient plus en avril 2011 que 3,078 millions à chercher un emploi, soit 132 000 de moins qu’en mars et 321 000 de mois qu’un an plus tôt. Selon les instituts de conjoncture, leur nombre va passer nettement au-dessous de 3 millions ce trimestre et descendrait à 2, 8 millions dans l’année. Soit un taux de chômage de 6,9 %, pratiquement le plein-emploi. On comptera cette année 430 000 emplois de plus et 275 000 l’an prochain.
Ce qui frappe : les impulsions les plus fortes sont venues de la demande intérieure. Et c’est une nouveauté Outre-Rhin. La contribution de la consommation intérieure à la croissance va dépasser les 80 %. « Notre croissance se réalise sur une large base », a estimé Rainer Brüderle, ministre de l’Economie. « Plus la croissance dure, plus elle s’élargit ». A l’origine, la croissance prévue par l’Institut de l’Economie Allemande (DIW) n’était que de 2,7 %. Maintenant, cet institut prévoit jusqu’à 2, 7 % en 2011. Une ombre au tableau : les experts tablent cette année sur une montée des prix de plus de 2 %. Mais les négociations salariales ne pèseront pas sur les prix. L’industrie aurait assez de marge grâce à l’augmentation de sa production et de sa productivité pour relever les salaires de 3 %. Mais en 2012, il faudra à nouveau freiner, car la « spirale prix-salaires » pourrait s’emballer, selon Bert Rürup, président du directoire du DIW.
La grande industrie n’est pas seule à se dire satisfaite. C’est également le cas des PME. Selon un sondage de la Creditreform, une PME sur trois déclarait que depuis l’automne 2010 ses commandes augmentaient et il en allait de même du chiffre d’affaires pour le tiers des entreprises. Seulement 15 % des entreprises du secteur enregistraient un recul de leurs commandes et un cinquième d’entre elles une baisse de leur chiffre. Dans une bonne moitié des 4 300 entreprises interrogées, les affaires allaient « bien », voire « très bien ». L’année précédente, un tiers seulement des mêmes entreprises se déclaraient satisfaites.
La consommation domestique n’empêche pas l’envol de l’exportation. Le rayonnement du « Made in Germany » a repris tout son éclat. Les entreprises chinoises et indiennes ont commandé des machines et des usines en Allemagne et la classe moyenne qui s’étoffe dans les pays émergents se rue sur les Audi, BMW et Mercedes. En Chine notamment, où les ventes d’automobiles avaient augmenté au premier trimestre 2011 de 12% (3,1 millions de véhicules vendus), les marques allemandes on vu leur chiffre d’affaires croître de 30 % (637 800 véhicules vendus). Le ministre de l’Economie, Rainer Brüderle (parti libéral FDP) est le grand gagnant de la reprise alors que son collègue des Finances Wolfgang Schäuble peine encore à replâtrer l’euro. Brüderle a relevé son pronostic de croissance de 2011 de 0,3 % à 2,6 %. L’an prochain, la courbe devrait s’aplanir un peu, à 1,8 %, mais on ne peut jurer de rien au rythme actuel.
Les raisons de ce succès sont multiples. L’Allemagne avait réformé ses pratiques économiques avant la crise alors que nombre d’Etats dont la France ont été obligés de le faire pendant la crise, face à la fronde sociale. De plus, les syndicats allemands ont accepté des restrictions de salaires, voire du travail à temps partiel, à condition que les salariés conservent leur emploi. Dès que l’économie a démarré, tout les bras et les talents étaient là pour faire face et les salaires sont revenus à leur niveau normal. En France, on avait licencié du personnel et les revendications salariales, provoquant des conflits graves, et l’empoigne se poursuivait. Pas question pour les syndicats encore attachés à la lutte de classes marxiste d’accepter des sacrifices. D’où des fermetures en masse d’unités de production sur le territoire national et une désindustrialisation pernicieuse. L’ambiance dans la main d’œuvre française évoluait entre panique et désespoir. S’ajoute qu’en Allemagne, la population accepte aujourd’hui des sacrifices pour réduire les dettes, pratique peu prisée en France et refusée aux Etats-Unis.
Restent les incertitudes relatives à la monnaie européenne, c'est-à-dire à propos des écarts entre les économies de la Zone euro. Si la raréfaction du pétrole s’accentue, suite aux troubles dans les Etats arabes, cela pèsera sur tous, mais plus encore sur les plus faibles et les plus endettés dont les emprunts se monnayent à des taux prohibitifs. L’Allemagne est la grande bénéficiaire de la monnaie unique, mais avec le handicap que son économie florissante aspire les moyens de paiement des économies plus faibles de la zone. Tout se passe comme si l’organisme le plus sain pompait le sang des individus anémiés. Voilà un effet de l’euro auquel on ne s’était pas du tout attendu. On pensait au contraire que la locomotive tracterait les autres toujours plus haut, vers le sommet. Au contraire, elle les enfonce. Il faut donc compenser par des mécanismes de stabilisation, des crédits en faveur des canards boiteux de l’Union. C’est presque grotesque de voir l’économie connaître un boom en Allemagne alors que la France peine à sortir de la crise et que d’autres Etats de la Zone euro luttent pour la survie.
Les Allemands ne devraient pas s’étonner que cela suscite des jalousies, voire de l’hostilité chez certains voisins. Mais, au lieu de cela, ils se considèrent comme les victimes de la Zone euro. Dans certains milieux allemands où le souverainisme progresse, milieux nationalistes, droite conservatrice, grandes entreprises et banques, on n’appelle plus l’Union Monétaire européenne que l’« Union des transferts », c'est-à-dire un organisme qui n’a d’autre but que de transférer l’argent de la bourse des Allemands dans le porte-monnaie des autres alors que ladite Union Monétaire continue à favoriser le commerce allemand en Europe. Plus grave est encore le fait que ce Second Miracle Economique allemand ne soit pas mir en relation avec la politique du gouvernement Merkel. Pourtant, depuis que Mme Merkel est arrivée au pouvoir en 2005, le nombre des chômeurs en Allemagne a reculé de 1,7 million malgré le passage dévastateur de la crise qui avait vu le PIB allemand reculer de 4,7 % en 2009. Il semble la communication du gouvernement pèche par omission. En Allemagne comme en France, la population dans sa majorité attribue au gouvernement les échecs et refuse de lui accorder le bénéfice des progrès.
Brillant redémarrage de l’économie allemande
L’économie allemande a retrouvé sa forme. Depuis mai 2010, les exportations ont grimpé comme jamais depuis dix ans (77,5 milliards d’euros, 28,8 % de plus qu’un an avant, dépassé seulement en mai 2000 avec un plus de 30,7%)). Comment l’expliquer ? La baisse de l’euro a accru la compétitivité. Les exportations allemandes hors zone euro (+39,5%) ont été deux fois plus fortes que dans celle-ci. De plus, l’Allemagne fabrique les machines, véhicules et usines dont les économies émergentes, comme la Chine et le Brésil, ont besoin. Le ministre de l’Economie, Rainer Brüderle, libéral, a parlé d’une « croissance XL » et admis que « peu avant il n’aurait jamais cru cela possible ».
Depuis le
deuxième trimestre 2010, le PIB allemand a retrouvé sa croissance d’avant la crise et a largement compensé les pertes de 2009, atteignant en avril-juin un plus de 2,2%. On imagine 2,5% à 3% de croissance annuelle en 2010 et 2011. L’Allemagne confirme ainsi son rôle de locomotive de l’Europe, fragile encore financièrement, mais boosté par l’industrie. Elle tracte ses partenaires en avant, en achetant leurs produits, en investissant chez eux. L’ennui, c’est que la domination allemande dans l’UE se renforce, les Etats du Sud de l’UE n’étant pas au diapason, selon Eurostat : 0,6% de croissance en France, 0,2% en Espagne et -1,5% en Grèce. On ne voit pas très bien comment Bercy peut, en France, afficher l'optimisme. La consommation des ménages français a reculé et le chômage a augmenté. Or, en France, la consommation intérieure était le principal soutien de la croissance. Notre pays est aujourd’hui à la traîne, plombé par une maladie politique et sociale que le docteur Sarkozy n’a pu traiter que très partiellement. La France n’a pu réparer cette fois sa désindustrialisation pour se hisser au niveau d’une Allemagne dont l’industrie est florissante.Néanmoins, le ministère français des Finances prévoit une croissance de 1,4% pour 2010. De plus le chômage devrait reculer. Christine Lagarde a déclaré à la télévision française que la croissance allemande était une bonne chose, ainsi les Allemands achèteront des produits français.Une fois de plus, comme au temps de son « miracle économique » de 1954-1974, l’Allemagne a retrouvé son identité bien à elle. Elle accomplit actuellement alors que de nombreux pays d'Europe, Pologne exceptée, peinent à sortir de la crise, son "miracle économique bis". Mais alors qu’à l’époque, elle n’était que revenue dans le cercle des pays prospères, elle est aujourd’hui passée à leur tête. A l’époque, la France avait été dopée par ses « Trente Glorieuses ». Angela Merkel conserve ainsi son rang de meneuse, à bonne distance du peloton européen. Et elle a revendiqué pour son pays devant ses compatriotes le titre de leader de l'Europe, ce qui aidera à leur faire passer la pilule des débours en faveur de la Facilité monétaire européenne. De plus, elle va faire danser l'Europe à la petite musique allemande, de l'austérité, de la compétitivité, de la responsabilité pour les dettes et de la convergence. Elle veut même que toute l'Europe passe à la retraite à 67 ans. Ce n'est pas Nicolas Sarkozy qui la contredira. Certes, l’Allemagne avait trébuché elle aussi sur la crise mondiale. Très dépendante du commerce extérieur, elle a subi en 2009 une croissance négative deux fois plus grave (- 4,9% de recul du PIB) que celle de la France, mais elle s’est vite relevée ayant misé sur des coûts de production bas et sur la production des véhicules utilitaires, machines outils et unités de production clés en mains dont les pays émergents avaient besoin. Elle n’avait pas beaucoup licencié, gardant ses bons ouvriers, elle a misé, avec l’accord des syndicats, sur des gels de salaires et des réductions momentanées d’horaires qui purent s’allonger avec le retour de la demande.
Qu’on en juge : la première économie européenne a affiché en 2010 une croissance de 3,6% et a relevé ses prévisions pour 2011 à 2,3%, contre 1, 8% attendus précédemment par le gouvernement, et très au-dessus donc des prévisions de croissance 2011 de la zone euro qui s’établiront à 1,5% de moyenne selon Bruxelles. Berlin rentrera dès cette année dans les clous du Pacte de stabilité avec seulement 2,5% de déficit budgétaire. L’ombre au tableau reste sa dette cumulée de 1.791.300 000.000 euros au 30 décembre 2010, supérieure, elle, au critère des 60% du PIB requis par Maastricht, mais tout de même inférieure à celle de la France.
De son côté, l
e Royaume Uni affiche lui aussi l'optimisme avec un PIB qui a crû de 1,6% sur les douze derniers mois, la première hausse annuelle depuis deux ans. Cette croissance est due à de bonnes performances dans les services aux entreprises, la finance et le BTP. Au deuxième trimestre 2010, le PIB a progressé deux fois plus vite que prévu par les économistes des la City. Et cela, malgré la très forte diminution des dépenses publiques. Seulement l'augmentation de la TVA qui est passée de 17,5% à 20% le 4 janvier prochain pourrait avoir des conséquences négatives sur la consommation.
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L’incroyable enquête de Pierre Jovanovic : «Blythe Masters et sa banque
J.P. Morgan seront à l'origine de la prochaine révolution mondiale. »
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Pierre Jovanovic est l’auteur de nombreux succès de librairie
comme «Enquête sur l’existence des Anges gardiens», «Notre Dame de
l’Apocalypse» ou encore «777 : la chute du Vatican et de Wall Street
selon Saint Jean». Il est venu au micro de la radio d’actualité du
littoral de Loire-Atlantique Kernews pour y présenter son dernier livre,
intitulé «Blythe Masters». Une enquête qui prolonge ses deux précédents
ouvrages consacrés aux catastrophes annoncées pour les prochaines
années… Or, ce qu’il a écrit il y a déjà trois ans semble hélas se
vérifier aujourd'hui... Pierre Jovanovic nous fait découvrir la femme la
plus puissante de la planète, celle qui est indirectement à l’origine
des émeutes en Afrique et dans le monde arabe. Il nous explique
pourquoi, selon lui, cette personne pourrait être à l’origine de la
prochaine révolution française… Un entretien passionnant, mais qui fait
froid dans le dos…
Kernews : Comment avez-vous été amené à enquêter sur Blythe Masters ?
Pierre Jovanovic : Blythe Masters, c’est la banquière de la J.P. Morgan
qui est tout simplement à l'origine de la crise mondiale. Rien que ça !
C'est elle qui a inventé en 1994 les fameux «credit default swaps» et
cela tellement bien fonctionné que tout le monde est enchaîné : de la
plus petite banque régionale à la plus grande banque centrale ! Même les
organismes HLM ont été confier leur argent dans des «credit default
swaps» et ce sont les locataires qui voient leurs loyers augmenter pour
compenser les pertes enregistrées avec ces «credit default swaps». C'est
une banquière anglaise qui a fait toute sa carrière à la J.P. Morgan.
Elle a commencé comme simple stagiaire. Elle a ensuite été trader à
Londres et elle s'est retrouvée dans l'équipe du projet Manhattan,
c'est-à-dire la bombe nucléaire financière des Américains. Je rappelle
quand même dans mon livre que cette idée de la permutation de l'impayé
est à l’origine une idée d'Honoré de Balzac...
Est-elle la femme la plus puissante de la planète ?
C'est la femme la plus puissante de la planète. Dans l'histoire humaine,
jamais aucune reine ou aucune impératrice n’a eu autant d'argent à sa
disposition… Je peux vous dire que toutes les révolutions qui sont en
cours dans le monde sont dues à la spéculation des banques sur les
matières premières et c'est un plan qui a été mis en place à partir de
2007.
Pourquoi le nom de cette femme est-il inconnu du grand public ?
Elle est la patronne du département des matières premières et il est
vital que la banque J.P.
Morgan ne soit pas exposée médiatiquement. Le service des relations
presse de la banque a tout fait pour que Blythe Masters n'apparaisse
nulle part. Donc, c'est la femme la plus méconnue et c'est aussi la
femme la plus puissante qui vive aujourd'hui sur la planète. Il suffit
qu'elle passe n'importe quel coup de fil pour ruiner n'importe quel pays
d'Afrique ou du Moyen-Orient ! C'est elle qui a acheté récemment toute
la production de cuivre dans le monde et elle a contribué à faire monter
les cours. Elle spécule sur les matières premières, y compris sur les
produits agricoles, et c'est la raison pour laquelle j'affirme que
Blythe Masters et sa banque J.P. Morgan seront à l'origine de la
prochaine révolution mondiale. N'oubliez pas que les émeutes en Tunisie
et en Égypte ont commencé lorsque les gens se sont mis à dénoncer la
hausse des prix sur la farine et le sucre ! La hausse des produits
agricoles expose tous ceux qui gagnent très peu d'argent. Je peux vous
dire que des millions de Français vont se prendre les prochaines
augmentations en pleine figure et je suis convaincu qu'en ajoutant cela
à tout le reste, on va voir se produire la prochaine révolution
française. Plus rien ne peut arrêter ce train, car les banques sont en
train de spéculer sur les matières agricoles en achetant toute la
production agricole mondiale.
Vous en êtes presque arrivé à la conclusion que les anges ou les
démons qui veillent sur elle l'ont posée sur les rails dès son
adolescence…
C'est vraiment le sentiment que j'ai. D'abord, c'est une femme d'une
intelligence absolument remarquable. Elle est diplômée de Cambridge,
particulièrement de Trinity qui a vu fleurir une trentaine de Prix
Nobel… En plus, c'est une femme extrêmement fidèle : elle n'a jamais
changé de banque, alors que dans ce monde financier les gens changent de
banque très régulièrement lorsqu'on leur propose 1 ou 2 millions de
dollars de plus… Grâce à elle, la J.P. Morgan est devenue la banque plus
puissante du monde. Elle a à sa disposition non seulement l'argent de la
banque, mais aussi l'argent de tous ses clients…
Vous avez essayé d'analyser ce que Blythe Masters nous prépare pour
les prochaines années et c'est sans doute le passage qui a le plus
intéressé Nicolas Sarkozy, qui vous l'a fait savoir personnellement…
Lorsque Nicolas Sarkozy était à Davos, le patron de la J.P. Morgan s’est
levé en posant une
question extrêmement agressive au président de la République. Nicolas
Sarkozy s'est mis en
colère, en lui disant que les banques étaient devenues des asiles de
fous et qu’il avait un sacré toupet de lui demander de cesser tout
projet de régulation sur les banques. Nicolas Sarkozy m’a du reste
confirmé qu'il voulait, plus que jamais, réguler les marchés financiers,
notamment tout ce qui touche l'agro-alimentaire. Malheureusement, je
crains qu'il ne puisse pas faire grand-chose, parce que le monde
anglo-saxon est infiniment plus puissant… D'autant qu’il ne lui reste
plus qu'un an de mandat et, après, ce sera quelqu'un d'autre…
Justement, il paraît que vous avez déjà fait votre pronostic pour
2012…
Regardez ce qui s'est passé en Irlande : le parti historique a été
nettoyé, les Irlandais se sont levés pour virer les sortants et c'est le
nationalisme qui remonte en flèche en Irlande. Maintenant, les banques
centrales et tous ceux qui ont mis en esclavage les Irlandais commencent
à avoir peur que le gouvernement irlandais leur fasse un bras d’honneur…
Ensuite, tout est en train de dégénérer, avec la hausse du pétrole, la
hausse des matières premières… Tous les spéculateurs gagnent des
milliards pendant ce temps. Mon sentiment, à la lueur de la spéculation
sur les matières premières, c’est qu’en France, la colère des gens va
être telle que Marine Le Pen peut passer au premier tour ! C'est aussi
simple que cela. C'est vraiment mon sentiment.
Pendant ce temps Blythe Masters continue d'acheter…
Rendez-vous compte : Jean-Louis Borloo, lorsqu'il était encore ministre,
lui a donné l'autorisation de vendre du gaz aux Français ! Le fait de
tout privatiser va nous conduire dans une situation absolument
désespérée. Il y a une dizaine d'années, nous avions encore un
équilibre, avec des services publics. Maintenant, il faut impérativement
tout vendre et tout privatiser pour que les gros actionnaires puissent
gagner encore plus d'argent ! C'est la privatisation à outrance et les
Français vont faire payer cela très cher au gouvernement. Je me suis
procuré les plans de Blythe Masters et je ne suis même plus certain que
l'on puisse aller jusqu'aux élections de 2012 sans qu'il y ait des
émeutes en France... Les banquiers nous ont volé notre liberté de
disposer de notre argent. Dans n'importe quel bureau de Poste, il
fallait auparavant 48 heures pour retirer plus de 1500 euros. Maintenant
c’est cinq jours, huit jours dans certains bureaux… Mais de quel droit
les banques empêchent-elles les Français de disposer de leur argent ?
Tout simplement parce qu'elles sont ruinées et dans l'insolvabilité la
plus totale, comme en Espagne et au Portugal… C'est la raison pour
laquelle elles se donnent huit jours de plus d'oxygène. Actuellement, je
commence à recevoir des témoignages sur le comportement de certaines
banques qui retirent automatiquement les liquidités du compte courant de
certaines personnes âgées afin de placer cet argent, sans même leur
demander la permission ! La situation est grave. Les politiques n'ont
plus aucun pouvoir en France. Tout se décide à Bruxelles, et, pendant ce
temps, les banques font ce qu'elles veulent, elles rachètent tout et les
prix explosent partout. Croyez-moi, même les gens les plus lobotomisés
par la télévision, lorsqu'ils ne pourront plus remplir leur caddie, vont
descendre dans la rue…
«Blythe Masters» de Pierre Jovanovic est publié aux Editions du Jardin
des Livres.
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Une nouvelle étape dans la révolution « Internet »
par Henri Conze
Nous vivons aujourd’hui une nouvelle étape dans la révolution « Internet » que nous connaissons depuis quinze à vingt ans. Quelle est-elle et que va-t-elle changer dans notre vie, notre société, notre économie, etc. ? Plusieurs grandes questions se posent concernant l’industrie des logiciels, les moyens assurant la sécurité et la confiance, la fin probable de l’anonymat des utilisateurs, les moyens de calcul et de traitement des informations, le rôle des opérateurs ; etc.
Cette évolution est un défi économique pour l’Europe et la France. On peut regretter que l’Europe n’ait pas su prendre il y a quelques années une place significative dans l’économie d’Internet, laissant aux Etats-Unis le quasi-monopole du domaine du « software » (Microsoft, Google, IBM, etc.) et aux Etats-Unis et à l’Asie celui des composants et des matériels (IBM, Intel, HP, Toshiba, etc.). Nous en voyons aujourd’hui les conséquences sur la balance de notre commerce extérieur ainsi que sur les rentrées fiscales de nos Etats ! Or, l’apparition prochaine d’une nouvelle génération du monde Internet peut redonner une chance à l’Europe et à la France.
Mais cette évolution est, aussi, un défi pour notre société. Nous constatons, depuis plusieurs années, le rôle que joue Internet dans nos vies, dans les rapports entre individus et le débat politique. Ce qui s’est passé et se passe aujourd’hui en Tunisie et en Egypte est la preuve, que certains avaient compris depuis longtemps, de la part désormais éminente des technologies de l’information et de la communication dans le destin des peuples.
Le Forum du Futur a décidé de prendre ces questions comme un des thèmes majeurs de ses réflexions pour 2011.
Le « Cloud Computing » ou une nouvelle architecture pour Internet
Nous connaissons et vivons depuis quelques années la révolution économique, culturelle et sociale engendrée par les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Internet, le téléphone mobile, la haute définition en sont les éléments les plus visibles. Ne croyons pas que cette révolution s’essouffle ou va connaître une pause. Le progrès des technologies se poursuit au même rythme que celui que nous avons connu dans les dernières décennies. Il est, en effet, stupéfiant de constater que la loi de Moore, du nom de son auteur qui la conçut en 1965, continue de s’appliquer en 2010 : Le nombre de transistors par circuit de même taille double tous les 18 mois ! Cela signifie, concrètement, que, depuis un an, nous avons les premiers calculateurs capables de traiter plus du million de milliards d’opérations par seconde, la possibilité de stocker dans un objet de la taille d’un stylo toutes les données et informations dont un individu aura besoin dans sa vie entière et enfin celle de pouvoir les crypter et les transmettre par Internet en toute sécurité. Ajoutons à cette liste la banalisation d’Internet à très haut débit (cent millions à un milliard de digits par seconde) ainsi que la mobilité des utilisateurs voulant avoir accès en toute sécurité à leurs processus et à leurs données où qu’ils soient, et nous avons les quatre pièces du « puzzle » d’une nouvelle étape dans la révolution « Internet » que nous vivons depuis quinze à vingt ans. Quelle est-elle et que va-t-elle changer dans notre vie, notre économie, etc. ?
Aujourd’hui, une part considérable de l’humanité possède un ordinateur personnel, ou PC, qui comporte une partie « calcul » constituée en particulier d’un microprocesseur, d’un nombre limité de logiciels « scellés » et à demeure (propriété du concepteur, par exemple Microsoft) correspondant aux différents besoins de l’utilisateur et des outils de dialogue (clavier, imprimante, etc.). La plupart des services qu’attend l’utilisateur sont donc traités « in situ », Internet servant de réseau d’échange d’informations et de données et, de plus en plus, en raison du développement du haut débit, de transfert de certains services. L’architecture actuelle est extrêmement décentralisée. Demain, il suffira de rassembler les quatre morceaux du puzzle défini précédemment pour passer à une architecture très centralisée : un nombre relativement réduit de centrales informatiques remplaceront la myriade de petits calculateurs que sont tous nos PC ; tous les services que nous demanderons seront élaborés en toute sécurité et en temps réel dans ces « centrales informatiques » à partir de logiciels en partie libres, constamment mis à jour en fonction de l’expérience, du progrès technologique et de l’évolution de la demande : c’est l’avènement de ce que l’on appelle aujourd’hui le « cloud computing », ou informatique externalisée et à la demande, qu’en réalité il faudrait appeler « Internet nouvelle génération » et que par facilité nous appellerons « le nuage ».
Les avantages de cette architecture par rapport à celle d’aujourd’hui sont multiples. Deux sont essentiels : d’une part, le coût, en raison du nombre de microprocesseurs à mettre globalement en oeuvre, divisé par mille ou dix mille, et de la transformation de l’économie des logiciels, le « client » n’étant plus contraint de les acquérir, mais les rémunérant au service rendu ; d’autre part, la très grande capacité de progrès découlant de la possibilité pour chacun de disposer d’outils logiciels constamment mis à niveau par les concepteurs en fonction de la demande et des progrès technologiques. Ainsi, l’informatique va connaître la même révolution qu’a connue l’électricité dans la première partie du 20ème siècle : en 1900, chaque utilisateur produisait sa propre électricité. Trente ou quarante ans plus tard, l’électricité, produite par quelques très grandes centrales, était transportée d’un bout à l’autre d’un pays, d’un continent, jusqu’à son utilisateur final. Est-ce simplement une image, ou, comme le pensent certains, une évidence puisqu’il s’agit, dans les deux cas, d’une affaire d’électrons et de réseaux !
Etant donné ces évolutions, plusieurs grandes questions se posent : l’évolution de l’industrie des logiciels ; celle des moyens assurant la sécurité et la confiance, ce qui passe, probablement, par la fin de l’anonymat des utilisateurs ; les moyens de calcul et de traitement des informations ; le rôle des opérateurs ; etc. Concernant ces domaines, évoquons, parmi beaucoup d’autres, quelques idées ou faits susceptibles de guider les réflexions.
Les logiciels
Le fabricant d'applications est encore éditeur de logiciels. Avec la future architecture Internet, les utilisateurs ne voudront plus de logiciels « propriétaires » dont les licences sont chères, dont la maintenance et la gestion des versions sont complexes, qu'il faut en permanence adapter aux évolutions de l'infrastructure ; cette façon de faire est trop compliquée et trop coûteuse! Les utilisateurs demanderont des logiciels installés ailleurs que sur leur propre terminal (PC), par exemple dans les grandes centrales informatiques. L’éditeur aura à faire son affaire de tous les problèmes techniques et d'exploitation. Alors, l'utilisateur sera prêt à lui acheter le service que rendent ses produits, en y accédant à travers le réseau selon ses besoins et en le payant à la consommation. Tout le modèle économique des SSII est bouleversé : l'éditeur de logiciel devient fournisseur de service à la demande.
Cependant, les principaux éditeurs ne semblent pas s’alarmer. Pour Microsoft « Le nuage ne doit pas représenter une fin, mais bien un moyen, utile notamment pour accélérer la convergence dans l’industrie numérique. Mais, en réalité, Microsoft a du opérer une modification considérable de ses offres et de ses priorités opérationnelles.
Confiance et sécurité
Le premier frein au développement du nuage est la sécurité. Beaucoup d'administrations, d'entreprises, voire d'individus, hésitent à confier leurs données à un système dont ils ne connaissent que l'émetteur de leur facture d'abonnement. L'inquiétude est aussi forte en ce qui concerne leurs applications, même s'ils identifient mieux l'éditeur de logiciel comme fournisseur de service. La réponse à cette inquiétude s'exprime d'abord en termes techniques avec les outils de la Sécurité des Systèmes d'Information (SSI), la protection des processus et des données, la protection de l'exploitation, etc.
Mais elle s'exprime surtout en terme de confiance dans le comportement des systèmes techniques ainsi que dans celui des hommes et des entreprises qui les construisent et qui les servent. C'est l'ensemble de ces questions qui conduit à parler d'infrastructure de confiance, au sens où l'utilisateur peut être certain que l'accès à ses données respectera strictement les règles qu'il a fixées, que l'intégrité de ses processus sera garantie, bref qu'aucun comportement imprévu du système ne le menacera.
Identité et sécurité
Le patron de Google, Eric Schmidt, a déclaré, à propos de la manière dont Internet devrait évoluer dans les années à venir : « La seule façon de faire pour qu'il fonctionne de façon transparente est d'en finir avec l'anonymat ». Pour être plus clair encore sur l'obligation, selon lui, d'identifier individuellement les internautes, il précisait : « Il nous faut un service qui vérifie l'identité des gens. De toute façon, les gouvernements le réclameront bientôt. » Ces propos ont sérieusement choqué ceux qui pensaient que l'anonymat était l'une des caractéristiques fondamentales du Web et qu'il devait le rester. Malgré tout, en juin dernier, le gouvernement américain, tout en reconnaissant la valeur de l’anonymat pour un grand nombre d’opérations en ligne, proposait une identité numérique unique bien que non obligatoire. Celle-ci serait fondée sur la possession d'une carte à puce capable d'identifier l'empreinte digitale de l'internaute qui devrait montrer patte blanche, via un lecteur relié à son ordinateur, quand il se connecterait à Internet. Il est clair qu’une telle initiative soulève la question de la position de l’Europe à son égard (1). Pourquoi de telles déclarations ? L'économie américaine, plus que n'importe quelle autre, est organisée en fonction d'Internet. Elle est devenue particulièrement dépendante du bon fonctionnement du réseau et surtout de la confiance qu'il inspire aux internautes consommateurs. Les banques, par exemple, ont tellement licencié et supprimé d'agences qu'elles seraient incapables de faire face si leurs clients, perdant confiance dans la banque en ligne, retournaient faire la queue au guichet. Les secteurs du tourisme (agences de voyages en ligne), du commerce de détail, des transports (livraisons à domicile), pour ne citer qu'eux, se sont massivement réorganisés en fonction de ce qu'apporte le réseau. Il devra d'autant plus inspirer confiance que la révolution de l'informatique nomade s'annonce, rendant encore plus nécessaire une confiance réciproque entre marchand et consommateur.
Calculateurs et centrales informatiques
Les progrès technologiques modifient profondément les conditions de conduite des programmes de nouveaux calculateurs scientifiques (HPC ou High Performance Computing) et, espérons le, vont changer notre relative indifférence devant le monopole des Etats-Unis. Pendant quarante ans, quelques utilisateurs américains, essentiellement les laboratoires nucléaires et les services de renseignement, ont défini à intervalles réguliers des objectifs et financé et utilisé les premiers exemplaires de chaque nouvelle génération de super calculateur, à usage d’abord scientifique, conçue et développée par l’une ou l’autre des sociétés IBM, CDC, CRAY et HP. Les autres utilisateurs, civils ou agences au travers du monde, achetaient, souvent avec retard ou sous la menace d’un embargo, ces matériels. Le fait que les spécifications aient été définies par un autre ne nous gênaient pas vraiment (ce n’était pas le cas de l’embargo !), car les besoins n’avaient pas, alors, de nationalité.
Il en est tout autrement quand la puissance de traitement accessible conduit des utilisateurs, autres que les traditionnels, à devoir ou vouloir intervenir en amont, dès le stade des spécifications, que ce soit pour le traitement des informations ou des simulations scientifiques aux conséquences économiques désormais essentielles (biotechnologies, nanotechnologies, sciences de la vie, etc.).
Concernant le « nuage », les centrales informatiques correspondantes seront des machines plus intégrées, construites sur des milliers de processeurs en parallèle, qui partagent de la mémoire et des bus à haute vitesse, ainsi que des accès réseau à haut débit et une périphérie complète. Ce type d'architecture est similaire à celle retenue pour construire des calculateurs HPC destinés aux applications de calcul scientifique. Il y a une expérience, des compétences, des savoir faire, et peut-être des produits à partager entre les machines HPC et les centrales informatiques, tout en notant des différences importantes entre elles, par exemple sur la question du stockage.
Quel avenir pour les opérateurs ?
Les opérateurs de télécommunications sont en danger ; compte tenu des règles de gestion d’Internet, ils ne réussissent pas à faire payer le juste prix à ceux qui génèrent du trafic et leurs tentatives de diversification dans les contenus ne connaissent pas une très grande réussite. Notons que s’ils poursuivent dans cette voie, une "collision" avec les fournisseurs d'informatique n'est pas à exclure... Un exemple de la menace sur les opérateurs est celle venant d’Apple qui a conçu avec le spécialiste des cartes à puce Gemalto une solution pour distribuer un téléphone avec une carte SIM scellée. Il deviendrait en quelque sorte opérateur mobile virtuel et vendrait les abonnements. C'est le scénario catastrophe pour les opérateurs. Le constructeur de l’iPhone a commencé à présenter sa vision de leur métier à ATT, Verizon, Deutsche Telekom, Telefonica, et en France à Orange, SFR, Bouygues Telecom. Pour Apple, les opérateurs ne seront guère plus que des responsables de la maintenance d'un réseau de tuyaux, doublés de banquiers qui pourraient subventionner son téléphone. Apple travaille depuis un certain temps avec le spécialiste français de la carte à puce Gemalto pour gérer lui-même sa propre carte SIM, scellée dans chaque téléphone. Il s'agirait d'un premier pas vers une carte SIM entièrement logicielle, non matérialisée dans une puce comportant également de la mémoire flash pour activer le téléphone sur le réseau de l'opérateur, et une partie ROM stockant les informations liées à la sécurité et à la connectivité. Apple aurait ainsi la mainmise sur des informations telles que le type de forfait, le relevé des communications, etc.
Un défi pour l’Europe et la France.
Nous regrettons que l’Europe n’ait pas su prendre une place significative dans l’économie d’Internet, laissant aux Etats-Unis le quasi-monopole du domaine du « software » (Microsoft, Google, IBM, etc.) et aux Etats-Unis et à l’Asie celui des composants et des matériels (IBM, Intel, HP, Toshiba, etc.). Nous en voyons aujourd’hui les conséquences sur la balance de notre commerce extérieur ainsi que sur les rentrées fiscales de nos Etats ! Or, l’apparition prochaine d’une nouvelle génération du monde Internet peut redonner une chance à l’Europe et à la France.
Prenons l’exemple du domaine stratégique des grands calculateurs. Comme nous l’avons vu précédemment, les utilisateurs interviendront de plus en plus en amont dans leur définition. Pouvons nous donc, en Europe, accepter de renoncer à la capacité de concevoir des architectures informatiques adaptées à nos objectifs, et donc renoncer aux moyens et à l’industrie correspondants? Nos besoins vont le plus souvent être les mêmes que ceux de nos partenaires, mais aussi concurrents, américains et asiatiques, mais nos priorités, nos choix, nos investissements, etc., peuvent être différents, et le seront, sauf si nos décisions sont préemptées par des moyens de traitement informatiques définis par d’autres imposant ainsi leurs priorités, leurs choix et leurs propres investissements. Ainsi, le maintien d’une compétence de haut niveau en matière d’architecture informatique, donc la liberté de concevoir, va être une condition nécessaire du développement d’une part très importante de notre économie de demain. Mais la voie est étroite, car il ne s’agit pas de faire renaître de catastrophiques « plans calcul », ni de créer de nouveaux monopoles ou de renoncer à la libre compétition (à condition qu’elle soit équilibrée), mais bien d’assurer la survie raisonnable de compétences au service de l’économie française, allemande et européenne, nous permettant, en évitant de subir, de rester des acteurs.
Ne serait-ce que pour les deux raisons, évolution probable du monde de l’information (Internet) et rôle grandissant des calculs de haute performance dans ce que vont être les grands domaines de notre future économie (biotechnologies, nanotechnologies, sciences de la vie, etc.), il est urgent de définir et mettre en oeuvre une politique cohérente en matière de grands calculs (besoins, compétences, programmes et industrie). L’effort financier n’est certes pas négligeable, mais il est sans commune mesure avec les enjeux économiques dont il est une des clés. Ce défi est réaliste. Récemment, avec le calculateur Téra10 du CEA en 2005 et en octobre dernier avec le Téra 100 (1,05 pétaflops), Bull et le CEA/DAM ont pu faire la démonstration que la France gardait des compétences certaines en matière d’architecture informatique. Nous avons là un des outils dont la France et, plus généralement, l’Europe ont tant besoin aujourd’hui : un levier, un multiplicateur de forces économiques.
En effet, le développement du nuage est un enjeu considérable au plan économique. D’après une étude britannique récente, les revenus générés par l’adoption du concept du « nuage » devraient atteindre, en 2015, 177 milliards d’euros pour les cinq premières économies européennes, dont plus de 37 pour la France ! Sommes nous capables de saisir cette chance, c'est-à-dire de développer suffisamment notre industrie pour qu’elle pourvoie à une telle demande et puisse profiter de l’explosion du marché mondial correspondant, face à la concurrence aujourd’hui américaine et, demain, aussi chinoise ? Resterons nous, au contraire, de simples consommateurs du nouvel Internet comme nous le sommes de l’ancien (2) ?
Conclusions
Nous allons assister à une révolution de l’économie de l’Internet. Tous les acteurs sont concernés et tout particulièrement les acteurs traditionnels qui vont devoir s’adapter. L'utilisateur va pouvoir transformer ses budgets d'investissement et de maintenance en coûts de fonctionnement plus réduits et la dématérialisation de son informatique sera une manifestation visible de la société de l'information. Le constructeur informatique va subir un changement de marché radical ; son client deviendra l'intégrateur d'infrastructure qui construit l'usine de l'opérateur ; la tentation sera forte, pour le constructeur, de compenser la réduction de marché, en volume et en nombre de clients, par un élargissement de l'offre, par exemple devenir intégrateur et, si la capacité d'investissement est là, opérateur. L'éditeur de logiciel se transformera en fournisseur de service ; ses revenus ne résulteront plus de l'habileté à vendre de nouvelles versions de logiciel, mais de l'art de gagner la fidélité d'abonnés.
Que fera l’Europe ? Elle a manqué le premier train Internet, le deuxième va passer, ne le manquons pas ! Il en va de l’avenir de nos SSII, de nos opérateurs et, plus généralement, d’un pan considérable de notre économie de demain. Si elle le veulent, la France, l’Allemagne et l’Europe ont les capacités industrielles et les moyens financiers pour être des acteurs de cette évolution : nous avons repris pied en architecture informatique, nous sommes très bien placés en ce qui concerne les concepts et l’utilisation des logiciels libres, la sécurité de l’information, le stockage des données, etc. Mais il s’agit de ne pas trop attendre car les Etats-Unis, en particulier, se préparent : contrats du Pentagone vers IBM et CRAY, désengagement d’IBM de l’industrie des PC, rapprochement de Microsoft et Google du monde du langage libre Linux, apparition des premières grandes centrales informatiques (Google..), etc. Quant à la Chine, il est clair qu’elle a perçu l’enjeu et ses efforts, comme ceux dans le domaine des grands calculateurs (un calculateur chinois est, depuis novembre, n°1 du « top 500 »), des microprocesseurs, etc. devraient nous inciter à nous réveiller !
Henri Conze
(1) Si ces initiatives prenaient corps, comment ne pas être inquiet face à la multiplicité des organismes qui, au nom du respect de la vie privée qui, bien entendu, mérite d’être prise en compte, mettent chez nous des obstacles au déploiement de solutions de sécurité que des opérateurs étrangers offriront sans réserve ? D’une façon générale, il est clair que le « nuage », c’est aussi la puissance informatique sans frontière. Les fournisseurs se mettront là où les contraintes règlementaires et fiscales seront les moins fortes, Internet leur assurant en tout état de cause un accès aux clients. Ce n’est pas un hasard si les premiers centres de service de bureau virtuel d’IBM et de Microsoft pour le marché européen sont en Irlande !
(2) Sur ce sujet éminemment stratégique, comment ne pas être aussi inquiet de la prise de position du vice président de la Commission Européenne en charge de l’agenda digital, qui insiste sur la sécurité des données pour inciter l’Europe à se lancer comme consommateur du nuage. Neelie Kroes évoque la nécessité de créer un espace européen de libre circulation des données, en harmonisant « la transposition de la directive de protection des données », pour éviter « les obstacles aux règles du marché unique », et surtout en définissant une série de règles favorables au cloud computing : « Cela pourrait signifier des mesures plus simples, plus harmonisées comme par exemple la standardisation des formulaires de notification. Nous souhaitons également encourager les initiatives d’autorégulation, telles que les Codes de Conduite ou de Pratiques à l’instar des « Binding corporate rules » qui existent pour les transferts internationaux de données. C’est de cette façon que les entreprises peuvent efficacement protéger et servir leurs clients ». Neelie Kroes se défend de vouloir mettre en place des mesures protectionnistes, qui pourraient favoriser les acteurs européens face aux géants américains, tels Google ou Microsoft, qui se positionnent petit à petit en Europe sur le marché du « cloud computing ». L’enjeu selon elle, est de créer les conditions de la confiance des consommateurs européens dans le nuage, afin de permettre à la technologie de se développer pleinement et de libérer son potentiel économique.
QUESTIONS
A/ Le nouveau concept
- La fin de l’anonymat sur Internet pour des raisons de sécurité est-elle inéluctable ? N’y a-t-il pas d’autres voies ? Sinon, quelles peuvent en être les conséquences ?
- Vers la fin des serveurs d’entreprise ? Conséquences sur les entreprises concernées (ex : IBM) ?
- Quelle évolution pour les flux et débits dans les réseaux due au nouveau concept d’Internet ? Faudra-t-il investir fortement ?
- Concernant les « intégrateurs », faut-il s’attendre à l’arrivée massive de nouveaux acteurs ou ceux traditionnels vont-ils occuper ce nouveau créneau ? Lesquels seraient, alors, les mieux placés (éditeurs, opérateurs, constructeurs) ?
- Dans la chaîne « constructeurs, éditeurs, opérateurs, intégrateurs » où va être généré l’essentiel de la valeur ? Sous quelle forme ?
- Faut-il s’attendre à un fort développement du concept des logiciels libres (ex : Linux), conséquence du « nuage » ?
B/ Problématique française
- Quelles compétences en France et en Europe dans les différents domaines technologiques et industriels mis en œuvre par le « nuage », face à la concurrence américaine et asiatique ?
- Quel avenir pour les acteurs traditionnels français concernés ? Atouts et faiblesses ? En particulier, les opérateurs peuvent-ils éviter de devenir de simples gestionnaires d’une infrastructure dont la valeur ajoutée serait transférée dans les centres de traitement du nuage ? Dans ce cas, on ne voit pas bien pourquoi ils seraient traités différemment de RFF ou de RTE...
- Afin de participer significativement au développement du nouvel Internet, l’industrie a-t-elle besoin de programmes d’amorçage de la part de l’Etat (ex : un « nuage » gouvernemental) ?
- Qu’est-il envisagé ou envisageable dans le cadre du « grand emprunt » dans les domaines concernés par le « nuage » ?
- Quelles initiatives pourrait prendre la France au niveau européen afin d’éviter que notre pays (voire l’Europe) ne soit pas pénalisé face à la concurrence mondiale par des contraintes règlementaires et fiscales surdimensionnées ?
C/ Problématique européenne
- Est-il possible de susciter une prise de conscience européenne, et comment, ou allons nous assister à « un chacun pour soi » au bénéfice des acteurs américains ?
- Comment gérer la présence considérable des sociétés américaines sur le marché européen de l’Internet, non seulement Google, Microsoft et d’autres, mais aussi celles traitant de la sécurité des informations (traitement, transfert, protection, etc.) ?
- Quelles peuvent être les conséquences du strict cloisonnement du traitement des questions de sécurité par chaque nation européenne ? Le développement d’une politique industrielle au niveau de l’Europe passe-t-il par la création d’un organe de sécurité commun ?
- Concernant la nécessité d’une identité numérique qui va peu à peu s’imposer, l’Europe sera-t-elle capable d’utiliser ses atouts ? En effet, les deux technologies majeures concernées sont la biométrie, dont le leader mondial est français, et la carte à puce dont les quatre premiers industriels mondiaux sont européens (trois français et un allemand). Comment résister à l’offensive américaine vis-à-vis de ces sociétés (ex : Ingenico) ?
(Ces questions sont soumises au débat lors d’un Séminaire du Forum du Futur qui a prévu à ce sujet une série de trois séminaires, chacun sous la forme d’une seule table ronde de deux heures. Ils sont ouverts, sur invitation, à des responsables politiques, économiques et industriels, ainsi qu’aux membres du Forum du Futur et à des représentants de la Presse. Serge Poignant, Président de la Commission des Affaires économiques de l'Assemblée Nationale, qui a encouragé cette initiative, met la salle de réunion de la Commission à la disposition des participants. Jacques Barrot, membre du Conseil Constitutionnel, ancien ministre et vice-président de la Commission européenne, a inauguré la première table ronde. Le premier séminaire sur l’évolution du concept Internet, s’est tenu le 3 mars 2011, le deuxième a porté le jeudi 24 mars sur le défi posé à la France et le troisième consacré au défi posé à l'Europe, a été fixé au 14 avril 2011. Dans l'article ci-dessous, Henri Conze dresse un bilan provisoire de ces premières rencontres").
▪ La nouvelle génération d’Internet préfigure une ère nouvelle, voire une nouvelle civilisation
Henri Conze
Dans une interview accordée à Jean-Pierre Robin, journaliste du Figaro, Yuval Steinitz, ministre des Finances israélien, a expliqué le 1er juin dernier la politique économique hétérodoxe mise en place par son pays depuis 2008. Un modèle dont l'Europe et les États-Unis devraient s'inspirer. Car jamais Israël n'a bénéficié d'une telle prospérité économique depuis sa création en 1948. Son niveau de vie le classe désormais dans la catégorie des «pays avancés» selon les organisations internationales. Sa croissance, qui a été de 4,7 % en 2010 et pourrait atteindre 5,4 % en 2011, selon l'OCDE, est digne d'un «pays émergent». De passage à Paris, Yuval Steinitz y voit la récompense d'une politique économique hétérodoxe et imaginative. «Nous avons procédé à l'inverse de tous les autres gouvernements. Au lieu d'augmenter les dépenses publiques et d'alléger les impôts au milieu de la crise pour soutenir l'activité, nous avons suivi un raisonnement différent», explique cet ancien philosophe de 53 ans, auteur de best-sellers, entré à la Knesset en 1999 et devenu ministre des Finances il y a deux ans.
«Notre message a été clair : l'avenir est plus important pour le présent que le présent lui-même. Nous avons investi toute notre énergie et notre argent pour offrir des perspectives rassurantes aux consommateurs et aux entreprises. Car si vous aggravez les déficits publics de façon à préserver la situation actuelle, personne ne voudra investir par manque de confiance dans une économie incapable d'équilibrer ses comptes.» C'est ainsi que la TVA a été relevée, de 15,5 % à 16,5 % en juillet 2009, alors que la récession menaçait encore. «Mais en même temps nous avons présenté aux ménages et aux entreprises des engagements de réduction d'impôts d'ici à 2017 et cela a été inscrit dans un texte législatif.» Autre initiative révolutionnaire, qui sur le moment a suscité la colère de Stanley Fischer, le gouverneur de la Banque d'Israël par ailleurs économiste de réputation mondiale, Steinitz a fait voter une loi de finances sur deux ans, rompant avec la tradition d'annualité budgétaire de toutes les nations démocratiques. «Les autres pays devraient en faire autant : que l'État engage son budget sur vingt-quatre mois constitue un message de confiance adressé aux décideurs privés.» Le FMI rend hommage à cette démarche, «qui a contribué à stabiliser les anticipations au milieu de la crise et a établi un précédent important pour le futur», notent les experts de Washington dans leur examen annuel de l'économie israélienne.
The Israel Project (TIP) im Juni 2011
▪ Manuel Valls a lancé «C'est ma marque, il faut dépasser la question des 35 heures»
Candidat à la primaire socialiste, le député maire d’Evry a répété dimanche que si la gauche revient au pouvoir en 2012, elle devra permettre aux Français de «travailler davantage». Cette mesure qui fut une catastrophe pour l’économie française avait été mise en place par le gouvernement Jospin, Martine Aubry étant ministre du Travail, mais on oublie trop souvent qu’elle avait été préparée dans ce gouvernement par Dominique Strauss-Kahn.
Pour se démarquer de ses concurrents à la primaire socialiste, Manuel Valls compte parmi ses cartes celle des 35 heures. Candidat déclaré de longue date, le député-maire d'Evry a donc répété dimanche qu'il fallait «déverrouiller» la durée légale du travail. Invité du Grand rendez-vous Europe 1/Le Parisien/Aujourd'hui en France, il s'est justifié en soulignant notamment qu'à ses yeux, «les 35 heures n'existent déjà plus réellement puisqu'elles ont été mises en cause progressivement depuis 2002».
«Cela doit permettre aux Français, pour ceux qui ont la chance d'avoir un emploi, de travailler davantage -deux heures, trois heures...- sans avoir recours forcément aux heures supplémentaires qui ont beaucoup coûté à l'Etat», a précisé le candidat à la candidature socialiste pour 2012 :
Partisan du «travailler plus et travailler mieux», il a martelé : «Est-ce que vous avez vu un socialiste qui propose aujourd'hui d'étendre les 35 heures par exemple à toutes les PME qui n'ont pas été concernées par les 35 heures ? Est-ce que dans le monde tel qu'il est aujourd'hui, avec la concurrence que nous connaissons, nous pouvons nous permettre d'être sur des idées des années 70, 80 et 90 ? Non ! C'est ma marque, il faut dépasser la question des 35 heures». En 2012, «nous ne pouvons pas aller devant les Français avec les mêmes propositions, les mêmes idées -les 35 heures, les emplois-jeunes- qu'en 1997. Le monde a changé donc nous aussi, nous devons changer dans nos propositions», a insisté Manuel Valls, également partisan de l'ouverture de négociations entre partenaires sociaux pour «augmenter les salaires».
Les critiques de Manuel Valls à l'égard des 35 heures ne sont cependant pas nouvelles. Dans son livre Pouvoir, paru aux éditions Stock en mars dernier, Valls s'en prennait violemment à cette mesure qui a «endommagé la compétitivité de notre économie». «Même si elles ont créé de l'emploi, il faut incontestablement les dépasser», avait-il lancé au même moment sur RTL, tout en appelant dans Le Monde à «instaurer une sécurité sociale professionnelle - ce que j'appelle une flex-sécurité - et en redéfinissant le temps de travail et de formation tout au long de la vie».
Interrogé par Europe 1, un dirigeant socialiste ayant tenu à rester anonyme a préféré ironiser sur les propos de Manuel Valls, en s'indignant que le député-maire d'Evry ait «à peine attendu 35 heures en 2011 pour dire un truc de droite». Porte-parole de l'UMP, Dominique Paillé s'est quant à lui «interrogé pour savoir ce que [Valls] fait encore au Parti socialiste». «Je crois simplement qu'il est mal à l'aise là où il est, et qu'il est obligé - pour exister - de faire de la provocation. Par conséquent, je lui dis très simplement : Manuel, ne reste pas à te morfondre dans un parti qui n'est pas fait pour toi, l'UMP est prête à t'accueillir !», a-t-il affirmé sur BFM TV.
Débat
Mises en place sous le gouvernement Jospin par l'actuelle patronne du PS Martine Aubry -alors ministre de l'Emploi-, les 35 heures sont considérées comme un acquis social par les responsables socialistes, qui ne placent aujourd'hui plus cette question au coeur du débat politique.
Côté UMP, le nouveau secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, a relancé le débat sur la fin des 35 heures en annonçant mi-décembre une «réflexion» sur le sujet, conduite par deux libéraux, le député Hervé Novelli et le président du groupe UMP au Sénat, Gérard Longuet. Mais le porte-parole du gouvernement, François Baroin, tout comme le ministre du Travail, Xavier Bertrand, lui ont adressé une fin de non-recevoir en estimant que le gouvernement n'entendait pas rouvrir ce débat.
Côté patronal, la CGPME, résolument hostile aux 35 heures, estime elle aussi que le «problème» a été «résolu» dans les petites et moyennes entreprises et que ce chantier ne doit donc pas être rouvert. D’après Manuel Boisot (Le Figaro du 13/12/2010)
Les libéraux de l'UMP veulent en finir avec cette mesure emblématique de la gauche
Nicolas Sarkozy ne tournera pas la page des 35 heures… parce qu'il estime l'avoir déjà fait. Il ne donnera donc pas suite à la proposition du président du groupe UMP au Sénat, Gérard Longuet, qui veut en finir pour de bon avec les 35 heures. Le message a été relayé par le nouveau secrétaire général du parti, Jean-François Copé qui veut «ouvrir ce débat sans tabou». «Nous sommes sur la ligne du ministre du Travail», Xavier Bertrand, fait-on savoir à l'Élysée. On rappelle aussi que ni le chef de l'État, à la télévision, ni le premier ministre, dans son discours de politique générale, n'ont inscrit les 35 heures au menu des réformes à venir. «Dans la pratique, les 35 heures n'existent plus», martèle un conseiller élyséen. «Les outils de la flexibilité sont à la disposition de ceux qui veulent les utiliser», ajoute un expert de la cellule sociale élyséenne. L'Élysée, en réalité, a créé une option, les heures supplémentaires, censée abolir le plafond des 35 heures. Mais peu de salariés s'en servent, car la crise est passée par là. L'Élysée le reconnaît, «la crise favorise plus le travail à temps partiel que les heures sup», mais se refuse à toute «mesure unilatérale» lourde de contestation sociale, au moment où la réforme des retraites est encore dans les esprits.
«Régression sociale»
Selon un conseiller social du chef de l'État, Gérard Longuet veut poser en réalité le problème des allégements de charges liés aux 35 heures. Mais il conteste son diagnostic. Selon ce dernier, il y a eu «plusieurs vagues d'allégement de charge depuis 1993», et aujourd'hui «les allégements de charges sont désormais déconnectés des 35 heures, et ciblés sur les bas salaires». «Faux», répond Longuet, qui rappelle que «22 milliards d'argent public sont versés aux Urssaf en lieu et place des heures travaillées».
Xavier Bertrand estime, lui aussi, que «le débat n'est pas tabou» mais qu'il est «plus limité qu'on ne le pense». Selon le ministre du Travail, interrogé lundi par Le Figaro, «le carcan des 35 heures, c'est fini», grâce à la loi sur la démocratie sociale qu'il a fait voter en 2008. Xavier Bertrand souligne que les 22 milliards d'euros d'exonérations de charges pour les entreprises «ne sont pas une niche, mais une compensation». «Si on veut les supprimer, a-t-on mesuré les conséquences pour la compétitivité des entreprises et sur le coût du travail ?», interroge le ministre. Qui se dit également «farouchement contre l'idée de demander aux salariés eux-mêmes de travailler plus et d'être moins rémunérés». Son collègue Patrick Ollier, ancien président de la commission des affaires économiques de l'Assemblée, juge que remettre en cause les exonérations consenties aux entreprises au titre des 35 heures «suppose des négociations difficiles avec le patronat et les syndicats». Le ministre des Relations avec le Parlement ajoute qu'on ne peut pas «supprimer les 35 heures d'un coup de baguette magique» et qu'il faudrait «beaucoup de temps pour y arriver».
Pourtant, les députés libéraux jugent qu'il est grand temps de supprimer cette mesure emblématique de la gauche. «Il faut sortir des 35 heures le plus rapidement possible pour pouvoir s'en sortir dans la compétition mondiale», juge Claude Goasguen (Paris). «C'est un débat que l'on a intérêt à solder définitivement», estime Hervé Mariton (Drôme). Son collègue Lionnel Luca (Alpes-Maritimes) suggère de diminuer progressivement les 22 milliards d'exonérations de charges des entreprises «qui pèsent très lourd sur le budget de la Sécurité sociale de façon totalement opaque car on ne sait pas sur quelle branche ces sommes sont prélevées». À l'inverse, le radical Jean Leonetti (Alpes-Maritimes) juge qu'«en période de crise, il n'est pas raisonnable de dire qu'il faut revenir aux 39 heures». «Cela donnerait l'impression d'une régression sociale», explique le premier vice-président du groupe UMP. C'est aussi ce que pense le villepiniste François Goulard (Morbihan) : «Malheureusement, les 35 heures ne relèvent plus de la loi. Elles sont entrées dans les mœurs, au même titre que les jours de RTT.»
▪ SIMPLES REFLEXIONS SUR LA CRISE
Après avoir vu maintes émissions télévisées, entendu de nombreuses
émissions radios et lu pléthore d'ouvrages et articles sur la crise
mondiale et l'euro, après avoir discuté avec des responsables, on ne
peut être que dubitatif sur la volonté de nos politiques et économistes
de remettre l'économie et la finance sur les rails. Ceci n'est certes
pas dû au fait qu'on a élu des incapables, loin de là. Le problème
réside plutôt dans le fait que personne ne veut dire la vérité sur les
véritables origines de ces crises et en tirer les conséquences. Il est
si facile de faire porter le chapeau aux fonds, aux banques et aux
riches, alors pourquoi s'en priver ? Et puis, cela fait plaisir à une
certaine catégorie d'électeurs. Mais est-ce bien une façon responsable
de faire de la politique ?
1. Tout le monde s'accorde pour dire que la crise financière et
économique mondiale a pour origine les "subprimes", mais le consensus
s'arrête déjà là. On accuse en effet les banques d' en être responsables
parce qu'elles ont vendu des titres "pourris", c'est-à-dire d'avoir "titrisé"
des dettes qui ne valaient même pas le papier sur lequel elles étaient
inscrites. On peut certes leur reprocher de l'avoir fait, mais les
subprimes n'étaient pas leur invention. Rappelons que c'est le
gouvernement US qui, dans un grand élan de générosité et de populisme,
les a forcées à accorder des crédits immobiliers à une tranche de la
population qui n'avait manifestement pas les ressources suffisantes pour
procéder à des remboursements et tout cela pour que chaque citoyen
puisse réaliser le rêve américain d'avoir sa propre maison. Sur le plan
moral, on ne peut qu'approuver, mais est-ce une décision responsable sur
le plan économique? Bien sûr que non. Nul n'ignore qu'on ne peut
rembourser des dettes, si l'on a pas de rentrées d'argent.
Or, au lieu de nommer les véritables responsables, on s'en prend aux
banques auxquelles on reproche in fine d'avoir appliqué les instructions
des politiques de leur pays. Certes, elles ont probablement pris une
part de responsabilité en attisant le feu, mais ce ne sont pas elles qui
ont allumé le feu. Qu'elles essayent ensuite de se "passer la patate
chaude", ne me paraît rien d'autre que normal, après tout elles sont
responsables des sommes qui leur ont été confiées par leurs clients.
Il en est de même pour les fonds qui sont accusés de tous les maux de la
terre ( les sauterelles, comme disait élégamment un responsable
politique SPD de tout premier plan). Personne ou presque personne ne dit
que la plupart des fonds appartiennent à des fonds de pension et que
leur seul objectif est de faire fructifier le capital qui leur est
confié et qui servira plus tard à payer les retraites des petits
épargnants. Ce ne sont pas les riches qui placent leur argent dans ces
fonds, mais bien le petit commerçant, le petit artisan, le petit ouvrier
dans les pays qui ne connaissent pas la retraite par répartition. Si ces
fonds n'existaient pas, il reviendrait alors à l'état d'assurer le
paiement sous quelque forme que ce soit.
On objectera que les Etats ont du injecter des milliards d'euros et de
dollars dans les banques pour que le système perdure. Certes, c'est
probablement exact, mais à qui la faute, aux banques ou aux politiques
qui leur ont imposé l'octroi de crédits à des personnes qui, de toute
évidence, étaient dans l'incapacité de les rembourser ? N'était-ce pas
normal, du moins aux E-U, que l'état répare son inconscience économique?
Le problème, c'est que l'Europe a aussi été contaminée et que ce n'est
ni la faute des politiques européens ni de celle des banques
européennes.....
Il ne s'agit pas ici de faire un procès d'intention aux politiques, mais
tout simplement de rétablir une vérité.
2. L' introduction de l'euro a peut-être été une bonne chose sur le plan
politique, mais sans politique économique commune, c'était une
aberration. Mais l'enfer n'est-il pas pavé de bonnes intentions?
La question est maintenant de savoir si les pays qui ont adhéré à la
monnaie commune sont disposés à jeter les bases d'une politique
économique commune. On est en droit de se poser la question quand on
voit les difficultés du "couple" franco-allemand pour trouver un
consensus.
Le premier pas consisterait certainement à définir quel genre de
politique on veut voir la zone euro appliquer, à savoir une économie
sociale de marché comme en Allemagne ou une politique plus "Etat
providence" comme les pays du nord de l'Europe. Malheureusement, aucun
homme (ou femme) politique ne semble disposé à soulever la question. Or,
il est évident que la situation actuelle ne peut pas continuer.
Le problème est qu'un choix de politique économique implique un choix
politique et qu'aucun Etat n'acceptera de se voir imposer sa politique
par d'autres Etats.
La proposition de l'Allemagne soutenue par la France, semble aller à cet
égard dans le bon sens. Un Etat qui laissera son déficit filer, sera
passible de sanctions pouvant aller jusqu'à la suppression de toute
subvention communautaire.
Gilles Dubois
▪ Une pathologie française : les prix exorbitants de l’immobilier
(1*)
Quand la bulle immobilière française va-t-elle crever ? Elle avait perdu
du volume en 2009. Mais elle a repris en 2010 sa rondeur d’avant 2008.
Néanmoins, elle reste surdimensionnée. L’immobilisation de patrimoine
français dans la propriété immobilière a atteint un niveau record
au-delà duquel l’économie souffrirait, suite à ce « gel dans la pierre »
de capital improductif. D’autant plus que la montée spéculative des plus
values immobilières donne à cet investissement immobilier une valeur
fictive. Aussi les pouvoirs publics cherchent-ils à en récupérer une
partie par des taxes et impôts, tout en encourageant néanmoins les
jeunes couples à accéder à la propriété. Autant résoudre la quadrature
du cercle.
La France est pratiquement le seul pays où les prix de l’immobilier n’ont pas reculé, voire ne se sont pas effondrés comme en Espagne ou aux Etats-Unis, suite à la crise économique et financière. La « bulle immobilière », avec ses prix qui semblent fixés par des psychopathes, avec ses diagnostics mensongers de firmes pas très regardantes sur la prétendue faible déperdition énergétique de l’immobilier ancien ainsi que sur la soi-disant absence de plomb et d’amiante dans les murs et les tuyauteries qui ne trompe que ceux qui veulent l’être, figure au nombre des exceptions françaises. L’habileté des agences immobilières qui cherchent et parviennent à vendre en priorité leurs canards boiteux à des prix incompressibles ainsi que la rigidité des vendeurs et venderesses qui croient pouvoir gagner des fortunes par des plus-values comme au cours des premières années du siècle, y sont pour quelque chose.
Qu’on en juge : en cette période de chômage de masse, de recul du pouvoir d’achat et de surendettement, d’incertitude enfin quant à la situation économique, à peine les mouvements sociaux s’étaient-ils momentanément apaisés, que les notaires annonçaient en décembre 2010 une brutale hausse de l’immobilier de 5 à 10% dans l’Hexagone sur un an, et une flambée de 20% sur la seule ville de Paris. En 2009, on avait vu beaucoup d’agences immobilières mettre la clé sous la porte. Mais les vendeurs avaient attendu en maintenant leurs prix à haut niveau. Et ils ont bien fait si l’on considère l’évolution des derniers mois. Et pourtant, les prix ont atteint un tel niveau qu’ils deviennent fragiles, d’autant que la fascination qu’exerce le bien immobilier familial ou individuel sur les Français les incite à commettre des imprudences. Une étude de la direction du Trésor recensant le patrimoine exact des Français en 2009 (la dernière étude datait de 2007), remise à quelques parlementaires de la majorité, est formelle : la raison de cette envolée porte un nom: flambée de l'immobilier.
Les
appartements, maisons et terrains représentent en effet 61% du
patrimoine privé des Français, contre 33% de biens financiers,
placements, actions, obligations, et 6% seulement de biens
professionnels. Bien plus encore: la résidence principale représente 80%
des biens immobiliers. Compte tenu d'une envolée de 111% des prix des
logements entre 1999 et 2009, le patrimoine immobilier des Français est
passé de 2360 milliards d'euros à 6090 milliards au cours de cette
période. Après une chute en 2009, sa progression en valeur a repris de
plus belle l’an dernier et se poursuit actuellement.
Des prix au m2 défiant toute concurrence
Au début de janvier 2011, le prix moyen au m2 s’établit pour Paris à 7
500 € avec des pointes très supérieures dans les « beaux » quartiers, à
3 000 € à Lyon avec 15% d’augmentation ; à 2 700 € à Bordeaux (10 %
d’augmentation), 2 500 € à Marseille (10 %), 2 450 € à Nantes (10 %), 2
350 € à Toulouse (7 %) et 1 450 € à Brest (5 %). Personne, pas même les
professionnels, n’avait prévu cette flambée. « Les prix sont-ils
raisonnables ? s’interrogeait le magazine « 60 millions de consommateurs
». Ils ne le sont pas, de toute évidence, mais tant qu’il y aura des
acheteurs prêts à les payer au lieu de faire la grève des achats, ils se
maintiendront à ce niveau. Paris est un cas particulier, pour ne pas
dire un cas désespéré.
Là, dit-on, ce sont les étrangers, parmi eux des émirs du pétrole, mais aussi des Britanniques qui, désireux de placer quelque part leur surnuméraire, font mousser les prix. On cherche des explications à cette folie de la capitale où une chambre de bonne sous les combles vaut le prix d’une villa avec jardin en province. Où l’on loue à 500 euros par mois des chambres d’étudiants de 15 m2. Où les appartements les plus insalubres, murs pourris, électricité dangereuse, planchers et plafonds qui s’effritent, se louent encore à des prix défiant toute concurrence. Mais pour Paris, une explication domine les autres. Etant donné le prestige de la capitale et la centralisation française qui fait que la valeur travail et la valeur loisirs parisiens dépassent de loin celles de la province, on est entré là dans une spirale spéculative qui s’alimente elle-même irrationnellement.
Revenons aux
métropoles régionales, car, malgré le prétendu retour des Français à la
campagne, les provinces reculées ne sont pas ou sont beaucoup moins
touchées par cette marée montante, car la proximité du travail, des
centres d’achats et de loisirs se paye. Les raisons de la flambée sont
multiples : retour à la normale d’avant la crise des transactions après
leur effondrement en 2009 ; fin des avantages fiscaux liés à la
déductibilité des intérêts d’emprunt au 1er janvier 2011 qui a poussé
les accédants à hâter leurs décisions d’achat ; taux d’emprunt qui ont
atteint un plancher historique ; enfin ouverture des vannes du crédit
immobilier par les banques et assurances après un coup de frein en
2008-1009. Et puis surtout le désir de placer son argent « dans la
pierre » par crainte de l’inflation ou (et) d’un effondrement de la
valeur de l’euro. Depuis que les gouvernements de la zone euro, à leur
tête l’Allemagne et la France, épaulés par la Banque Centrale Européenne
de Francfort, ont créé un Fonds de soutien des pays membres en
quasi-faillite, depuis que la monnaie européenne est soutenue à bout de
bras et cela, pour un bon bout de temps à présent, cette frénésie
immobilière devrait un peu s’apaiser. Mais l’amour des quatre murs et du
toit bien à soi est un trait bien français qui ne s’effacera pas du jour
au lendemain. Et du reste, les gouvernements l’encouragent, d’autant que
c’est un stabilisateur sociopolitique.
Vers une crise des « subprimes » à la française ?
Le résultat, c’est que les classes moyennes et les petits commerçants
sont expulsés des centres-villes. Ils rejoignent les banlieues où les
attendent des gens qui étaient déjà des prolétaires avant leur venue. Il
n’est pas besoin d’aller dans les cités ghettos construites dans les
années soixante par des maires souvent communistes qui ont imité le
grand habitat collectif des pays du Bloc soviétique. Voyez les
innombrables « pavillons » de la banlieue parisienne. Il y a ceux qu’on
a hérités des parents et grands-parents (près d'un tiers du patrimoine
d'un ménage âgé de 50 ans et plus lui a été transmis par succession et
donation - l'héritage joue un rôle important dans l'accumulation de
richesses) et qui auraient souvent besoin de réparations et
modernisations et il y a ceux qu’on a achetés assez récemment parce
qu’ils ont dû quitter les centre villes hors de prix. Tout en restant
inférieurs à ceux des centres villes, les prix du pavillon, de la
maisonnette, de l’appartement de banlieue ont grimpé eux aussi. Pour
acquérir ces logements, beaucoup de gens ont contracté avant la crise
des emprunts à long terme qu’ils ne peuvent plus rembourser maintenant
parce que leur salaires a baissé ou qu’un des membres du couple ou les
deux ont perdu leur emploi, car le chômage se maintient à un niveau
élevé en France, y compris le chômage de longue durée. Non seulement cet
endettement lourd est un facteur d’appauvrissement et de
prolétarisation, mais il constitue une « bulle secondaire » qui finira
un jour par éclater quand les banques devront réclamer leurs
remboursements. Peut-être avec moins de gravité qu’aux Etats-Unis lors
de la crise des ‘subprimes », mais avec tellement de force qu’on en
entendra le bruit très loin, avec tous les effets secondaires.
Si les prix de
l’immobilier baissaient, trop de Français perdraient du coup, en valeur
au moins, une partie de leur fortune aussi sûrement que par l’inflation
monétaire. Seulement, ils en perdent déjà une partie en passant dans les
tranches assujetties à l'Impôt sur la Fortune (ISF) par simple
augmentation des prix de leur propriété immobilière. La conséquence
fiscale des achats immobiliers est en effet que de plus en plus de
ménages ont été pris dans les filets de l’ISF. Le nombre d'assujettis à
cet impôt est passé de 212.000 foyers en 1999 à 559.000 en 2009. Rien
d'étonnant, dès lors, que les débats sur la réforme de la fiscalité du
patrimoine en cours dans les milieux proches du gouvernement actuel se
concentrent sur l'exonération de la résidence principale et sur les
seuils de la première tranche de l'ISF ou sur les plus-values
immobilières. Pour nombre de membres des classes moyennes qui ne peuvent
pas être considérés comme « fortunés », cela aggrave l’endettement et
pourrait accélérer leur déclassement social s’ils devaient vendre au
rabais leur propriété faute de pouvoir rembourser leurs emprunts et
s’acquitter de leurs impôts.
Des
investissements improductifs
Un autre danger de ce marché déréglé de l’immobilier en France est
l’impact qu’il a sur la conjoncture économique. Il mobilise en effet
l’essentiel des avoirs des Français qui, de ce fait, ne peuvent être
investis dans le secteur productif industriel. Le bas de laine français
est très traditionnel et assez improductif si l’on considère que leur
patrimoine a doublé en dix ans, mais surtout par des acquisitions
immobilières alors que dans l’ensemble il a plutôt stagné (voir
graphique ci-dessous).
Evaluée à 10.000 milliards d'euros, la richesse des ménages représente
huit années de revenus ou cinq années de PIB de la France. Les Allemands
et les Américains sont moins riches (six années de revenus) mais les
Britanniques davantage (onze années). Le patrimoine financier des
ménages - qui représente un tiers de leur richesse - n'a lui crû «que»
de 54% en dix ans. Ce qui reste supérieur à la croissance de l'économie
(39%). Le fait marquant, c'est le succès de l'assurance-vie. 1360
milliards y sont désormais stockés, contre 620 milliards en 1999. Un
chiffre à comparer aux 1575 milliards de dette de l'État, de la Sécu et
des collectivités locales réunis. Une partie de cet argent est
réinvestie sous forme d’actions et d’investissements dans l’industrie,
l’artisanat et l’agriculture, mais une partie seulement et le reste,
notamment l’immense patrimoine immobilier, « dort ». Qui plus est, cette
fortune est partiellement fictive car elle ne représente qu’une
augmentation des prix immobiliers purement spéculative.
Suite au surinvestissement dans un immobilier surévalué, la répartition du patrimoine des Français reste plutôt inégale. Les 10% des ménages ayant le plus de biens détiennent 48% du patrimoine total, alors que la répartition des revenus est moins concentrée (les 10% des foyers aux plus forts revenus reçoivent un quart des revenus totaux). Cela veut dire que les plus riches détiennent le plus de patrimoine immobilier. S’ajoute que 53% du patrimoine financier des Français est investi en actions ou obligations d'autres pays et que 68% de la dette publique hexagonale est détenue par des étrangers (une grande partie de l’industrie française appartient à des étrangers). La solution serait d’exercer une pression sur les prix de l’immobilier pour inciter les gens à investir dans le secteur productif. Malgré tout, les acteurs économiques français ou presque défendent la sauvegarde des valeurs immobilières à haut niveau. Nous entendions il y a quelques jours un économiste français se réjouir sur la chaîne « Europe 1 » de voir les prix de l’immobilier « bien tenir la route ».
Car on a peur du mécontentement et de l’appauvrissement qu’engendrerait une dévaluation de l’immobilier, mais ce maintien fictif à haut niveau est contreproductif pour le PIB. Aussi le gouvernement s’efforce-t-il à présent de réorienter le patrimoine des Français vers l’industrie. Comme on ne peut pas libérer l’argent investi « dans la pierre », l’effort gouvernemental porte sur la partie financière du patrimoine. Le poids de l'assurance-vie est désormais tel que le gouvernement réfléchit à orienter davantage cette épargne vers les actions. Ainsi peut-on se libérer de l’ISF en investissant dans des fonds d’action en faveur des entreprises, mais ce procédé n’a pas eu le succès escompté. La commission des finances du Sénat a proposé que le taux favorable d'imposition, aujourd'hui à 7,5%, passe à 5,5% pour les contrats avec 15% d'actions, et à 8,5J% pour les autres. Ainsi les placements en actions seraient-ils avantagés. Mais rien n'est tranché.
Pour le moment, mieux vaut conseiller aux investisseurs étrangers de différer leurs achats de maisons ou de terrains en France. Surtout, ne paniquez pas devant un marché de l’immobilier français reparti à la hausse. Car l’euro est consolidé pour un bon bout de temps encore - et peut-être même définitivement. Vos comptes en banque ne fondront pas comme neige au soleil. Bien plus, le marché boursier est reparti à la hausse… Alors attendez !
(1*) à suivre dans le prochain numéro
ENTREPRISES
▪
Le renouvellement des concessions hydroélectriques
Le système de concessions
Au début du XXe siècle, la France a décidé de développer de grandes installations hydroélectriques sous le régime de la concession, qui a favorisé l’effort d’équipement. Par la loi du 16 octobre 1919, l’Etat donnait à un opérateur l’exploitation d’une chute d’eau pour une durée allant jusqu’à 75 ans. En contrepartie, ce dernier s’engageait à construire et à exploiter les installations, qui demeuraient la propriété de l’Etat. En fin de concession, la loi autorisait son renouvellement pour une durée de 30 à 40 ans, et prévoyait un droit de préférence pour le concessionnaire sortant. Aujourd’hui, le parc hydroélectrique français compte 2 500 centrales, dont 399 concessions d’une puissance supérieure à 4,5 MW, son âge moyen est de 50 ans. EDF opère 80 % de la puissance hydroélectrique concédée et GDF Suez 17 %.
La première mise en concurrence de l’histoire
La fin du monopole d’EDF en 2000, sa transformation en société anonyme en 2004 et la suppression du droit de préférence pour le concessionnaire sortant en 2006 ont conduit à modifier la procédure de renouvellement des concessions hydroélectriques par appel d’offres en 2008. Pour créer des ensembles cohérents sur le plan énergétique et environnemental, le Gouvernement a décidé de lancer l’appel d’offres par vallée. Ainsi, 2,8 GW concernent des concessions arrivées à échéance, 2,3 GW proviennent d’une quinzaine d’ouvrages dont la fin de concession est anticipée et 0,2 GW de suréquipements sont demandés. Au total, 10 concessions totalisant une cinquantaine d’ouvrages et une puissance de 5,3 GW seront renouvelées d’ici à 2015.
Les trois critères de sélection
Pour chaque concession, l’Etat choisira la meilleure offre sur 3 plans.
Energétique : les investissements de modernisation et de construction de nouveaux équipements proposés par les candidats pour accroître la production.
Environnemental : la protection renforcée des écosystèmes dans le respect des autres usages de l’eau (irrigation, activités de loisirs…).
Economique : l’attractivité de la redevance d’exploitation versée à l’Etat et aux collectivités locales.
E.ON, un nouveau souffle pour les Vallées de France
E.ON est candidat aux appels d’offres pour le renouvellement des concessions hydroélectriques françaises et entend jouer tous ses atouts.
Un leader de l’énergie dans le monde
93 milliards € de chiffre d’affaires, 85 000 salariés dans 30 pays. Leader européen de l’énergie ancré en France, E.ON est un producteur historique sur le marché français par le biais de sa filiale SNET. Il dispose d’une capacité installée plus de 3,2 GW avec un mix énergétique diversifié comprenant 4 centrales thermiques, 2 cycles combinés gaz, 7 parcs éoliens et 2 fermes solaires.
Un Européen de l’hydroélectricité
N°1 de l’hydroélectricité en Allemagne, E.ON opère 212 centrales et 6,2 GW de capacité installée dans 4 pays (Allemagne, Suède, Espagne, Italie).
Un siècle d’expertise
E.ON est présent sur toute la chaîne hydroélectrique (construction, exploitation, réhabilitation de centrales), et maîtrise toutes les technologies (fil de l’eau, réservoir, pompage) depuis plus d’un siècle.
Un engagement en faveur de l’environnement
Partout en Europe, E.ON oeuvre pour l’intégration des installations hydroélectriques dans les milieux naturels à travers des mesures innovantes.
Au bénéfice des territoires et des populations
Au-delà de son engagement à intégrer le personnel des concessions, E.ON favorisera la dynamique de l’emploi local. E.ON aspire aussi à travailler en coordination avec les collectivités pour les faire bénéficier pleinement des retombées économiques des concessions.
Sécurité et fiabilité
Assurer la sécurité des installations hydroélectriques et des riverains est une priorité d’E.ON.
Objectif « renouvelable »
L’hydroélectricité s’inscrit dans la stratégie du groupe E.ON « cleaner & better energy » qui vise à réduire ses émissions de CO2 tout en diversifiant son mix énergétique.
L’hydroélectricité en France, une énergie d’avenir
Propre, quasiment inépuisable et disponible à la demande : l’hydroélectricité est stratégique pour l’équilibre du système électrique français.
La 2e source d’électricité française
L’hydroélectricité est la deuxième source de production d’électricité en France après le nucléaire. Elle représente 12 % de la production nationale d’électricité et 20 % de la puissance installée avec 25,3 GW.
Une énergie renouvelable unique
L’hydroélectricité n’émet ni CO2 , ni autres gaz polluants, et fournit 95 % de la production d’électricité verte. C’est la première énergie renouvelable et la seule qui soit modulable. Associée à un réservoir, elle permet de stocker l’énergie à la source et d’ajuster la production électrique aux besoins quasiment en temps réel. Une énergie précieuse pour faire face aux pics de consommation et contribuer à l’indépendance énergétique de la France.
Trois technologies éprouvées
· Les centrales au fil de l’eau constituent l’essentiel du parc. Sans retenue, elles turbinent en continu.
· Les centrales à réservoir stockent l’eau et turbinent en période de pointe de consommation.
· Les stations de transfert d’énergie par pompage (STEP) puisent l’eau dans un réservoir aval aux heures creuses pour remplir une retenue en amont, où l’eau est turbinée en cas de pics de consommation.
Parc hydro : 25,3 GW
5,3 GW mis en concurrence

▪ E.ON touché comme les autres « électriciens » allemands par la mise au rebut de l’énergie nucléaire en Allemagne
Le groupe énergétique E.ON sait maintenant ce que les ministres et les députés veulent dire quand ils parlent du "primat de la politique". La mise au rebut de l'énergie nucléaire en Allemagne qui a entrainé l'arrêt immédiat de deux centrales nucléaires, une taxe sur les éléments combustibles et le démontage échelonné de toutes les autres centrales, a poussé dans la zone des déficits une entreprise qui passait hier encore pour une des plus invulnérables. 11.000 emplois vont disparaître à jamais chez E.ON. Des politiciens l'ont provoqué, des fautes de sa direction l'ont accéléré. Cela dit, ce groupe qui était et restera peut-être numéro un de l’énergie en Allemagne, est très bien implanté en France. Il n’est pas interdit à notre avis de construire une ou plusieurs centrales nucléaires allemandes en France pour alimenter nos voisins en courant meilleur marché que le leur. E.ON se défend avec succès néanmoins en s’ouvrant à de nouvelles technologies. Par exemple :
E.ON ouvre sa première station de recharge rapide pour voitures électriques sur une autoroute allemande
E.ON, acteur majeur de l’énergie, a annoncé début septembre 2011 qu’il commençait à livrer des stations de recharge rapide pour véhicules électriques le long des autoroutes allemandes. La première de ces stations a été installée le 24 août dernier à la sortie Irschenberg de l’autoroute A8 en Bavière, au sud de l’Allemagne.
Pour la première fois sur les autoroutes allemandes, un équipement de recharge en courant continu est désormais à la disposition des utilisateurs de voitures électriques. Avec une capacité de recharge pouvant atteindre 50 kW, ces stations permettent de recharger une voiture électrique en 20 à 30 minutes. Les points de recharge en courant alternatif utilisés jusqu’à présent nécessitent environ six heures pour recharger complètement une batterie d’une capacité de 3,5 kW. Ces nouvelles stations fonctionnent selon le protocole CHAdeMO, un standard des bornes de recharge qui permet de recharger les véhicules électriques déjà disponibles en Allemagne, parmi lesquels il faut citer notamment la iMiEV, la Peugeot iOn, la Citroën C-Zero et bientôt la Nissan Leaf. Dans un premier temps, au cours d’une phase pilote, la recharge rapide sera proposée au tarif unique de 5 euros. L’électricité utilisée dans ces stations sera issue de sources renouvelables, provenant exclusivement des propres centrales hydroélectriques de E.ON.
À l’avenir, E.ON compte développer davantage les stations publiques de recharge et proposer une solution encore plus rapide, avec une recharge qui ne durera que quelques minutes au lieu de plusieurs heures. Le processus de rechargement s’apparenterait alors à ce qu’est aujourd’hui un plein d’essence. Klaus Dieter-Maubach, membre du Conseil d’administration de E.ON AG, responsable de la Recherche et de la Technologie, affirme : « Ces stations publiques ne présentent un intérêt pour les clients comme pour les fournisseurs d’énergie que si les temps de recharge sont brefs. Nous suivons donc ces évolutions avec la plus grande attention. »
« Les stations de recharge rapide sont sans aucun doute la solution pour améliorer la flexibilité des véhicules électriques », explique Ruth Werhahn, qui dirige les projets d’électromobilité de E.ON. Jusqu’à présent, ces véhicules convenaient surtout aux travailleurs pendulaires, qui peuvent les recharger la nuit dans leur garage privé, et dont les besoins ne dépassent pas l’autonomie actuellement disponible pour ces véhicules (à peine plus de 100 km). Ruth Werhahn précise : « Les stations de recharge rapide permettent de franchir de plus grandes distances, de 150 ou 200 km, par exemple de Munich à Salzbourg ou de Stuttgart à Francfort. » Avec des capacités plus importantes, ces stations pourraient également permettre aux conducteurs qui ne possèdent pas de garage d’utiliser des véhicules électriques. (septembre 2011)
▪ France : vecteur d’une stratégie énergétique franco-allemande
Le numéro un allemand de l’électricité, E.ON, a répliqué à la sur-réaction de Mme Merkel qui a décidé sous le coup de la catastrophe de Fukushima de fermer les sept plus anciennes centrales nucléaires allemandes. Deux des centrales d’E.ON sont sur cette liste rouge. La société a évoqué le dépôt éventuel d’une plainte contre cette décision ainsi que contre le moratoire par lequel la chancelière a mis entre parenthèses l’allongement de la durée de vie des centrales. D’autres groupes nucléaires d’Outre-Rhin dont RWE et le Suédois Vattenfall, pourraient suivre leur leader. Finalement, E.On envisagerait aussi une plainte contre la taxe que le gouvernement allemand veut infliger aux producteurs de courant d'origine nucléaire. Ralf Güldner, président du Deutsches Atomforum et membre de la direction d’E.ON Energie nucléaire, pencherait lui aussi dans ce sens. Mais on peut voir dans notre second et notre troisième articles ci-dessous qu'E.ON n'est pas seulement "atomiste". L'entreprise est déjà très implantée dans les énergies renouvelables, éolien et hydraulique. Bénéficiant d'une longue expérience dans ce domaine en Bavière, elle envisage d'élargir son engagement dans l'hydraulique français en acquérant des parts des centrales pyrénéennes. Enfin, soit dit en passant, E.ON vient de figurer pour la huitième fois au palmarès des 100 meilleurs employeurs d’Allemagne. L’entreprise a décroché une excellente 5ème place dans la catégorie « Entreprises de plus de 5 000 salariés » dans le prix très convoité du « Meilleur employeur d’Allemagne 2011 » décerné par l’institut Great Place to Work.

Ce n’était qu’une phrase anodine, passée presqu’inaperçue, dans le bulletin d’octobre 2010 de la filiale française de l’entreprise d’électricité allemande E.ON. Et pourtant, c’était une sensation de voir cela écrit noir sur blanc.
Sous la plume du Président du Directoire d’E.ON France, Luc Poyer (photo ci-contre), on lisait dans « La Lettre E.ON » : « E.ON est prêt à participer aux projets nucléaires français et se porte candidat au renouvellement des concessions hydrauliques ».
Numéro 1 de l’hydroélectricité en Allemagne, E.ON est naturellement bien placé pour transformer l’eau en énergie comme il le fait déjà en Espagne, en Italie et en Suède. Il a l’expérience du marché français où sa filiale Snet (Société nationale d’Electricité et de Thermique) opère déjà depuis vingt ans. Le groupe E.ON est par ailleurs très implanté en France dans la multi-énergie, avec 4 centrales thermiques, 2 centrales à cycle combiné gaz, 5 parcs éoliens, et une ferme solaire. Mais c’est surtout l’allusion au nucléaire dans le texte de Luc Poyer qui a attiré l’attention des familiers de la relation franco-allemande.
Il y a belle lurette que d’aucuns invitent les Allemands à investir dans le nucléaire en France, le nucléaire civil s’entend. Et c’est bien de cela qu’il s’agit. Oublions que selon certains concepteurs militaires, les Allemands devraient s’associer aux frais de la force de frappe française qui, après tout, protège aussi l’Allemagne. Mais les armes A, B et C son frappées d’interdit en Allemagne. Et la fourniture de courant électrique est beaucoup plus importante actuellement qu’une dissuasion nucléaire quelque peu dévalorisée depuis la fin de la guerre froide et derechef par l’éventualité de la création d’un réseau anti-missiles européen. En revanche, l’approvisionnement efficace en énergie est un objectif stratégique, un « intérêt vital » de l’Union Européenne qui ne cesse de croître en importance.
Il faut en cas d’urgence pouvoir alimenter en courant électrique d’origine locale l’Europe occidentale, en particulier la « Françallemagne » dont le PIB représente 60% de la production de biens et services dans l’UE. Voyant les incertitudes actuelles en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, on peut imaginer une improbable, espérons-le, mais possible coupure des livraisons extra-européennes en hydrocarbures et autres sources d’énergie. Et, avec ce qui se passe au Maghreb, le projet Desertec de courant solaire d’origine saharienne, paraît un peu plus incertain. De même que l’approvisionnement en gaz du Sahara. L’idée s’impose donc qu’il faut produire de l’énergie sur le continent européen. Ne perdons pas de vue que les investissements dans le nucléaire coûtent très cher, qu’il faut du temps pour construire et mettre en service une centrale et pour la rentabiliser. Il faut donc décider maintenant.
L’offre d’E.ON est donc intéressante pour la France. Avec sa puissance financière et son savoir-faire technologique « made in Germany », cette entreprise a déjà mis le pied dans le nucléaire en France avec 800 MW de droits de tirage. Or, l’Allemagne a des capacités scientifiques inemployées pour ce qui concerne l’atome. Formée jadis à la physique des particules, la chancelière allemande est la première à le regretter, même si la politicienne qu’elle est, ne peut braver une opinion réticente. Augmenter progressivement la part de l’Allemagne dans l’atome français, construire peut-être une centrale ou une usine de retraitement en France avec une forte participation allemande, serait une décision de longue portée. Provoquerait-elle des protestations des « Grünen » en Allemagne ? Il faut bien voir que l’environnement politique de l’Europe est en train de changer et que les Verts allemands ont su parfois mettre de l’eau dans leur vin, par exemple en acceptant les missions militaires à l’étranger. Du moment qu’on ne toucherait pas au sacro-saint territoire allemand…
Bien qu’elle compte en moyenne davantage de plaines en basse altitude que l’Allemagne, la géographie française a également plus de déclivités et montagnes que l’Allemagne, ce qui permet des rétentions d’eau. En outre les montagnes françaises, les Pyrénées occidentales surtout, sont très arrosées par les pluies et la neige. Certes, la Bavière qui ressemble à maints égards à la France industrielle, y compris par sa mentalité, possède quelques équipements hydro-électriques dont la centrale historique de Walchensee en service depuis 1924 qui alimente notamment l’opérateur ferroviaire national Deutsche Bahn. Mais il n’est que d’aller faire un tour dans les Alpes et les Pyrénées françaises, voire dans le Massif Central, pour rencontrer quelques uns des 399 barrages français et savoir que l’électricité d’origine hydraulique a son importance dans l’Hexagone. Et ce n’est pas nouveau puisque la première concession date en France de 1919, pour fournir également les chemins de fer alors en pleine expansion. Avec 14% de la production globale d’électricité, l’hydraulique occupe en France la deuxième place derrière le nucléaire qui fournit 80% de l’énergie du pays. L’eau est aussi en France la première énergie renouvelable avec 95% de la production d’électricité verte.
En Allemagne, il existe des limites naturelles à l’hydraulique, mais surtout des réticences idéologiques au nucléaire. Pour ces deux sources d’énergie, c’est un fait, l’Allemagne n’est pas le meilleur des pays. Le nucléaire (30% seulement des fournitures de courant) y est le parent pauvre de l’énergie. Depuis les années 1970, il se heurte à des troupes d’écologistes politisés. Ces vétérans et leurs disciples savent comment mener des batailles rangées contre la source d’énergie qui est pourtant la moins polluante et la plus constante et devrait donc obtenir l’adhésion des amis de la nature. Mais là est le paradoxe et il est bien difficile, comme chacun sait, de faire changer d’avis des intellectuels convaincus de vouloir le bien de la planète. Les pays d’Europe centrale, Pologne, Tchéquie, Hongrie s’étonnent devant tant de rage allemande contre une énergie qu’ils entendent bien développer chez eux. En France, il existe, sauf dans le parti minoritaire des Verts, un consensus basique au niveau des partis et dans la population en faveur du nucléaire considéré comme un fleuron national.*
Mais ce n’est pas tout. Des accords léonins ont été imposés symboliquement en l’an 2000 par le gouvernement de Gerhard Schröder et de Joschka Fischer aux « «électriciens » allemands du nucléaire. Ces textes que l’industrie, à l’époque, avait considérés comme un moindre mal, pèseront sur tout le XXIème siècle en alourdissant la facture énergétique. On voit déjà l’Allemagne se heurter d’ici dix à vingt ans à un déficit énergétique que, naturellement, l’éolien et le photovoltaïque pourront réduire, mais non pas combler. Le léger correctif apporté en 2010 par le gouvernement Merkel ne revient qu’à allonger un peu la vie des centrales, sans ouvrir de perspectives à de nouveaux établissements, et en imposant aux électriciens et aux consommateurs des taxes consacrées en partie au renforcement des énergies dites « durables » ou « vertes ». Propagande aidant, craintes infondées à la clé, une majorité de l’opinion en Allemagne nourrit des préjugés insurmontables à l’encontre du nucléaire. Il faut en prendre son parti.
Suite à l’accord passé il y a vingt ans entre Kohl et Gorbatchev, l’Allemagne a pensé avoir recours à l’alternative du gaz russe. Mais l’idée d’acheter du gaz russe n’a pas été aussi payante que l’avait imaginé en son temps le gouvernement Schröder et Schröder lui-même, lequel s’est personnellement engagé dans le projet de gazoduc de la Baltique. E.ON Allemagne l’a appris à ses dépens. Sa filiale Ruhrgas avait signé des accords de livraison à long terme de gaz russe. Mais il s’avère que le gaz sur le marché libre est entre-temps meilleur marché que ce gaz venu de l’Est. Aussi apprenait-on, fin novembre dernier, que le PDG d’E.ON Allemagne, Johannes Teyssen, revendait 49% de Ruhrgas qui passait sous son prédécesseur Wulf Bernotat pour la perle de l’entreprise. L’objectif est de réaliser à partir de 2015 25% du résultat financier hors d’Allemagne, voire hors d’Europe, les deux grands pays émergents, l’Inde et la Chine, étant les cibles de l’opération. Vu la situation allemande, il est donc normal que l’industrie de l’énergie vole vers des cieux plus cléments.
Mais doit-on toujours aller aussi loin ? E.ON France a ses chances, d’autant que le divorce de Siemens avec Areva a laissé un grand vide dans l’Hexagone. Nicolas Sarkozy qui n’aimait pas Siemens, l’avait préparé en son temps en disant que l’Allemagne n’était pas un marché pour le nucléaire. Et de se tourner lui aussi, avec plus ou moins de succès, vers des pays et des continents lointains où la concurrence est vive comme l’a montré la victoire des Coréens sur les Français dans la péninsule arabique. Reste que l’électricité française est un enjeu international important, qu’elle a conquis l’Angleterre et d’autres terres. La fin du monopole d’EDF, transformée en société anonyme, et la suppression du droit de préférence pour le concessionnaire sortant, ont ouvert des concessions électriques aux plus offrants. Dans cette perspective, E.ON, troisième opérateur multi-énergies en France, a de bonnes cartes. Pour l’hydraulique comme pour l’atome.
Comme on l’apprend en lisant le texte de Luc Poyer, « le groupe a toute la légitimité pour aborder le marché français avec un haut niveau d’efficacité », comme « c’est déjà le cas dans d’autres pays d’Europe, en Suède par exemple, où E.ON dispose d’une capacité installée de 6,8 GW dans toutes les énergies, y compris dans l’hydraulique et le nucléaire ». Un premier pas important avait été en premier semestre de 2010 la mise en service sur le site lorrain de l’entreprise allemande de deux cycles combinés gaz de dernière technologie. Avec le nucléaire, la filiale française du groupe allemand passera au pallier supérieur. Lisez : « E.ON est prêt à participer aux projets nucléaires français et se porte candidat au renouvellement des concessions hydrauliques ». Une prise de position claire, des mots qui ont leur poids. Cette relance d’une coopération stratégique franco-allemande est conforme à l’Agenda 2020 adopté au sommet franco-allemand de février 2010 à Paris. (JPP)
* Nous avons ci-dessus dans la partie Politique économique un entretien intitulé "Mme Merkel à la croisée des chemins" sur l’origine politique des écologistes dans l’histoire de la République fédérale. Cette interview a été publiée dans l’édition dominicale de la « Frankfurter Allgemeine Zeitung ». Dans un livre également franco-allemand (« Nucléaire, l’Europe divisée », Ed. Ramsay, 2000 – « Streit ums Atom », Munich, 2000), nous étions remontés à l’initiative du Général de Gaulle qui avait compris l’intérêt du nucléaire non seulement militaire mais aussi civil pour assurer l’indépendance de la France et de l'Europe.
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Le PDG de Dassault, Charles Edelstenne, « dort bien », selon ses propres
dires.
Malgré la crise et le ralentissement des commandes, la trésorerie de Dassault est passée de 2 milliards d’euros fin 2009 à 3 milliards fin 2010.
Une conférence de presse de Charles Edelstenne, PDG du constructeur aéronautique Dassault, dans la légendaire péniche de la firme de St Cloud, bords de Seine, est toujours une partie de plaisir, tant ce dirigeant brille par son humour, décochant au passage et par surprise pas mal de tirs au but, mais on reste au final dans le genre sérieux, en particulier quand ce cadre chevronné de l’industrie évoque les soucis du monde actuel dont la viabilité de l’industrie française dépend étroitement. « Sur le plan civil, nos résultats sont liés à la macroéconomie », constate-t-il. Nous sommes en sortie de crise. « Mais nous pilotons à vue », précise-t-il. La faible visibilité ne permet pas de tirer des plans sur la comète. D’autant que les experts anticipent un nouveau ralentissement de l’économie mondiale ainsi que des fluctuations du dollar autour d’une valeur faible qui dégradera la compétitivité de la firme, les prix des avions étant libellés en dollars. S’ajoute l’agressivité croissante des concurrents civils et la baisse des budgets Défense dans de nombreux pays. La prudence est de mise.
Sur le plan des livraisons d’avions civils, toutefois, le début de l’année a confirmé la diminution l’an dernier de l’affaissement intervenu en 2009. La réputation des trois types de Falcon, le FALCON 7X 5950 NM – Triréacteur, 12 à 19 passagers, le FALCON 900LX, 4750 NM – Triréacteur, 12 à 19 passagers et le FALCON 2000LX, 4000 NM – Biréacteur, 8 à 14 passagers, n’est plus à faire. Dassault a fêté en 2010 la livraison de son centième Falcon 7X et a choisi les partenaires de son nouvel appareil, le SMS, qui sera sur le marché en 2016. A moyen terme, l’entreprise aura quelques 9 000 avions civils à livrer. Car la mondialisation va créer un besoin d’avions d’affaires. Le marché russe a été très bon l’an dernier et le marché chinois est très actif et cette tendance se confirme cette année par de nouvelles commandes. Dassault a installé des bureaux à Pékin et va créer des stations service chinoises. Tous les moyens sont donc réunis pour un bon décollage. (voir nos articles ci-après). « Nous couvrons bien le marché des avions d’affaires à long fuselage et à long rayon d’action, indique M. Edelstenne. Notre part du marché des avions d’affaires approche les 40% et pourrait passer au-dessus l’an prochain.
Sur le plan militaire, en revanche, les tractations avec le Brésil sur l’acquisition du Rafale sont revenues au point mort. Dassault comprend que Dilma Roussef, la nouvelle présidente, ait d’autres chats à fouetter dans son budget : « Sa priorité n’est pas l’avion de combat », admet M. Edelstenne. Le mur de l’étranger n’a donc pu être percé, mais Charles Edelstenne se dit optimiste. Les démonstrations du Rafale dans les trois pays intéressés, Inde, Emirats et Brésil ont été des succès éclatants. On a pu, par exemple, faire décoller un appareil par 52° au soleil ou par -20° à très haute altitude. Il y a eu des décollages réussis dans le désert. La réceptivité de l’antenne de l’appareil été également convaincante. Maintenant les intéressés savent. S’ajoute que M. Edelstenne a accepté une ouverture totale de la technologie de l’appareil à l’industrie brésilienne, ce qui ne peut être le cas des concurrents américains, assujettis à des autorisations étatiques, ni même des Suédois dont l’avion comporte des éléments essentiels, tels le moteur, en provenance des Etats-Unis. Dassault, firme privée familiale, a les coudées franches et M. Edelstenne, financier de formation, sait qu’on a confiance dans sa signature. La firme de St Cloud a de tout temps tenu ses engagements. Il semble de toute manière qu’après les tergiversations du Brésil, les Emirats soient maintenant passé en tête de liste des clients potentiels du Rafale. (voir ci-après nos informations sur le Rafale).
Le secteur des drones, ces « frelons » téléguidés chargés d’aller observer ou bombarder des cibles ennemies parfois à très grande distance, en est encore, visiblement, à ses débuts mais il progresse. Le plus important a été un récent accord franco-britannique qui ouvre en la matière des perspectives de coopération avec BAE Systems. Conçu et développé avec l’Espagne, la Grèce, l’Italie, la Suède et la Suisse, le nEUROn à la forme triangulaire caractéristique, n’est qu’un modèle de démonstration (voir article ci-après). Mais il aura de rares qualités, étant furtif, d’une grande autonomie, dirigé du sol et susceptible de procéder à des tirs d’armements depuis une soute interne, indétectable donc. A certaines allégations de la presse allemande qui avait affirmé que la Bundesluftwaffe s’intéressait à cet appareil, Charles Edelstenne apporte un démenti. « Non, le nEUROn n’est pas pour être mis à la disposition de l’Allemagne, ce n’est pas un drone de combat. Il n’est donc pas en concurrence avec le Heron 1 israélien sur ce marché. Je n’investirai rien à cette fin. Nous avons fait des études concluantes pour entrer dans cette technologie. Nous n’allons pas entrer dans un programme opérationnel ». Visiblement, Dassault attend de voir si les Etats manifestent de l’intérêt pour son drone. De toute manière, la coopération franco-allemande en matière militaire est en train de régresser et l’abstention allemande au Conseil de sécurité des Nations-Unies le 17 mars dernier n’est pas faite pour encourager les Français à se tourner vers eux. Le partenaire militaire de la France est de plus en plus nettement la Grande-Bretagne. A moins que les Allemands ne changent leur fusil d’épaule.
Un dernier dossier concernait l’alliance de Dassault avec Thales. L’avionneur est entré en mai 2009 à hauteur de 26% au capital de l’électronicien de Défense. Charles Edelstenne, manifestement très remonté, fait état d’attaques anonymes et d’une campagne dans les médias dont Thales, depuis, est la cible. « Certains intérêts n’ont pas accepté que Dassault Aviation entre chez Thales et que Luc Vigneron le dirige. Ces intérêts ont un comportement indigne qui rappelle les plus noires années de notre pays dans les années 40 avec certaines vidéos dépeignant Vigneron en Hitler ». Il s’en prend à cette « entreprise de démolition et désinformation qui a un impact sur la vision qu’ont les marchés de Thales ». Et de citer un article récent de la «Tribune » disant que Thales a été déserté par 10% de ses cadres. Or 3,6 % des cadres seulement ont quitté Thales après le changement de direction. Et Mr Edelstenne de menacer de « faire des communications beaucoup plus précises ». « Thales doit remonter », avec des technologies nouvelles et des ingénieurs de très haut niveau, mais pour cela il faut avoir « les moyens ».
Or le futur petit frère de Dassault a des problèmes de trésorerie, le PDG de Dassault l’admet, en mettant ces pertes « pharaoniques » au compte « de la politique commerciale de la précédente direction ». Mais la remise à flot a commencé. Tous les conseils d’administration de Thales ont voté à l’unanimité les réorganisations proposées par Luc Vigneron, souligne Charles Edelstenne, avant de tracer les plans de Dassault sur le dossier DCNS. Il serait d’accord pour que Thales qui détient 25% du premier chantier naval militaire, le solde étant entre les mains de l’Etat, monte jusqu’en mars 2012 à 35%, à des conditions de prix déjà définies, comme une option le lui permet. « J’ai demandé à ce que l’on étudie la possibilité d’aller au-delà », estime M. Edelstenne. Cela pourrait même aller jusqu’à 51%. Mais Dassault ne fera pas du forcing. On a décidé de laisser un an de plus au gouvernement, notamment pour régler le statut des 5 000 ouvriers de l’Etat que compte DCNS sur 12 500 salariés. La décision de privatiser majoritairement le capital de ces chantiers navals qui datent de Richelieu en 1631, appartiendra donc au prochain gouvernement, après le scrutin de 2012.
Un point d’interrogation reste au sujet des chantiers navals allemands HDW. Thales-DCNS serait-il ouvert à une participation au constructeur allemand de sous-marins et de navires dans le cadre d’un EADS naval européen ? Il ne semble pas que cette question soit pour le moment d’une actualité brûlante.
(JPP)Quelques chiffres :
Rafale
11 Rafale ont été livrés à l’armée française en 2010, après 14 en 2009, portant le total à 93.
• Fin des retrofits du standard F2 vers F3 des avions déjà livrés.
• Qualification du standard RAFALE avec armements guidés laser.
• A ce jour aucune vente à l’étranger du Rafale. Mais poursuite des discussions export avec le Brésil, l’Inde et les Emirats.
Falcon
95 Falcon ont été livrés en 2010, après 77 en 2009. Même si le rythme des annulations de commandes Falcon liées à la crise a diminué en 2010 par rapport à 2009, les prises de commandes tardent à reprendre significativement.
Ainsi les commandes 2010 d’avions neufs, diminuées des annulations, sont négatives de – 9 Falcon. Elles étaient plus négatives encore en 2009 : - 163 Falcon. On peut le dire autrement : les annulations de commandes ont été supérieures aux prises de commandes.
Néanmoins le montant des prises de commandes Falcon est positif en valeur. Cela tient en particulier aux commandes support et à l’évolution du dollar.
Prises de commandes - en unités :
Dans le tableau ci-dessous, les annulations de commandes sont précédées du signe -.
Falcon Rafale
2006 : 158 -8
2007 : 212
2008 : 115 8
2009 : -163 60
2010 : -9
Chiffre d’affaires 2010
Il a été en hausse de 22% en 2010 par rapport à 2009, en particulier compte tenu des livraisons de Falcon. La marge nette (hors participation Thales) a été de 9,4% comme en 2009. L’an passé, le chiffre d’affaires a donc atteint son plus haut niveau historique à 4,2 milliards d’euros réalisés à 77% avec la gamme civile de la société. La valeur du carnet de commandes s’élève à 9, 4 milliards d’euros, soit plus de deux années de chiffre d’affaires. La trésorerie disponible est passée de 2 milliards fin 2009 à 3 milliards fin 2010.
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Dassault : Information sur le Falcon 7X
Reprise des vols des Falcon 7X après l'approbation de l'EASA
Dassault Aviation a annoncé le 17 juin la remise en service du premier Falcon 7X ayant fait l'objet d'une modification de son système de trim de profondeur. D'importants moyens ont été mobilisés dans ce sens afin d'apporter une rapide correction au dysfonctionnement du trim qui avait provoqué un incident en vol, le 25 mai dernier.
Le kit de modification développé par Dassault Aviation apporte des niveaux de protection supplémentaires au système de trim de profondeur. Après des tests exhaustifs qui ont permis de garantir le parfait fonctionnement de cette modification, les premiers kits ont été produits et envoyés dans les centres de maintenance du réseau. Cette modification a fait en parallèle l'objet de validations avec les autorités jusqu'à l'obtention de la certification EASA, le 15 juin. L'agence européenne de la sécurité aérienne a publié le 16 juin une nouvelle consigne de navigabilité autorisant la reprise des vols avec passagers. Une décision similaire de la FAA est attendue de façon imminente.
Depuis la décision de l'EASA de suspendre temporairement les vols, à la demande de Dassault Aviation, les opérateurs 7X ont été constamment tenus informés des progrès techniques réalisés. Toutes les ressources disponibles chez Dassault Aviation ont été mobilisées en vue de déterminer précisément les causes de l'incident et mettre en place un plan d'action. L'entreprise se donne aujourd'hui pour objectif de remettre en vol tous les avions début Juillet. (Saint-Cloud, le 17 juin 2011)
Contexte
Le mercredi 25 mai 2011, un Falcon 7X a fait l’objet d’un dysfonctionnement de son compensateur de profondeur lors de sa descente. L’équipage a rétabli un profil de vol stable et a effectué un atterrissage sans incident.
A la demande de Dassault Aviation, l’EASA a publié une directive interdisant temporairement de vol les avions, à la date du 26 mai. Directive suivie le lendemain par la FAA. Cette interruption des opérations reflète la priorité donnée par Dassault à la sécurité des vols sur toute autre considération.
Les résultats de l’enquête ont très rapidement confirmé le fonctionnement normal des lois de commandes de vol et ont permis la mise en œuvre d’une procédure de convoyage utilisant les systèmes de commandes de vol numériques en mode normal.
La flotte de Falcon 7X compte 112 avions qui totalisent plus de 75.000 heures de vol. C'est le premier événement de cette nature survenu depuis l'entrée en service de l’avion en 2007.
Contacts : - Dassault Aviation (France) - Vadim Feldzer Tél. : + 33 1 47 11 44 13 ; - Dassault Falcon (USA) - Ralph Aceti Tél. : + 1 201 541 4585
DIRECTION DES RELATIONS EXTÉRIEURES ET DE LA COMMUNICATION : Stéphane Fort, Tél. + 33 (0)1 47 11 86 90, et Mathieu Durand.
Siège : 9, Rond-Point des Champs-Elysées Marcel Dassault - 75008 Paris
▪ Aviation suborbitale, à la frontière de l'espace
L'étude
des engins suborbitaux, automatiques ou habités, constitue le
prolongement logique des activités de Dassault Aviation dans le domaine
des aéronefs du futur.
L'activité suborbitale a démarré avec le projet de Véhicule hypersonique réutilisable aéroporté (VEHRA). Celui-ci constituait une "évolution" du lifting body expérimental X-38 de la NASA, pour lequel Dassault Aviation avait défini la forme. C'est une famille de véhicules déclinée en trois versions :
− démonstrateur de 10 t ;
− véhicule de 30 t pour lancer des petits satellites de 300 kg ;
− véhicule lourd de 200 t pour placer 7 t en orbite basse.
Lancement à partir d’un avion commercial
Le lancement aéroporté, depuis un aéronef de transport commercial, permet de se soustraire aux contraintes de tir des lanceurs classiques. Du point de vue de la flexibilité, ce type de lancement exigerait une infrastructure sol beaucoup plus légère, et la possibilité d'interrompre la mission en récupérant les véhicules et leurs charges utiles, dans la plupart des cas. Le projet VEHRA a donné lieu à des travaux répétés (configuration, systèmes, propulsion, etc.) au sein de la direction générale technique (DGT). Des stagiaires de grandes écoles ont aussi été associés pendant plusieurs années à ces études de véhicules futuristes.
Un
projet d’aéronef suborbital habité (VSH)
Le niveau de confiance acquis avec le projet VEHRA a permis d'en dériver, en 2004, une version habitée pour six passagers, le VEHRA suborbital habité, ou VSH. Il s'agit d'un véhicule de 11 t, aéroporté par un aéronef commercial. La séparation (qui a donné lieu à un brevet) intervient à 25 000 pieds (8 kms d'altitude) et Mach 0,7. Ensuite, le moteur fusée (LOx/Kero*) du VSH accélère l'engin sur une trajectoire suborbitale qui culmine au-dessus de 100 km, la frontière de l'espace. En dépit du caractère spatial du vol, permettant aux passagers d'observer la courbure de la Terre et de ressentir pendant trois minutes l'apesanteur, le VSH n'est pas une navette spatiale. C'est un aéronef performant, volant à la vitesse maximum de Mach 3,5, dont les caractéristiques et l'exploitation seraient proches de l'aéronautique.
K-1000 : coopération avec la Suisse
Depuis 2008, le VSH a connu de nouveaux développements, dans le cadre du projet K-1000 autofinancé par Dassault Aviation et les partenaires suisses Ruag, ETHZ et l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Plusieurs aspects du VSH ont été explorés par des ingénieurs et des universitaires, qui doivent aboutir prochainement à la réalisation d'un dossier de conviction. Il permettra aux partenaires de statuer sur la suite du projet. Ces études de véhicules aérospatiaux de Dassault Aviation s'inscrivent dans un contexte opportun, au moment où les premiers vols suborbitaux privés ont été réalisés (SpaceShipOne de Burt Rutan, pour le concours X-Prize), et où d'autres projets devraient être testés prochainement (SpaceShipTwo, Lynx, etc.).
Contact : Yves Robins, + 33 (0)1 47 11 86 90. www.dassault-aviation.com
▪ Dassault Aviation au Bourget 2011
Avions civils, avions de combat, drones et présentations d’une qualité exceptionnelle : la firme de Paris-Saint Cloud et de Bordeaux-Mérignac a montré ses qualités de fleuron de l’avionique française et européenne.
Au Salon du Bourget 2011, Dassault Aviation a présenté à des visiteurs sélectionnés le simulateur de vol en situation de combat de son chasseur bombardier Rafale. Un des clous du spectacle ! Le système est installé dans un vaste barnum. On suit un couloir pour entrer dans une chambre qui dégage une impression d’hermétisme. D’une balustrade, on domine la cabine de pilotage reproduction nature d’un Rafale. Devant nous, trois écrans fixés au mur reproduisent à l’identique ce que le pilote a sous les yeux en vol. Sur celui de gauche, une carte où l’appareil est positionné et se déplace. Sur l’écran du centre, on aperçoit le paysage que nous survolons. Enfin, sur celui de droite, on voit sur fond bleu des cercles concentriques, une sorte d’écran radar qui signale la position des autres avions de la scène de combat par rapport à celui dans lequel nous nous trouvons.
Le
monde extérieur sur écrans
La configuration sera modifiée tout à l’heure pour devenir pyramidale ou conique et concrétiser visuellement les différentes altitudes des « autres » par rapport à la nôtre. On verra une patrouille à basse altitude, une autre à haute altitude et nous sommes sur une position moyenne entre les deux. Les points rouges sont des avions ennemis, les verts des appareils amis. Le Rafale peut passer instantanément d’une mission à l’autre, combattre les appareils ennemis comme un avion de chasse, mais en appuyant sur le bouton air-surface, il passe à un rôle de bombardier. Il peut monter très haut pour la reconnaissance globale. Frôler très bas les forces ennemies pour les impressionner. C’est un avion omni-rôles. Cette capacité unique n’appartient qu’à lui.
« Comme vous le constatez, explique un ancien pilote de chasse aux journalistes et experts de l’aviation réunis dans la salle, ce que voit le pilote est très imagé. Les pilotes américains du F 16 invités à assister à ces démonstrations comprennent tout de suite les capacités exceptionnelles du Rafale. Les écrans nous montrent le monde extérieur et le plan de la bataille tel qu’il a été tracé d’avance et se modifie en cours d’engagement. Sur un écran, le pilote est renseigné sur sa vitesse, son altitude et son cap. Il a notamment devant ses yeux son vecteur de vitesse et un horizon artificiel. Ainsi peut-il savoir s’il vole à plat ou non. Des satellites, des AWACS, de drones et des patrouilles survolant le territoire ennemi lui donnent leurs informations. Au sol, des forces spéciales sont chargées de détecter les objectifs adverses et quand ils les auront déterminés, on pourra attaquer. L’important aussi est que le pilote sache à tout moment où se situent les menaces air-air ou air-sol.
Le pilote est en quelque sorte spectateur. L’avion a des commandes numériques et peut le décharger du pilotage proprement dit. Il donne des ordres au pilote automatique et celui-ci fait descendre l’appareil sur un angle de 10 ou 20 degrés. L’avion a un suivi de terrain qui lui permet de connaître tout l’espace devant lui et de filer à très basse altitude, à trois cent pieds, c’est à dire à cent mètres du sol, en suivant sa configuration de façon par exemple à échapper au radar et à la chasse ennemie. Pendant tout ce temps le pilote ne touche à rien. Qu’il soit dans les nuages ou près du sol, l’avion peut voler en automatique sans rien voir à près de 1000 km/h sans aucun problème ». Comme un drone ou un missile de croisière en somme…
Normalement, les objectifs d’un avion ont été définis une semaine à l’avance. Deux jours avant, on planifie l’attaque. La mission est octroyée un jour avant. Nous voilà maintenant dans la cabine de pilotage. Nous voyons le sol se rapprocher d’un côté ou de l’autre en fonction de l’inclinaison de l’appareil. Nous franchissons au ras du sol les lignes ennemies tout en étant informés sur l’ensemble de la situation grâce à un système propre au Rafale dont ne disposent pas, par exemple, les appareils américains. Le pilote reçoit un appel des forces amies engagées dans le combat qui lui demandent de faire un « Show of Force », c'est-à-dire de survoler à très basse altitude et à très grande vitesse les forces ennemies pour leur montrer que ceux contre lesquels elles se battent sont supportés par des avions. C’est en somme une opération de dissuasion psychologique.
Puis le pilote lâchera ses « bombes » sur l’objectif. Celui-ci peut se trouver à 60 kilomètres de distance. Mais il peut être aussi tout proche, à quinze kilomètres, et sera visualisé avec un rayon laser centré sur la cible qui guidera le missile avec un ou deux mètres près pour éviter de frapper à côté. Le pilote suit la trajectoire de la bombe. Les photos avant et après frappe sont envoyées au P.C. qui les analyse. La mission principale est accomplie. Mais l’avion peut aussi rester longtemps sur la zone, tirer au sol, combattre en altitude, effectuer une reconnaissance et ensuite rentrer chez lui sain et sauf. « Les pilotes français sont capables de tout faire. Grâce à nos systèmes dont nous sommes très fiers», conclut le démonstrateur.
Une
vraie famille
Quand nous ressortons à l’air libre sur le « statique », c'est-à-dire le champ d’exposition, nous sommes un peu éblouis, par le soleil certes, mais aussi par la démonstration à laquelle nous venons d’assister. On a l’impression d’avoir vécu un combat aérien, mieux que dans le « Grand cirque » de Closterman. Et l’on passe d’abord à l’aviation civile. Trois super-Falcon sont exposés là, les triréacteurs « transcontinentaux » Falcon 900LX, Falcon 200O LX et le dernier né, le Falcon 7X. Manque à l’appel le « biréacteur intercontinental » Falcon 2000DX. Nous montons dans le plus petit, dix places, plus deux sièges de pilotes dans le cockpit. La cabine est spacieuse et lumineuse, avec de grands hublots. Fauteuils de cuir, couleurs douces, elle dégage une impression de confort. Le Falcon 7X est l’appareil favori du président de la République, nous glisse quelqu’un. Que le choix présidentiel soit tombé sur la maison Dassault est une raison de fierté. Leur rayon d’action de ces « faucons » de carbone et d’acier va de 6 000 km pour le 900DX à 12 000 km pour le 7X et à quelques 8 000 pour le Falcon 900LX. « Le grand modèle peut emporter jusqu’à 19 passagers en théorie. Mais si l’on veut voler et travailler dans des conditions confortables, mieux vaut choisir un aménagement pour 14 personnes maximum » déclare Mathieu Durand, porte-parole adjoint du groupe qui nous guide.
Dassault est la dernière entreprise familiale de l’aviation mondiale qui recèle sous des dehors très relationnels des ambitions technologiques précieuses pour la France. L’ambiance est très décontractée, sans affection ni pédanterie. « Nous sommes une vraie famille », déclare M. Durand. Au soleil, il arbore un chapeau style cow-boy sur son costume clair. Originaire du Mans, ce « Nordique » aux cheveux blonds et au teint scandinave, connaît sur le bout des doigts « ses » appareils bien-aimés dont le prix n’est pas à la portée de toutes les bourses : de 25 à 50 millions de dollars l’unité, en fonction du modèle, 40 millions environ pour le modèle intermédiaire. Dassault a vendu plus de 2 000 Falcon dans près de 70 pays, parmi eux plus de 200 Falcon 7X.
Un moucheron invisible
A l’autre bout du chantier d’exposition, une espèce de raie manta sans yeux ni branchies. Avec sa forme triangulaire caractéristique, ce diable des airs rappelle le « furtif » américain, mais en modèle réduit. Plat et fuselé, il doit mesurer au jugé trois mètres et demi de long et trois de large. On l’a passé à la peinture noire comme pour attester son invisibilité, un vrai oiseau de nuit. Ce sera l’avion invisible sans pilote, le drone du groupe : le neuron, plus précisément le nEUROn puisqu’il s’agit d’un appareil européen, conçu et développé avec l’Espagne, la Grèce, l’Italie, la Suède et la Suisse. Certes, les premiers essais d’un drone furtif Dassault sans dérive, l’AVE-C, datent déjà de 2002, mais avec cet engin, l’entreprise démarre industriellement dans le secteur des drones, ces « frelons » téléguidés chargés d’aller observer ou bombarder des cibles ennemies parfois à très grande distance.
Le nEUROn aura de rares qualités : grande autonomie, dirigé du sol et susceptible de procéder à des tirs d’armements depuis une soute interne indétectable. Les gens de Dassault ne s’étendent guère à son sujet, la retenue est de mise. « Ce que vous voyez ici est la maquette 1 pour 1 du futur appareil, commente Mathieu Durand. Mais il est encore en cours d’assemblage dans nos usines. N’étant pas terminé, il n’est pas montrable. Nous laissons planer sur lui encore un peu de mystère. Les formes que vous voyez là ne sont pas ses vraies formes, mais elles préfigurent bien ce qu’il sera. Le nEUROn volera au milieu de l’année 2012 ». Il sera un jour un fleuron de la maison. N’est-il pas déjà épinglé en pin’s à la veste du chef de la communication, Stéphane Fort ? Petit et noir comme un moucheron au-dessus du pin’s scintillant du Falcon sur son revers, ce mini-neuron est un signe qui ne trompe pas !
Sur le périmètre voisin, l’entreprise expose une photo surdimensionnée de Nicolas Sarkozy et David Cameron signant l’accord franco-britannique du 2 novembre 2010 qui a ouvert en la matière des perspectives de coopération avec BAE Systems. En juillet 2010, Dassault et BAE Systems ont remis une étude de faisabilité accompagnée d’une offre budgétaire répondant aux besoins opérationnels français et britanniques. Formalisé le 14 mars 2011 par la signature d’un Memorandum of Understanding stipulant une coopération exclusive, le programme comporte déjà une répartition industrielle entre les deux pays, une analyse des coûts et un calendrier. Le résultat sera le Telemos, un drone MALE franco-britannique qui aura un rôle d’observation et de photographie et assurera une présence constante dans le ciel 24 h sur 24 sept jours sur sept.
Si nécessaire, le Telemos rejoindra son petit frère furtif dans la bataille. Il a la possibilité d’engager des menaces avec un éventail d’armements modernes de précision. Pendant plus de 20 ou 30 ans, il continuera à remplir toutes les missions des forces armées françaises et britanniques, car grâce à son architecture système ouverte, il dispose d’un potentiel de croissance prévu ab initio pour autoriser toutes les évolutions ultérieures dans les utilisateurs militaires auront besoin dans le futur. Il en sera de même pour l’infrastructure système au sol, ainsi que pour le soutien tout au long de la vie opérationnelle de ce grand drone qui a presque les dimensions d’un petit biplace de tourisme, mais avec des formes beaucoup plus effilées. Pour commencer, il utilisera des capacités électroniques et de propulsion français et britanniques déjà disponibles que sa construction et sa maintenance future porteront au « top » de la valeur ajoutée. Ce partage assure qu’aucune duplication ne viendra alourdir les coûts et qu’une doctrine du « juste assez » présidera à chaque choix programmatique. Il irriguera tout le tissu des PME françaises et britanniques, mais, la coopération bilatérale ayant souvent été le point de départ de programmes qui se sont progressivement élargis pour devenir de grands succès européens. Le programme Telemos de Dassault Aviation et de BAE Systems contient tous les éléments nécessaires pour aller dans ce sens.
La fusion des données
Nous sommes entrés dans la panoplie militaire. Dassault a toujours inventé des noms pour ses avions de combat qui frappent l’imagination : l’Ouragan qui a volé en 1949, puis le Mystère en vol en 1951, ensuite le Mirage, en service en 1961, et maintenant le Rafale qui a pris son envol en 1986. On est passé des ailes en flèche du Mystère aux ailes en triangle du Mirage, maintenues sur le Rafale. Le groupe expose ici les deux types de Rafale : la version marine et la version terrestre qui opèrent tous deux en Libye actuellement. « Le Rafale Marine, explique Mathieu Durand, est conçu pour les porte-avions. Cela se voit à son train d’atterrissage plus musclé, plus massif pour absorber les chocs à l’appontage et au catapultage. Voyez cette barre horizontale en acier qui s’accroche au rail de la catapulte et qui tire l’avion jusqu’à sa vitesse initiale au sortir du pont d’envol. A l’arrière, vous pouvez voir la crosse d’appontage ». « Cet appareil est redoutablement armé, poursuit notre guide. Il a sous le ventre un missile Exocet d’une portée de cent kilomètres pour détruire les bateaux. Mais il y a fort à parier que les navires ennemis seront défendus par des avions. Le Rafale porte donc huit missiles air-air, trois sous chaque aile et deux sous le fuselage. Avec ça, vous avez de quoi voir venir. S’ajoute un canon de 30 millimètres placé le long de l’entrée d’air droite de l’avion ».
La description de l’appareil confirme ce que nous a montré le simulateur de vol : « Le Rafale sait tout faire, confirme M. Durand. Combat air-air, combat air-sol ou air-mer, et missions de reconnaissance. Vous avez vu ses missiles air-air. Au sol, il lâchera ce qu’on appelle des « bombes » qui sont aujourd’hui des projectiles plus sophistiqués de différente puissance avec différents modes de guidage très précis parce que ce qui compte aujourd’hui c’est la précision. Il s’agit d’éviter les dommages collatéraux, de ne pas détruire la maison qui jouxte le nid de mitrailleuses. Pour la reconnaissance, le Rafale est équipé d’une nacelle qui prend des photos en numérique à basse et haute altitude, les envoie en direct au centre de commandement qui peut ainsi valider l’objectif. On dira aussi au pilote : Ne tirez pas sur votre objectif, mais plutôt sur tel autre. Il y a eu un changement et la cible initia le n’est plus valable. Alors le pilote tire. Il prend un cliché pour que le commandement puisse dire si l’objectif a été traité ou non ».
« Toutes ces actions quasi-simultanées ne sont-elles pas trop complexes pour un cerveau humain ? »
« Les pilotes reçoivent de plus en plus d’informations sur des avions de plus en plus performants. Il ya des informations qui viennent du radar, des systèmes optiques, des systèmes de liaisons de données, d’autres qui émanent des senseurs de contre-mesures affectés à la détection de menaces autour de l’avion. Toutes ces informations sont de plus en plus complexes. Le cerveau humain aurait du mal à les absorber s’il n’y avait pas l’assistance d’une sorte d’intelligence artificielle qu’on appelle la <fusion des données>. C'est-à-dire que les systèmes de l’avion récoltent toutes ces données et les traitent de telle manière que n’apparaissent au pilote de manière très intuitive et lisible que les informations essentielles. En quelque sorte, le système est capable de mâcher le travail de façon à ce que le pilote qui est déjà très sollicité dans une scène de combat, puisse d’un seul coup d’œil comprendre ce qu’il doit faire. S’il ne perdait ne serait-ce que trois secondes à déchiffrer en baissant les yeux au fond de la cabine, ce ne serait pas bon du tout. Le Rafale est le seul avion pour l’instant qui dispose de ce système de données à un degré aussi développé. Nous avons effectué des comparaisons avec d’autres avions et nous savons que nous avons là un point très fort.
Une fois et demi son propre poids
Un autre chiffre concernant le Rafale est tout à fait étonnant, poursuit notre guide : sa capacité d’emport. Il peut emporter une fois et demi son poids. Il pèse 10 tonnes, mais on peut le faire décoller à 25 tonnes avec du carburant et des armements. Pour un appareil qui vole à cette vitesse, c’est un record absolu. Enfin, le rayon d’action du Rafale en configuration lourde de bombardement à longue distance peut aller jusqu’à 1 800 km avec retour sans ravitaillement en vol. L’armée de l’air n’a jamais eu un avion disposant d’une telle allonge ». « Dans sa configuration « libyenne » classique, poursuivra tout à l’heure Mathieu Durand, le Rafale emporte un pod de guidage, trois réservoirs supplémentaires de 2000 litres chacun, 4 missiles air-air et 6 bombes de 250 kg à guidage laser ou GPS. Le guidage GPS signifie que le pilote rentre les coordonnées de l’objectif dans la bombe et que celle-ci se débrouille ensuite toute seule. L’avion peut donc lâcher ses bombes et s’en aller. Il ne doit pas aller jusqu’à l’objectif qui peut être défendu par la DCA ou des missiles sol-air. Avec sa nacelle de reconnaissance, le Rafale peut prendre des photos à la verticale de l’objectif à grande vitesse et basse altitude, ou de loin et à haute altitude. Bientôt, le Rafale pourrait être équipé d’une caméra latérale qui peut photographier à haute altitude. Bientôt le Rafale pourra être équipé d’un panier de roquettes qui est encore à l’étude. S’ajoute le canon. On a donc quelque chose de très polyvalent air-air, air-sol. On peut ajouter à cet appareil beaucoup d’éléments ». Le Rafale peut aussi lâcher le missile de croisière européen SCALP, acronyme de « Système de croisière conventionnel autonome à longue portée », comparable au tomahawk américain. Il pénètre en territoire ennemi profond grâce à ses caractéristiques de furtivité, quelle que soit la défense aérienne, en suivant un parcours préalablement enregistré. Développé fin 1994 par Matra puis fabriqué par MBDA, il peut frapper une cible à 300 km de distance au mètre près. Il est dérivé du missile anti piste Apache, la principale différence étant l'emport d'une charge militaire au lieu de sous-munitions. Il existe en version air-sol et en version mer-sol. « C’est un engin redoutable », confie notre guide.
« Comment ravitaille-t-on un Rafale marine en vol s’il doit reprendre sa mission sans devoir apponter ? »
« Sur le porte-avion, on ne peut pas avoir de gros avions ravitailleurs. On a donc trouvé la solution en accolant à un Rafale marine quatre réservoirs supplémentaires. Au point central du fuselage on lui accroche un engin qui contient un tuyau au bout duquel se trouve l’éventail, le panier dans lequel l’avion ravitaillé glisse sa perche. Naturellement, le Rafale ravitailleur ne contient pas autant de carburant qu’un gros porteur. Mais cela permet de donner un peu plus d’allonge à un appareil qui arrive en fin de mission. Voilà l’intéressant ».
Nous assisterons tout à l’heure sur les gradins du « chalet Dassault » en bordure de piste à la démonstration en vol du Rafale et du Falcon 7X. Ce dernier « grimpe » comme un ascenseur, se positionne comme une flèche, mais dégage surtout une impression de grande stabilité.
Impressionnant, le Rafale se livre à une présentation dynamique et rythmée, tenant de l’acrobatie aérienne, mais prouvant aussi les qualités techniques de l’appareil. Aux commandes, il y a un nouveau présentateur, le capitaine Michaël Brocard, qui maîtrise l’appareil dans tous ses domaines de vol et est aussi un tacticien hors pair, comme tous ses camarades de l’escadron de chasse 1/7 « Provence » basé à Saint-Dizier.
Après toutes ces évolutions vertigineuses, le Rafale nous a impressionnés par son abord du terrain lors de l’atterrissage. Ce très bruyant oiseau perd de l’altitude positionné presqu’à l’horizontale, sans aucun bruit et se pose douceur, quasi-silencieux, tel un furtif.*
Jean-Paul Picaper
* On peut obtenir la brochure „Rafale Solo Display“ de l’Armée de l’air qui donne toutes les indications techniques sur le Rafale avec de belles photos et décrit sous forme schématique agréable ses capacités d’évolution en vol. Edition de mai 2011. Publication du Sirpa/ Direction Col William Kurtz. 6, bis avenue de la Porte de sèvres, 75509 Paris Cedex 15, Site de l’armée de l’air : www.défense.gouv.fr/air
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Informatique : L'Université d'Aix-la-Chapelle choisit Bull pour son
nouveau supercalculateur
L'Université technique d'Aix-la-Chapelle (RWTH, Rhénanie du
Nord-Westphalie), l'une des neuf universités d'élite allemandes, a
choisi après appel d'offre un supercalculateur français de la société
Bull.
L'ordinateur possède plus de 28.000 coeurs de processeurs, avec une capacité totale d'environ 300 Tflop par secondes, et trois pétaoctets d'espace disque, donnant à l'université un énorme avantage dans le calcul des simulations de systèmes vivants ou de systèmes complexes. En outre, l'accord "Computing and Communication Center (CC)" de la RWTH, et la coopération industrielle avec Bull, pourront déboucher sur des applications pertinentes pour les études de matériaux ou systèmes hétérogènes et dans le Green IT. Les superordinateurs sont devenus indispensables dans de nombreux domaines de la R&D. Ils favorisent le développement de nouveaux produits et matériaux, par des calculs de simulation complexes afin de définir les solutions de conception optimales. Actuellement leur utilisation est basée sur des calculs de systèmes complexes portant, par exemple, sur la réduction de consommation de carburant des voitures et des avions, les propriétés énergétiques des nouveaux matériaux, mais aussi une compréhension des phénomènes à variables multiples tels le climat.
Les chercheurs de l'Université d'Aix-la-Chapelle en expriment donc le besoin pour leurs recherches de pointe : "Le nouveau supercalculateur Bull est d'une importance centrale pour nos scientifiques dans les domaines de l'ingénierie, de la physique, de la chimie, de la biologie, ou des mathématiques. Il contribuera de manière significative au progrès de l'université de part ses possibilités de simulation, que ce soit pour une meilleure compréhension des phénomènes naturels, pour l'exploration de nouveaux matériaux ou pour développer de nouvelles méthodes technologiques", explique le professeur Chris Bishop, directeur du département de calcul de haute performance. "Nous nous sommes décidés pour Bull, car l'architecture du système est bien adaptée aux besoins de nos scientifiques et à leurs domaines de recherche", ajoute t-il.
Le centre informatique et son
département de calcul haute performance est le principal fournisseur de
services IT de l'université. Ces deux domaines de l'informatique haute
performance (HPC) et de la réalité virtuelle (VR) étant considérés par
l'université d'une importance stratégique. Ils soutiennent qu'une
compétence de base dans les techniques de simulation est devenue
essentielle aux sciences du vivant, devenant dans de nombreux domaines
le troisième pilier de la science aux côtés de la théorie et de
l'expérience.
Tanja Wittpoth-Richter, Directrice des Sciences de
l’information-Département de calcul haute performance, Université
d’Aix-la-Chapelle, info@rz.rwth-aachen.de, tél. +49 241 80 29246.