SOMMAIRE

Terrorisme et Communication  
Les terroristes sont des cons  
L'Europe victime du principe de précaution ?  
Pourquoi les mages de l'écologie sont aujourd'hui dans le pétrin  
"Communication et Influence", la revue de Bruno Racouchot nous informe  
Les activités illicites planétaires profitent de la mondialisation  
En France comme en Allemagne : après la crise la relance ?  
Vivre plus longtemps avec la crise  

 

 

● Terrorisme et communication

Stratégies d'influence, le décryptage d'Alain Bauer

Fin connaisseur des questions de sécurité, Alain Bauer est professeur de criminologie au Conservatoire National des Arts et Métiers. Il enseigne dans les plus prestigieuses institutions françaises et étrangères. Avec François-Bernard Huyghe, il vient de publier Les terroristes disent toujours ce qu’ils vont faire (PUF, 2010). Au cours de l’entretien qu’il a accordé à Bruno Racouchot, directeur de Comes Communication, Alain Bauer démontre le rôle majeur des idées dans les stratégies d’influence. Une analyse lucide, pragmatique, procédant à un incessant et fructueux aller-retour entre la réflexion et l'action.

ENTRETIEN AVEC ALAIN BAUER :

Quel rôle jouent les idées dans les stratégies d’influence ? Pourquoi semblons-nous être intellectuellement démunis face aux nou­veaux enjeux ?

Il est vrai que nous nous trouvons aujourd’hui confrontés à une crise de la pensée stratégique. Il s’agit là d’une configuration bien particulière. Car, contrairement à ce que l’on pourrait croire, il n’y a pas de crise des idées. Ces dernières n’ont jamais été aussi nombreuses. Mais les écrits, les réflexions fleurissent tous azimuts. Malheureusement, les idées ne se conceptualisent plus, elles ne sont plus ni ordonnées ni mises en perspective.

En fait, cette crise de la pensée stratégique est relativement ancienne, elle a commencé dans les années soixante. Au moment où il y a eu une stabilisation des rapports de force dans le monde, autour de la détention de l’arme nucléaire par les cinq grands. Ce qui n'empêchait pas l'émergence de conflits localisés toujours sous un contrôle stricte d'un Etat central : quoi qu’il se passe sur la planète, quelqu’un à Washington ou à Moscou décidait que ça allait avoir lieu ou que ça n’allait pas avoir lieu. Tout le reste n’était qu’épiphénomène. Car nul ne pouvait vivre en dehors de cette répartition du pouvoir entre les deux super-grands, leurs satellites et leurs alliés plus ou moins proches.

Pour revenir au domaine nucléaire, cette idée de la sanctuarisation d’un territoire donné, de la défense du faible au fort, bref cette appréhension très particulière des situations faisait qu’en franchissant la frontière, on pouvait déclencher le feu nucléaire. Afin de garantir l'infaillibilité de la doctrine, on a aussi éliminé les questions gênantes. Beaucoup de revues officielles de pensée stratégique (à quelques exceptions notables comme certaines revues privées de qualité ou la Revue de défense nationale) ont disparu à cette époque. Depuis Gallois, Poirier et Aron, nous avons connu un hiver de la pensée stratégique.

Cette configuration a perduré jusqu’à la chute du Mur de Berlin et même après. Le 11 septembre allait redistribuer les cartes et bouleverser ce statu quo. En effet, une offensive majeure - touchant simultanément les centres de pouvoir politique et militaire, et le symbole de la puissance économique - ne pouvait pour la première fois faire l’objet d’une riposte. La dissuasion n’avait pas joué et à l’évidence, la réponse ne pouvait pas être nucléaire. Ce constat prouvait que l’outil de réflexion stratégique, tel qu’il avait été calibré, avait laissé béants des espaces considérables.

Déconnectées du réel, nos grilles de décryptage se révélaient obsolètes ?

C’est un fait. En septembre 2001, nous nous trouvons alors enfermés dans un piège redoutable : crise de la pensée stratégique d’une part, émergence de nouvelles menaces, souvent asymétriques, d’autre part. Force est de constater qu’il y a là un problème majeur, non pas dans les idées, mais dans l’ordonnancement de ces idées, dans la capacité à leur donner un sens et à les formuler sous forme de concept. Engoncés dans nos certitudes en cette aube de XXI° siècle, nous étions sûrs de nous, trop sûrs de nos modèles de pensée stratégique. Or le principe de réalité gagne toujours. Il peut mettre plus ou moins de temps, mais sa victoire est inéluctable.

Concrètement, on en revenait à des questions essentielles, allant bien au-delà de la seule technique et des spécificités tactiques. La question n’est plus de débattre des modes opératoires, mais de réfléchir plus au fond. De définir l’ennemi. Or en l’état, qui était l’ennemi ? L’ennemi n’étant pas étatiquement "connu", il était difficile de l’attaquer et de répliquer… L’absence de diagnostic confirmait ainsi un vide abyssal dans la réflexion. Cela prouvait bel et bien l’incapacité du système à se rendre compte que le monde avait changé.

En outre, à cette rupture terroriste s’ajoutait une autre dimension : le surgissement au grand jour, à l’échelle planétaire, du crime organisé. On se rendait compte d’un coup qu’on avait basculé dans une mondialisation et une professionnalisation du crime, un crime qui apparaissait dorénavant comme l’étalon de la société libérale avancée. De fait, à l’aube des années 1990, le crime organisé avait profité de l’effacement des lignes de fracture traditionnelles. Il s’était développé en accentuant la suppression des frontières géographiques et culturelles, en pratiquant l’intégration verticale et horizontale, la recherche-développement, en investissant le champ du développement économique, etc. Bref, sans qu’on s’en aperçoive, le crime était devenu un opérateur mondial de très haut niveau, une multinationale s’appuyant sur quelques mafias et sur des groupes criminels transnationaux très organisés. Ce phénomène avait été totalement occulté.

Le réveil fut donc brutal...

Certes, d'autant que le choc du 11 septembre mettait en relief la faillite de notre système de veille (à la fois sur le low signal et sur le no signal) et d’analyse. Il fallait impérativement se mettre à réfléchir pour identifier les causes profondes et réelles de ce naufrage. Autrement dit chercher des explications. Là où le bât blesse, c’est que les explications sont en général rétrospectives. C’est-à-dire qu’au lieu de penser sur un nouveau mode en essayant d’anticiper, on se contente en général de se préparer au prochain choc en espérant qu’il se fera sur le modèle que l’on vient d’identifier… Une sorte de syndrome d'Azincourt. Car en agissant de la sorte, on se cantonne à envisager les guerres à venir sur le modèle de celles que l’on a connues, au lieu d’essayer de comprendre la logique à l’oeuvre dans le camp d’en face. On ne se projette pas dans l’avenir, on reste bloqué dans le schéma que l’on connaît et que l’on maîtrise vaguement. Or, pendant ce temps, l’adversaire est déjà en train d’imaginer de nouvelles approches.

Il y a ainsi trois manières de répondre à une telle situation : on peut jouer au jeu selon les règles du jeu, on peut changer de règles ou encore on peut changer de jeu… De fait, c’est celui qui prend l’initiative et décide de changer qui a la main. Il est donc impératif de s’adapter. En l’occurrence, le choix est simple. Soit on est en situation de "prévision", ce qui permet de la prévention. Soit on est en situation de réaction, et l’on a en permanence un train de retard.

Nous observons le monde à travers des filtres, mais à l’évidence ce ne sont pas les bons. Pourquoi ?

J’explique souvent à mes étudiants en criminologie que ce qui est nouveau, ce n’est rien d’autre que ce que l’on a oublié. Il n’y a pas vraiment de surprise stratégique, mais bien souvent des aveuglements stratégiques. Ce qui n’est pas exactement la même chose. La surprise se nourrit et bénéficie de notre aveuglement, de notre capacité à oublier. Nous avons besoin de recréer culturellement des dispositifs que nous comprenons pour les plaquer sur la réalité en espérant que ça marche !

Prenons le cas d’Al-Qaïda : on croit savoir que ça s’appelle Al-Qaïda, que c’est une organisation et que Ben Laden en est le chef. Ces trois éléments sont faux. Le vrai nom d’Al-Qaïda est le Front international islamique de lutte contre les Juifs et les Croisés. C’est peut-être moins vendeur en termes de communication mais c’est ainsi. Ensuite Al-Qaïda n’est pas une structure ou une organisation au sens où nous l’entendons, bien plutôt une nébuleuse.

C’est une communauté de moyens, une mutuelle, une franchise, s’articulant autour d’un objectif central, à savoir l’avènement du royaume de Dieu sur Terre. Quant à Ben Laden, il en est à la rigueur le porte-parole, certainement pas le chef, car la forme même que prend Al-Qaïda ne l’aurait pas permis… Ce que l’on appelle Al-Qaïda n’est donc pas ce que l’on croit. Certes, il est commode de mettre un nom sur une forme, mais cela ne nous permet pas de comprendre la nature même du phénomène auquel nous nous trouvons confrontés. Et l’erreur est de vouloir faire absolument coïncider cette réalité, que nous ne parvenons pas à cerner, avec un modèle qui nous soit familier.

Nous sommes donc prisonniers de nos propres représentations du monde ?

Notre modèle culturel s’impose tellement à nous qu’il nous rend souvent autistes, incapables de penser et d’agir de manière cohérente. Nous ne parvenons pas à percevoir la réalité du monde telle qu’elle est, d’abord parce que nos présupposés idéologiques nous aveuglent. La globalisation médiatique, économique, financière nous fait croire que, parce qu’ils utilisent les mêmes outils que nous, nos adversaires devraient fonctionner, réagir et penser comme nous. Ce qui bien évidemment est faux. Ce que nous pensons d'Al-Qaïda est un emballage d’une autre réalité que nous faisons d’immenses efforts pour ne pas rencontrer.

Cette erreur d’appréciation du réel n’est pas neuve. Depuis toujours, toute organisation ayant vocation à la terreur - organisation de résistance, mercenaire ou de combat - a vocation à écrire d’abord un argumentaire, à agréger des éléments de discours, pour expliquer ce qu’elle va faire. Or, paradoxalement, on ne les lit pas, on ne les écoute pas, parfois on ne se donne même pas la peine de les traduire. C’est seulement une fois que les événements tragiques sont arrivés et que le processus mécanique de la violence s’est enclenché, qu’alors, dans l’urgence, on essaye de comprendre. N’eut-il pas mieux valu anticiper, simplement en prenant connaissance des écrits de ces groupes ? Personne ne se donne plus la peine de jouer l’avocat du diable. Cet aveuglement des systèmes de renseignements occidentaux (surtout US) est, somme toute, un fait assez récent. L’esprit qui était de mise dans les grandes organisations du renseignement, qui les apparentaient quasiment à une caste, a pratiquement disparu. A l’exception, plus ou moins, des deux grandes ex-puissances coloniales que sont la Grande-Bretagne et la France, qui, sur des modes opératoires différents, ont cependant continué à garder ce lien avec la réalité.

Il faut avoir l’esprit en éveil et être détaché des modes pour percevoir la complexité du monde ?

Oui. Les terroristes disent toujours ce qu’ils vont faire et malheureusement, nous ne voulons pas entendre le message, parce qu’il nous dérange. La communication d’Al-Qaïda est d’une rare cohérence. Ce sont toujours les mêmes ennemis, les mêmes revendications (qui ne sont paradoxalement pas monnayables !), les mêmes repères symboliques, etc. Mais nous observons tout cela avec notre prisme d’occidentaux, convaincus que la mondialisation est désormais un fait acquis ! C’est faux. Elle n’est un fait acquis que dans la facilité à procéder à l’échange sur un mode consumériste, pas sur un mode culturel. Au contraire.

Il existe de formidables poches de résistance à la mondialisation, s’appuyant sur des thématiques que nous ne comprenons pas, parce que, à nos yeux, ce n’est que du folklore. Ce sont là au contraire des thématiques et des expressions très politiques, donc des formes de communication que nous ignorons. On a trop fréquemment tendance à fantasmer les choses par inculture. Ce qui nous oblige en permanence à redécouvrir des repères, des valeurs, des modes de fonctionnement… Ce que l’on nomme à tort le choc des civilisations devrait bien plutôt être appelé le choc des incultures.

Ce constat que vous développez vaut aussi largement pour la guerre économique. On a souvent l’impression qu’il existe une rupture entre la vision stratégique de certaines entreprises et leur communication, lisse mais totalement déconnectée des enjeux réels.

Les grandes entreprises ont un défaut. Elles savent ce qu’elles font et considèrent qu’un regard extérieur n’a rien à leur apprendre. Elles répondent ainsi : "on le sait déjà", "on s’en occupe", ou carrément "ce n’est pas vrai". Posture que l’on pourrait résumer par une formule : négation, minoration, éjection. Or, en gestion de crise - puisque c’est là un domaine où je suis fréquemment appelé à intervenir - il y a d’un côté les entreprises qui entrent dans un processus englobant et celles qui, par tradition ou culture, s’y refusent.

Prenons la différence de communication de crise entre Air France et Total. Quelle configuration pouvait être pire que l’accident tragique du Concorde ? Le vaisseau amiral de la flotte s’écrase devant le siège social de l’entreprise à Roissy ! C’est le summum dans l’horreur de ce qui peut arriver à une compagnie aérienne ! Malgré tout, dans les dix minutes qui ont suivi, la communication de crise d’Air France a géré remarquablement bien cette situation. D’abord parce qu’ils avaient depuis longtemps intégré le fait que les accidents d’avion constituaient un risque permanent incontournable. Et que par conséquence, cela pouvait aussi arriver à Air France. C’était donc là un paramètre clairement assumé, parfaitement intégré dans la gestion logique d’un événement certes tragique, mais qui potentiellement pouvait survenir. Ensuite, dans des délais très brefs, le régulateur d’Air France sut mettre les points sur les i : ce n’était pas un vol régulier de la compagnie, mais un charter pour touristes. Par là, il transformait la nature même de la tragédie en donnant une dénomination particulière à l’événement, préservant la qualité de la liaison régulière de la compagnie et surfant sur l'idée généralement admise que les charters sont de mauvaise qualité...

Air France n’a donc pas été victime de l’effet de stupéfaction, n’a pas été bloqué par la surprise, n’a pas été obligé d’improviser. Ils ont compati immédiatement et très fort avec les victimes, et ont tenu tout le monde au courant… mais avec les mots et les orientations sémantiques qu’ils avaient donné initialement, en prenant les premiers la parole et en donnant le sens qui allait dorénavant être celui de cette catastrophe. Ainsi la crise était maîtrisée, puis oubliée et la vie reprenait.

Total se situe aux antipodes de cette attitude. Par exemple dans le cas de l’Erika, dont la communication de crise fut un anti-modèle typique. D’ailleurs toute la communication de Total relève de cette logique absurde, comme si Total était victime d’une malédiction ! Or, plus prosaïquement, c’est parce que les choses ne sont pas décryptées, préparées, mises en perspective et rattachées au principe de réalité. Culturellement, ils sont face à un mur intérieur. Même si le président de Total est lucide sur cette question de la communication, il ne parvient pas à faire évoluer cette culture d’entreprise. Cette comparaison entre ces deux grandes compagnies françaises est emblématique. Parce que les quinze minutes dont on dispose pour s’exprimer après que soit survenue une catastrophe, se préparent bien avant. Et cet énorme travail préparatoire ne vise pas à gérer les consensus, mais au contraire à prendre en considération tout ce qui est atypique, différent, surprenant, voire difficilement pensable ou possible.

Savoir s’extraire des tendances du moment, s’efforcer de mettre les éléments dont on dispose en perspective pour penser sur le long terme est donc essentiel à vos yeux ?

Oui, bien sûr. Le drame, c’est que trop souvent on ne prend pas la peine d’écouter les personnalités quelque peu atypiques, qui ont une perception divergente de l’opinion communément admise. L’histoire regorge de ce type de décisions contradictoires qui amènent à des catastrophes. Ainsi, à la veille de la Première guerre mondiale contre l’Allemagne, on décide d’acheter des pantalons rouges pour nos soldats, qui vont dès lors se transformer en cibles parfaites ! Aujourd’hui, face aux nouvelles menaces, on multiplie les gadgets, et ce faisant, on construit des lignes Maginot électroniques qui sont à peu près aussi opérationnelles que l’ancienne. Les techniques rassurent, mais ce n'est pas forcément la panacée !

Nous n'osons pas assez nous remettre en question ?

C'est un fait. Et surtout, on ne tire jamais les leçons de l’histoire ! Par paresse ou confort intellectuel, on recommence inlassablement à faire ce que l’on a l’habitude de faire ! Sans nous rendre compte qu’ainsi, on va délibérément dans le mur ! Et cette attitude - difficilement compréhensible sur un mode rationnel quand on prend un peu de recul - est partagée tout à la fois par les Etats et par la majorité des grandes entreprises à taille mondiale. Les dirigeants ou managers souffrent souvent de leur incapacité à se projeter dans des configurations inédites ou intégrant des facteurs qu’ils se refusent à prendre en compte. Prisonniers de l’immédiateté, nos contemporains ont beaucoup de mal à penser sur la longue durée. Or nous devons sans relâche nous poser la question : quels sont les éléments de notre puzzle qui se révéleront déterminants dans quinze ou vingt ans ?

Une communication d’influence est par nature une communication différenciante. Dans un monde en quête de sens et de repères, une identité puissante et assumée semble constituer un atout pour les entreprises, et d’ailleurs pour l’ensemble des structures publiques ou privées. Qu’en pensez-vous ?

On a trop souvent peur d’avoir une communication enracinée. Et pourtant, sans cesse revient la question de savoir qui je suis, en tant qu’entreprise, en tant qu’Etat, en tant qu’individu ! Ce questionnement est inhérent à notre nature. Il conduit très logiquement à se positionner dans l’existence et donc à se poser des questions sur ce monde qui m’entoure. Non pas en se projetant comme entité interchangeable, mais en prenant en compte l’altérité, c’est-à-dire en comprenant que l’autre n’est pas nécessairement identique à soi, loin s’en faut, mais fonctionne avec sa propre logique, ses propres référents économiques, sociétaux, culturels, religieux, symboliques, etc.

Si l’on quitte la sphère personnelle pour élever le débat à sa dimension politique, autrement dit pour aller dans la sphère du "vivre ensemble", la question se pose de savoir ce qu’est l’Etat moderne. Là aussi, une mue s’est opérée et il est vital que l’on s’interroge sur l’évolution d’un concept qui paraît finalement bien flou aujourd’hui. On sait ce qu’est l’Etat ancien, Etat qui servait à protéger les frontières, à battre monnaie et à assurer la sécurité. Puis s’est développé l’Etat social. Qui se veut, depuis la crise, l’Etat régulateur, avec une déperdition d’énergie et d’autorité considérable ! Mais en réalité, à l’heure présente, on n’a pas encore conceptualisé ce qu’est l’Etat contemporain dans le tourbillon de la mondialisation. Il semblerait opportun d’engager une réflexion de fond car c’est sa nature même qui est aujourd’hui menacée et remise en question. Pour répondre aux attaques dont il est l’objet, l’Etat actuel doit parvenir à se définir, donc à affirmer une identité propre

Et pour les entreprises

Pour les entreprises, c’est la même chose. Les groupes ont changé leur image, parfois fort éloignée de leur coeur de métier traditionnel. De cette manière, les entreprises ont oublié jusqu’à leur propre identité. Elles communiquent sur des thématiques en vogue, sans risque certes, mais sans expliquer ce qu’elles font, les risques qu’elles prennent, les configurations au sein desquelles elles évoluent… Ce qui fait qu’en cas de crise, elles sont désarmées. D’abord parce qu’elles ne savent plus qui elles sont. C’est seulement en affirmant leur identité qu’elles peuvent prétendre développer une communication ayant du sens, et par conséquence, une certaine influence sur leurs parties prenantes.

En guise de conclusion ?

Que ce soit sur le plan géopolitique, économique ou personnel, rien n’est plus dangereux que d’essayer de se faire passer pour ce que l’on n’est pas ! Tout comme il est périlleux de changer de positionnement et d’axes de communication en fonction des modes. Cette attitude courtermiste est rendue encore plus aléatoire par le phénomène sans cesse croissant de l’instantanéité de la communication et par la multiplicité des sources d’information non vérifiées, non recoupées, qui prolifèrent. Il existe bel et bien un chaos dans la sphère de la communication et de l’information, car il n’y a plus d’organe de validation ni de strate de filtrage. On peut tout dire et son contraire ! Ainsi, dans cette configuration brownienne et d’accélération sans cesse croissante de nos vies et de l’histoire, l’agitation remplace l’action. Il n’y a plus de réflexion, seulement du réactif pur. On se focalise sur ce qui s’est passé et non sur ce qui va advenir. A privilégier la réaction, on évince l’intuition.

C’est donc un état d’esprit qu’il convient de retrouver, une capacité à observer lucidement le monde. Savoir déceler les vraies lignes de fracture, penser sur le long terme et à l’écart des modes, en se méfiant des présupposés et des évidences trompeuses, procéder inlassablement au questionnement sur ce que nous sommes et ce que nous voulons… ce sont là quelques règles à garder en permanence à l’esprit si l’on veut affronter lucidement les défis de demain.

Notre modèle culturel s’impose tellement à nous qu’il nous rend souvent autistes, incapables de penser et d’agir de manière cohérente. Nous ne parvenons pas à percevoir la réalité du monde telle qu’elle est, d’abord parce que nos présupposés idéologiques nous aveuglent.

Les terroristes disent toujours ce qu’ils vont faire et malheureusement, nous ne voulons pas entendre le message, parce qu’il nous dérange.

Le principe de réalité gagne toujours. Il peut mettre plus ou moins de temps, mais sa victoire est inéluctable. La question n'est plus de débattre des modes opératoires, mais de réfléchir plus au fond. De définir l'adversaire. Or en l'état, qui était l'ennemi ?

Communication & Influence

On ne tire jamais les leçons de l’histoire ! Par paresse ou confort intellectuel, on recommence inlassablement à faire ce que l’on a l’habitude de faire ! Sans nous rendre compte qu’ainsi, on va délibérément dans le mur !

Sans cesse revient la question de savoir qui je suis, en tant qu’entreprise, en tant qu’Etat, en tant qu’individu ! Ce questionnement est inhérent à notre nature. Il conduit très logiquement à se positionner dans l’existence et donc à se poser des questions sur ce monde qui nous entoure.

PUFAlain Bauer et François-Bernard Huyghe. Les terroristes disent toujours ce qu’ils vont faire. (PUF, 2010)

"Les actes terroristes ne s’expliquent pas seulement mécaniquement par des circonstances objectives – crise, misère, déstabilisation, humiliation – qui provoqueraient de la violence politique (et dont le terrorisme serait la forme exacerbée) ; la stratégie terroriste renvoie à des imaginaires, à des idées, à des représentations répandues dans certains milieux où se produit plus facilement le passage à l’acte. Parallèlement, s’il est naïf de penser que certains discours sont responsables des actes terroristes par leur seule rhétorique "criminogène" ou par leur idéologie malsaine, certains actes renvoient, eux, à des textes et surtout à leurs interprétations.

Il faut pratiquer un perpétuel aller-retour entre le discours (qui légitime, suggère, ordonne, relativise, qualifie ou conteste la violence terroriste) et la pratique sous forme de coups de poignard, de coups de feu ou d’explosions. Et comme cette pratique est elle-même censée non seulement provoquer des ravages dans le camp adverse (et, en cela, rapprocher de la victoire finale), mais aussi signifier quelque chose, défier, porter un avertissement, un message de provocation ou de révolte (donc produire de la croyance), bref, comme l’acte terroriste est aussi à sa façon un discours, le cycle idéologie/pratique ne s’achève jamais."

"Le terroriste croit que chacun de ses actes doit révéler encore un peu plus combien l’idéologie est vraie, et faire partager à d’autres la révélation de la vérité. En ce sens, tout terroriste est (ou se prend pour) un intellectuel au sens moderne où l’intellectuel n’est pas quelqu’un qui se caractérise par un usage particulièrement fréquent de son cerveau, mais par la volonté de peser sur les affaires du monde par le poids des idées. Un intellectuel d’un genre particulier, car contrairement à l’intellectuel de papier qui est autorisé à faire connaître son opinion privée sur les affaires publiques par le consentement des médias, le soutien de ses admirateurs ou la reconnaissance de ses pairs, l’intellectuel de poudre s’autorise à interpeller le monde par l’audace de son acte. Cet acte, l’attentat, a quelque chose de plus sophistiqué que la violence directe : il repose sur le calcul d’une réponse probable (répression ou soumission des autorités, imitation par d’autres révolutionnaires, enthousiasme des masses, panique des ennemis…). Il appartient à la catégorie des stratégies indirectes. Comme le note très justement David Fromkin : "La spécificité de la stratégie terroriste réside en ceci : qu’elle atteint ses buts non par l’effet de ses actes, mais par la réponse à ses actes." Le fait souvent souligné que le terrorisme s’adresse à un "public" par le bruit de son acte plutôt qu’à la victime de l’acte, contribue à rapprocher l’activité terroriste de l’activité de l’intellectuel dont le discours s’adresse à l’opinion."

"Le terrorisme ne peut pas se comprendre en dehors de ses rapports avec des corpus d'idées d'un type très particulier doté d'une certaine cohérence interne, offrant une interprétation du monde, disant comment il devrait être et qui, surtout, se propose soit de changer ce monde, soit au contraire de tout faire pour l'empêcher de changer, et ce au nom de valeurs rationalisées. Une idéologie est forcément un corpus d'idées contre : elle n'existe que pour combattre une autre idéologie, qu'elle qualifie généralement d'oppressive, idée contre idée, nouveau partisan gagné contre adepte perdu."

L'influence, une nouvelle façon de penser la communication dans la guerre économique

"Qu'est-ce qu'être influent sinon détenir la capacité à peser sur l'évolution des situations ? L'influence n'est pas l'illusion. Elle en est même l'antithèse. Elle est une manifestation de la puissance. Elle plonge ses racines dans une certaine approche du réel, elle se vit à travers une manière d'être-au-monde. Le coeur d'une stratégie d'influence digne de ce nom réside très clairement en une identité finement ciselée, puis nettement assumée. Une succession de "coups médiatiques", la gestion habile d'un carnet d'adresses, la mise en oeuvre de vecteurs audacieux ne valent que s'ils sont sous-tendus par une ligne stratégique claire, fruit de la réflexion engagée sur l'identité. Autant dire qu'une stratégie d'influence implique un fort travail de clarification en amont des processus de décision, au niveau de la direction générale ou de la direction de la stratégie. Une telle démarche demande tout à la fois de la lucidité et du courage. Car revendiquer une identité propre exige que l'on accepte d'être différent des autres, de choisir ses valeurs propres, d'articuler ses idées selon un mode correspondant à une logique intime et authentique. Après des décennies de superficialité revient le temps du structuré et du profond. En temps de crise, on veut du solide. Et l'on perçoit aujourd'hui les prémices de ce retournement.

"L'influence mérite d'être pensée à l'image d'un arbre. Voir ses branches se tendre vers le ciel ne doit pas faire oublier le travail effectué par les racines dans les entrailles de la terre. Si elle veut être forte et cohérente, une stratégie d'influence doit se déployer à partir d'une réflexion sur l'identité de la structure concernée, et être étayée par un discours haut de gamme. L'influence ne peut utilement porter ses fruits que si elle est à même de se répercuter à travers des messages structurés, logiques, harmonieux, prouvant la capacité de la direction à voir loin et sur le long terme. Top managers, communicants, stratèges civils et militaires, experts et universitaires doivent croiser leurs savoir-faire. Dans un monde en réseau, l'échange des connaissances, la capacité à s'adapter aux nouvelles configurations et la volonté d'affirmer son identité propre constituent des clés maîtresses du succès".

Ce texte a été écrit lors du lancement de Communication & Influence en juillet 2008. Il nous sert désormais de référence pour donner de l'influence une définition allant bien au-delà de ses aspects négatifs, auxquels elle se trouve trop souvent cantonnée. Oui, les idées jouent un rôle-clé dans la mise en oeuvre des stratégies d'influence ! François-Bernard Huyghe, qui fut l'invité du n° 4 de Communication & Influence en novembre 2008, l'avait déjà amplement souligné. Le long entretien que nous a très courtoisement accordé Alain Bauer va clairement dans le même sens. Que l'un et l'autre soient ici remerciés de leurs contributions aux débats que propose, mois après mois, notre plate-forme de réflexion.

                                                                                   Bruno Racouchot, Directeur de Comes

Contacts : France (Paris) : +33 (0)1 47 09 36 99 ; North America (Toronto) : +00 (1) 416 845 21 09 ;

Courriel : contact@comes-communication.com - www.comes-communication.com

Communication & Influence, une publication du cabinet comes, Paris Lyon Toronto, Directrice de la publication : Sophie Vieillard, Illustrations : Eric Stalner, N° ISNN 1760-4842, Quand la réflexion accompagne l’action

 

● Les terroristes sont des cons

Les terroristes sont des cons. A quoi bon en effet vouloir menacer la planète de destructions, d’attentats, d’homicides, quand la Nature se charge toute seule de faire le travail ?

Personne n’a demandé son avis au volcan Eyjafjöll, ancêtre islandais, pour qu’il pousse sa colère ou allume son clope, selon les avis divergents des vulcanologues, et qu’il pollue notre espace aérien sans notre consentement. Les nouveaux détecteurs à rayons X mis en place dans les aéroports ont bonne mine, les bouteilles d’eau, les pâtes dentifrice et autres succédanés (principalement) féminins, les ciseaux à ongles et autres stylos à retardement peuvent être mis au clou sans crainte : pas un avion en vue. Seul moyen de s’envoler : trouver un oiseau pas cher, ou un tapis volant en solde, ou un con en rupture de blague, chef d’escadrille ( Bigard, ou moi).

Katrina n’a rien demandé non plus, comme Xynthia, pour inonder les côtes de Louisiane et de Charente maritime. Idem pour le tsunami oriental de 2004, la tempête de 1999, etc. Pas de revendication, pas de prise d’otages avec demande de rançon, rien. La Nature n’a rien à revendiquer, elle reprend ses droits, sans menace ni oppression des peuples, sans imposer son diktat à l’homme du vingt et unième siècle.

Les chiens hurlent à la mort dans les Abruzzes ? Préparez-vous à un tremblement de terre. Berlusconi apparaitra, ce divin Cavaliere, pour accomplir un nouveau miracle (cf "Draquila, l’Italia che trema", film de Sabina Guzzanti). Les éléphants quittent au galop les rivages du Sri Lanka ? Tsunami à l’horizon ! Les mangeurs de galettes d’argile haïtiens sont noyés par un raz-de-marée ? C’est pas la faute à Duvallier, il est mort. Le Chili cumule les deux (tremblement de terre et tsunami) ? C’est pas la faute à Pinochet, il est mort.

Les plateformes pétrolières s’effondrent dans le golfe du Mexique, en mer du Nord, les tankers coulent en Bretagne, en Galice, en Alaska, la Nature reprend ses droits, en changeant la couleur des océans, pas pressée, pas terrifiée pour deux ronds, la Pachamama ! L’homme décime la forêt amazonienne, congolaise, indonésienne, rachète aux crève la faim d’énormes morceaux de leurs territoires (Ethiopie, Ghana, Madagascar, Mali, Soudan, entre autres) pour y développer la monoculture intensive au seul profit de leur famille (grande ou petite, selon que le propriétaire est chinois, indien, coréen ou arabe ). La Nature s’en moque éperdument.

C’est la nature humaine qui terrorise la planète. Inutile de choisir son camp : il n’y a plus de choix, puisque tout a quasiment foutu le camp. Quand l’homme s’organise pour harmoniser son comportement, ses actions, les grands discours survolent le globe de mots nouveaux, de concepts tentateurs : écologie, partage équitable, microcrédit, développement durable... De gigantesques tables rondes où l’on sert la soupe toujours aux mêmes, ceux qui n’ont faim que de pouvoir, de puissance et de gloire (que serait la gloire sans puissance ni domination ?).

Mais qui sert donc cette soupe ? Tous ceux qui sont tombés dedans quand ils étaient petits mais à qui on ne l’a jamais dit (sauf Uderzo et Goscinny). Ceux qui, malgré eux, participent à la connerie ambiante des terroristes en cols blancs que sont ces technocrates rédacteurs de discours présidentiels, ces énarques stratosphériques, ces hommes aux grandes capacités intellectuelles qui, au lieu de rechercher pour tous un monde meilleur, pensent en se rasant matin et soir à leur propre carrière (femmes comprises, hélas). Carrières dans lesquelles s’échinent ceux qui produisent leurs richesses, matérielles autant que spirituelles.

Car voici qu’apparaissent (encore) de nouveaux scandales (au Mexique : les sociétés financières Compartamos, Te Creemos, LAPO au Nigeria) concernant le microcrédit, que Copenhague, Kyoto, la taxe carbone, se sont évaporés dans les jolies prises de vue de Yann Arthus Bertrand et les natures sauvages d’Ushuaïa de Nicolas Hulot (heureusement, nous avons toujours "la Hulotte", petite revue jurassienne -je crois- qui poursuit sa vie depuis 1974).

En Mongolie, des dizaines de milliers de têtes de bétails sont mortes de froid cet hiver, ruinant de façon définitive les éleveurs nomades qui iront grossir les bidonvilles d’Oulan Bator, survivre dans les égouts, dormant sur les canalisations d’eau chaude... Mais on s’extasie à Shanghaï, on inaugure à Dubaï, on joue au foot dans les townships du Cap, on vote des lois sur l’immigration en Arizona, on construit des murs partout pour empêcher les peuples de se mélanger, on entretient les haines en ravivant les peurs...

La Nature s’en moque, elle, au moins, n’est pas coupable d’être... humaine. Seul l’Homme se condamne en croyant libérer le monde par sa (télé)vision factice. Galilée n’a jamais existé, la Terre est plate comme une galette d’argile : alors, bon appétit.

par AK Pô (jeudi 13 mai 2010)

 

 

 

● Transports: l'Europe, victime du principe de précaution ?

Tout le monde ou presque estime que le blocus aérien total en Europe, lors de l’éruption de l’Eyjafjöll en Islande par crainte de catastrophes aériennes causées par le nuage de cendre émis par ce volcan, était exagéré. Reste qu’on s’est trouvé dans un cas de figure comparable à celui de la grippe H1N1 au cours de l’hiver dernier quand des mesures de vaccination démesurées ont été organisées à grands frais pour enrayer une épidémie qui n’a pas eu lieu. Mais que serait-il arrivé si un avion ou plusieurs s’étaient écrasés avec leurs passagers ? Et si des dizaines de milliers de personnes avaient été victimes du virus de la grippe porcine ? Il semble toutefois que notre société soit devenue très pusillanime et trop restrictive. C’est ce que critique ci-dessous un ardent défenseur d’une Europe forte et sûre d’elle.

Les dommages sont estimés supérieurs à ceux des attentats du 11 septembre 2001. Quatre jours d'interdiction totale du transport aérien en Europe ont désorganisé la vie et la circulation de plusieurs millions de personnes, couté déjà plus d'un milliard d'Euro et fait peser un doute sur cette décision plus justifiée par le principe de précaution que par des analyses techniques précises. On n'imagine pas, en effet, une situation de même nature, aux Etats-Unis, en Asie ou ailleurs. Le Président russe a d'ailleurs su passer entre les cendres pour faire le voyage de Cracovie. Les compagnies aériennes ont été autorisées à faire voler leurs avions à vide pour regagner, sans dommages, leurs parkings et si le volcan islandais Eyjafjöll continue son activité, il y a fort à parier qu'on trouvera le moyen de reprendre les vols commerciaux, tant le sens de la mesure semble étranger à cette décision.

Il faudra alors rendre des comptes et démontrer la dangerosité, contestée par les pilotes, de voler dans ces circonstances exceptionnelles, pourtant déjà connues ailleurs et justifier le bien fondé d'une décision générale d'interdiction, plus motivée par la crainte que par la science. Le vrai coupable serait-il ce fameux principe de précaution, ce symbole de la peur qui terrifie les décideurs et transfère toute la responsabilité sur une puissance publique qui n'en peut mais ? Si, dans l'avenir, nous devons faire face à des phénomènes naturels de plus en plus imprévisibles, nous aurons surtout à lutter contre l'amplification dramatique que constitue le principe de précaution. Beaucoup de décisions seront prises qui accroitront cette caractéristique bien européenne de l'aversion au risque, qu'a si bien identifiée Zaki Laidi dans une étude CERI-Garnet-CNRS de février 2010.

Si l'Europe veut affronter le 21ème siècle avec succès, elle doit réapprendre à mieux gérer le risque, sérieusement et en commun, voire à l'aimer et à en diffuser la culture, de l'entrepreneur individuel au ministre, du pilote au contrôleur aérien, c'est-à-dire à donner l'envie de prendre des responsabilités individuelles. Et, pour cela, éviter toute décision qui pourrait apparaître comme trop rapide, insuffisamment justifiée, voire arbitraire.

                                                                                                 Jean-Dominique Giuliani, Président de la Fondation Robert-Schuman

Contact : www.robert-schuman.eu, www.jd-giuliani.eu

 

 

 

● Pourquoi les mages de l’écologie sont aujourd’hui dans le pétrin

Selon un scientifique danois, les nuages ne sont pas le résultat mais la cause des changements climatiques et leur densité dépend du soleil et non des hommes.

(Ce n'est pas exactement le réchauffement climatique tellement annoncé que nous vivons, mais des bizarreries de la nature. Quand le soleil se montre, les températures montent nettement au-dessus des moyennes saisonnières. Quand le ciel se fait nuageux, elles descendent au-dessous des moyennes enregistrées depuis des décennies. La nature subit des turbulences, ce sont tantôt des vents très forts, des averses violentes qui causent des inondations, ou au contraire la sècheresse qui entraîne de gigantesques feux de forêts. Nous n'avons pas besoin de nommer ici les parties du monde qui ont été touchées cet été 2010 par ces catastrophes. Qu'en est-il ? Ces phénomènes ne peuvent pas provenir de la seul activité humaine. Nous résumons ci-après les découvertes de quelques scientifiques).

Au moment où se tenait à Copenhague une conférence mondiale pour freiner le réchauffement climatique, une vague de froid et de neige presque sans précédent envahissait l’Europe. Ce qui avait immanquablement amené la question : ne sommes-nous pas davantage menacés par le refroidissement que par le réchauffement ? En toute objectivité, nous devons admettre aujourd'hui qu'à un hiver polaire a succédé un été saharien, tout au moins en juillet 2010.

Le climat se refroidit apparemment et se réchauffe tout à la fois. Il oscille surtout beaucoup plus fortement que jadis. On peut peut-être rappeler dans cet ordre d'idées que le géologue britannique William Patterson a lu dans les sédiments d’un lac irlandais qu’il n’avait fallu que six mois, il y a 13 000 ans, pour que l’Europe tempérée se couvre de glace pendant 1 300 ans. Un ralentissement brutal des eaux du Gulf Stream dû à la coulée des eaux glacées d’un lac canadien dans les océans Arctique et Atlantique était à l’origine de cette glaciation.

Sans nous pencher sur la question de savoir si nous sommes à la veille d’un refroidissement plutôt que d’un réchauffement climatique ou le contraire, la question qui se pose est de savoir si les industries humaines ont un impact aussi décisif sur le climat que d’aucuns nous l’assurent depuis plus de trente ans, ou bien si notre climat ne dépend pas d’autres forces que l’homme ne peut pas maîtriser. Dans ce contexte, nos yeux se tournent immédiatement vers le soleil qui nous donne le chaud quand il brille et le froid quand il s’absente, comme chacun le sait d’expérience.

Nous constations au début du mois de janvier dernier que, source avérée de réchauffement, les tâches solaires qui auraient dû normalement augmenter en nombre depuis 2002, se faisaient attendre. Depuis un an sinon plus la montée moyenne des températures tellement dénoncée et annoncée avait cessé. Le 15 janvier, notre confrère Christophe Doré écrivait dans les pages scientifiques du « Figaro » que « pendant deux ans, le soleil avait affiché un calme inquiétant ». « Les experts, poursuivait ce journaliste, cherchent à comprendre pourquoi il est resté dans un « minimum profond » aussi longtemps et à savoir si cette léthargie aurait des conséquences directes sur la Terre » (notre photo montre la seule tâche solaire visible, n°1042, à la mi-janvier 2010).

 Allait-on vers un retournement de tendance ? Entre-temps, certes, l’astre du jour a repris un peu de tonus. Une éruption solaire de classe M8.3, la plus puissante depuis 2004, s’est produite le 12 février dernier à 11 h 26 GMT, comme l’a annoncé l’Institut de physique Lebedev (FIAN) de Moscou. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps. A l’automne, puis à la Noël, déjà, le soleil avait connu quelques soubresauts, comme le communiquait la Nasa, mais ces réveils n’étaient pas assez importants pour permettre de conclure qu’on revenait dans le cycle normal d’activité qui se manifeste communément tous les onze ans. De toute manière, notre étoile s’était éteinte aussitôt. Pendant 266 jours, l’astre central était resté vierge de taches noires, signe de reconnaissance d'une reprise d'activité. Du jamais-vu depuis le début du XXe siècle !

Il y a de quoi inquiéter car la survie de la planète dépend de l’activité solaire. Cela ne veut pas dire que nous mourrons tous en grelottant, mais une corrélation directe entre l’activité solaire et les transitions du chaud au froid et inversement sur notre planète a été constatée par deux scientifiques qui ont mis ensemble leurs découvertes. Le paléontologue canadien Jan Veyzer avait constaté en analysant des coquillages fossiles une périodicité de 140 millions d’années du chaud et du froid sur terre. Mais il n’avait pas d’explication pour ces variations de températures mesurées à partir de données géochimiques. L’astronome israélien Nir Shaviv, de l’Université de Tel Aviv, la lui a donnée : tous les 150 millions d’années environ, notre système solaire qui se déplace à travers la « Voie lactée », comme on appelle notre galaxie, traverse un des « bras » de celle-ci. Ensuite, il retourne dans le vide entre deux bras de la spirale pour un laps de temps à peu près équivalent. Quand il traverse un des bras constellés d’étoiles et de  poussières d’étoiles, le champ magnétique du soleil, donc son activité augmente, pour diminuer ensuite dans le vide.

Il y avait donc corrélation. Mais quel était le mécanisme qui pouvait influer sur le climat terrestre. Ce n’était pas le simple rayonnement solaire qui, certes, peu avoir un effet : plus chaud ou plus froid. Mais les choses sont beaucoup plus compliquées. Un troisième scientifique détenait l’explication. Il s’agit d’Erik Svensmark, directeur des études climatiques au Centre spatial du Danemark. Les Danois ont toujours été intéressés par le fait que leurs ancêtres vikings aient appelé la grande île de l’Atlantique qui leur appartient, « le pays vert », le Groenland, et aient pu dessiner le tracé de ses côtes il y a environ mille ans. Or Svensmark découvrit que la terre refroidit quand se forment d’épais nuages à de basse altitude et que la formation de ceux-ci dépend de l’intensité du rayonnement cosmique. Quand des étoiles de notre galaxie explosent en formant des supernovae, elles dégagent force rayons cosmiques qui viennent frapper la terre. Ce phénomène est quasi-permanent en raison de la fréquence de ces explosions. Or, ces rayons cosmiques contribuent fortement à la formation de nuages de basse altitude sur notre planète suite à une multiplication d’aérosols que leurs ions provoquent. Svensmark a pu le démontrer assez récemment grâce à une expérience soigneusement préparée quatre années durant.

Ces nuages de basse altitude, couleur de neige à leur surface parce qu’imprégnés de lumière solaire renvoient dans l’espace le réchauffement solaire. Quand ils sont très denses et constants, notre terre se refroidit et subit un âge glaciaire. Mais comment expliquer qu’à certains moments, les nuages se raréfient et que la terre redevienne plus chaude et plus sèche, accueillant alors les rayons du soleil ? C’est très simple : quand l’activité du soleil s’accroit, son champ magnétique se renforce et oppose un bouclier aux rayons cosmiques venus de l’espace qui ont alors du mal à pénétrer dans notre système. Comme l’a indiqué Nir Shaviv, cette activité solaire augmente tous les 150 millions d’années quand le soleil traverse un champ d’étoiles plus consistant de notre galaxie, un de ses « bras ». Actuellement, le soleil se trouve dans un de ces bras galactiques, de sorte que nous avons assez peu de nuages et une période assez chaude, avec au cours des derniers millénaires et siècles des variations limitées, tels le fort réchauffement d’il y a mille ans et le « petit âge glaciaire » d’il y a 200 à 300 ans. Si les nuages s’amoncelaient momentanément dans les prochaines années, par réduction de l’activité solaire, nous pourrions subir un refroidissement passager. Mais en principe nous resterons encore un peu de temps dans une période de forte amplitude magnétique.

Les attaques que nous avait attirées notre éditorial du mois de janvier dernier, nous ont incités à effectuer cette recherche. Elles confirmaient que nous avions touché un point sensible. Rien d’étonnant à cela, vu l’importance du lobby formé d’ONG, de partis, d’instituts qui vivent de l’annonce du réchauffement climatique. Très implanté en Europe et depuis peu aux Etats-Unis, ce groupe de pression récolte depuis près de quarante ans une manne de subventions gouvernementales sous prétexte de réduire l’élévation de la température. Cette campagne quelque peu apocalyptique diffuse une panique globale comparable aux peurs millénaristes et aux prophéties mystiques qui jalonnent l’histoire de l’humanité. Sans compter ses répercussions politiques. Des trublions se servent de ces peurs pour accumuler des suffrages. A preuve la progression constante des partis Verts et, en France, les scores étonnants d’Europe Ecologie. On se souvient que le refroidissement climatique du XVIIIème siècle avec peu de soleil et davantage de précipitation avaient été une des causes de la Révolution française, suite aux mauvaises récoltes et au renchérissement du prix du pain.

Rien d’étonnant donc à ce que les travaux de Svensmark et de ses collègues se soient heurtés à des résistances dans la communauté scientifique internationale. Ce n’est qu’après seize mois d’efforts qu’il a pu faire publier dans une honorable revue britannique les résultats de sa dernière expérience, très concluante pourtant. Elle était « politiquement incorrecte ». Seulement, depuis que le « New York Times » a publié le 20 novembre dernier des e-mails piratés de l’université de Norwich en Grande-Bretagne attestant que le Conseil du climat des Nations Unies (IPCC) éliminait systématiquement les expertises sur la baisse des températures au cours des dernières décennies, d’aucuns crient à la mystification.

Il en ressortait en effet que les activités humaines, c’est à dire le dégagement de CO2, n’ont qu’un impact minime sur le climat de la terre, à la différence de l’activité du soleil. Cela dit, l’atmosphère, l’eau et les sols influent évidemment sur la santé des hommes et il est bien évident qu’il faut tenir propres nos villes et nos campagnes, même si ces précautions écologiques n’ont pas beaucoup d’impact sur la superficie des glaciers et des banquises, sur le niveau des mers et des océans et sur le chaud et le froid. (JPP)

Publications de Henrik Svensmark

Articles et essais : Henrik Svensmark (1998). "Influence of Cosmic Rays on Earth's Climate". Physical Review Letters 81: 5027–5030. doi:10.1103/PhysRevLett.81.5027

Henrik Svensmark, Jens Olaf P. Pedersen, Nigel D. Marsh, Martin B. Enghoff & Ulrik I. Uggerhøj (2007). "Experimental evidence for the role of ions in particle nucleation under atmospheric conditions". Proceedings of the Royal Society A: Mathematical, Physical and Engineering Sciences 463 (2078): 385–396. doi:10.1098/rspa.2006.1773. http://rspa.royalsocietypublishing.org/content/463/2078/385.full.pdf

Henrik Svensmark (2007). "Astronomy & Geophysics Cosmoclimatology: a new theory emerges". Astronomy & Geophysics 48 (1): 1.18–1.24. doi:10.1111/j.1468-4004.2007.48118.x. http://www.blackwell-synergy.com/doi/full/10.1111/j.1468-4004.2007.48118.x

Livre : Svensmark, Henrik; Calder, Nigel (2007). The Chilling Stars: A New Theory of Climate Change. Totem Books. ISBN 978-184046815

Biographie : Henrik Svensmark est né en 1958. Spécialiste des rayons cosmiques comme cause de la formation des nuages en corrélation avec le vent solaire, il est entré en conflit avec la théorie dominante du changement climatique qui a fini cependant par admettre que ces phénomènes spatiaux pouvaient avoir été à l’origine des alternances anciennes de glaciation et de réchauffement climatique, tout en déniant qu’elles aient une influence sur le réchauffement actuel. Mais pourquoi pas ? Le dimanche 13 décembre 2009, alors qu’il participait à un débat à l’émission de la télévision danoise Klima 09, invité par la Conférence des Nations Unies sur le réchauffement climatique,  Henrik Svensmark a été victime d’une crise cardiaque vécue en direct par les téléspectateurs. Entre-temps, ses jours ne sont plus en danger. Cet incident montre à quel stress est soumis un scientifique qui s’oppose à l’idéologie dominante. Il est peu vraisemblable qu'il ait été victime d'une attaque contre sa santé pour l'amener à se taire.  

 

● «Communication et influence », la revue de Bruno Racouchot nous informe

La sphère des relations internationales et la géopolitique n'échappent pas aux jeux de communication et d'influence. Il nous faut parfois revoir nos jugements. Ainsi pour l'Afghanistan. Le livre de Mériadec Raffray récemment publié "Afghanistan - Les victoires oubliées de l'Armée rouge" (Economica), en est l'illustration parfaite. Non, l'Armée rouge n'a pas connu de déroute en 1989. Oui, elle a remporté d'indéniables succès tactiques. Et malgré tout, elle a perdu sur le plan communicationnel. Comment ? Pourquoi ? Et en quoi cela nous concerne-t-il ? Pour réfléchir à ce paradoxe et en tirer des enseignements, deux spécialistes des affaires de Défense sont les invités du 18e numéro de la revue Communication & Influence. Journaliste, historien de formation, officier de réserve et analyste méticuleux, Mériadec Raffray dissèque pour nous l'intervention soviétique en Afghanistan. Journaliste également, au quotidien Libération, fin connaisseur des arcanes du monde militaire et animateur du blog Secret Défense, Jean-Dominique Merchet explique comment nos préjugés, nos filtres idéologiques, faussent trop souvent la perception que nous avons de la réalité. Deux approches, donc, qui concernent directement notre sphère d'intérêt.

Au-delà de l’aspect polémologique, le chaudron afghan incarne le resurgissement de forces archaïques et éternelles dans notre monde sécurisé et aseptisé. Il nous rappelle que le réel n’est que très rarement appréhendé correctement. En avons-nous d’ailleurs la capacité et même la volonté ? En ce sens, l’Afghanistan d’aujourd’hui nous tend un miroir de nos faiblesses et de nos failles. Le monde est affrontement de puissances. L’oublier ou l’occulter est dangereux. Cette réalité, somme toute banale, paraît presque incongrue en notre époque de "cocooning" généralisé. La sagesse serait alors de nous interroger sur la validité des filtres à travers lesquels nous percevons le monde... Si la communication veut à nouveau opérer de manière intelligente et exercer une authentique influence vis-à-vis de ses différentes parties prenantes, il est grand temps qu’elle s’en souvienne et qu’elle examine d’un oeil critique le socle de ses certitudes.

Ancien commandant du Centre de doctrine et d’emploi des forces, aujourd’hui à la tête du Collège Interarmées de Défense, le général Vincent Desportes a publié en 2007 un essai fin et précis, "La guerre probable" (Economica). Les lignes qui suivent se passent de commentaires : "Aujourd’hui, conduire la guerre, c’est d’abord gérer les perceptions, celles de l’ensemble des acteurs, proches ou lointains, directs ou indirects. II faut donc définir le message que l’on veut transmettre et concevoir les actions qui permettront de le faire passer au ‘village global’, qui est autant Falloujah et Kandahar que Moscou, Dallas, Liverpool ou Paris. Cela veut dire que la guerre, loin d’être menée pour elle-même, doit être considérée comme un moyen de communication à inclure dans une stratégie globale de communication comportant bien d’autres vecteurs. L’usage violent des armes s’avère d’ailleurs initialement souvent le plus important ; en effet, d’une part, il est le plus audible et, d’autre part, le fracas initial des armes est fréquemment indispensable pour imposer ‘le silence stratégique’ dans lequel pourront être entendus les autres vecteurs de communication.[...] Le message et la façon dont il est délivré, puisque les actes s’entendent mieux que les discours, sont fondamentaux pour la réalisation de l’effet politique."

Et le général Desportes de conclure : "La guerre probable, ce n’est plus vaincre, c’est beaucoup moins contraindre, c’est convaincre. Cela, encore, nous oblige à penser autrement."  Bruno Racouchot - COMES COMMUNICATION, 25 rue Carnot - 92370 CHAVILLE, tél: 01 47 09 36 99 / mob : 06 10 84 35 15, bruno@comes-communication.com
site :
http://www.comes-communication.com

Guerre et distorsion de perception

Signe annonciateur d’une faillite politique majeure - à savoir la chute du communisme - le retrait de l’Armée rouge d’Afghanistan en 1989 ne consacra nullement une défaite militaire. Cependant, l’Occident fut persuadé du contraire. Vision confortable et manichéenne. La réalité fut plus complexe. Tirer les enseignements de ce conflit exige de distinguer d’un côté les faits, de l’autre leur interprétation. Ce qu’a fait Mériadec Raffray, à travers une analyse aussi rigoureuse qu’objective. Elle permet de comprendre comment s’articulèrent la réalité, la tactique militaire, la volonté géopolitique, l’information et la communication au travers de multiples jeux d’influence.

"Afghanistan – Les victoires oubliées de l’Armée rouge" : de prime abord, pour le néophyte, le titre semble provocateur. Il n’en est rien. Pour bien le comprendre, il faut partir de la fin. Lorsque, pour rentrer chez eux, les Soviétiques repassent en 1989 le Pont de l’Amitié, sur le fleuve qui marque la frontière entre l’Afghanistan et l’Union soviétique, l’Occident proclame que les nationalistes de Massoud épaulés par les missiles Stingers américains ont mis à genoux l’ours rouge. C’est vrai et faux. 1989 marque effectivement la fin de l’expansionnisme soviétique, et annonce la chute du régime à Moscou. Pour autant, en étudiant de près les dix années précédentes, il apparaît que c’est bien la perception du problème afghan par le Kremlin, de même que les problèmes internes au régime, qui poussèrent les responsables soviétiques à décider du retrait de l’Armée rouge, et non ses échecs sur le terrain.

 

Défaite politique, défaite médiatique

 

Compliqué tactiquement, ce retrait est un véritable succès. En moins de dix mois, les Soviétiques replient en bon ordre l’ensemble de leur contingent. Mieux, le régime afghan va encore tenir trois ans face aux coups de boutoir de la rébellion afghane. Cela prouve l’efficacité du travail accompli pendant dix ans. Cette défaite est donc plus politique que militaire. Le fait que nous n’en soyons pas convaincus vingt ans après résulte à l’évidence d’une distorsion de perception.

Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Dix ans plus tôt, en 1979, une semblable distorsion de perception s’opère entre le pouvoir soviétique et Kaboul. L’Armée rouge intervient sur ordre du Kremlin. Essentiellement pour des raisons de politique internationale (accroître son influence dans la région et contrer une éventuelle contre-offensive américaine), accessoirement pour rétablir l’ordre à Kaboul. Ce prisme international occulte la réalité afghane. Le Kremlin n’a nulle idée de la déliquescence de l’Etat afghan et de la révolte qui secoue le pays. De même, il ignore le fonctionnement de la société, le contexte culturel, religieux et sociétal… Le plan de Moscou prévoit que l’armée afghane interviendrait pour mater d’éventuels opposants. Minées en profondeur, ses unités sont clouées dans leurs casernes. Conséquence, l’Armée rouge doit très vite monter en première ligne. Du statut de force alliée, elle se mue en armée d’occupation et entre dans un engrenage terrible.

Sûre d’elle et de ses victoires passées, l’Armée rouge déchante. Elle prend alors conscience qu’il lui faut réagir très vite. Ses généraux demandent des renforts. Ce n’est pas 100.000 hommes dont ils ont besoin, mais de cinq ou dix fois plus ! Au Vietnam, sur un territoire deux fois plus petit, les Américains avaient engagé trois fois plus de forces. Moscou refuse. Pour éviter l’enlisement, l’Armée rouge s’adapte et innove. La technique du marteau-pilon est abandonnée. On recourt à de petites unités interarmes souples et aux forces spéciales. On passe d’une guerre de généraux à une guerre de capitaines. On privilégie les opérations ciblées, la souplesse, l’initiative, la réactivité, l’adaptation au terrain. Ce qui constitue une véritable révolution pour une institution extrêmement centralisée ! Sur le terrain, le résultat se fait sentir et la situation se rééquilibre.

 

Des leçons à tirer

 

Tirer les enseignements du passé permet de mieux appréhender les enjeux d’aujourd’hui. A condition de le faire sans oeillères ni préjugés. Quand on se trompe de focale pour examiner une situation, on court à l’échec. L’analyse de l’engagement soviétique en Afghanistan constitue un exemple-type d’une distorsion grave entre la réalité, l’information traitée et la gestion de la communication. La leçon majeure à tirer est que les Soviétiques ont failli s’enliser pour un problème de regard faussé à l’égard d’une situation donnée. Deux enseignements pratiques complètent ce constat : d’une part, les Soviétiques ont réussi à contrôler l’Afghanistan mais au prix du sang (26.000 morts) ; d’autre part, le bilan militaire n’est qu’une facette de la réussite d’une opération de ce type. L’intelligence des situations prévaut bien souvent sur la puissance des armes.

 

                                                                                                                      Mériadec Raffray (extrait de Comes Communication)

Mériadec Raffray est journaliste, rédacteur en chef de la revue de la CGPME (il était déjà intervenu à ce titre dans le n° 9 de Communication & Influence, d’avril 2009). Historien de formation, il est également officier de réserve. "Afghanistan – Les victoires oubliées de l’Armée rouge" (Economica, 2010), constitue d’ailleurs le prolongement d’une réflexion menée pour le compte du Centre de doctrine de l’emploi des forces – CDEF – de l’Armée de terre.

Guerre, représentation et influence

Nous sommes volontiers enclins à projeter sur les autres nos propres présupposés idéologiques et nos propres schémas mentaux. L’histoire et la réalité sont souvent perçues via des prismes déformants. Aux yeux de Jean-Dominique Merchet, journaliste à Libération et spécialiste des questions de défense, ce travers peut avoir des effets tragiques. Pour preuve l’incapacité qui est la nôtre d’appréhender correctement la question afghane.

 

Le livre de Mériadec Raffray, "Afghanistan, les victoires oubliées de l’Armée rouge", montre que le "cas afghan" constitue une illustration emblématique de nos représentations mentales, l’un des derniers vestiges de la guerre froide. Croire que les Afghans ont infligé une déroute aux Soviétiques est erroné, ou du moins n’est qu’en partie vrai. Nous évoluons là dans une construction artificielle, prouvant un déni, conscient ou inconscient, de la réalité. En fait, une analyse minutieuse prouve que les Soviétiques s’en sont finalement bien sortis. Et le mieux que nous puissions souhaiter serait que nous nous en sortions aussi bien qu’eux !

Pourquoi une telle confusion sur ces questions ? Parce que le filtre de l’idéologie a marqué notre mémoire. Entre 1979 et 1989, on a assisté à un déversement de propagande à la fois reaganienne et droit de l’hommiste qui a fortement marqué les consciences. D’autant plus qu’il se déployait sur un mode quasi-consensuel. D’un côté les combattants de la liberté, baignant dans l’aura romantique du Cdt Massoud. De l’autre, les Soviétiques et leurs visées expansionnistes. Les bons face aux méchants ! On fait mine de découvrir aujourd’hui que la réalité fut loin d’être aussi simple ! Il est vrai qu’entretemps, le Mur de Berlin et le système communiste se sont effondrés. Preuve s’il en était besoin que nous demeurons trop souvent sous l’influence de nos propres préjugés ou présupposés. On se construit une représentation. Puis, une fois cette représentation bien établie, on vit avec. Et naturellement, on déteste avoir à la remettre en cause. C’est ce que Marcel Aymé nommait le "confort intellectuel".

 

Information et communication

 

Appréhender correctement la réalité exige de comprendre comment circule l’information et par quels prismes elle passe pour être exploitée et mise en valeur. Or, il faut savoir que les médias sont par nature déformants. Il ne peut en être autrement. Le travail journalistique consiste à mettre une loupe sur un point qui paraît essentiel, à grossir certains traits. Le regard médiatique déforme nécessairement la réalité. Ce constat, chacun doit l’accepter. Le journaliste comme le public. A partir du moment où l’on reconnaît le principe d’une presse libre, existe obligatoirement ce prisme qui génère d’inévitables effets secondaires.

La communication institutionnelle et l’information obéissent à des logiques différentes. La première délivre des messages destinés à valoriser l’image de l’institution concernée. La seconde consiste à dire et juger les choses non pas sur leur effet, mais sur leur véracité. Dire les faits, c’est produire de l’information. Mais on ne verra jamais tout et l’on ne pourra jamais rendre compte de tout. En revanche, le journaliste est tenu à une obligation d’honnêteté face à des lecteurs reconnus comme des gens responsables, donc capables de se faire leur propre jugement.

Redonner du sens à l’engagement

Nous vivons dans une époque dominée par la puissance des médias. Mais il faut savoir raison garder. La communication ne peut pas tout. La meilleure stratégie médiatique ne parviendra jamais à combler le déficit de sens. Quand un pays envoie ses hommes au feu, ce qui implique le risque de mourir, il est essentiel de donner du sens à cet engagement. Dans cette configuration, seul le politique est en mesure de répondre à ce profond besoin de sens. L’agitation médiatique tous azimuts ne peut à elle seule combler cette légitime exigence. D’autant qu’il s’agit de soldats français qui risquent leur vie au combat, et le font en notre nom, qu’on le veuille ou non.

Risquer le sacrifice suprême exige explications et analyse de fond. Le médiatique ne peut tenir lieu de stratégie politique. Cela vaut pour nous comme pour les Afghans. Les peuples font leur histoire. Il leur appartient de prouver qu’ils ne sont pas des objets que les autres puissances manipulent. En ce sens, prenons garde à ne pas plaquer nos propres références ou mécanismes intellectuels sur d’autres peuples et d’autres situations. Savoir élargir son prisme de perception du réel est indubitablement une preuve de sagesse.

 

                                                                                                                          Jean-Dominique Merchet (extrait de Comes Communication)

Journaliste au quotidien Libération, fin connaisseur des affaires militaires, animateur du blog Secret Défense sur Libération.fr, (http://secretdefense.blogs.liberation.fr/defense), auditeur de l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale (49e), Jean-Dominique Merchet vient de signer "Une histoire des forces spéciales" (éditions Jacob-Duvernet). Il a précédemment publié "Mourir pour l’Afghanistan", "Caroline Aigle, vol brisé" (éditions Jacob-Duvernet) et "Défense européenne, la grande illusion" (Larousse).

(Voir aussi notre critique du dernier livre de J.-D. Merchet, « Une histoire des forces spéciales », sous la rubrique « culture/livres »)

 

● Les activités illicites planétaires profitent de la mondialisation

  La mondialisation a profité aux échanges commerciaux internationaux et elle en est en même temps le résultat. Il existe un marché mondial des biens et services qui transgresse les frontières. Un peu partout au nom du libéralisme, les douanes sont tombées. Ces échanges ont été facilités par l’existence de routes maritimes, aériennes et terrestres de plus en plus fréquentées, avec des déplacements de plus en plus rapides d’un continent à l’autre, d’un point de la planète à un autre. Mais à côté de l’import-export légal et identifiable, des activités invisibles et destructrices se sont développées sur les mêmes routes et avec les mêmes moyens. Elles totalisent des chiffres d’affaires non moins importants. Ce sont notamment les trafics de drogue et d’armes, les migrations clandestines organisées par des passeurs d’hommes. Sur certaines régions côtières stratégiques, des pirates s’interposent et tentent d’arraisonner les navires affectés aux transports légaux. Ils sont les vampires des la mondialisation.

Des routes Sud-Nord

   Ces activités illicites suivent presque toutes des routes menant du sud vers le nord. De rares exceptions, comme l’Australie qui est également une cible, apportent une indication supplémentaire : les transports illégaux qu’ils soient matériels (drogue, armes) ou humains (migrants) vont des pays pauvres vers les pays riches. On peut donc dire que le trafic de la drogue est l’arme des pauvres pour détruire des groupes de population des pays riches, en particulier parmi les jeunes. Il est fort peu probable que les agriculteurs afghans ou boliviens qui tirent quelques 80% de leurs revenus de la culture du pavot en soient conscients. Mais les grandes mafias implantées dans des métropoles et plaques tournantes du trafic savent qu’elles vendent la mort et qu’elles doivent renouveler constamment leur clientèle.

Des bénéfices sur toute la chaîne

 Les pistes partent d’Amérique latine et centrale, d’Afrique qui sert plus fréquemment de relais et du Moyen-Orient où deux centres de production de la drogue dominent : le Liban et le Triangle d’or, Afghanistan, Pakistan, Inde du Nord. Les routes transportant les drogues dures comme l’héroïne sont nettement plus courtes que celles par où transitent des drogues moins agressives, cocaïne et surtout cannabis. Cela tient aussi à ce que les drogues dures sont moins demandées, plus chères et plus meurtrières, encore que leur consommation augmente. Le trafic d’armes est souvent pratiqué par les mêmes mafias que celui de la drogue. Pourquoi ne pas utiliser en effet les structures existantes pour un double usage, encore que les armes et munitions soient plus difficiles à transporter que la « poudre » ? Le transport de la drogue se fait d’abord en grandes quantités pour être dispersé ensuite par de nombreux dealers. Cette « industrie » fait vivre des millions de personnes aux deux bouts de la chaîne et en cours de route. Les armes ne sortent pas toutes d’ateliers artisanaux comme au Pakistan. La désagrégation d’armées de grandes et moyennes puissances a inondé d’armes de toutes sortes les zones de conflits.

Les trafics humains : pirates et passeurs

C’est à cause à la fois de la diffusion des armes et suite à l’intensification des échanges maritimes que la piraterie a connu une forte recrudescence après deux à trois siècles de quasi-disparition, mais elle reste encore localisée et côtière, à cela près que des vedettes plus rapides et des bénéfices accrus permettent au pirates de s’aventurer de plus en plus loin des côtes, comme on l’a vu au large de la Somalie. Ce n’est que depuis peu que les puissances du Nord réagissent, la France plaçant par exemple des militaires sur ses navires de pêche dans l’Océan indien. Ce sont aussi les transports maritimes qui poussent à la migration du Sud vers le Nord, de la misère vers l’Eldorado européen et américain. Dans tous les cas, sauf exceptions, surtout pour les armes, les activités illicites utilisent pour leurs transports des navires de petites dimensions, rapides et difficilement repérables. C’est encore plus vrai pour les flux migratoires illégaux dont les passeurs prennent souvent de gros risques, en convoyant un maximum de « clients » sur des esquifs fragiles, la vie de leurs passagers ne comptant pas à leurs yeux du moment qu’ils ont payé le passage.

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L’Union Européenne commence à coordonner sa protection contre les trafics venant d’autres continents et en particulier contre l’immigration clandestine, en investissant dans des programmes d’investissement dans les pays pauvres et en concluant des accords anti-migration avec des Etats d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne. Mais jusqu’ici ces efforts sont peu efficaces. L’Europe a perdu sa suprématie dans le monde et elle change de visage. Aux siècles derniers, les riches colonisaient les pauvres. Aujourd’hui les pauvres envahissent les pays riches.

 

● En France comme en Allemagne : après la crise, la relance ?

Mais, selon une économiste néerlandaise, la prochaine bulle éclaterait dans deux à trois ans si l’on n’y prend pas garde.

   Les pouvoirs publics prévoient que l’année 2010 sera encore difficile en France après une mauvaise année 2009, notamment pour l’emploi, mais que la conjoncture commencera à se relever en 2011. Raison pour laquelle, le gouvernement veut abaisser les impôts qui frappent le travail et la création d’emploi, quitte à relever les impôts locaux, comme on s’en aperçoit, et à appliquer la taxe carbone si malaimée. Même si ces taxes locales ne carbonisent pas l’économie, il y a en France encore quelques soucis. En dehors de la catastrophe qui frappe les producteurs agricoles et la pêche, l’un des plus graves est le marché immobilier, surtout celui du logement ancien, qui n’est pas encore suffisamment descendu malgré une nette baisse de la demande. Les agences estiment que les prix du logement ancien à la vente devraient encore régresser substantiellement et que le gouvernement devrait réduire momentanément les taxes de mutation immobilière de 7% du prix de vente actuellement à 2% comme en moyenne européenne. 

Le ministre allemand de l’Economie, Rainer Brüderle, estime de son côté que le creux de la vague est franchi et que les forces réparatrices se manifestent.  Après l’effondrement conjoncturel de 2009, l’économie allemande devrait connaître en 2010 un redémarrage du PIB à + 1,5 % et 4,1 millions de chômeurs (8,5% contre 10% en France, mais en nette régression en Allemagne et en cours de stabilisation en France). Effectivement les exportations ont redémarré et la croissance s'installe timidement encore, mais la tendance est vers le haut. En avril 2009 encore, les instituts économiques allemands pronostiquaient un recul de 0,5% du PIB et 4,7 millions de chômeurs pour l’année prochaine. En train de former leur gouvernement, les chrétiens-démocrates et les libéraux ont décidé de booster cette légère reprise  en créant des stimuli pour l’industrie et les services. Les principaux instituts de conjoncture sont d’accord avec cette politique tout en regrettant que les allègements fiscaux promis aient été reportés de deux à trois ans. Reste que pour l’Allemagne, le danger qui était dans l’exportation, devient maintenant un atout car les pays émergents, Chine, Inde, Brésil sont à nouveau demandeurs, ainsi que la Russie tandis qu'aux Etats-Unis le chômage s'est stabilité à moins de 10% et que la consommation redémarre. Il faudrait toutefois qu'il y ait davantage de parallélisme dans les politiques conjoncturelles française et allemande.

   Une des raisons pour lesquelles Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ne pouvaient harmoniser leurs politiques à l’automne 2008 est que la crise conjoncturelle n’avait pas atteint leurs pays au même moment. En France, la baisse des taux de croissance et le recul de l’emploi avait commencé déjà en août 2008 tandis que la crise n’avait atteint l’Allemagne qu’en décembre 2008. Mais la crise a frappé l’Allemagne beaucoup plus durement que la France parce que l’Allemagne est un pays exportateur. En France la locomotive conjoncturelle est la consommation intérieure. Les exportations allemandes avaient reculé de 19% en moyenne, beaucoup plus dans quelques branches. L’économie allemande s’est recalée sur la consommation. Des supermarchés discount poussent comme des champignons. Beaucoup d’entre eux affichent d’emblée des baisses de prix de 10%. Des 50% et 70% de « rabat », comme disent les Allemands, ne sont pas rares. Mais en France aussi on a assisté à une prolongation des soldes à toute l’année. Naturellement, beaucoup de magasins auront à ce régime du mal à joindre les deux bouts, mais il est vrai aussi que les marges étaient substantielles et que les stocks doivent être liquidés. On voit que ce ne sont pas que des paroles quand on affirme que le capitalisme se régénère et corrige ses faiblesses de lui-même.

   En y laissant des  plumes, bien entendu. La crise laissera certainement plus que des cicatrices. Si elle a atteint l’économie financière, ses répercussions sur l’économie réelle ne se sont encore toutes manifestées. Et les déficits causés par le soutien à des banques et des firmes, soigneusement parqués dans des budgets parallèles, sont toujours là et pèseront longtemps encore sur le contribuable. Pour citer une voix discordante, Brigitte Unger, professeur l’économie à l’Université d’Utrecht, écrit dans le journal viennois « Standard » que la crise n’a été atténuée que superficiellement par des apports de capitaux aux banques et des allègements conjoncturels, mais avec trop peu d’investissements dans l’économie réelle. « Tout l’argent a été placé sur les marchés financiers parce que le pouvoir d’achat avait reculé et que cela n’en valait donc pas la peine. Les moyens financiers investis dans le secteur bancaire sont quatre fois plus importants que ceux injectés dans l’industrie et les services », écrit cette économiste. Il y a quatre fois plus d’argent que de produits. « Pour ne citer qu’un exemple, le gestionnaire américain de Hedge-fonds, John Paulson, a gagné quatre milliards de dollars en un an. Avec la meilleure volonté du monde, il ne peut les dépenser dans l’économie réelle ».

 Ainsi se forme, selon Mme Unger, une nouvelle « bulle financière ». Quand éclatera-t-elle ? D’ici deux à trois ans, estime-t-elle. « Nous assisterons alors à une crise encore plus grave si l’on ne change pas d’ici là les fondamentaux ». D'aucuns redoutent une dévaluation de l'euro. D'autres la souhaitent. Comme disait un économiste français à la télévision : le danger n'est pas un euro faible, mais un euro fort. Cette prévision est contredite actuellement par une relance du commerce mondial et par des créations d'entreprises en Europe qui ressemblent beaucoup à une sortie de crise qu'on n'avait pas attendue si tôt. Alors que la crise avait frappé la France avant l'Allemagne, la relance se fait sentir au contraire d'abord en Allemagne. C'est normal que l'économie la plus solide soit atteinte plus tard et récupère plus tôt. (voir dans notre rubrique en allemand "Wirtschaft" l'article "Deutsche Exportwirtschaft nicht nachhaltig geschädigt").

 

● Vivre plus longtemps avec la crise

Ceux que la crise financière déprime peuvent se consoler en constatant ses effets positifs : pendant les récessions, l’espérance de vie augmente, comme l’ont constaté des sociologues américains. Certes, les gens gagnent moins d’argent, mais ils ont aussi moins de stress que dans les phases d’expansion. Ils fument moins et boivent moins d’alcool. Le dérapage économique fait du bien aussi au climat mondial. Selon l’Autorité Internationale de l’Energie IEA, les émanations d’oxyde de carbone auront diminué dans le monde de 2,6 % en 2009, baisse jamais atteinte au cours des dernières 40 années. La crise est mauvaise pour le porte-monnaie, mais elle est bonne pour la santé et la nature.

 

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