SOMMAIRE
Beaucoup de foyers en France et en Allemagne, ont un animal de compagnie. Les statistiques relèvent en Allemagne 9,6 millions de personnes propriétaires d’un chien et 7,8 millions de chats, en augmentation. Mais la densité de chiens est moindre en Allemagne (8,9% de foyers en ont un) qu’en France (38 % des foyers), ce qui peut s’expliquer par l’impôt canin qui est la règle en Allemagne. Pour les grands enfants et pour certaines personnes âgées, ces animaux sont une aide psychologique irremplaçable. Mais que savons-nous d’eux ? On les côtoie comme s’ils étaient des créations de l’homme. Comme s’ils avaient toujours fait partie de son entourage, comme des éléments du décor. Or il n’en a pas toujours été ainsi. Remontons dans le temps.
Une des plus anciennes preuves de la relation homme-chien date de -12 000 ans. C’est la sépulture d’une femme mise à jour sur le site de Ein Mallaha en Israël. Elle et en position fœtale et a la main gauche posée sur le squelette de son chien comme pour le caresser. Des ossements trouvés en Russie ainsi que les peintures rupestres de la caverne de la Vieja en Espagne ont permis de dater de – 15 000 ans la domestication du chien par l’homme. Mais l’amitié homme-chien est certainement bien plus ancienne. Des loups apprivoisés ont suivit l’homme à la chasse bien longtemps avant les chiens domestiqués (nuance entre l’apprivoisé et le domestiqué !). En 2000-2001, deux généticiens ont établi que tous nos chiens descendent de six lignées de loups qui vécurent entre -15 000 et – 25 000 ans en Extrême-Orient. Avant : pas de chiens.
Le lien avec le chat n’est pas aussi ancien. Des scientifiques français ont trouvé sur l’île de Chypre la tombe d’un humain, homme ou femme, enterré dans une fosse peu profonde à 40 cm d’un chat inhumé de la même façon que lui. Cette sépulture date de -9 500 ans. Les deux corps étaient orientés vers l’Ouest, royaume des morts. Les recherches génétiques ont établi en 2004 que le chat a été apprivoisé au Moyen-Orient. On a trouvé d’ailleurs en Israël une statuette de chat en ivoire, datée de 3 700 ans. Les Egyptiens, à partir du 3ème millénaire avant J.C. n’ont donc pas été les premiers à domestiquer le chat. Mais ils l’ont divinisé. Le Moyen Âge européen l’a diabolisé. Mais le lien homme-chat n’est pas aussi fort qu’avec le chien. Du reste, le chat n’obéit pas à l’homme. Il ne mémorise pas comme le chien jusqu’à 200 mots du langage humain. Il peut retourner aisément à l’état de nature avec son frère jumeau par les gènes, le chat sauvage Felis silvestris lybica. Le chat est resté un peu sauvage et en Europe il n’a guère changé.
L’humain l’aime à cause de sa petite tête ronde, de ses grands yeux, de son front bombé qui évoquent vaguement un petit enfant. Et parce qu’il veille à ne rien casser dans la maison. Une évolution qui s’étendra sur des millénaires est visiblement en cours, car certains chats sont plus en connexion avec leur maître ou maîtresse que d’autres. Ils répondent davantage à leur nom, ils suivent davantage la personne qui les nourrit et les héberge. Peut-être dans deux à cinq mille ans, le chat se comportera-t-il à notre égard comme le chien. On dit souvent que le chat ne peut pas s’intégrer dans la société humaine parce que c’est un chasseur solitaire. Mais il existe sur d’autres continents, en Australie notamment, des compagnies de chats sauvages comptant jusqu’à 200 individus. Son caractère donc a une certaine plasticité.
Mais entre l’homme et le chien, la relation est plus fraternelle. Le chien a développé à la longue une empathie avec l’être humain. La barrière de compréhension entre l’homme et le chien est beaucoup plus perméable qu’entre l’homme et son cousin le chimpanzé qui ne diffère de nous pourtant que par une quantité infinitésimale de gènes. Un chien bien constitué appréhende les sautes d’humeur de l’homme et vice-versa. Selon le chercheur canadien Stanley Coren, tout chien peut apprendre à reconnaitre l’objet désigné par 165 mots et des surdoués en retiennent 100 de plus. Le chien n‘est pas du tout un loup dégénéré par la domestication. Bien au contraire. Des centres de recherche importants se penchent aujourd’hui sur l’intelligence étonnante du chien, tels le « Clever Dog Lab à Vienne ou le « Duke Canine Cognition Center » en Caroline du Nord. La scientifique viennoise Friedrike Range a prouvé que les chiens peuvent distinguer outre les objets, des catégories abstraites comme « chien » ou « paysage ». Selon la biologiste Juliane Bräuer de l’Institut Max-Planck à Leipzig, l’intelligence du chien est « beaucoup plus souple et affirmée » que celle d’autres animaux comme le cheval et la chèvre et même que son ancêtre le loup. A force de vivre ensemble, le chien est devenu un peu humain et l’être humain un peu chien.
● Deux vagues de Français ont envahi pacifiquement
l’Allemagne : les Huguenots au XVIIème siècle et les déportés du travail
au XXème siècle.
Après la révocation de l’Edit de Nantes par lequel notre bon roi Henry
avait accordé la liberté de culte à ses anciens coreligionnaires
protestants, 300 000 Huguenots français durent fuir le royaume de
France. Le Prince et Grand Electeur de la principauté de Brandebourg,
chef-lieu Berlin, Frédéric-Guillaume, leur fit une série de propositions
très alléchantes, dont l’immunité fiscale pendant quatre ans et la mise
à leur disposition de maisons abandonnées et de matériaux de
construction. Il s’agissait pour Frédéric-Guillaume de combler la perte
de 140 000 habitants que la Guerre de Trente ans et cinq épidémies de
peste avaient infligée au Brandebourg.
Ses « frères en religion » français s’installèrent notamment à la limite de Berlin et fondèrent la « Ville de Dorothée » dont une rue du centre de Berlin, la Dorotheen-Strasse, rappelle encore l’existence. L’annuaire téléphonique de Berlin fourmille encore de noms français, les descendants des Huguenots. A la fin du XVIIème siècle, un Berlinois sur cinq était Français. Ils ont laissé dans le dialecte parlé à Berlin de très nombreux mots français parfois déformés, comme « Bulette » pour une boulette de viande, « Buljong » pour bouillon et « purée » et encore « eine olle chaise », « une vieille chaise » pour une vieille guimbarde, par allusion à la chaise à porteur de jadis. Sans compter « Bluse », « Perrücke », « Négligé », « Haute volée », « Chaussée », « Portemonnaie » et bien d’autres.
Ils ont réorganisé l’armée
prussienne, lui ont appris le pas cadencé, et leurs artisans ont apporté
le goût français à Berlin qui était encore assez primitif et rustique à
l’époque. La fameuse « bière blanche » de Berlin est une bière allemande
« champagnisée » par les Huguenots qui se boit encore dans des coupes
cannelées comme aux XVIIème et XVIIIème siècles. Ils se sont installés
également dans des villages et petites villes de Prusse et à l’Ouest de
l’Allemagne. Il y a une quinzaine d’années, j’étais allé jadis en
pèlerinage dans la plus huguenote des communes allemandes,
Friedrichsdorf, et y avais trouvé le témoignage d’un STO français qui
n’avait pas été moins étonné que moi de trouver là des gens qui
parlaient encore français. Pierre Dorbais était l’un des 600 000
déportés du travail envoyés en Allemagne par le gouvernement de Vichy.
Les Franco-allemands de Friedrichsdorf
« A la fin de l’année 1942, les occupants de mon pays m’obligèrent à me rendre en Allemagne pour y travailler. Nous sommes arrivés plusieurs centaines à Francfort et dirigés vers diverses usines des alentours. Un grand homme au regard froid et sévère, me conduisit à Friedrichsdorf. Il était fort tard, il faisait nuit quand nous sommes arrivés au restaurant de la Tour Blanche. J’y pris un petit repas. Le lendemain matin, je fus mis au travail, avec plusieurs prisonniers de guerre français. Les jours passèrent. Je sortis de promener dans le village et bien vite j’entendis bon nombre de personnes parler le français, mais oui le français ! Au fil des jours, aidé par leur gentillesse, j’appris que mon destin m’avait conduit dans un village construit par des Huguenots français, chassés de leur patrie en 1685 par la révocation de l’Edit de Nantes. Ce jour-là, la dynastie des Bourbons s’est déshonorée. Au milieu de la rue principale, je vis le temple protestant avec ses inscriptions en français. De jour en jour, je fis la connaissance des Gauterin, Désor, Garnier, Roux, Privat, etc., tous m’aidèrent par leur bon sens à passer mon séjour forcé ».
Un Français de Noisy-le-Sec, Pierre Dorbais, a écrit ces lignes quand il est revenu en 1964, puis en 1987 revoir les Allemands d’origine française de Friedrichsdorf-en-Taunus parmi lesquels il avait vécu trois ans comme STO. L’archiviste, M. Ebbinghausen, les conserve pieusement au Musée local de l’ancienne « colonie huguenote de Friedrichsdorf ». « La Tour Blanche était le nom de la prison de Nîmes où furent enfermés les protestants », m’expliqua Gerd Schmidt, le maire de cette commune allemande qui a fêté en 1987 le 3000ème anniversaire de sa fondation « aux champs » par des réfugiés français de religion réformée. Le Landgrave de Hesse-Homburg, Frédéric II - qu’il ne faut pas confondre avec Frédéric II de Prusse – avait acheté 5 000 florins une propriété pour y installer « ces pauvres gens » en disant : « Plutôt vendre mon argenterie que les laisser sans assistance ». Quand je suis allé à Friedrichsdorf en 1988 et qu’on m’a montré le témoignage du STO Pierre Dorbais, on disait encore dans les rues « Monjour Monsieur », « Bonjours Mamsell » et des vieux parlaient encore français, un français un peu désuet, mais très compréhensible, conservé pendant deux cents ans par un privilège du Landgrave. Après sa création par des artisans protestants français qui apportèrent à l’Allemagne leur savoir-faire et leur culture, Friedrichsdorf fut toujours à la pointe du progrès. La cité obtint la première de sa région au XVIIème siècle les droits municipaux. Les fileurs, tisserands, fabricants de bas et de chaussures, les commerçants, les intellectuels, les paysans, maçons et charpentiers de Friedrichsdorf ont contribué à la modernisation de l’Allemagne. Bismarck a dit que la France ne s’était jamais complètement remise de l’émigration de ses élites protestantes. Quarante mille « réformés » ou davantage s’étaient installés en Allemagne, dont plus de vingt mille en Prusse, chez Frédéric II le Grand.
Au cimetière, j’ai vu les pierres tombales du maire de la commune Otto Foucar (1868-1957) et de son épouse Louise. Plus loin, il y avait celle de Victor Achard, décédé en 1937, d’Ernst et Toni Rousselot, de Ferdinand Arrabin, de Katherine Guénon, née Braun, d’Elise Louise Roux, de Marie Elisabeth Lotz, née Dessor, d’Aline Weil, née Lebeau, de Louise Christine Foucar, épouse de Louis Abraham Dufour ou encore d’Elizabeth Marmier. Seule Marie Blanc, fille de Friedrichsdorf, est revenue en France. Née Marie Hensel, fille d’un pauvre savetier, elle avait épousé François Blanc, le fondateur du casino de la ville de Homburg voisine qui venait calèche prendre son café et parler français à Friedrichsdorf. Il épousa cette belle jeune fille qui parlait sa langue. Ils fondèrent la Société anonyme des Bains de mer et du Casino des Etrangers de Monaco. Elle mourut en août 1881, à quarante-huit ans déjà, en France, bienfaitrice des pauvres et apparentée par les mariages de ses enfants à plusieurs familles princières et royales d’Europe. Elle repose Allée des peupliers au cimetière du Père Lachaise.
Malgré « l’inébranlable
attachement à la foi et aux traditions de leurs ancêtres » des gens de
Friedrichsdorf, inscrit sur une plaque de leur cité, la loyauté envers
la patrie d’accueil ne s’est jamais démentie, pas même sous le IIIème
Reich. Le roi de France avait envoyé la moitié de la famille Privat aux
galères et massacré les autres. A Friedrichsfdorf, on ne l’a pas oublié.
Au cimetière des soldats de Friedrichsdorf, Edgar Garnier et Alexander
Roux étaient « morts pour la patrie », la patrie allemande bien entendu,
tous deux en 1945, mobilisés l’un à seize ans, l’autre à cinquante deux
ans, les derniers mobilisés de la guerre. Une plaque de marbre noir dans
le Temple est dédiée à trente trois hommes « qui ont participé en
1870-71 à la glorieuse campagne contre la France et sont heureusement
revenus dans la patrie ». Quatre ou cinq seulement de leurs noms sont de
consonance allemande. La majorité des épitaphes de ce curieux cimetière
sont en français. Certains de ces défunts ont versé leur sang pour
l’Allemagne, le pays qui voulut bien être leur refuge. Du sang français
d’outre-Rhin…
● Les derniers criminels nazis traduits en justice et la survie miraculeuse de Thomas Blatt
A 82 ans, l’ancien auxiliaire ukrainien des SS John Demjanjuk est encore assez « jeune ». Este qu’il est l’un des tout derniers criminels nazis à avoir survécu à ses fonctions de garde-chiourme dans le camp d’extermination de Sobibor en Pologne. Après un long processus d’extradition des Etats-Unis où il avait émigré, il est maintenant traduit en justice devant le tribunal de Munich. Mais le directeur de la Centrale d’enquêtes sur les crimes nationaux-socialistes, Kurt Schrimm, a démasqué deux autres anciens criminels nazis, un certain Samuel K., 89 ans, résidant aujourd’hui près de Bonn en Rhénanie, et Ivan Kalymon, né en 1921 en Pologne et domicilié à Troy dans l’Etat américain du Michigan. K. dont le nom est tenu secret, conformément aux règles de la justice allemande, tant que l’inculpation n’a pas été prononcée, était un Allemand de la Volga incorporé dans l’Armée rouge. Comme Demjanjuk, il avait réussi à échapper à la mort dans le camp de prisonniers de Chelm en offrant ses services à la SS. Il fut formé comme lui au camp des SS de Travniki et incorporé dans l’« Action Reinhard » responsable de l’assassinat de deux millions de juifs dans les camps de Belzec, Sobibor et Treblinka. Par la suite, il surveilla des commandos de travail juifs à Varsovie et parvint avec sa nationalité allemande à fuir de Tchécoslovaquie à la fin de la guerre pour s’installer en Rhénanie. Quant à Kalymon qui avait émigré à la fin de la guerre aux USA, la nationalité américaine lui a été retirée en 2008 par l’Office of Special Investigations (OIS). Né dans la minorité ukrainienne de Pologne, il était allé travailler à 18 ans à Vienne dans une ferme, puis à Hanovre pendant deux ans. On le retrouve ensuite à Lemberg où il est policier auxiliaire des Allemands. On a trouvé une note signée de lui sur sa participation à une « action antijuive » le 14 aout 1942 au cours de laquelle il relate avoir tiré quatre cartouche et avoir blessé une personne et tué une autre. Il ne sera extradé en Allemagne que si l’on peut confirmer l’authenticité du document qui l’inculpe. Jusqu’ici, l’OIS a démis 107 criminels nazis de la nationalité américaine, qui presque tous ont été jugés.
Thomas Blatt avait seize ans quand il fut transporté dans un camion avec 200 autres juifs polonais dans le camp de Sobibor. Avec lui, sur le camion, il y avait sa mère, son père et son jeune frère. Quand la Wehrmacht avait envahi puis occupé leur petit village d’Izbica, dont la population était presqu’entièrement juive, les choses ne s’étaient pas trop mal passées. Mais quand la Gestapo avait ouvert des bureaux dans le village, ce fut terrible. On abattait les gens « comme des lapins » dans les rues du village. Il travaillait dans une tannerie. Un jour, fin avril 1943, celle-ci fut cernée par des hommes en armes et ce fut la déportation.
Blatt qui a déposé déjà comme témoin au premier procès de Sobibor, est cité à la barre maintenant au procès de Demjanjuk, de même que son ancien codétenu Philip Bialowitz. Il ne se souvient pas avoir connu un gardien ukrainien du nom de Demjanjuk, mais son témoignage est précieux. Il déjà écrit deux livres sur ses années de guerre et de martyre. En Pologne, des chrétiens leur avaient dit que les trains partaient pleins à Sobibor et en revenaient vides. Aussi s’attendait-il à y trouver l’enfer, mais non, les abords du camp étaient coquets. Le commandant a=logeait dans une jolie petite maison verte appelée « Nid d’hirondelle » et il y avait un jeu de quilles pour les gardiens SS. A l’arrivée, le commandant Frenzel sépara les hommes de femmes. Thomas ne revit plus jamais ses parents et son frère. Le père fut sans doute gazé tout de suite. Mais on avait besoin d’hommes solides pour le travail. Les « Arbeitsjuden », les juifs voués au travail, vivaient dans une barque à l’entre du camp. Il leur fallait faire le tri des effets des personnes qui entraient au camp : tous les tubes de rouge à lèvre, toutes les vestes, toutes les chaussures, etc. Le matin, après le réveil à 5 h, on leur donnait un peu d’ersatz de café, à midi une soupe avec de l’orge et un bout de viande de cheval, à 18 h un bout de pain et de l’ersatz de café, coucher à 22 h. On travaillait six jours et demi par semaine. On les comptait le matin et le soir. Parmi ceux qui mouraient on notait à part ceux qui s’étaient suicidés. Puis il fut affecté à la tonte des cheveux des femmes qui allaient à la chambre à gaz. Il y avait parmi elles beaucoup de juives hollandaises qui le priaient de leur laisser un peu de cheveux. Un reste de coquetterie des ces malheureuses qui ne savaient pas qu’elles allaient à la mort quand l’officier SS les envoyait « à la douche ».
Ensuite Blatt fut placé dans le « commando de la forêt ». Là, mis au travail du bois ou à des terrassements, ils étaient surveillés par un nombre incalculable d’« Ukrainiens » comme ils appelaient les « Hiwis » (Hilfswillige), les auxiliaires volontaires ukrainiens. Il était donc impossible de fuir. Sans les Ukrainiens, relate Blatt, l’« usine de la mort » n’aurait pas pu fonctionner. Ils étaient une centaine avec 15 à 17 SS allemands. Il en a vus pousser à la baïonnette des juifs polonais qui ne voulaient pas entrer dans les chambres à gaz. Puis les détenus se sont soulevés le 14 octobre 1943. Lui-même et un autre « Arbeitsjude » ont attiré un des Hiwis ukrainiens en lui offrant une montre en or et, dit-il, « nous l’avons trucidé ». Il avait fallu éliminer un à un presque simultanément un maximum de gardes pour que l’évasion réussisse. Quelques 300 des 550 détenus parvinrent à s’enfuir, mais 53 seulement, dont Thomas Blatt, survécurent aux privations et aux poursuites jusqu’à la fin de la guerre.
Ernst Cramer est mort
Un jour que j’entrais dans son bureau dans l’immeuble du groupe de presse d’Axel Springer, à la Kochstrasse de Berlin, et que je lui disais machinalement : « Comment allez-vous ? », « Wie geht es Ihnen? », Ernst Cramer me répondit : « Moi, je vais toujours bien ». Devant ma perplexité, il m’expliqua que, par rapport à tous ceux qui avaient été dans les camps de concentration, il estimait aller bien, très bien même et répondait toujours cela à cette question. Depuis 1958, il avait été l’alter ego du grand Axel Springer, le fondateur du groupe, qui l'avait pris à son service après qu’il ait travaillé de 1948 à 1954 comme chef rédacteur notamment de la « Neue Zeitung » de l’administration militaire d’occupation de la Bavière, puis soit retourné aux Etats-Unis où il avait pris du service à l’agence de presse United Press International aux Etats-Unis. Il était né en 1913 à Augsburg où son père était un commerçant juif, temporairement marchand de vins, et ami des lettres. Le père Carmer avait fondé avec Bertolt Brecht, comme lui Augsbourgeois, l a « Société littéraire ». Ernst avait suivi une formation commerciale, puis il avait travaillé dans l’agriculture en Silésie. Deux jours après le pogrom de la Nuit de cristal, il fut arrêté, enfermé à Buchenwald, mais relâché à cause de sa formation comme « juif économiquement utile ». Il était parvenu à s’enfuit aux Etats-Unis, un des derniers qui purent passer la frontière. Il revint comme soldat américain en 1945 et le hasard voulut qu’il fût parmi les libérateurs de Buchenwald qui découvrirent toute l’horreur de ces lieux. Mais ses parents et son jeune frère y étaient morts. Il s’était fortement engagé dans la réconciliation de l’Allemagne et d’Israël qui est une des grandes règles du groupe Springer, premier d’Europe de la presse.
Vingt
ans après…
Au cours de l’été 1989, les évènements se précipitaient en RDA et dans ce qui avait été le Bloc soviétique. On se focalise à juste titre aujourd’hui sur le jour de la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, mais les départs massifs d’Allemands de l’Est avaient débuté au cours de l’été déjà, par la Hongrie, par la Pologne, par la Tchéquie. Nous relatons ici un épisode vécu à la « frontière interallemande » un peu plus d’un mois avant l’ouverture du mur de Berlin.
Il aurait été difficile de ne pas se solidariser avec ces gens merveilleux qui refaisaient l’Histoire. Le flot de ceux qui « votaient avec leurs jambes » non plus seulement contre le régime est-allemand, mais contre l’existence de la RDA, n’avait cessé de gonfler au cours de l’été 1989. Le 4 octobre 1989, nous étions en gare de Hof en Bavière pour attendre « les trains de la liberté ». Ils devaient ramener à l’Ouest en passant par Dresde en RDA les réfugiés de l’ambassade de RFA à Prague. Ma femme et moi, nous avons attendu là toute la nuit.
Avec Heiko Weser. Il était parti de Duisburg à 1 heure du matin. Il était arrivé à Hof à 1 h 30 avec son père, son grand-père et son beau-frère, Holm Lichtenfeld. Holm a réussi à fuir à l’Ouest durant l’été « pour préparer la venue des siens ». Depuis, ils attendent dans le hall de la gare l’arrivée sans cesse repoussée des trains de réfugiés. Les quatre hommes sont encore sous le choc. La veille, à la télévision, c’étaient bien elles. Kerstin, la fiancée de Heiko, a été interviewée à Prague par la télévision est-allemande dans les murs de l’ambassade de RFA. La caméra a également filmé son amie Bärbel Lichtenfeld et ses deux enfants.
« C’était si incroyable que nous l’avons enregistré au journal télévisé suivant. Nous leur ferons passer la cassette dès leur arrivée à la maison ». Ils brûlent d’impatience et espèrent qu’elles seront dans les premiers trains. Le grand-père me prend à part : « Vous devez comprendre ça, vous Français. Pendant la guerre la Wehrmacht avait divisé la France en deux. Imaginez qu’on ait construit un Mur sur cette ligne. Pendant trente ans ! Les Français auraient-ils accepté cela ? ». « Non, je ne le crois pas », lui dis-je. On se comprend comme jamais. On est amis. Et même un peu plus. Frères ?
Les spéculations allaient bon train parmi tous ces gens qui attendaient un parent ou un ami : « La RDA fait mijoter les réfugiés. Les conditions d’hygiène à Prague dépassent l’imagination. Honecker ne tiendra pas parole ». Tout le monde avait l’oreille collée à la radio locale de la petite ville, « Euroherz » qui avait ouvert un studio « Spécial Réfugiés ». En RDA, l’accès aux gares avait été bloqué par la police et les milices ouvrières pour empêcher les gens de monter dans les trains en transit.
« Euroherz » lança à l’antenne un appel. Les habitants de Hof voudraient-ils héberger des réfugiés chez eux pour la première nuit. Ils ne resteraient pas longtemps. Ils ne se sentaient pas à l’aise aussi près de la frontière. Le ministre des Affaires sociales de Bavière faisait savoir sur les ondes que les villes de Nuremberg, Hof et Straubing avaient créé 9 500 places de couchage dans des bâtiments publics. Mais, cette fois, les capacités ne suffiraient plus.
Vingt-quatre heures peuvent paraître très longues. Après avoir somnolé une ou deux heures dans notre voiture devant la gare, nous revenons dans le hall. Il est 5 h 38 lorsque les applaudissements éclatent partout dans la gare. Des centaines de personnes se massent sur les quais. Des drapeaux ouest-allemands s’agitent aux fenêtres des wagons, la joie est sur tous les visages. Les cris de bienvenue, les rires et les pleurs. L’émotion : « Je n’oublierai jamais », dit Christoph, 18 ans, les larmes aux yeux. 5 h 58, 6 h 24, 7 h 45… les quinze trains attendus se succèdent. Accueillis par les haut-parleurs. « Gare de Hof. Bienvenue aux voyageurs. Ne descendez pas tout de suite, nous lançons des appels familiaux ». L’organisation est impeccable, la discipline des réfugiés aussi. Ils sont environ 11 000. Kerstin et Bärbel et les deux fillettes descendent du train. Etreintes et larmes de joie. Pour nous aussi. Nous nous détournons. Ils forment un îlot d’intimité dans ce déferlement.
Les évadés parlent, librement, ouvertement. « Fini l’Etat policier », nous lance une jeune femme de la fenêtre de son wagon. Certains titubent de fatigue. « Je n’arrive pas à y croire. Tout s’est passé si vite. Comme dans un rêve. Il a fallu se décider à fuir en quelques minutes. C’était la dernière chance. Derrière nous le rideau tombe. Des milliers de prisonniers ». Personne ne se doute, bien entendu, que dans un peu plus d’un mois, il n’y aura plus de Mur de Berlin. Le premier train, parti de Prague mercredi soir à 18 h 45 a été le quatrième à atteindre Hof. Ayant emprunté le trajet le plus long, il a été stoppé cinq heures à Bad Schandau, première gare de RDA entre Prague et Dresde. Des passagers confirment la rumeur selon laquelle des centaines d’Allemands de l’Est ont envahi la voie ferrée dans l’espoir de monter dans le train. On apprendra pus tard que plus de 3 000 personnes s’étaient rassemblées à Dresde aussi aux abords de la gare. La veille déjà, les gens s’étaient heurtés aux forces de l’ordre. Ce fut une explosion de rage et de colère. Ils se sentaient pris au piège. Dresde était en état de siège. Quand les trains sont arrivés, la violence a rompu les amarres : jets de pierre contre coups de matraques. Les manifestants criaient « Liberté ! Liberté ! ». Les plus jeunes, les plus désespérés, s’en sont pris aux vitres, aux voitures abandonnées devant la gare. Dans la fumée des lacrymogènes, on ne distinguait plus les visages. Les policiers poursuivaient des fugitifs. Des jeunes filles criaient, d’autres éclataient en sanglots. Puis tout le monde se replia. Dresde se recroquevilla.
A Hof, Marina, 29 ans, employée d’hôpital à Rudolstadt en Thuringe, nous racontait : « Dans un repli de terrain à Bad Schandau, nous avons vu un groupe de jeunes gens avec des bagages. Ils se sont approchés du train. Mais nous roulions trop vite. Ils n’ont pas pu monter. Jusque dans les plus petits villages que nous avons traversés, il y avait des Vopos, des Trapos, des Milices ouvrières et, en approchant la frontière, de plus en plus de militaires. Le long de la voie, ils formaient une haie hérissée de matraques. A Dresde, la gare était bouclée par la police. Pas âme qui vive. Ils ont fait passer notre convoi entre des trains de marchandises pour nous masquer la vue ». Marina s’était lancée le lundi précédent dans l’aventure, accompagnée de David, son petit-garçon de 10 ans, et Michael Kraus un forestier de leurs amis : « Nous ne voulions pas donner l’éveil et la police faisait descendre du train beaucoup de mères de famille. Mon mari avait donc pris un autre train. Rendez-vous à l’ambassade d’Allemagne fédérale à Prague. Mais je ne l’y ai pas trouvé. Je ne sais pas où il est ».
Trois hommes, tous trois mariés, ont choisi la même méthode, pères et mères de famille partis séparément pour mieux passer à travers les mailles du filet : « A la frontière, il y avait un énorme bouchon. Depuis 17 heures, il fallait un visa. Mais nous étions presque en tête de file et nous avons réussi à passer ». Leurs femmes n’ont pas pu partir. Les enfants étaient à l’école et quand ils en sont sortis, les issues étaient fermées. « A l’ambassade de RFA à Prague, relate Roland Kniest, l’un des membres du trio, on ne pouvait pas mettre un pied devant l’autre. Nous n’osions pas bouger non plus. On nous a dit que la Stasi capturait des enfants dans l’ambassade pour obliger les mères à rester. Nous couchions en travers, à huit sur un lit de deux personnes. Une à deux heures de queue pour aller aux WC. Mais la nourriture était excellente. Les diplomates et les infirmiers ont été merveilleux. C’était la première fois de notre vie qu’on nous traitait avec humanité et respect ». Günter et Beate, un jeune couple, en sont encore tout étourdis.
« Quand nous avons quitté la RDA pour aller à Prague, à la frontière RDA-Tchécoslovaquie, tout était permis : fouilles, vexations, renvois sous des prétextes parfaitement illégaux. Ils m’ont sorti du train, déshabillé, retenu cinq heures, ausculté mes bagages. J’ai continué en stop, dormi dans la rue à Prague devant l’ambassade et grimpé dans le premier bus pour la gare Et un bus immatriculé à Berlin-Est ! Vous imaginez le choc ? Je croyais qu’on me ramenait en RDA. Mais me voilà ! ». Peter, 24 ans, ancien membre du parti, ouvrier des Leuna Werke, l’entreprise symbole du régime, veut passer son prochain congé à Grenoble. « Je vais apprendre le français. Le russe c’est fini ! ». Partout des embrassades, des rires, des pleurs. L’émotion est à son comble. Une infirmière s’approche de nous et nous offre du café et des bretzels nous prenant pour des réfugiés.
A la mi-octobre, un tribunal avait infligé quatre ans et demi de réclusion et des amendes 1000 marks à trois jeunes manifestants arrêtés le 4 octobre à la gare de Dresde. Le quotidien de la Jeunesse communiste « Junge Welt » les qualifiait de « vandales ». Mais, à Leipzig, au contraire, on libérait des manifestants. Des journaux est-allemands publiaient pour la première fois de vraies lettres de lecteurs mécontents. Le régime était balloté dans tous les sens. Quelques jours après, nous sommes allés à Leipzig pour accompagner les manifestants sur le boulevard périphérique où ils défilaient tous les lundis soir. Ils étaient au rendez-vous après la prière traditionnelle à l’église. Même révolutionnaires, les Allemands sont toujours ponctuels et organisés. Ma logeuse chez qui j’avais loué une chambre, n'ayant pu trouver d’hôtel vacant, m’avait expliqué fièrement la méthode : "Nous avons appris aux Tchèques comment faire. Ils avaient essuyé échec sur échec, n’étant pas assez nombreux. Alors ils nous ont imités. Nous avions organisé des manifestations comptant quelques centaines de personnes. Rien de plus facile pour la police que de les matraquer et de les disperser. Alors nous avons formé des cortèges de dizaines, de centaines de milliers de personnes. Ni la police ni même l'armée n'auraient pu les disperser en leur tirant dessus. C’est ainsi que nous avons cessé d’avoir peur ". (JPP/MP)
● Des cadeaux pas gratuits du tout
Le lundi de Pâques 2010 à 20 h 26, mon téléphone sonne. Une voix me félicite : j’ai gagné une Mercedes pour une valeur de 46 000 € suite à un tirage au sort de mon adresse e-mail. Je dois prendre des dispositions pour récupérer ce véhicule, à moins que je ne préfère être réglé en liquide. La voix, très articulée, un enregistrement, m’indique un numéro de téléphone à appeler d’urgence. Elle répète le numéro et me donne un code de trois chiffres pour que je puisse m’identifier. Le numéro de téléphone est répété une troisième fois. Il commence par un 09. On réitère : je dois téléphoner de suite.
Sans que j’aie donc eu le temps de revenir sur terre, propulsé au septième ciel par ce super cadeau. Mais hélas ! Je sais que si j’appelle, je serai facturé de centaines d’euros qui iront par des voies que j’ignore, non pas aux télécommunications, mais aux titulaires de ce numéro. Il y a deux ans, d’autres m’avaient appelé pour me dire que j’avais gagné plusieurs milliers d’euros à une loterie Internet. Pour toucher cet argent, il fallait verser près de 300 euros à un avocat londonien chargé des modalités de mon règlement. « Désolés de ces formalités », etc.
« Mais, Monsieur, ce n’est pas usuel. Je ne paye une prestation qu’après qu’elle m’ait été fournie ! ». Sur quoi, l’homme a raccroché aussi sec. Craignait-il que son téléphone ne soit localisé ? Je n’ai plus jamais eu vent de ce gros lot. En revanche, je reçois des e-mails d’orphelins, généralement africains, dont le père est mort tragiquement en laissant un Pactole de millions de dollars. Je toucherai une part importante du magot si j’accepte de le transvaser pour eux en Europe, car ils sont, eux, empêchés ou mineurs. Probablement faut-il, ensuite, s’acquitter de quelques menus frais administratifs…
Récemment, « Mrs Stella Akah », « manager des comptes étrangers à la Bank of Africa (Boa) de Ouagadougou/Burkina Faso » m’écrivait « confidentiellement ». « Après mûres réflexions », cette dame me priait de la « contacter immédiatement » pour récupérer 12, 5 millions de dollars d’une famille « toute entière tuée le 31 juillet 2000 dans la chute d’un avion ». 40% de cet argent serait pour moi si je rendais ce petit service… L’autre jour, encore un courriel : «Je suis Mr Jean-Luc Michel, le directeur des opérations financières dans une banque commerciale ici en Côte d’Ivoire. J'ai une proposition financière confidentielle à vous faire. Une somme flottante de 10.850 millions de dollars US appartenant à un défunt client dont le nom n'a pas été identifié et noté non-revendiqué dans nos audites et archives… », etc.
La combine doit en faire, des pigeons ! (JPP)
Y a-t-il des héros vivants, des héroïnes vivantes ? Les vrais héros sont des héros morts. Les héros morts ont beaucoup plus de valeur à la cote de l’histoire. C’est à coup sûr le cas du Comte Claus von Stauffenberg qui avait posé la bombe le 20 juillet 1944 dans la salle de conférences d’Hitler et fut fusillé le même soir avec trois de ses camarades. Et c’est ce héros Stauffenberg que Tom Cruise incarne dans son film « Valkyrie ». Ce film est sorti le 20 janvier dans les cinémas allemands et le 28 janvier sur les écrans français. L’Américain Cruise a héroïsé naturellement cet homme hors norme (déjà au physique, Stauffenberg mesurait 1m 93 ; Tom Cruise est loin du compte, mais la caméra fait des miracles).
C’est vrai que Claus von Stauffenberg était une apparition unique en son genre, y compris dans sa famille. Mais ce qui me gêne dans tout cela, c’est le mot « héros ». Parce qu’avant de mourir de mort violente, un héros est quelqu’un de très normal. Franz Ludwig, le fils du grand Stauffenberg que j’ai longuement interrogé sur son père, me disait que Claus était un bon vivant, qu’il adorait rigoler, qu’on parlait du « rire de Stauff » (comme ses camarades le surnommaient) et qu’au grand dam de ses supérieurs, sa tenue vestimentaire était plutôt débraillée pour un officier. On dirait aujourd’hui qu’il était très « cool ». Rien d’un héros ! Il s’est fait simplement sa petite idée d’Hitler et est passé à l’acte.
Ce qui m’a frappé parmi les Résistants allemands antinazis dont j’ai étudié les personnalités pour les faire connaître aux Français dans mon livre « Opération Walkyrie » (Ed. de l’Archipel), c’était leur amour de la vie. Des gens qui n’avaient aucune envie de devenir des héros morts. Ils aimaient la nature, la poésie, les copains, le camping, le sport, leur travail, leur famille. Stauffenberg adorait les chevaux et l’équitation. C’est peut-être cela justement qui les a braqués contre Hitler. Sur aucune photo, Hitler ne sourit. Le « Führer » était un triste sire. Il y avait en lui quelque chose de robotique. Ce sinistre personnage aimait la mort. Imaginez que Stauffenberg ait réussi à tuer Hitler et à arrêter la guerre près d’un an plus tôt ? Il ne serait qu’un personnage historique et non pas un héros mort.
En février 2008, je voulais voir la tombe des frères Grimm au cimetière St Matthieu de Berlin. Chemin faisant, brr ! c’était sinistre, à 17 h la nuit tombait, il faisait très froid, je trouve une stèle noire portant le nom de Stauffenberg et ses quatre camarades morts avec lui. L’inscription dit qu’ils ont été inhumés là une nuit, puis déterrés le lendemain pour être incinérés. Je voulais faire une photo de cette stèle et la publier dans mon grimoire. « Surtout pas, m’a dit le fils de Stauffenberg. Mon père détestait les cimetières et tous ces trucs funéraires. Le vague à l’âme romantique n’était pas sa tasse de thé ».
C’est donc encourageant. Des gens ordinaires ont osé résister à la dictature. Aurions-nous fait pareil à leur place ? Ferions-nous pareil le cas échéant ?
(JPP)