SOMMAIRE

Un quotidien saoudien : l'option militaire pourrait être la meilleure solution face à l'Iran  
Le visage de la peine de mort en Iran  
L'ONU durcit le ton envers l'Iran des mollahs  
Iran, film des manifestations du 12 juin, un an après les premières protestations  
Interview du Prince héritier d'Iran, Reza Cyrus Pahlevi  
Haro sur l'euro ! Haro sur l'Europe !  
Les Russes ont du mal à se mettre au diapason  
La poudrière iranienne  
Les pays arabes sont au seuil de la démocratie mais la route est encore longue  
Nouvelles violences contre les populations Kabyles  
L'auteure koweïtienne Ibtihal Al-Khatib : Comme Israël, le Hezbollah devrait ouvrir une enquête sur sa conduite pendant la guerre  
Une personnalité exceptionnelle : Sayved Ayad Jamal al-Din, religieux chiite libéral et adversaire de la République islamique d'Iran  
Un chroniqueur koweïtien : la politique iranienne d'exportation de la Révolution islamique rappelle l'occupation de l'Europe par les nazis  
Un intellectuel saoudien : la civilisation occidentale a libéré l'être humain  
Des auteurs progressistes du Golfe persique : les groupes musulmans d'Europe exploitent l'ouverture d'esprit des Européens  

 

 

● Un quotidien saoudien : l´option militaire pourrait être la meilleure solution face à l´Iran

Un éditorial du quotidien saoudien Al-Madina, (1) paru suite à l´annonce, en Iran et en Russie, du lancement de la centrale nucléaire de Buchehr, opte pour la ligne dure vis-à-vis du programme nucléaire iranien, affirmant que l´option militaire pourrait être la meilleure solution. L´article révèle la tension et l´inquiétude croissantes des Etats du Golfe face au programme nucléaire iranien, évoquant notamment la proximité de la centrale de Buchehr de leurs capitales.

"L´annonce de Téhéran [du 13 août 2010], confirmée par la Russie, selon laquelle une centrale nucléaire iranienne sera inaugurée ce mois-ci à Buchehr, sur la côte du Golfe arabe, qu´elle sera équipée de combustible et fonctionnera comme une installation nucléaire, indique que la région entre désormais dans une nouvelle phase.

En prenant ces mesures, Téhéran ignore tous les conseils, mises en garde et demandes d´interruption de son programme nucléaire, ou au moins de sa poursuite dans le cadre d´inspections en bonne et due forme et au grand jour - inspections visant à garantir qu´il est dépourvu d´objectif militaire. Si Téhéran s´entête à agir sans l´assentiment de la communauté internationale, elle suscitera la gêne et la suspicion de tous ceux qui ont défendu son droit à l´énergie nucléaire à des fins pacifiques.

Plus important : en agissant de la sorte, Téhéran passe à la vitesse supérieure dans le conflit qui l´oppose à la communauté internationale, et certains vont pouvoir se dire que l´option militaire est la meilleure solution. [Repousser l´option militaire] pourrait éliminer la possibilité d´y recourir – si Téhéran réussit à produire une bombe nucléaire par elle-même.

Le plus inquiétant est le fait que la centrale de Buchehr est plus proche de plusieurs capitales du Golfe que de la capitale iranienne elle-même, et qu´elle se trouve à proximité des voies d´acheminement du pétrole qui traversent le golfe Arabique – représentant un grand danger pour les pays voisins, aussi bien dans l´éventualité d´une attaque que d´une fuite radioactive. En outre, [la centrale de Buchehr] pourrait devenir le lieu de développement d´armes nucléaires susceptibles d´être utilisées pour imposer la volonté de Téhéran ou exercer des pressions sur la région. Ce sont des soupçons que l´Iran n´a pas réussi à écarter à ce jour.

Si Téhéran s´intéresse au succès de son programme nucléaire à des fins pacifiques, et souhaite accomplir des progrès afin s´assurer la prospérité de son peuple, elle doit maximaliser sa coopération avec l´AIEA. L´AIEA, de son côté, doit faire preuve d´un peu de souplesse vis-à-vis de Téhéran, puisque… équiper sa centrale de combustible nucléaire est le point de non-retour. Quand cela arrivera, la centrale de Buchehr deviendra une installation d´énergie nucléaire.

Toutes les parties doivent faire preuve de bon sens face à la nouvelle situation, et s´assurer que l´inauguration de Buchehr n´est pas le début de perturbations et de  secousses régionales."

(1) Al-Madina (Arabie saoudite), 15 août 2010 (Memri Europe, Dépêche spéciale n° 3174)

 

 

● LE VISAGE DE LA PEINE DE MORT EN IRAN

Chaque année, l’Iran figure parmi les premiers pays-bourreaux du monde. Depuis la présidentielle controversée du 12 juin 2009, les exécutions ont augmenté de façon alarmante, touchant notamment les opposants politiques.

Plus de 120 personnes ont déjà été exécutées cette année. Actuellement, plus de 15 prisonniers politiquesde la minorité kurde ont été condamnés à mortet risquent d’être exécutés à tout moment. L’exécution de la militante politique Zeinab Jalalianpourrait être imminente.

À l’invitation de l’association française Ensemble contre la peine de mort (ECPM), M. Saba Nasri, ancien prison nier politique, a témoigné pou r la première fois devant la presse des conditions de vie des condamnés à mort en Iran.

TÉMOIGNAGE

M. Saba Nasri était étudiant en Sciences Politiques à l’Université de Téhéran quand il a été arrêté à la suite d’un rassemblement d’étudiants. Saba Nasri a été prisonnier politique pendant 18 mois. D’abord emprisonné à Sanandadj au Kurdistan, il a été transféré à la prison d’Evin à Téhéran où, pendant 7 mois, il a partagé la même cellule que Farzad Kamangar et Farhad Vakili, deux des cinq prisonniers politiques exécutés le 9 mai 2010.

Contact :  Desislava RAOUL, Responsable communication media, Press & communication officer - Ensemble contre la peine de mort (ECPM), 3 rue Paul Vaillant Couturier 92320 Chatillon- Tel : +33 1 80 87 70 55, Port : +33 6 13 26 29 12, Fax : +33 1 57 63 89 25, draoul@abolition.fr, www.abolition.fr

France: les parlementaires soutiennent la "résistance" iranienne

Une majorité de députés français a signé un "appel de soutien au soulèvement populaire en Iran", qui prend fait et cause pour la "résistance" dans laquelle l'Organisation des Moudjahidine du peuple (OMPI) est "déterminante", a déclaré mercredi à l'AFP un député.

"Au moins 320 députés" sur 577 à l'Assemblée nationale "ont signé un appel de soutien au soulèvement du peuple iranien", a déclaré Jean-Pierre Brard, député apparenté communiste et membre du Comité parlementaire pour un Iran laïque et démocratique.

Ce texte "est un soutien à la résistance et très clairement nous savons que dans cette résistance, l'OMPI joue un rôle déterminant", a-t-il ajouté.

Les Moudjahidine du peuple sont la principale composante du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), qui regroupe l'opposition en exil au régime de Téhéran.

Selon le député français, le comité, qui rassemble des membres de la gauche comme de la droite, "travaille très clairement avec l'OMPI" qui lui a proposé le texte, lequel a ensuite été amendé avant d'être signé par "la majorité de chaque groupe" présent à l'Assemblée nationale.

Ce texte "est un soutien à la bataille menée, sur la base de l'objectif d'un Iran démocratique et laïque. Nous ne sommes au service de personne", a-t-il ajouté.

Fondés en 1965 avec pour objectif de renverser le régime du Chah, puis le régime islamiste, les Moudjahidine ont été chassés d'Iran dans les années 1980. Considérés comme une organisation terroriste, ils ont été retirés de la liste de l'Union européenne en 2009, mais restent sur celle des Etats-Unis.

Les parlementaires, qui ont sollicité un rendez-vous avec le président Nicolas Sarkozy pour lui remettre les signatures réclament dans leur appel "le soutien total" de l'UE aux "protestations populaires", ainsi que l'aide des Nations unies aux opposants iraniens exilés en Irak, à Achraf, et leur protection par les Etats-Unis.

Situé à 80 km de la frontière iranienne, le camp, construit dans les années 1980 et qui abrite 3.500 résidents, avait été alloué par Saddam Hussein aux Moudjahidine pour les amener à combattre avec lui le régime iranien. Ces opposants ont été désarmés en 2003 par les forces américaines qui avaient pris le contrôle du camp avec la chute du régime de Saddam Hussein.

Le camp est désormais placé sous le contrôle des forces de sécurité irakiennes, dont les responsables entretiennent de très bonnes relations avec le régime iranien.

Plusieurs dizaines de milliers de personnes s'étaient réunies en région parisienne le 26 juin pour le rassemblement annuel du CNRI, en présence notamment de l'ex-ambassadeur américain à l'ONU, John Bolton et de l'ancien Premier ministre espagnol Jose Maria Aznar.

 

 

 

L’ONU durcit le ton envers l’Iran des mollahs

 

Le Conseil de sécurité de l’ONU  adopté le 9 juin dernier sa 7e résolution S/2010/283 sur le projet nucléaire de la dictature religieuse en Iran, ainsi qu’un quatrième train de sanctions. L’adoption de ces sanctions après plus de deux ans de vaines discussions montre une fois de plus que les négociations n’ont servi qu’à permettre au régime de gagner du temps pour poursuivre son projet atomique. Ces deux dernières années une multitude de concessions, notamment des négociations sans pré-conditions ou la livraison d’uranium enrichi à 20% au régime ou encore ignorer l’enrichissement par le régime, ont échoué. Le régime des mollahs a tout tenté ces derniers mois pour empêcher l’adoption de cette résolution et n’a hésité à jouer de la menace ou de la séduction dans ce domaine. Le dernier exemple remonte à la mise en scène trompeuse avec la Russie et le Brésil qui a capoté.

 

La communauté internationale a pris conscience du fait que le régime a violé l’ensemble des règles et conventions internationales et que ses efforts pour se doter la bombe atomique mettent en danger la sécurité et la paix dans la région et dans le monde. Comme l’a souligné à maintes reprises la Résistance iranienne, les mollahs considèrent toute négociation et concession comme une faiblesse de la communauté internationale et se sentent encouragés à poursuivre leur projet nucléaire. Les mollahs voient dans la bombe atomique et la mainmise sur l’Irak les deux piliers nécessaires au maintien de leur régime et ne sont pas prêt à y renoncer, surtout en pleine montée du rejet dont il fait l’objet dans la population et l’intensification de ses divisions internes. La solution définitive pour se débarrasser du cauchemar des intégristes et des terroristes armés de la bombe atomique, est un changement démocratique en Iran.

 

C’est pourquoi la seule manière d’agir avec ce régime est de faire preuve de fermeté dans tous les domaines. Une politique qui d’un côté applique des sanctions généralisées en pétrole et en armes, technologiques et diplomatiques, et qui d’un autre côté reconnaît le droit du peuple iranien à résister au fascisme religieux, et lève les restrictions imposées à la Résistance. Outre la confirmation des sanctions adoptées précédemment, la résolution interdit l’exportation d’armements lourds en Iran, comme des avions militaires, des chars, des canons et des missiles. Elle interdit au régime de travailler sur des missiles balistiques et ajoute sur la liste noire des autorités du régime, des commandants du corps des pasdaran, des sociétés et des entités affiliées au régime.

 

La résolution demande à tous les pays d’inspecter toutes les cargaisons en provenance ou à destination de l’Iran sur leur territoire, notamment dans les ports et les aéroports. Elle demande aussi aux pays de coopérer à ces inspections. La résolution souligne que les sanctions seront suspendues seulement lorsque le régime iranien arrêtera totalement l’enrichissement d’uranium et les activités qui y sont reliées. De plus, si au bout de 90 jours il persiste dans ses activités, le Conseil de sécurité examinera d’autres mesures.

 

L’exécution de 14 prisonniers le 7 juin affiche la sauvagerie et la cruauté sans limite du régime des mollahs et son impuissance à contrôler les protestations du peuple iranien autrement que par la terreur. 13 détenus ont été pendus collectivement à la prison de Ghezel-Hessar à Karadj (en banlieue téhéranaise). Les noms de quelques uns des suppliciés de Ghezel-Hessar ont été communiqués. Il s’agit d’Ahmad Chah-Bakhch, Abdol-Hossein Soltan-Abadi, Massoud, Amir K., Kazem Tachtaki, Mohammad Azarfam, Nader Azarnouch, Sandjar Toutazahi, Baghi Amini, Mohammad Moradi. Ces pendaisons se sont déroulées sans la présence de leurs avocats. Le même jour, un autre prisonnier a été exécuté dans la prison centrale d’Isfahan.

 

 

 

● Iran, film des manifestations du 12 juin, un an après les premières protestations

 

La volonté de résistance n’a pas diminué. Des manifestations et affrontements importants ont eu lieu à Téhéran, Machad et Isfahan

 

A Téhéran

A 17 h 15 locales à Téhéran au carrefour Felestine-Enghelab un affrontement oppose les manifestants qui crient : « Mort au dictateur », « Honte à toi Khameneï! Lâche mon pays! » aux forces de répression composées de Bassidj, des forces de sécurité et des Lebass Chakhsi (pasdarans déguisés en civil).

A 19 h à Téhéran, dans la rue Mollah-Sadr, les gens ont affronté les forces anti émeutes aux cris de « Mort à Khamenei », et les ont fait battre en retraite. Au carrefour Palestine-Enghelab, des centaines de personnes se sont battues contre les miliciens du Bassidj et les agents en civil aux cris de « Mort au dictateur » et « Honte à toi Khamenei, quitte notre pays ». Les agents ont chargé les jeunes rassemblés sur la place Towhid, ce qui a tourné à des affrontements. Toujours à 19 h place Ferdossi la population réussi à empêcher l'arrestation d'une femme. Les manifestants scandent  "bassidji va au diable", "A bas Khameneï".

Un affrontement a lieu également sur la place Tohid entre les manifestants et les forces de sécurité.  

A 19h15 devant l'université de Téhéran une foule dense cri "Honte à toi Khameneï, lâche l'Iran". 

A 19 h 50 h toujours à Téhéran : Un rassemblement s’est formé sur l'avenue Azadi au carrefour Djeyhoune et Shadmehr - Sur l'avenue Vali Asr la population a attaqué les véhicules des forces de sécurités. Des casques et des boucliers des forces de répression qui ont du battre en retraite, sont tombés aux mains des manifestants.

Autres villes

 A Machad, sur la place Chohada, les gens se sont battus avec des agents qui voulaient arrêter une femme et les en ont empêchés. Des jeunes téméraires lançaient « Mort à Khamenei » et « Mort au dictateur » alors que des essaims d’agents chargeaient la foule à coups de matraques et de bâtons pour la disperser et créer un climat de peur. Ces assauts ont fait quelques blessés. Sur la place Tabaressi de Machad, la foule s’est mise à manifester aux cris de «Il faut déraciner l’oppression, mort aux oppresseurs ». Les forces de sécurité de l’Etat sont venues en aide aux agents en civil qui s’avéraient incapables de contrôler les manifestants et ont déclenché des affrontements.  

A Isfahan, la foule manifestait aux cris de « Mort au dictateur » sur la place Enghelab en marchant vers Darvazeh-Dolat. A Chiraz également, les étudiants ont protesté aux cris de « Mort au dictateur ».

Dernières nouvelles de la journée :

 A Téhéran à 20h, Place Ferdossi les forces de l'ordre ont fuit  devant la foule. Deux pasdarans sont tombés aux mains de la population et ont été molestés. Depuis la place de Ferdossi jusqu'à 300 m de la place Enghelab et de la place Ferdossi à la place Imam Hossein les bacs de poubelles étaient en feu. Avenue Navab une nouvelle manifestation était en train de se former.  Pendant ce temps, les forces de sécurité et les bassidj tabassaient les étudiants de l'université de Téhéran à coups de bâtons et de matraques.  

A 20 h 30, avenue Taleghani les forces de répressions lançaient des gaz lacrymogènes de sorte que l'atmosphère est pleine de fumées.  

A 21 h, Place Ferdossi les forces de répression chargeaient la foule refoulant les manifestants.

Pour plus d’information : Afchine Alavi cell : 06 71 30 46 37 Secrétariat du Conseil national de la Résistance iranienne – plus d’info sur : http://www.ncr-iran.org/fr/index.php ; image de l’université Charif : http://www.youtube.com/watch?v=GORUPd1KpfA

  

 

 

Une Interview du Prince héritier d’Iran, Reza Cyrus Pahlevi, par notre collaborateur Hossein Yazdi

(Le fils du dernier empereur d’Iran, le Shah Reza Pahlevi, qui mourut en 1980, et de l’impératrice Farah Diba, 71 ans, vit aujourd’hui à Washington. Ses parents aveint dû quitter leur pays avec leurs enfants en 1979 quand Khomeiny s’empara du pouvoir)

Hossein Yazdi. Etes-vous en contact avec votre pays ? Etes-vous en contact avec Téhéran en temps réel malgré la différence de fuseaux horaires avec Washington ?

Reza Cyrus Pahlevi. La technologie moderne facilite les communications. Les contacts passent la plupart du temps par Internet parce que les communications téléphoniques (grâce à Siemens et Nokia) peuvent être mises sur écoutes. Je me rappelle toute la technique qu’il fallait déployer il y a trente ans pour réaliser une connexion entre Le Caire et Téhéran ! C’était quand la guerre à l’Irak avait éclaté et que je me suis porté volontaire pour être pilote dans la défense de ma patrie. (1) Nous nous servions d’un vieux téléfax. Khomeiny avait gagné sa révolution avec des cassettes audio, son régime disparaîtra grâce à Internet et au téléphone portable.

Croyez-vous que le mouvement protestataire parviendra à faire tomber cette dictature armée jusqu’aux dents et prête à tout pour se maintenir ?

C’est comme dans les compétitions sportives, il faut vouloir gagner. La confiance en soi est un facteur décisif. La solidarité du monde libre avec le mouvement protestataire est également très importante. C’set ce soutien qui lui donne sa force. Il y a trente ans, les gens ne savaient pas pourquoi ils soutenaient Khomeiny. Ils n’avaient même pas lu ses écrits. Mais aujourd’hui, les gens savent ce qu’ils veulent. C'est important aussi que ce mouvement protestataire reste non violent.

La monarchie pourrait-elle revenir au pouvoir ?

Je crois à la monarchie dans mon pays. Elle est enracinée en Iran depuis des millénaires, c’est une tradition et elle assure la cohésion du pays. S’il l’on m’offrait un jour un poste de président de la République, je le refuserais. Il me faudrait alors représenter les intérêts de partis divers, mais je veux être présent pour tous les Iraniens. Le point le plus important qui fait aujourd’hui l’unité des différents courants politiques est la séparation de l’Etat et de la religion. Beaucoup d’ecclésiastiques avec lesquels j’ai parlé sont également en faveur de cela.

Ahmadinedjad est-il vraiment fou comme l’affirment certains journaux étrangers?

Pas du tout. So objectif est de remplacer peut à peu le régime des mollahs par une dictature militaire. De la même manière qu’en Syrie ou en Libye. Ce n’est qu’ainsi qu’il pourra sauver son régime.

Croyez-vous vraiment que l’Iran construise la bombe nucléaire ?

Oui, c’est ce qu’il fait. Pourquoi, sinon, se livrerait-il à ce jeu du chat et de la souris avec le monde et risquerait-il une intervention militaire ? Pourquoi ne rend-il pas son programme nucléaire transparent ? Il pourrait ouvrir ses portes au monde pour prouver le contraire.

Et comment pourrait-on l’empêcher d’acquérir l’arme nucléaire ?

Le monde libre doit faire preuve du même esprit de décision qu’à l’époque de la guerre froide ou que dans la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud. Vous vous souvenez sans doute des mots de Reagan à Berlin : « Monsieur Gorbatchev, détruisez ce mur ! ». Il faut que l’atome cesse d’être au cœur de la politique iranienne. Nos compatriotes ont vraiment d’autres soucis. Les sanctions économiques sont peu efficaces. Le régime ne peut être renversé que par la force du peuple iranien. La pression intérieure est pour le régime le principal danger. Des grèves générales par exemple qui seraient soutenues par l’étranger. Cela coûterait moins cher que des sanctions économiques ou qu’une intervention militaire. Cette dernière serait une catastrophe pour la région et aussi pour l’Europe. Le prix du pétrole atteindrait des hauteurs incalculables.

(1)   Le prince Reza Cyrus Pahlevi a accompli une formation de pilote de chasse aux Etats-Unis. 

 

● Haro sur l'euro ! Haro sur l'Europe ! 

A la faveur de la crise, les eurosceptiques et les souverainistes sortent de leurs trous. En sonnant la fin de l’euro, ces professeurs à courtes vues, ces retraités aigris et passéistes sans descendance, ces nationalistes attardés, espèrent aggraver la crise de confiance dans la monnaie commune. Qui sait, peut-être les gens retireront-ils leur avoirs en euros et la monnaie de Francfort s’effondrera ? Alors nous aurons à nouveau l’Europe des guerres et des conflits, l’Europe des frontières et des égoïsmes, l’Europe croupion qui s’entredéchire et se suicide, retour plus tard à l’Europe d’Hitler et de Napoléon, l’Europe de Staline et de Robespierre. Les autres continents regarderont en applaudissant ce spectacle grotesque.

Evidemment, on ne doit pas s’étonner qu’ils aient flairé l’odeur de la mort si l’on tient compte d’un endettement européen moyen passé de 78,7% du PIB en 2009, à 84,7% en 2010 et à 88,5% prévus en 2011 ; de déficits budgétaires moyens s’établissant dans Euroland  à 6,3% du PIB en 2009, à 6,6 % en 2010 et encore à 6, 1% en 2011 ; d’un taux de chômage de 9, 4% en 2009, de 10,3% en 2010 et probablement de 10,4% en 2011 ; et pour clore ce navrant tableau d’une croissance européenne moyenne de - 4,1% en 2009 (donc d’une « décroissance »), de + 0,9% en 2010 et qui ne montera qu’à + 1,5% en 2011.  A quoi s’ajoute un endettement public qui culmine à 78,7% dans la zone Euro, c'est-à-dire qu'un petit européen qui nait aujourd'hui doit déjà 21 585 euro, alors que le Traité de Maastricht instituant l’euro avait cru pouvoir limiter cette dette pour tous les Etats membres à 60% du PIB, et encore, pour les plus dépensiers qu’il convenait de rappeler à l’ordre. Quand un être, un système est à l’agonie, cela attire toujours les créatures des bas-fonds. La sarabande des démons a commencé. Se font entendre des gens qu’on n’aurait jamais auparavant pris au sérieux.

S’ajoutent aux eurosceptiques chez nous en France les xénophobes qui dénoncent les succès commerciaux de l’Allemagne et voient ce pays se détacher de la Zone euro pour se tourner (pourquoi pas ? on n’en est pas à une sottise près) vers la Russie. Ils oublient tout simplement que l’Allemagne réalise les deux tiers de son commerce extérieur et amasse les deux tiers de ses excédents commerciaux dans l’Union Européenne. C’est vrai que ce déséquilibre doit être corrigé, certes. Mais il faut surtout affirmer haut et fort, et on ne le dit pas assez, que l’euro, c’est incontestable, nous a protégés d’une crise qui aurait pu être beaucoup plus grave pour l’Europe. La monnaie unique a empêché les dévaluations concurrentielles du franc, de la lire, de la peseta contre le deutschemark et le florin que l’on avait connues autrefois et auxquelles Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt avaient commencé à imposer des limites en créant à la fin des années 1980 le « serpent monétaire », préfiguration d’Euroland. Le chaos que cela aurait engendré sur les marchés européens aurait fini par bloquer nos échanges commerciaux et aurait tué le peu de croissance que nous voyons revenir.

L’euro, maintenant, se déprécie de lui-même. En Avril-mai 2010, il a perdu du terrain  par rapport au dollar sur les marchés, descendant à 1, 21 dollar fin mai après avoir approché 1,60 par temps serein. « Les attaques contre l’euro… » ont fait les titres de la presse quotidienne au début du mois de mai 2010, et c’est vrai qu’il y avait de quoi s’inquiéter. Peut-être même le taux de risque sur la monnaie est-il plus élevé que veulent bien nous le dire les gouvernants, encore qu’il soit bien difficile de nos jours de cacher quelque chose aux médias et aux analystes. En France, le Premier ministre François Fillon y est allé de son couplet rassurant. Mme Merkel a dit qu’elle avait sauvé l’argent des épargnants. D’aucuns se demandent pourtant si l’euro gardera à la longue sa valeur. Pour le Français moyen, épargnant le plus zélé d’Europe, il y a lieu de s’inquiéter. Il ne sait pas s’il doit se défaire de son assurance vie, de son livret A et se lancer dans la « ruée vers l’or » ou vers la pierre. Les personnes âgées qui ont des revenus avérés et bien cadrés de leur épargne ne suivront pas ce mouvement. Quant aux jeunes, ils n’ont pas encore assez épargné, d’autant que la crise de l’emploi ne facilite pas les économies. Naturellement, les instituts de crédit seraient les premières  victimes d’une panique à l’inflation. Il est par conséquent important que l’euro tienne bon afin qu’on n’ait pas cette autre réaction en chaîne des Krachs bancaires qu’on avait connue en 1929.

Evidemment la presse à grand tirage ne fait rien pour soutenir l’euro. L’occasion est trop belle de faire peur à bon marché. Le jour de la réunion des chefs d’Etat et de gouvernement d’Euroland à Bruxelles, le 8 mai 2010, la « Bild »-Zeitung semblait avoir choisi les pires citations de ces Messieurs-Dames qui nous gouvernent.

Jean-Dominique Giuliani, directeur de la Fondation Robert-Schuman, écrivait début mai 2010 : « La gravité de la situation ne doit pas être sous-estimée. Les marchés financiers n'ont plus confiance dans la capacité de certains Etats européens à rembourser leurs dettes. La crise financière actuelle est d'abord une crise de l'endettement public. (…) La cause principale en est l'addiction à la dépense publique dont font preuve les sociétés européennes qui y consacrent plus de la moitié de leur richesse ».

Et de poursuivre : « Avant de s'interroger légitimement sur les moyens que l'Union européenne peut et doit mettre en œuvre dans de telles circonstances, il faut s'entendre pour briser le cercle infernal de la dépense. Elle tue la créativité, elle affaiblit l'économie et agit in fine comme une drogue dont les Européens, qui ne sont pas les seuls, usent et abusent. On connait l'issue: l'appauvrissement général, d'abord celui des plus démunis, et le chômage ». « Ils sont bien loin les débats académiques sur le contenu du Pacte de stabilité qui était soi-disant trop contraignant, conclut notre confrère. On peut comprendre les déficits temporaires pour contrer une crise, on ne doit pas laisser exploser la dette publique ». Le bilan : « Aujourd'hui affranchis de leur propre discipline, les Etats européens affrontent le grand vent de la défiance des marchés, voire de la spéculation. La cigale doit se muer en fourmi, si tant est qu'elle en soit capable ».

 Nos gouvernants se battent comme des beaux diables contre la dépréciation de l’euro que d’autres, industriels, prestataires de services, ne trouvent pourtant pas mauvaise : « Le vrai danger n’est pas un euro faible, mais un euro trop fort », disait ces jours-ci un économiste.  L’euro avait démarré d’ailleurs à 0,80 dollar. Il y a donc encore de la marge bien que le dollar de 2010 ne soit plus celui de 1999. Si l’euro chute à 0,50 ou 0,30 dollar, alors il y aura vraiment lieu de s’inquiéter. En des circonstances normales, la baisse de l’euro devrait relancer nos exportations à tous, et pas seulement les exportations allemandes, comme l’affirment des esprits mal intentionnés. Mais les circonstances sont-elles normales alors que tout se passe en Chine et en Inde notamment comme si la crise n’avait pas eu lieu ? Et que ces pays continuent à inonder le globe de leurs produits et de leurs capitaux ?

Ils travaillent à bas coûts et à bas salaires, produisent bien et beaucoup. La Chine bénéficie en outre d’un régime politique administratif dictatorial. Elle répond avec les fusils et les exécutions capitales aux revendications populaires alors qu’il faut chez nous composer avec des syndicats qui ne veulent rien lâcher, en France surtout. La Chine peut dévaluer sa monnaie à sa guise. Certes, pour l’essentiel, les produits chinois ne valent pas les produits allemands ni même français, mais peu importe : si un produit ne marche pas, elle en fait un autre. De la pacotille à la high-tech, elle peut tout produire. Peu lui importer de se faire épingler, elle vit de sa démesure. Affirmer que les exportations allemandes sont aussi agressives que celles de la Chine, est tout simplement un mensonge. En même temps, nos exportations bénéficient de la croissance et de la demande des pays dits émergents et c’est donc impossible de fermer les frontières. Nous ne pouvons plus vivre en autarcie.

S’ajoute que la France, tout particulièrement, s’est désindustrialisée. On a envoyé beaucoup de travailleurs et de cadres compétents, en Allemagne comme en France, prématurément à la retraite. Et les « éducationnistes » (on ne peut plus parler d’éducateurs) issus des idéologies soixante-huitardes, les nouvelles mœurs scolaires excluant la discipline et l’apprentissage du savoir, la carte scolaire et autres billevesées ont tellement fait baisser le niveau que 20% de nos jeunes au moins sont sans diplôme ni formation, ne savent pas correctement lire, écrire et compter. Un sous-prolétariat est en train de se créer qui ne pourra plus vivre que de subsides publics, c'est-à-dire de mendicité, ne trouvera pas de travail, ce qui mettra les jeunes sur le pavé pour pratiquer la guerre des rues. Il faudra beaucoup de policiers (e bientôt des militaires) pour contenir leurs assauts et beaucoup de travailleurs sociaux et médicaux pour soigner toute cette misère. Quelques privilégiés instruits et nantis, retranchés dans des quartiers protégés, comme sur d’autres continents, vivront de leurs revenus gagnés dans un contexte international.  Peut-être finiront-ils par émigrer au Canada ou en Australie afin de gagner un répit.

Cette crise ne préfigure-t-elle pas la tiers-mondisation de l’Europe ? N’est-elle pas apparue au grand jour cette décadence déjà latente avec cette soudaine crise que personne n’avait su ni voulu prévoir ? Nous assistons à une accélération de l’histoire. Nicolas Sarkozy a beau dire à des étudiants américains que le dollar n’est plus la monnaie pilote du monde, reste que les Américains ont des porte-avions, des missiles nucléaires, une masse économique moderne énorme, même après la crise, et un gouvernement unitaire. Avec l’élection de Barack Obama, l’Europe est passée au second rang. Ce recul s’annonçait déjà sous George Bush, mais lui et ses collaborateurs étaient issus en général de familles européennes. Né à Hawaï et de culture afro-américaine, Obama parle directement à la Chine et à l’Inde sans se soucier des Européens. On l’a bien vu à la conférence de Copenhague sur l’environnement de décembre 2009 qui, comme l’on dit, a échoué.

En réalité, à cette conférence, ce sont les Européens qui ont échoué. Ils n’ont pu imposer à la planète leur messianisme écologique, leur objectif de réduction du CO2 dont on commence d’ailleurs à douter, même en Europe occidentale au fur et à mesure que se profile dans l’hémisphère nord une petite glaciation plutôt qu’un réchauffement. Les leaders de l’Union Européenne ont mis un entêtement suspect à promouvoir leur objectif et n’ont pas compris se qui se tramait autour des Chinois. Les Chinois ont pratiqué à cette conférence une stratégie assez classique de lutte de classes au niveau international. Alors que Sarkozy, Merkel, Gordon Brown croyaient parler écologie, ils mettaient, eux, l’Europe en accusation devant le tiers-monde, se refusant de surcroit à accepter le moindre objectif chiffré et pratiquant une obstruction systématique. S’ajoute la faiblesse idéologique de l’Allemagne hostile au nucléaire. L’Allemagne va vivre entre le biogaz et l’éolien qui requièrent des coûts énormes et encombrent les paysages. Quand elle ne sera pas à la merci des livraisons russes.

 Ne serons-nous pas demain avec nos « cités » qui abritent un sous-prolétariat immigré auquel nous n’avons plus rien à offrir, ce qu’étaient hier l’Inde et la Chine ? Un ami allemand me racontait comment les Américains avaient quitté en 1994 une grande caserne dans sa ville de Würzburg. Immédiatement, les pouvoirs locaux en avaient fait un asile pour immigrés. S’ajoute la lourdeur de nos systèmes sociaux et politiques. En France malgré les coupes du gouvernement dans la fonction publique, la jungle de services et de directives est si compliquée que la France s’y ruine et s’y paralyse. En Allemagne, la Grande coalition de 2005 à 2009 a manqué l’occasion d’alléger un fédéralisme qui produit pour seize parlements régionaux des milliers de députés avec leurs assistants, quelques 150 ministères superflus avec leurs administrations pléthoriques. De plus, la population européenne est en forte régression par rapport au reste du monde. Elle ne reste à peu près équilibrée par rapport à elle-même qu’en France, mais avec un fort apport de naissances des milieux issus de l’immigration qui veulent de moins en moins s’intégrer voyant que le jeu n’en vaut plus la chandelle car l’Europe est en train de couler.  (JPP)

 

 

● Les Russes ont du mal à se mettre au diapason

Preuve de calme et de maturité, la Bourse russe n’avait pas réagi aux attentats du métro de Moscou survenus le 28 mars et qui avaient fait 39 morts. (1) Le lundi suivant le drame, alors que 71 victimes étaient encore dans les hôpitaux en soins intensifs et qu’on avait décrété le deuil public, les valeurs russes grimpaient de 0,69%. L’indice des valeurs russes RTS montait de 2% le jeudi suivant 1er avril. La flambée du prix du pétrole semblait plus importante aux investisseurs russes que les attentats tchétchènes. Ce n’était pas la première fois que la Bourse de Moscou restait insensible à un drame politique, à la différence de ce qui s’était passé aux Etats-Unis après le 11 septembre, et à Londres après des attentats comparables.

En revanche, cet attentat semble avoir contribué à accentuer un retournement en faveur d’une plus importante coopération de la Russie avec l’Ouest dans le domaine de la Sécurité. L’un des premiers à le comprendre avait Nicolas Sarkozy, négociateur du cessez le feu en Géorgie. Preuve de confiance, le président français qui travaille étroitement avec son homologue américain a évoqué des impératifs stratégiques, économiques et financiers pour vendre à la Russie un porte-hélicoptères Mistral, un des fleurons de la marine nationale, le plus gros navire de guerre français après le Charles-de-Gaulle (200 mètres de long, 32 de large). Surnommé «le couteau suisse» pour ses qualités de polyvalence, le Mistral peut transporter une quinzaine d'hélicoptères, treize chars Leclerc ou un petit millier d'hommes. Il est aussi doté d'une capacité de commandement et d'un hôpital de 70 lits. Le marché n’était pas anodin et il avait surpris. On le comprend mieux à présent.

coeur-D’autant que le nouveau traité de désarmement nucléaire Start destiné à remplacer son ancêtre Start I, expiré en décembre dernier, que Barack Obama et Dmitri Medvedev ont signé en grande pompe le 8 avril  au château de Prague, marque une relance des relations russo-américaines. Les Etats-Unis et la Russie ont convenu d'abaisser à respectivement 1 500/1 675 le nombre des têtes nucléaires et à 500 et 1 100 le nombre des vecteurs nucléaires (missiles intercontinentaux, embarqués à bord de sous-marins et bombardiers stratégiques) de chacun des deux pays. On sait que la Russie a autorisé l'utilisation de son espace aérien pour le transit de soldats et de matériel militaire américain à destination de l'Afghanistan, un accord significatif politiquement pour Barack Obama qui a fait de la guerre en Afghanistan l'une de ses grandes priorités internationales.  Pour la Maison Blanche la Russie est un membre précieux de la coalition internationale soutenant l'effort en Afghanistan. S’ajoute l’accord passé à Paris récemment avec le chef des services secrets russes pour lutter contre la culture du pavot en Afghanistan et les réseaux de la drogue en Russie et en Europe.

Enfin, last but not least, après que le président Obama ait annulé le projet hérité de Georges W. Bush d’implantation de missiles anti-missiles balistiques en Pologne et en Tchéquie, à la grande satisfaction du Kremlin, il semble que l’hémisphère Nord, de San Francisco à Vladivostok, en passant par l’Europe, envisage à présent la création en commun d’un réseau antimissiles, pour parer notamment au danger de bombe islamique qui ne menace pas moins la Russie que l’Europe et les Etats-Unis. Les Russes seraient donc associés à cet important projet qui pourrait contrer la prolifération nucléaire. Tout au moins des rumeurs font état de réflexions en ce sens. De même la réflexion engagée par le président américain pour pallier le danger de la mainmise de terroristes sur des stocks nucléaires en vue de fabriquer une « bombe sale ».

Cela dit, derrière la reprise de la conversation russo-américaine sur le nucléaire, le dialogue Washington-Moscou reste difficile.  Un an après son plaidoyer de Prague en faveur d'un monde sans armes nucléaires, et après sa renonciation au premier usage de l’arme atomique, Obama voit en Start le moyen de convaincre la communauté internationale du sérieux du leadership américain et russe en matière de désarmement nucléaire. Pour lui, les deux pays, qui détiennent à eux seuls 90% des arsenaux atomiques, ne seront crédibles que s'ils s'attaquent à leurs propres stocks d'armes. En mettant en avant les défis de la prolifération et du terrorisme nucléaire, nous laissons derrière nous «la mentalité de la guerre froide», a écrit le vice-président Joe Biden dans le « Los Angeles Times». 

Seulement la Russie n'est pas vraiment en phase avec ces nouvelles priorités. Pour les Russes, Start est avant tout un traité symbolique qui rétablit la parité entre les deux anciens Grands et permet à une Russie affaiblie de recouvrer un peu de son statut de superpuissance. Mais le nouveau traité ne suscite pas l'enthousiasme de l'establishment moscovite. Avec l'affaiblissement drastique du potentiel conventionnel de l'ex-Armée rouge, l'arme nucléaire est plus que jamais perçue à Moscou comme un «égalisateur» de puissance, qui permet à la Russie de maintenir son statut. «C'est d'autant plus important aujourd'hui, avec la crise économique et l'affaiblissement du rôle du gaz et du pétrole dans notre diplomatie», souligne le politologue russe Alexeï Arbatov.

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(1) Les services secrets russes ont été moins objectifs en attribuant prématurément ces attentats à la Géorgie, non sans rappeler que le président géorgien avait provoqué la guerre russo-géorgienne de 2008, alors qu’il s’agissait manifestement d’une agression russe. C’était un peu sommaire comme analyse, la méthode des « veuves  noires » qui se font exploser étant d’origine musulmane tchétchène et non pas chrétienne géorgienne. On voit là que les Russes n’ont pas abandonné leurs visées sur la Géorgie, l’accord de cessez-le-feu étant d’ailleurs régulièrement violé par Moscou

 

● La poudrière iranienne

par Hossein Yazdi

Les interminables bisbilles de l’Ouest contre le programme nucléaire iranien provoquent à la longue presque de l’ennui. Les Mollahs ont réussi non sans astuce à mener l’Agence Internationale à l’Energie Atomique (IEA) des années durant par le bout du nez. Mais à présent, quelque chose d’inattendu s’est produit : l’Iran est en plein bouillonnement, avec une issue incertaine.

Depuis la victoire électorale douteuse du président Mahmoud Ahmadinedjad l’été dernier, la jeunesse s’est révoltée et ce sont presque les trois quart de la population. 60% des Iraniens ont moins de trente ans, tendance croissante.

Menés par les deux candidats battus dans la course à la présidence, Mir Moussavi et Karroubi, ils ont fondé le « mouvement vert », la couleur de l’Islam, impossible d’interdire ça. Mais le régime s’est très vite rendu compte de la dangerosité de ce mouvement et s’en est pris à l’opposition avec une brutalité sans restrictions.

Depuis des années déjà, il y  avait des protestations isolées, lesquelles avaient été décapitées. Mais le mouvement actuel mobilise tout le peuple. Le courage et l’imagination de ce mouvement font qu’elle ne faiblira pas. C’est un vrai feu de brousse qu’on peut éteindre momentanément à un endroit, mais qui reprend ailleurs.

Les leaders de l’opposition Moussavi et Karroubi qui ne voulaient qu’améliorer la république islamique sont depuis longtemps dépassés. Les masses veulent un autre régime, un système étatique comparable à la démocratie occidentale.

Le chef religieux, l’Ayatollah Khameini, qui est l’homme fort du système, a certainement commis une faute grave en reconnaissant la soi-disant victoire électorale du président Ahmadinedjad et en brocardant le mouvement protestataire comme si c’était un groupe d’émeutiers téléguidés par l’Ouest. Il ne peut plus faire machine arrière. Pour sauver son pouvoir, il doit museler ce mouvement. Coûte que coûte.

Cela peut radicaliser le mouvement protestataire. Le danger de guerre civile n’est pas négligeable. Il y aurait d’un côté la jeunesse protestataire, de l’autre les milices bassiji (une organisation de jeunesse formée par le régime), des éléments des gardiens de la révolution ou des gens qui dépendent financièrement du régime. L’armée et la police sont divisées.

        Une intervention militaire serait concevable comme dernière issue. Pour l’Ouest cela pourrait se faire avec pour but l’interruption du programme d’armement nucléaire iranien. Mais les conséquences seraient catastrophiques. L’Iran pourrait frapper Israël avec l’aide de sa Hezbollah libanaise, déstabiliser l’Irak ou exciter le Hamas palestinien. Pour l’Europe, la conséquence la plus grave serait une interruption de l’approvisionnement en pétrole suite à la fermeture du détroit maritime d’Hormuz. Cela pourrait faire monter le prix du litre d’essence  cinq euros avec des suites économiques incalculables. D’ores et déjà, quand Ahmadinedjad tousse, les popes à essence grimpent de quelques cents.     

L’évolution de la situation en Iran est incertaine, mais quelque chose va se passer. Et même bientôt.   

 

Selon un chroniqueur saoudien –  Des centaines de membres d´Al-Qaïda se trouvent en Iran

Il a dernièrement été révélé que des enfants de Ossama ben Laden se trouvent en Iran depuis 2001, où ils ont été assignés à résidence. Cette découverte a été faite après que la fille de Ben Laden, Iman, eut appelé l´un de ses frères de l´ambassade d´Arabie saoudite à Téhéran, où elle a trouvé refuge après avoir fui ses geôliers. (1) Plus tard, les autorités saoudiennes auraient négocié avec l´Iran pour lui permettre de quitter le pays et de retourner en Arabie saoudite. (2) Dans un article sarcastique, le chroniqueur saoudien Muhammad Al-Milfy écrit que l´incident a révélé au grand jour les liens qui existent entre l´Iran et Al-Qaïda. Ces affirmations ont été confirmées par la chaîne de télévision Fox qui affirme que Ben Laden que l'on cherchait dans les montagnes afghanes vit confortablement en Iran dans une villa ave sa famille. Il y pratiquerait même son "sport" favori, la chasse au faucon. Voici des extraits de cet article, traduits et transmis par l’institut Memri (Moyen Orient)

"Une jeune Saoudienne a révélé au grand jour les relations existant entre Al-Qaïda et l´Iran"

"Une jeune Saoudienne a révélé au grand jour les liens existant entre Al-Qaïda et l´Iran depuis l´attaque militaire des Etats-Unis contre l´Afghanistan en 2001… Le ministre iranien des Affaires étrangères Manouchehr Mottaki a réagi [aux rapports faisant état] de sa présence en Iran lors [d´une conférence de presse] donnée pour le Nouvel an, dans son style jovial bien connu. [Ses paroles] étaient à la fois réjouissantes et attristantes : il s´est déclaré surpris qu´Iman, la fille de Ben Laden, ait fait son apparition à l´ambassade d´Arabie saoudite à Téhéran, affirmant que le gouvernement iranien se savait pas comment elle était entrée dans le pays.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, réputé pour sa cordialité et sa propension  à plaisanter avec ses homologues dans le monde…, a entamé la nouvelle année en accordant aux principaux pays de la communauté internationale un mois pour répondre aux propositions iraniennes [relatives à la question nucléaire], plaçant l´Iran et les superpuissances ´sur un pied d´égalité´. Ce fut là, de toute apparence, sa réponse à la prolongation accordée à son pays [par l´Occident] jusqu´à la fin de l´année dernière [pour résoudre] la crise nucléaire.

Admettons que l´Iran puisse [effectivement] converser avec les plus grands pays du monde sur un pied d´égalité. Cela signifie-t-il que les autorités iraniennes peuvent [aussi] convaincre leurs citoyens de leur capacité à défendre les frontières du pays et assurer sa sécurité en cas de catastrophe ? Une telle catastrophe semble assez imminente, vu qu´une jeune fille a réussi à passer la frontière. Peut-être qu´elle et les 30 membres de sa famille, des enfants pour la plupart, revêtaient des manteaux les rendant invisibles ?…"

"Comment un pays qui demande à participer à la gouvernance mondiale peut-il laisser une jeune fille de dix-sept ans violer sa frontière ?"

"Les excuses sans fondement mises en avant par le régime iranien pour expliquer son refus de laisser la fille de Ben Laden quitter le pays, affirmant qu´elle est entrée illégalement en Iran et doit être interrogée puis conduite au checkpoint de la frontière, sont grotesques. Comment un pays qui demande à participer à la gouvernance mondiale peut-il laisser une jeune fille de dix-sept ans violer sa frontière, surtout en cette époque délicate, où les [forces de sécurité] sont mises en alerte par n´importe quel incident inhabituel, majeur ou mineur ?!"   

"On estime qu´Iman Ben Laden et ses frères et sœurs sont accompagnés de centaines de combattants d´Al-Qaïda, si ce n´est plus"

"Iman Ben Laden et ses frères et sœurs, accompagnés de leurs enfants et conjoints, ne sont pas seuls en Iran. On estime qu´ils sont accompagnés de centaines de combattants d´Al-Qaïda, si ce n´est plus. Le plus grand de ces [combattants] est le Saoudien Salah Al-Qar´awi, qui figure sur la liste des 85 [terroristes] les plus recherchés publiée par les autorités saoudiennes en janvier 2009, et qui a appelé ses proches à partir de plusieurs différents numéros iraniens !... Il y a aussi Suleiman Abou Gheith et Muhammad Makkawi. Le premier, ancien officier des Forces spéciales égyptiennes, est connu à [Al-Qaïda] sous le nom de Sayf Al-Adel [´l´épée de la justice´]. Il est considéré comme le cerveau militaire de l´organisation, planifiant ses opérations depuis l´Iran. Peut-être [travaille-t-il] dans l´immeuble dont l´existence a été révélée par Iman Ben Laden après qu´elle eut trouvé refuge dans l´ambassade d´Arabie saoudite le mois dernier. Elle et son frère se sont trouvés dans une situation extrêmement difficile uniquement à cause des actes de son père, et il se peut que l´Iran et ses délégués profitent de leur séjour pour se servir d´eux comme d´une monnaie d´échange, dans le cadre d´un chantage politique.

[Je crains qu´il n´y ait] pas lieu d´espérer que Téhéran permette à Iman de quitter le pays, ni seule ni avec ses frères, [pour rejoindre] la famille Ben Laden en Arabie saoudite, en Syrie ou au Qatar. Vu ce qu´elle sait de la complexité des liens entre Al-Qaïda et Téhéran, elle ne sera pas autorisée à quitter le territoire si facilement. Il est possible que les services secrets iraniens sabotent les arrangements officiels [conclus sur ce point], car ce sont eux qui gèrent les relations avec Al-Qaïda et d´autres organisations du même type. Ne soyez pas surpris si les Basij placent des milliers de leurs membres devant l´ambassade d´Arabie saoudite à Téhéran, dans ce qui sera présenté au monde comme une [manifestation] civile [spontanée] – et ensuite [la foule] prendra d´assaut l´ambassade et la fille sera enlevée.

L´affaire d´Iman ben Laden révèle au grand jour la profondeur des liens qui existent entre Ben Laden, Ayman Al-Zawahiri et l´Iran. Cette affaire ne requiert pas d´enquête approfondie pour être mise au clair. Les personnes dotées d´intelligence en tireront-elles les conclusions qui s´imposent ?" (3)

Sources :  [1] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 23 décembre 2009. [2] Al-Watan (Arabie saoudite), 27 décembre 2009. [3] Awan (Koweït), 7 janvier 2010

         

 

● Les pays arabes sont au seuil de la démocratie mais la route est encore longue, affirme l’Initiative Arabe de Réforme

  Pierre angulaire du rapport « Etat de la Réforme dans le Monde Arabe » 2009-2010, l’Index de la Démocratie Arabe indique que la transition vers la démocratie est en bonne voie, mais les groupes de réflexion lancent une mise en garde : si les progrès accomplis ne sont pas étendus à toutes les dimensions de la société, ils risquent d’être anéantis.  

            L’Initiative Arabe de Réforme (ARI – Arab Reform Initiative), un réseau unique de centres de recherche et d’instituts d’études politiques arabes indépendants, publie aujourd’hui son rapport 2009-2010 consacré à la transition du monde arabe vers la démocratie. Ce rapport, le seul de ce type réalisé exclusivement par des chercheurs arabes, s’articule autour de l’Index de la Démocratie Arabe, qui démontre, chiffres à l’appui que la région possède les moyens institutionnels d’une démocratisation, mais qu’elle ne les a pas encore mis systématiquement en pratique.

Pour l’Initiative Arabe de Réforme, constituée d’acteurs régionaux, dont le King Faisal Center for Research and Islamic Studies (Centre de Recherche et des Études Islamiques du Roi Faisal, Arabie Saoudite), The Gulf Research Center (Centre de recherche du Golfe, EAU), Al Ahram Center for Political and Strategic Studies (Centre d'Études historiques et sociologiques d'Al-Ahram, Égypte) et The Arab Reform Forum at the Bibliotheca Alexandrina (Forum pour la réforme arabe à la Bibliothèque d’Alexandrie en Égypte), ainsi que d’autres partenaires en Afrique du nord et au Moyen-Orient, l’Index constitue un mécanisme objectif permettant de mesurer les changements démocratiques dans les processus politiques, ainsi que leur importance et leur viabilité à long terme.  

« On note une volonté première du monde arabe de tendre à la démocratie, bien que cette tendance soit encore embryonnaire et balbutiante. Il existe un écart de mesure considérable entre les moyens et les pratiques de la transition démocratique, un phénomène qui est clairement mesuré et décrit par l’Index », explique Khalil Shikaki, rédacteur principal du rapport et Directeur du Palestinian Center for Policy and Survey Research.  

L’Index, dans sa deuxième édition, concerne dix pays arabes (Algérie, Arabie Saoudite, Egypte, Jordanie, Koweït, Liban, Maroc, Palestine, Syrie et Yémen) et son objectif est d’englober à terme tous les pays du monde arabe. L’étude comporte quarante indicateurs qui évaluent quatre principes essentiels liés au processus de démocratisation : des institutions publiques fortes et responsables, le respect des droits et des libertés, l’état de droit, l’égalité et la justice sociale. Les indicateurs sélectionnés mesurent les enjeux politiques, économiques et sociaux au quotidien, et recouvrent l’ensemble du processus décisionnel démocratique.  

L’Index de Démocratie Arabe est constitué à partir de trois types de données : les dispositifs juridiques, l’opinion publique, et les pratiques des régimes. L’évaluation porte donc plus sur les performances et les comportements que sur le simple examen des intentions et des structures, les intentions affichées n’étant pas gages de résultats positifs.  

« L’expérience des vingt dernières années montre que la transition démocratique ne repose pas sur une formule unique. Indépendamment du fait que la démocratisation se trouve sur une trajectoire positive ou négative, notre objectif est d’évaluer l’organisation politique en partant du postulat que ce sont les peuples qui doivent être la source du pouvoir, et que le système doit refléter la volonté populaire. Ce processus doit se dérouler tout en garantissant la justice et l’égalité, ce qui ne peut être assuré qu’à travers une participation au processus décisionnel », explique Bassma Kodmani, Directeur Exécutif de l’Initiative Arabe de Réforme.  

Si plusieurs organismes ont déjà effectué des comparaisons de données internationales et régionales pour suivre la progression de la transition vers la démocratie dans le monde arabe, le rapport de l’Initiative Arabe de Réforme est le premier et le seul à être publié par des centres de recherche eux-mêmes arabes. En outre, ce dernier va plus loin que ses prédécesseurs en prenant en compte les impressions et les tendances en matière de comportements, et en mesurant leur impact sur la vie quotidienne des citoyens. Le rapport est axé autour de la question centrale de la citoyenneté, et non de l’autorité politique, et fait ainsi progresser l’étude des impacts socio-économiques que les changements d’un système politique national entraînent pour le quotidien de ses citoyens.  

Enfin, le rapport a déterminé qu’un changement véritable nécessite une transformation dans trois domaines : (1) la législation et un processus électoral intégrant tous les secteurs de la société, et libres de toute discrimination; (2) l’élaboration de systèmes fiscaux basés sur une taxation progressive et une répartition équitable des richesses ; (3) l’instauration d’un système d’éducation reposant sur des bases morales et sociales solides et sur les principes du pluralisme et de la laïcité.  

En conséquence, l’Initiative Arabe de Réforme établit dans son rapport que le monde arabe a urgemment besoin de garantir une plus grande liberté politique et civique, non seulement par le biais d’un renforcement de la législation, mais aussi en améliorant les fonctions de surveillance et le rôle des organisations de défense des droits de l’homme. En outre, il souligne un besoin pressant de placer les enjeux de la justice sociale et des droits sociaux et économiques au cœur du processus de réforme. Ce processus devra se dérouler parallèlement à une réforme de l’éducation : allocation de budgets plus importants, lutte contre l’analphabétisme, réduction du taux d’échec scolaire, amélioration des conditions de l’éducation, surtout pour les filles.  

Sur une échelle de 0 à 1000 points, la Jordanie arrive en tête de la liste des pays étudiés dans l’Index, avec un score de 620 points, suivie de près par le Maroc  (610 points) et de l’Égypte (596 points). Le Liban se classe quatrième avec 583 points, suivi de l’Algérie (570 points) et du Koweït (553 points). La Palestine arrive en septième position avec 506 points, suivie de la Syrie (461 points), puis du Yémen (457 points), l’Arabie saoudite arrivant dixième avec 402 points. Par comparaison avec le rapport précédent, le Yémen et la Palestine ont tous les deux régressé.  

« La démocratie est un moyen plutôt qu’une fin en elle-même. La démocratie, fondamentalement, n’est pas seulement une façon de penser, une conviction, un ensemble de valeurs ou une transition culturelle. Pour la mesurer avec objectivité, il faut la considérer comme un mécanisme de participation au processus décisionnel, garantissant que les décisions prises reflèteront la volonté du peuple », conclut Bassma Kodmani.

Le rapport « Etat de la Réforme dans le Monde Arabe 2009-2010 », incluant l’Index de la Démocratie Arabe, est disponible en anglais et en arabe sur www.arab-reform.net

  À propos de l’Arab Reform Initiative

L’Arab Reform Initiative est un réseau constitué de centres de recherche et d’instituts d’études politiques arabes indépendants, ayant des partenaires aux États-Unis et en Europe. Son objectif est de mobiliser le potentiel des chercheurs arabes, afin d’enrichir le corpus des connaissances et d’élaborer, dans le monde arabe, un programme de réforme démocratique réaliste et tenant compte des particularités de chaque pays. Ce consortium formule des recommandations de  chercheurs et d’acteurs des sociétés  arabes.  

Les solutions élaborées par l’Arab Reform Initiative s’adressent aux dirigeants politiques, aux principaux décideurs et aux différents secteurs de la société civile du monde arabe, avec pour mission de générer des connaissances et d’approfondir le débat dans la région. L’Initiative organise de nombreuses activités, toutes exécutées conjointement par ses membres. Son programme comprend la publication de rapports, des études thématiques régionales et nationales, l’organisation d’enquêtes d’opinion publique comparatives, la tenue d’ateliers, de conférences et de dialogues, et le parrainage de groupes de travail couvrant des chantiers divers de la réforme , tous ayant pour but de formuler des recommandations de stratégies susceptibles de favoriser la progression de la réforme dans le monde arabe.  

Les instituts arabes membres de l’Initiative Arabe de Réforme :

–  Égypte : Al Ahram Center for Political and Strategic Studies (Centre d'Études politiques et stratégiques d'Al-Ahram) –  Égypte : The Arab Reform Forum, Bibliotheca Alexandrina (Forum pour la réforme arabe à la Bibliothèque d’Alexandrie) –  Jordanie : Center for Strategic Studies (CSS – Centre d’études stratégiques) – Université de Jordanie – Palestine : Palestinian Center for Policy and Survey Research (PCPSR) –   Liban : Lebanese Center for Policy Studies (LCPS – Centre libanais des études politiques) –  Soudan: Center for Sudanese Studies (Centre d’études soudanaises) –   Maroc : Centre d’Études et de Recherches en Sciences Sociales, Université de Rabat –  Arabie saoudite : King Faisal Center for Research and Islamic Studies (Centre de Recherche et des Études Islamiques du Roi Faisal) –  Émirats Arabes Unis : Gulf Research Center (Centre de recherche du Golfe).

Partenaires européens et américains de l’Initiative Arabe de Réforme :

-  Center for European Reform (CER - Centre de recherches pour la réforme européenne), Londres, Royaume-Uni -  U.S./ Middle East Project (USMEP), New-York, États-Unis -  Fundacion Para Las Relaciones Internacionales y El Dialogo Exterior (FRIDE - Fondation pour les relations internationales et le dialogue extérieur), Madrid, Espagne -        Hellenic Foundation for European and Foreign Policy (ELIAMEP - Fondation Hellénique de Politique Européenne et Étrangère), Athènes, Grèce - Institut d'Études de Sécurité de l'Union européenne (IES-UE), Paris, France.

Contact presse : Nathalie Lesaint – Ogilvy PR, 01 53 67 12 59 – 06 32 64 33 73 – nathalie.lesaint@ogilvy.com, 40 avenue George V – 75008 Paris

 

● Violences contre les populations Kabyles
 

Les forces de sécurité algériennes ont mené, le mardi 12 janvier 2010, une répression contre les habitants de la Kabylie qui s’apprêtaient à célébrer pacifiquement le nouvel an Amazigh.
En Algérie, les fêtes du nouvel an Amazigh 2960 avaient un goût amer. Les villes de Tizi-Ouzou et de Vgayet, étaient en effervescence : des dizaines de milliers de Kabyles ont marché ce 12 janvier pour réclamer l’autonomie de leur région. Dispersées à coup de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc, plusieurs personnes ont été blessées et d'autres arrêtées par les forces de l'ordre, et dont le sort reste toujours inconnu, selon le "Mouvement pour l'autonomie de la Kabylie" (MAK), initiateur de la marche.
La violente réplique des autorités algérienne était prévisible. Elle s’inscrit dans le long registre de la répression menée par le pouvoir algérien à l’encontre des populations Kabyles depuis les années 80 en passant par les événements du printemps noir de 2001 qui ont fait de centaines de morts et de disparus.
Si la position des autorités n’a pas évolué, celle des militants Kabyles, si. Adoptée officiellement le 14 Aout 2007 par le Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK), le projet pour l’Autonomie de la Kabylie (PAK) se présente aujourd’hui comme l’une des alternatives les plus crédibles pour le règlement du dossier Kabyle en Algérie. « Le projet d’une autonomie régionale apparait comme le juste milieu, un compromis pouvant réconcilier les partisans d’une Kabylie devant demeurer comme n’importe quelle autre région d’Algérie, d’une part et de l’autre part, les assoiffés de son indépendance totale » explique Ferhat Mehenni, leader du mouvement autonomiste et président du MAK.
Black out médiatique
Sur Facebook, Twitter, et autres blogs, sympathisants et militants se tiennent informés de l’évolution de la situation, débattent ouvertement de l’option autonomiste et l’avenir de la région. Un récent sondage sur l’autonomie de la Kabylie recrute de dizaines de milliers de votes. Curieusement, en Algérie, mais aussi en Europe, les médias entretiennent un silence coupable sur les événements de mardi. Dans une tribune publiée sur le site d'informations "Vega Media Presse" sur les derniers évènements en Kabylie, Chema Gil, directeur du site d'informations Noticias de Murcia et spécialiste des affaires maghrébines fait remarquer que "L'Algérie terrorise les berbères de Kabylie, qui font partie de l'authentique identité algérienne ".
C’est que le sujet dérange. Les services algériens DRS font tout pour diaboliser le MAK et son président. Le leader du mouvement autonomiste est régulièrement la cible d’attaques diffamatoires de la presse inféodée au pouvoir. Déjà sous le coup d’un mandat d’arrêt, il est régulièrement mêlé à des fantasmatiques histoires mêlant MOSSAD et autres ingrédients hollywoodiens.
L’attitude du pouvoir en place traduit au fond l’échec de toute la politique étatique menée pour régler le dossier Kabyle et de contenir le mouvement amazigh et ses revendications : création d’un Haut Commissariat à l’Amazighité, un amendement constitutionnel en 1996. Une Commission (Sbih), chargée de proposer un schéma de régionalisation, a même rendu ses conclusions depuis cinq ans. Sur le terrain, l’engagement de l’Etat algérien en matière de réhabilitation et de promotion de la culture amazighe est resté au stade du vœu pieu. A l’image de la revendication démocratique du peuple algérien, la question amazighe n’a pas évolué.
C’est que la perspective d’autonomie donne du fil à retordre aux galonnés algériens qui s’opposent farouchement à la proposition du voisin marocain d’octroyer une large autonomie au peuple du Sahara occidental. Devoir s’y conformer pour le cas de la Kabylie et des touaregs au sud de l’Algérie constitue un vrai péril qui peut saper les fondations même du régime. Inquiet, Ferhat Mehenni met en garde contre la politique du régime algérien, « calquée sur le modèle serbe en ex-Yougoslavie, qui va nous conduire à l’irréparable ».
Contact Presse : Le collectif 2960 au soutien du MAK- lecollectif2960@yahoo.fr

 

 

● L´auteure koweïtienne Ibtihal Al-Khatib : Comme Israël, le Hezbollah devrait ouvrir une enquête sur sa conduite pendant la guerre

Dans un entretien télévisé, l´auteure Ibtihal Al-Khatib s´est déclarée pour la séparation du politique et du religieux, estimant en outre que le Hezbollah devait ouvrir une enquête sur sa conduite pendant la guerre de l´été 2006. Dans cet entretien, diffusé le 27 janvier 2010 sur la télévision libanaise LBC (propriété saoudienne), elle déclare : "Tout mouvement de résistance motivé par la religion m´effraie." Citant l´exemple de l´Europe à l´époque des Croisades, elle affirme que celle-ci n´est devenue stable que grâce à la séparation des pouvoirs. Elle explique que la région est instable en raison de "la confusion entre politique et religieux". Pour Al-Khatib, "la répression est source d´instabilité, qui engendre à son tour des révolutions."Ce n´est pas la première fois qu´Al-Khatib évoque ces sujets, critiquant le rôle du Hezbollah dans la guerre et affirmant que la laïcité est la seule façon de préserver la liberté de culte dans le monde arabe.

Ci-dessous des extraits de l´interview diffusé le 27 janvier 2010 sur LBC.

"Je me présente comme Koweïtienne, pas comme chiite, car les croyances spirituelles relèvent du domaine privé"

 Ibtihal Al-Khatib : Vous m´avez présentée comme chiite, mais je me présente toujours comme Koweïtienne. Je ne révèle pas mes croyances spirituelles en public car c´est une affaire personnelle. C´est une question de principe visant à souligner que mes croyances spirituelles relèvent du domaine privé.

Interviewer : Je pensais que vous objecteriez à ce que je vous présente comme chiite et demanderiez à être présentée comme "musulmane", plutôt que comme chiite ou sunnite.

Ibtihal Al-Khatib : Non. Juste comme une Koweïtienne. [...]

Ibtihal Al-Khatib : Le pays doit accepter toutes les religions. L´Egypte, le Liban, le Koweït - les différentes communautés de ces pays doivent pouvoir se sentir comme des citoyens égaux : Koweïtiens, chrétiens, musulmans, laïques...

Interviewer : Est-ce que votre pays renie votre religion ?

Ibtihal Al-Khatib : Si la législation est religieuse, alors oui, évidemment. Elle s´attaque à vos croyances si celles-ci ne sont pas conformes au courant dominant. C´est pourquoi je dis toujours, et c´est une question de principe, que je ne me catalogue par spirituellement, parce que c´est une affaire entre moi et mon créateur. Je ne me définis que comme Koweïtienne.

Interviewer : Je respecte votre opinion, bien sûr. Pourquoi demandez-vous qu´une enquête soit ouverte au sujet du Hezbollah ?

"A l´instar d´Israël, le Hezbollah aurait du procéder à son autocritique après la guerre"

Ibtihal Al-Khatib : Je pense qu´une enquête aurait dû être menée au sein même du Hezbollah, par les partisans du Hezbollah plus encore que par ses adversaires. Si j´ai subi de quelconques pertes, et même si je me considère comme victorieux, je dois enquêter sur les problèmes rencontrés et les moyens qui auraient permis d´éviter la mort, les pertes matérielles, etc. Or il n´y a pas eu d´enquête. A la place, il y a eu [des cérémonies] triomphales. Une victoire "divine" a été déclarée, avec distribution de  bonbons.
Ils ont fait passer la victoire avant l´autocritique, malgré toutes les pertes subies par le Liban. Ils auraient du commencer par faire comme Israël, qui a procédé à son autocritique alors qu´il a subi moins de pertes en termes de vies et de biens. Le Hezbollah aurait aussi dû faire son auto-examen pour examiner les problèmes qui se sont posés. [...]
Le rapport Winograd a reconnu le bilan des pertes israéliennes et je respecte cette approche – en tant qu´approche, non parce que c´est l´approche d´Israël, car le fait de rendre des comptes est la première étape vers le succès. Si ce rapport avait glorifié Israël, je vous aurais dit qu´il ne vaut rien. Mais ce fut un véritable auto-examen, ayant pour but d´évaluer les mesures à prendre à l´avenir. Le Hezbollah aurait dû faire de même. [...]
Je pensais alors que les décisions du Hezbollah étaient mauvaises et qu´elles sortaient du cadre de l´État libanais. C´est comme si le Hezbollah était devenu un Etat dans l´Etat. [...]
Tout mouvement de résistance motivé par la religion m´effraie, car les motivations religieuses occultent toutes les autres. [...]

"Quand les croyances spirituelles prennent le pas sur le politique, il faut s´attendre à des effusions de sang"

Regardez l´Europe, avec toutes ses croisades et ses mouvements chrétiens purs pour la libération des terres et la propagation du christianisme. Tous ces mouvements ont mené à des effusions de sang, et n´ont rien donné. Les mouvements religieux...

Interviewer : A qui la faute?

Ibtihal Al-Khatib : C´est ce qui arrive quand les croyances spirituelles prennent le pas sur le politique.[...] La motivation du Hamas, par exemple, est religieuse. Il croit que les musulmans finiront par être victorieux et que les Juifs seront vaincus. Comment Israël et le Hamas peuvent-ils dialoguer ? Il n´y a pas de place pour le dialogue.
Cela est tout aussi vrai pour Israël. Israël est un pays raciste, parce qu´il a été établi sur des fondements juifs religieux. Peut-être y a-t-il aujourd´hui dans ce pays une démarche laïque, et qu´ils essaient de séparer... Leurs débuts sont toutefois juifs. Ce massacre mutuel ne finira jamais. [...]
L´Europe est le meilleur exemple de cela. Elle a mené des guerres de religion pendant des siècles, et finalement, même l´Eglise a compris leur inutilité. On ne peut pas forcer... Je dis toujours qu´il y a deux choses que l´on ne peut pas imposer : la foi et l´amour. Vous ne pouvez pas forcer quelqu´un à vous aimer, ni à croire ou ne pas croire en quelque chose.
L´Église s´en est rendu compte et a confiné son rôle à la prédication, à l´octroi d´une orientation spirituelle et morale, mais s´est retrouvée coupée de la politique. L´Europe n´est devenue stable que quand l´Église a été séparée de la politique. Cela a permis aux Européens de s´unir, malgré leurs diversités religieuses.

Interviewer : Mais...

Ibtihal Al-Khatib : Laissez-moi finir. Aujourd´hui, les musulmans et les personnes d´autres confessions se réfugient en Europe. Là, ils trouvent plus de sécurité et de stabilité que dans leur propre pays islamiques. Ils émigrent là où il y a des opportunités de travail et de la liberté d´expression, et même la liberté de croyance dont ils sont privés chez eux. [...]
Ceux qui sont persécutés chez eux, que ce soit au niveau économique ou religieux, émigrent vers les pays de "l´Occident infidèle" afin de respirer économiquement, socialement, et même dans leurs pratiques religieuses. C´est la meilleure preuve de ce que je dis. On pense que j´appelle à séparer la religion de la société et que je ne veux pas du tout de religion dans la société. C´est un jugement naïf. [...]

Interviewer : Etes-vous pour la paix avec Israël?

"Le temps est venu de dialoguer avec Israël"

Ibtihal Al-Khatib : C´est une question très délicate. Je voulais en parler dans mon prochain article, suite à une conversation que j´ai eue avec mon père. Je lui ai dit que nous devons à présent dialoguer. Cela fait cent ans que les Palestiniens meurent, et peut-être le temps est-il venu de dialoguer, pour que la société palestinienne puisse se construire et que ses enfants puissent vivre, étudier et avoir de meilleures opportunités que ces massacres ininterrompus.

Interviewer : Pensez-vous que les Israéliens pourraient accepter le dialogue, vu qu´ils sont aussi adeptes de la force ?

Ibtihal Al-Khatib : Ils représentent actuellement le camp le plus puissant, alors que les Palestiniens sont le camp le plus faible au niveau international.

Interviewer : Donc, nous devrions céder ?

"Nous devrions mener une résistance plus avisée"

Ibtihal Al-Khatib : Absolument pas. Nous devons mener la résistance, mais d´une autre manière. À mon avis, nous devrions mener une résistance plus avisée. [...]
Prenez, par exemple, le Japon après la Seconde Guerre mondiale, après que les bombes atomiques furent larguées sur les deux villes japonaises. Le Japon a capitulé, disant : Nous avons perdu la guerre et les États-Unis ont gagné. Nous n´allons pas leur en vouloir. Nous n´allons pas en faire une obsession. Il a commencé à se reconstruire et aujourd´hui, le Japon est devenu une menace économique importante pour les États-Unis. Il s´est reconstruit aux niveaux technologique et économique.

Interviewer : Mais la Palestine et Israël sont différents des États-Unis et du Japon.

Ibtihal Al-Khatib : Ce sont des cas différents. Mais ce que je dis, c´est que nous devons abandonner la politique d´affrontement. (...)

Interviewer : Pourquoi certains pays arabes et musulmans rejettent-ils l´idéologie chiite?

Ibtihal Al-Khatib : Tout d´abord, je pense que c´est l´idéologie de la minorité - pas nécessairement en termes de chiffres, mais en termes de puissance politique, tout comme l´idéologie sunnite en Iran, où elle est réprimée. Vu que religion et politique sont confondus, si la direction est sunnite, les chiites sont réprimés, et si la direction est chiite, les sunnites sont réprimés. Cette répression entraîne de l´instabilité, qui à son tour engendre des révolutions. C´est pourquoi cette région est instable.

 Voir le clip sous-titré en anglais sur MEMRI TV : http://www.memritv.org/clip/en/2396.htm 

Déclarations passées d'Ibtihal Al-Khatib  : http://www.memritv.org/clip/en/1720.htm

Pour un email au MEMRI ou une donation, écrire à : memri@memrieurope.org.

 

 

● Une personnalité exceptionnelle : Sayyed Ayad Jamal al-Din, religieux chiite libéral et adversaire de la République islamique d´Iran

Sayyed Ayad Jamal al-Din est une figure à part parmi les hommes politiques et les personnalités religieuses arrivés sur le devant de la scène après l´invasion de l´Irak. Bien qu´il soit ouléma, il prône une culture politique laïque, et bien qu´il ait passé seize ans en Iran à poursuivre des études théologiques, il rejette la notion khomeinyenne de wilayat al-faqih (loi de la jurisprudence) et représente l´un des détracteurs les plus durs de l´Iran et de ce qu´il perçoit comme son ingérence dans le système politique irakien.

Enfin, bien qu´il soit à la fois chiite et Sayyed –  descendant de la famille du prophète Mahomet, portant donc un turban noir –, il a pris ses distances face à la Marjaiya chiite de Nadjaf, plus haute autorité et centre d´enseignement de l´islam chiite. Il est également unique en ce qu´il n´a apparemment pas pris part aux activités des groupes irakiens anti-Saddam Hussein en exil. Il est jeune, charismatique, d´une grande précision intellectuelle – capable d´improviser des discours clairs et convaincants. Bien que profondément religieux, il n´hésite pas à appeler à la séparation de la religion et de l´Etat et à la promulgation de lois laïques. À une époque où les instances religieuses sont fréquemment accusées de fomenter la haine et d´épouser la violence, Jamal al-Din se distingue par ses encouragements à la paix, la réforme et la modération.

Sayyed Ayad Ra´ouf Mohammad Jamal al-Din est né en 1961 dans la ville de Nadjaf. Sa famille est originaire de Nassiriya, de la province de Dhe Qar, au sud de l´Irak –  province qu´il représentait au parlement sortant. Son père était professeur d´arabe ainsi qu´un intellectuel de haut niveau, auteur de 50 livres sur la langue et la foi. Son oncle n´était autre que Mustapha Jamal al-Din, poète renommé.

En 1979, après avoir lancé des slogans hostiles au régime, le jeune Jamal al-Din fuit l´Irak, d´abord pour la Syrie, puis pour l´Iran, où il étudie la philosophie, la théologie et le soufisme. Dans une interviewe datée de 2006, il confie détenir l´équivalent d´une maîtrise en philosophie, être l´auteur de poèmes et s´intéresser à la littérature, l´histoire et la pensée moderne. En 1995, il se voit offrir le poste d´imam, ou guide religieux, de la communauté chiite des Émirats arabes unis, où il demeure jusqu´au début de l´invasion de l´Irak.

Membre de la liste irakienne (al-qa´ima-Iraqiyah), dirigée par Iyad Allaoui, Premier ministre irakien après l´invasion, al-Din est élu au parlement lors des élections de 2005. Jamal al-Din a échappé à quatre tentatives d´assassinats. Ses critiques acerbes à l´encontre de l´Iran, accusé d´ingérence dans les affaires irakiennes, ainsi que sa critique des partis politiques chiites soumis aux volontés de l´Iran, sont probablement la cause de ces tentatives d´assassinats.

                                                                                                                                            Dr Nimrod Raphaeli
 

 

● Un chroniqueur koweïtien : la politique iranienne d´exportation de la Révolution islamique rappelle l´occupation de l´Europe par les nazis

Le 23 août 2009, le quotidien koweïtien Al-Watan publiait un article du chroniqueur koweïtien Ahmad Al-Fahd selon lequel la politique iranienne d´exportation de la Révolution islamique a pour objectif de prendre le contrôle des pays voisins et de piller leurs richesses – dressant un parallèle avec le programme hitlérien. Extraits :

"L´objectif de l´Iran est de prendre le contrôle des pays voisins ... Cette idéologie ... rappelle l´occupation hitlérienne de l´Europe"

"Il y a une semaine, lors d´une cérémonie organisée par le maire d´Istanbul, en présence de l´ayatollah Akhtari [1] d´Iran, du [Dr. Ibrahim] Al-Ashaiqer Al-Ja´fari [2] d´Irak, et de Mahdi Yahfoufi [3] du Liban, les fondations de la construction d´un complexe religieux et culturel chiite à Istanbul ont été posées, sous les auspices du Conseil municipal d´Istanbul.

Il semble donc que l´idée d´exporter la Révolution [islamique] n´est pas venue [à l´Iran] dans le but de délivrer les populations des pays [visés] de l´obscurité et les amener aux Lumières de l´Iran, ou dans l´espoir de faire renaître dans ces pays le concept d´une "loi de la jurisprudence". L´objectif de l´Iran est plutôt de prendre le contrôle des pays voisins - d´abord pour assurer sa survie, ensuite pour remplir les poches et les coffres des mollahs de Téhéran.

Cette idéologie, et la façon dont elle est appliquée, rappellent l´occupation par Hitler de l´Europe, qui a commencé en Pologne. L´objectif d´Hitler, en occupant l´Europe, n´était ni de contraindre les Polonais, les Français ou les Belges à le saluer en levant le bras et en clamant: "Heil Hitler", ni de faire accrocher son portrait et celui de sa maîtresse aux murs des édifices historiques. Il a occupé l´Europe afin d´utiliser les trésors des pays [européens] à la construction d´un empire allemand.

L´Iran emploie divers moyens [pour atteindre son objectif] : il soutient le parti Al-Maliki en Irak ; il envoie de l´argent ... au Hezbollah au Liban ; son ambassadeur s´entretient avec des candidats aux [élections] parlementaires et d´anciens députés de différents pays démocratiques à l´ambassade [d´Iran]. Et il ne cherche pas tant à raviver la ´loi de la jurisprudence´ qu´à prendre le contrôle de ces pays pour les piller autant que possible.


[L´Iran] a privé l´Irak de sa sécurité [et] de sa stabilité, réorientant l´ensemble du tourisme religieux vers ses propres lieux saints. Il a attaqué le camp d´Achraf [de l´opposition iranienne] et sanctionné l´assassinat des Mojahedeen-e Khalq par le régime irakien -- plutôt que [se salir] les mains [de leur sang]. [4] A chaque fois que l´attention de la communauté internationale se tourne vers les réacteurs nucléaires iraniens, l´Iran [emploie une tactique de diversion] en opposant le Hezbollah libanais à Israël."


Si l´Iran cherche vraiment à apporter les Lumières au monde, pourquoi n´exporte-t-il la Révolution qu´à ses voisins?

"Supposons, pour rire et pour les besoins de notre raisonnement, que l´Iran cherche à propager l´islam et la tolérance, et à délivrer l´humanité de l´obscurité pour l´amener à la lumière - la lumière iranienne, bien sûr. Pourquoi alors persiste-t-il à n´exporter la Révolution islamique qu´à ses voisins ou à [d´autres] pays dont la population est également musulmane? Pourquoi n´envoie-t-il pas ses prédicateurs en Chine, à des villes  sur les rives de l´Amazonie ou dans le désert d´Afrique ? ... Ces villes, déserts ou savanes n´ont-ils pas besoin d´ayatollahs comme Akhtari, Ibrahim Al-Ashaiqer Al-Ja´fari et Mahdi Yahfoufi? [N´ont-ils pas] davantage besoin de centres culturels et de mosquées qu´Istanbul, la ´mère des mosquées´ ? [5]"

 

Un intellectuel saoudien : la civilisation occidentale a libéré l´être humain

Dans un entretien paru le 23 avril 2009 dans le quotidien saoudien Okaz, le penseur réformiste Ibrahim Al-Buleihi fait part de son admiration pour la civilisation occidentale. L´interview a été mise en ligne le jour même sur le site progressiste arabe Elaph (1). Al-Buleihi appelle les Arabes à reconnaître la grandeur de la civilisation occidentale et à admettre les insuffisances de leurs propres cultures. Il estime que l´autocritique est la condition de toute évolution positive. Ibrahim Al-Buleihi est membre du Conseil saoudien de la Shura. (2) Extraits de l´entretien :

"Sans tout ce que l´Occident a accompli, nos vies seraient stériles."

Okaz : Je vais commencer par la question cruciale de ce qui distingue votre façon de penser – que vos adversaires évoquent systématiquement contre vous : vous éblouissement face à l´Occident, alors que vous dévaluez complètement la pensée arabe. C´est vraiment le caractère le plus distinctif de vos écrits. L´auto-flagellation y est présente à un point extrême. Comment l´expliquez-vous ?

Buleihi : Mon attitude face à la société occidentale se base sur des faits indéniables et ses grandes réussites. Nous sommes en présence d´une réalité aux nombreuses composantes merveilleuses et étonnantes. Cela ne signifie pas que je sois aveuglé. Mais j´ai très exactement l´attitude contraire de ceux qui nient et ignorent les lumières vives de la civilisation occidentale. Regardez donc autour de vous… Vous vous apercevrez que tout ce qui est beau dans nos vies nous vient de la civilisation occidentale. Même le stylo que vous tenez dans votre main, l´enregistreur en face de vous, la lampe de cette pièce et le journal pour lequel vous travaillez, et d´innombrables agréments supplémentaires, qui sont comme des miracles pour les civilisations anciennes… Sans tout ce que l´Occident a accompli, nos vies seraient stériles. Je ne fais que poser un regard objectif [sur la réalité], estimant à sa juste valeur ce que je vois et l´exprimant honnêtement. Ceux qui n´ont pas d´admiration pour le beau sont démunis de sensibilité, de goût et de sens de l´observation.

La civilisation occidentale a atteint le summum de la science et de la technologie. Elle a apporté la connaissance, le savoir-faire, de nouvelles découvertes, comme aucune autre civilisation avant elle. Les réalisations de la civilisation occidentale couvrent tous les domaines : la gestion, la politique, l´éthique, l´économie et les droits humains. C´est un devoir de reconnaître son étonnante excellence. C´est en effet une civilisation digne d´admiration. (…) Le retard horrible dans lequel vivent certaines nations est le résultat inévitable de leur refus de [l´apport occidental] et de leur attitude consistant à se réfugier dans le déni et l´arrogance.

Okaz : Monsieur, vous pouvez admirer cette civilisation tant que vous le voulez, mais pas aux dépens des autres, notamment de notre civilisation.

Buleihi : Mon admiration pour l´Occident ne s´exprime pas aux dépens des autres. Elle invite ces autres à admettre qu´ils se sont leurrés, à surmonter leur infériorité et à se libérer de leur retard. Ils devraient admettre leurs défauts et faire l´effort de les surmonter. Ils devraient cesser de nier les faits et de tourner le dos à la multitude des merveilleux succès [occidentaux]. Ils devraient se montrer justes à l´égard de ces nations qui ont su se rendre prospères, sans pour autant monopoliser la prospérité, faisant profiter le monde entier des résultats de leurs progrès, de sorte qu´aujourd´hui d´autres nations dans le monde en bénéficient. La civilisation occidentale a apporté au monde la connaissance et le savoir-faire qui ont permis aux nations non occidentales, de rivaliser avec sa production et de partager des marchés avec elle. Critiquer ses propres insuffisances est nécessaire pour évoluer positivement. En revanche, glorifier la léthargie revient à encourager et asseoir le retard, à resserrer les chaînes de l´apathie et à empêcher [l´expression de] la capacité à exceller. Le retard est une réalité honteuse qui devrait nous déplaire et dont nous devons nous libérer.

"La civilisation occidentale est la seule qui ait su libérer l´homme de ses illusions et de ses chaînes."

Okaz : C´est peut-être le cas, et je vous suis dans cette exigence, mais, Monsieur, pourriez-vous résumer pour nous les raisons de votre admiration de la culture occidentale, afin que nous ayons une base de discussion ?

Buleihi : Il n´y a pas une, mais mille raisons qui me poussent à admirer l´Occident et à souligner son excellence absolue dans tous les domaines. La civilisation occidentale est la seule qui ait su libérer l´homme de ses illusions et de ses chaînes. Elle a reconnu son individualité et lui a fourni des capacités, la possibilité de se cultiver et de réaliser ses aspirations. Elle a humanisé l´autorité politique et établi des mécanismes garantissant une égalité et une justice relatives, prévenant l´injustice et modérant l´agression. Cela ne veut pas dire que c´est une civilisation sans défaut ; elle en a même beaucoup. C´est toutefois la plus grande civilisation humaine de l´histoire. Avant elle, l´humanité était en prise avec la tyrannie, l´impuissance, la pauvreté, l´injustice, la maladie et la misère.

C´est une civilisation extraordinaire, sans être l´extension d´aucune civilisation ancienne, à l´exception de la civilisation grecque, source de la civilisation contemporaine. J´ai donné le dernier coup de plume à un ouvrage sur ce grand et extraordinaire saut de civilisation, intitulé "Changements qualitatifs dans la civilisation humaine". La civilisation occidentale est son propre produit et ne doit rien à aucune autre civilisation, hormis la civilisation grecque (…) Elle a redonné vie aux réalisations des Grecs dans les domaines de la philosophie, la science, la littérature, la politique, la société, la dignité humaine, le culte de la raison, tout en reconnaissant ses défauts et ses leurres et en soulignant le besoin constant de critique, de réévaluation et de corrections.

Okaz : En parlant ainsi, vous effacez complètement tous les efforts créatifs des civilisations qui ont précédé, telle la civilisation islamique, car vous affirmez que l´Occident ne lui doit rien.

Buleihi : Et pour cause : elle ne lui doit rien, par plus qu´à aucune autre civilisation avant elle. La civilisation occidentale trouve ses fondements dans la Grèce des VIème et Vème siècles avant J.C. Elle a connu un temps d´arrêt au Moyen-Âge, avant de reprendre son évolution aux Temps modernes, en profitant à toutes les nations. Elle est vraiment extraordinaire dans tous les sens du mot : en termes d´excellence, d´unicité, de nouveauté (…) Elle a des composantes et des qualités qui la distinguent de toutes les civilisations qui l´ont précédée ou suivie. Elle est le produit d´un enseignement philosophique inventé par les Grecs. Les Européens ont pris pour base ce mode de pensée, notamment le mode de la critique, qui leur a permis de développer la connaissance objective, toujours ouverte à la réévaluation, à la correction et au progrès (…).

Okaz : Certains penseurs occidentaux ont écrit que la civilisation occidentale est une extension des civilisations précédentes. Comment vous, Arabe musulman, pouvez-vous le nier ?

Buleihi : En passant en revue les noms des philosophes et savants musulmans dont la contribution à l´Occident est reconnue par les écrivains occidentaux, tels Ibn Rushd, Ibn Al-Haytham, Ibn Sina, Al-Farbi, Al-Razi, Al-Khwarizmi et leurs semblables, nous découvrons que c´étaient tous des disciples de la culture grecque et qu´ils se tenaient en marge du courant [islamique] dominant. Ils étaient et continuent d´être ignorés par notre culture. Nous avons même brûlé leurs livres, les avons harcelés, avons mis la population en garde contre eux, et nous continuons de les considérer avec suspicion et aversion. Comment pouvons-nous nous enorgueillir de personnes que nous avons écartées et dont nous avons rejeté la pensée ? (…)

Quant à la question du développement culturel, il existe deux approches : selon l´une d´entre elles, la civilisation est le produit d´un processus cumulatif. Cette approche est toutefois contredite par les faits historiques. Selon l´autre approche, un changement quantitatif ne peut jamais conduire à un changement qualitatif, sauf quand un bond extraordinaire est réalisé. C´est sans conteste la bonne approche, que j´ai adoptée. La quantité ne peut se transformer spontanément en qualité (…)

"La civilisation occidentale (…) est la seule qui continue de se développer, qui se réévalue constamment, se corrige et effectue en permanence de nouvelles découvertes"

La seule civilisation qui possède les ingrédients du progrès perpétuel est la civilisation occidentale, avec ses fondements grecs et son étonnante configuration contemporaine (…) La civilisation occidentale estime que nul ne détient la vérité absolue et que la perfection est impossible à atteindre, donc l´homme doit s´efforcer de l´atteindre tout en sachant qu´il n´y arrivera pas. C´est ainsi la seule civilisation qui continue de se développer, qui se réévalue constamment, se corrige et effectue en permanence de nouvelles découvertes (…)

Okaz : Permettez-moi de vous interroger sur votre fascination totale pour la culture occidentale.

Buleihi : La lumière de cette civilisation est très forte et il faut être aveugle pour ignorer sa luminosité. Toute personne douée de vue et de discernement ne peut qu´être fasciné (…) Il faut reconnaître le mérite de ceux qui en ont. Une autre civilisation a-t-elle rêvé avant elle à ces révélations époustouflantes, ces sciences exactes et ces technologies complexes ? Les générations précédentes ont-elles imaginé la possibilité d´ouvrir le torse ou la tête pour effectuer des opérations compliquées du coeur et du cerveau ? Pouvaient-elles imaginer une [aussi] profonde compréhension de la cellule vivante et de sa genèse… Ont-elles imaginé les avions, les voitures et les innombrables inventions de cette civilisation ? Voudriez-vous que nous nous remettions à écrire sur des parchemins et des papyrus, à user des bâtons de bois à la place de stylos et à monter à dos d´âne ?

Okaz : Désolé, mais personne ne vous demande de revenir à l´époque des ânes. Il est toutefois nécessaire de prononcer ses jugements historiques de façon juste et équilibrée. Vous dites qu´il faut "reconnaître le mérite de ceux qui en ont", mais, dans les faits, vous n´accordez aucun crédit à tout ce qui a existé avant la civilisation occidentale, et alors que tout le monde reconnaît le caractère cumulatif des accomplissements humains, vous niez cet axiome quand il s´agit des réalisations occidentales.

Buleihi : L´humanité a passé des milliers d´années à ruminer les mêmes idées et à vivre dans les mêmes conditions, en se servant des mêmes outils et instruments. Elle aurait pu s´éterniser ainsi sans l´émergence de la pensée philosophique en Grèce, aux VIème et Vème siècles avant J.C. Le niveau actuel des progrès de la civilisation ne peut être le résultat d´une [simple] accumulation : c´est plutôt le résultat de grandes réalisations dans les domaines de la pensée, de la science, de la politique, de la société et du travail. (…)

Ce qui sort l´homme de sa routine, c´est la lutte des idées, la liberté de choix et l´égalité des chances. La meilleure preuve en est qu´un grand nombre de gens aujourd´hui vivent dans une société profondément rétrograde, malgré la disponibilité de la science, de la technologie et des idées. Ils sont témoins de la prospérité et malgré cela, ces peuples rétrogrades sont incapables d´abandonner leurs tranchées et de se libérer de leurs chaînes. En d´autres termes, ils sont incapables d´imiter les peuples prospères, se trouvent dans l´incapacité totale d´inventer et d´initier.

Okaz : Il y a une question cruciale à ce débat : par "civilisation", entendez-vous uniquement son aspect matériel ?

"La plus grande réussite de la société occidentale est d´avoir humanisé son autorité politique, d´avoir séparé les pouvoirs, établi et maintenu un équilibre des pouvoirs. La civilisation occidentale a accordé la priorité à l´individu"

Buleihi : La plus grande réussite de la société occidentale est d´avoir humanisé son autorité politique, d´avoir séparé les pouvoirs, établi et maintenu un équilibre des pouvoirs. La civilisation occidentale a accordé la priorité à l´individu et subordonné ses institutions, lois et procédures à ce principe, tandis que dans la civilisation ancienne, l´individu [n´] était [qu´] une dent dans l´engrenage.

Okaz : Une dent dans l´engrenage ? Vous pensez que cela est vrai aussi de la civilisation islamique ?

Buleihi : Nous faisons clairement la distinction entre l´islam et ce que les gens font en son nom. Les grands principes de l´islam et ses doctrines sublimes qui insistent sur la valeur et la dignité humaines n´ont pas eu l´occasion de prendre forme. Depuis l´époque des califes bien guidés, l´histoire arabe a éradiqué l´individualité de l´homme et sa valeur s´est retrouvée liée à ses affiliations politiques, religieuses ou tribales (…) La seule civilisation qui reconnaît et respecte l´homme en tant qu´individu est la société occidentale (…) Le comportement [humain], dans tous les domaines, ne découle pas d´enseignements, mais de la pratique et de l´expérience sur le terrain (…)

Okaz : L´histoire arabe de bout en bout, selon vous ?

Buleihi : Oui, toute l´histoire arabe se distingue par cet aspect lugubre, mises à part la période des califes bien guidés et d´autres périodes discrètes comme celle du règne d´Omar ibn Abdel Aziz. On ne doit pas confondre les sublimes principes et doctrines de l´islam avec son histoire, remplie d´erreurs, de transgressions et de tragédies. Quand les Abbasides triomphèrent des Omeyyades, ils couvrirent les cadavres de tapis, faisant la fête sur les corps en signe de vengeance. Quand [le calife] Al-Ma´mum eut battu son frère Al-Amin, il lui ôta la peau des os comme on le fait à un agneau. Cette scène se répète tout au long de l´histoire. Le pouvoir politique est la valeur pivot de la culture arabe. A notre époque, les coups d´Etat militaires sont récurrents dans le monde arabe, pour le pouvoir, mais pas pour effectuer des réformes positives. Chaque régime est pire que le précédent.

Okaz : M. Buleihi, n´avez-vous pas ouï dire de centaines de savants dans l´histoire de votre peuple qui ont apporté du sens et eu de l´impact, dont on étudie la vie jusqu´à ce jour, bien qu´il n´aient eu ni pouvoir, ni tribu, ni affiliation religieuse, et qui sont estimés pour leur érudition ?

"L´histoire arabe, à l´exception de la période des califes bien guidés, a été dominée par la politique"

Buleihi : C´est là une déclaration générale qui ne repose pas sur les faits. L´histoire arabe, à l´exception de la période des califes bien guidés, a été dominée par la politique. Quand les Fatamides ont pris le contrôle de l´Egypte et de l´Afrique du Nord, ces régions sont devenues chiites, et quand Salah Al-Din Al-Ayyubi [Saladin] a mis fin au [règne des] Fatamides, il a écarté tout ce qui pouvait avoir un rapport avec le chiisme. Il en a été de même quand les Safavides ont converti l´Iran au chiisme : cela a conduit les Ottomans à agir de façon identique [en imposant le sunnisme]. L´histoire arabe, ou islamique, dans le sens large du terme, résulte des hauts et des bas de la politique.

Okaz : Permettez-moi de faire ici une petite pause.Vous réduisez l´histoire islamique à une histoire politique. Même l´histoire politique islamique, malgré toutes ses tragédies, n´est pas aussi négative que vous le dites. Vous ignorez les aspects scientifiques et culturels de l´histoire islamique, qui ont donné une grande civilisation  alors même que l´Europe souffrait sous le règne de la féodalité, de l´Eglise, de l´ignorance et du retard.

"Notre culture a été, et continue d´être, absorbée par la question de ce qui est interdit et permis, de la croyance et de l´incroyance, parce que c´est une civilisation religieuse"

Buleihi : Nous avons hérité de certains clichés concernant notre histoire et l´histoire des autres nations, ne considérant pas notre histoire d´un oeil critique et celle des autres d´un œil juste et objectif. La lumineuse civilisation grecque a émergé au VIème siècle avant J.C., atteignant le sommet de son épanouissement au Vème siècle avant J.C. En d´autres termes, la civilisation grecque a émergé plusieurs siècles avant la civilisation islamique et a été la source des philosophes musulmans. Ces individus dont nous sommes parfois fiers, tels Ibn Rushd, Ibn Al-Haytham, Al-Razi, Al-Qindi, Al-Khawarizmi et Al-Farabi, étaient tous les élèves de la pensée grecque. Quant à notre civilisation, c´est une civilisation religieuse, préoccupée de loi religieuse, complètement absorbée par les détails de ce que les musulmans doivent faire et ne pas faire dans leur rapport à Allah et aux autres. C´est une tâche immense digne d´admiration, parce que la religion est le pivot de la vie. Nous devons toutefois admettre que nos succès se limitent tous à cette grande idée. N´affirmons pas que l´Occident nous a emprunté ses lumières laïques. Notre culture a été, et continue d´être, absorbée par la question de ce qui est interdit et permis, de la croyance et de l´incroyance, parce que c´est une civilisation religieuse (…)

Okaz : Ils [les musulmans] ont appris de la civilisation grecque et ce n´est pas un défaut ; c´est ainsi que font les jeunes générations : elles apprennent des civilisations anciennes et se construisent sur ces dernières. Fallait-il attendre qu´ils abolissent les réussites des Grecs pour recommencer à zéro ?

Buleihi : Je n´ai rien contre le fait d´apprendre [des autres]. Ce que je voulais clarifier est que ces [succès] ne sont pas les nôtres et que ces individus exceptionnels ne sont pas le produit de la culture arabe, mais plutôt de la culture grecque. Ils se trouvent en dehors de notre courant culturel dominant, et nous les avons traités comme des éléments étrangers. C´est pourquoi nous ne méritons pas de nous en enorgueillir, vu que nous les avons rejetés et avons combattu leurs idées. A l´inverse, quand l´Europe eut tiré l´enseignement de ces individus, elle a su profiter d´une grande connaissance : la sienne à l´origine, vu qu´elle est une extension de la culture grecque, source de toute la civilisation occidentale."     

                                                                                                   Memri-Europe, Dépêche spéciale n° 2332

                                              Contact: www.memri.org/french - memri@memrieurope.org

[1] http://www.elaph.com/Web/NewsPapers/2009/4/433121.htm

[2] Pour plus d´informations sur Al-Buleihi, voir les extraits-vidéo sur MEMRI TV : Clip No. 1174, " Saudi Shura Council member Ibrahim Al-Buleihi: Terrorism Is the Product of a Flaw in Arab and Muslim Culture," 23 mai 2006, http://www.memritv.org/clip/en/1174.htm, ainsi que les extraits-vidéo du Clip No. 638 de MEMRI TV : "#638 - Saudi Liberal: America´s Actions are Natural for a Country That Was Attacked. If an Islamic Country Was Attacked its Response Would Be Worse," April 6, 2005, http://www.memritv.org/clip/en/638.htm.

 

 

● Des auteurs progressistes du Golfe persique : les groupes musulmans d’Europe exploitent l’ouverture d’esprit des Européens

Deux récents articles parus dans la presse du Golfe évoquent l´attitude des musulmans européens à l’égard de l’Occident. Le 2 décembre 2008, Dhiya Al-Mousawi, un religieux chiite libéral de Bahreïn, publie dans Awan, quotidien libéral koweïtien, un article sur les attentats de Bombay dont certains des auteurs étaient des musulmans naturalisés britanniques. Le deuxième article, de Khalil ’Ali Haidar, journaliste progressiste koweïtien, a été publié le 5 octobre 2008 dans Al-’Ittihad, quotidien des Emirats arabes unis.

Ces deux auteurs critiquent les groupes musulmans d’Europe pour le mal qu’ils font à l’Occident tout en profitant de ses libertés et services. Haidar évoque un problème général, critiquant tous les mouvements et partis islamiques d’Europe, accusés d´encourager l’extrémisme islamique et  de contrôler la vie des musulmans européens. Au lieu de chercher à réduire l’écart entre l’Orient et l’Occident, ils ont délibérément favorisé l´isolement, le repli et, à terme, le terrorisme djihadiste contre l’Occident, estime-t-il.

Voici quelques extraits des articles de Al-Mousawi et Haidar :

Les musulmans européens crachent dans le puit d´où ils puisent leur eau

Dans un article intitulé « Quand le terroriste est britannique de naissance », Al-Mousawi écrit : « ...Il est triste que, dans les pays occidentaux, il y ait des milliers de musulmans qui obtiennent la citoyenneté pour eux-mêmes et leurs familles après avoir été expulsés de leur pays d’origine. [L’Occident] leur accorde l’asile et leur fournit le toit, du travail et l’assurance santé - [et pourtant] ce sont les premiers à se retourner contre leur nouvelle patrie. Pire, certains n’ont aucune problème à commettre un attentat suicide sur la place publique, au sein même des pays qui leur ont accordé leur protection, à eux et à leurs familles … Il est curieux de voir certains imams maudire et insulter l’Occident dans les prêches qu’ils font dans des [mosquées] occidentales, et appeler de leurs vœux la destruction des pays [occidentaux], alors même qu’ils sont placés sous la protection de la police de ces pays... » [1]

Les islamistes ont pris le contrôle de la vie des musulmans d’Occident

Dans la même veine, Al-Haidar écrit : « Le problème de l’Europe et des États-Unis, ce ne sont ni les Arabes ni les musulmans. Ce sont les islamistes, partis ou groupes, qui ont pris le contrôle de la vie politique, religieuse, sociale et culturelle, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des pays islamiques et arabes. [Ces partis et groupes] exercent une influence sur les minorités musulmanes des pays occidentaux... Leur action a consisté à imposer des restrictions à la première génération [d’immigrants], à endoctriner la deuxième génération et à excommunier des syndicats, des organisations et des mosquées.

Depuis de nombreuses années - en fait, depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale -, les pays occidentaux accueillent des Arabes et des musulmans et [leur] laissent une très grande liberté de prêche et marge de manoeuvre. Ils les ont traités avec une extraordinaire bienveillance. Avec le temps, les musulmans se sont renforcés et ils ont resserré leur emprise sur le cœur même de ces sociétés.

La présence d’islamistes [dans les pays européens], avec tous leurs différents partis, groupes et écoles de pensée, a constitué un banc d’essai des relations entre la minorité musulmane, placée sous l’influence de l’endoctrinement [des différents] partis, et ces sociétés démocratiques. Depuis de nombreuses années, les islamistes et tout particulièrement les Frères musulmans, se plaignent des [politiques] oppressives des régimes arabes, du gel des libertés, de la surveillance, etc. Les écrits de [Abu A’la] Al-Mawdoudi, [2] [initialement publiés en langue urdu], sont de plus en plus populaires dans le monde arabe, corrompant la jeunesse et faussant sa vision du monde. [Al-Mawdoudi] a proclamé à la face du monde, et tout particulièrement à l´attention de [ses] adversaires européens libéraux, l’avènement d’un nouvel ordre social qui serait en tout point supérieur à la démocratie occidentale - qu’il s’agisse de liberté, de souplesse, de tolérance religieuse, etc. - et qui serait mis en place sous la conduite d’une jeunesse musulmane non contaminée par la saleté de la civilisation occidentale et ses [valeurs] matérialistes. »

Les islamistes ont favorisé la marginalisation et le terrorisme

« L’idéologie des Frères musulmans, du parti Al-Tahrir, [3] et d’autres groupes islamiques égyptiens, pakistanais et autres, a propulsé les Arabes et les musulmans d’Europe dans l’obscurité et la confusion. Avec leurs livres, leurs films et leurs idées séparatistes extrémistes, ils ont ouvert la voie à la prolifération de différentes formes d’extrémisme et, de là, au terrorisme déclaré.

Les attaques incessantes contre la civilisation occidentale, contre les lois humaines et les études orientales, ainsi que contre [ce qu’ils considèrent comme] une invasion culturelle et des complots de l´Occident - ont rendu difficile pour [les musulmans] l’intégration au nouvel environnement vers lequel ils ont émigré tout en le haïssant. [Pourtant, son intégration], au moins en ce qui concerne ses intérêts matériels ou les objectifs de son parti [n’a jamais été entravée]. »

Aucune culture du renouveau et de l’innovation

« Le mouvement islamique n’a pas adopté l’idée de renouveau et d’innovation ; il n´a pas su voir le côté positif de la société occidentale ou étudier la littérature, la culture et l’art occidentaux afin de se créer un modèle moderne de culture, de littérature et d’art associant des [éléments] occidentaux et islamiques. Même les leaders des Frères musulmans, et d’autres qui sont fiers de la civilisation islamique et se proclament héritiers des civilisations de Bagdad et d’Andalousie - [même ceux-là], au cours du demi-siècle [qu´a duré leur séjour] à Paris, à Londres ou en Allemagne, n’ont pas produit [la moindre] idée nouvelle, et encore moins des [créations] artistiques ou culturelles notables...

Il est vrai qu’ils ont créé des maisons d’édition visant à diffuser les livres et publications de leurs partis ; ils n’ont jamais cessé de perfectionner leurs armes médiatiques que sont la presse, la télévision et d’autres supports ; ils ont développé leurs propres banques et institutions financières [en précisant qu’elles sont] ‘islamiques : pas d’intérêts’ ; ils ont créé des écoles privées, qui n’ont servi qu’à isoler davantage les petits musulmans de leur environnement européen, et ils ont ainsi renforcé le contrôle des partis islamiques sur leur [vie] - et ce n’est là qu’une liste partielle. Mais ce qu’ils n’ont pas fait, c’est agir pour créer un pont entre l’Orient et l’Occident comme l’ont fait, par exemple, les poètes de la diaspora [musulmane]. Ils n’ont jamais non plus cherché à semer les graines de la modernisation, de la démocratie et de la créativité - culturelle, artistique et littéraire - dans les mondes arabe et islamique.

La plupart des articles sur [les musulmans d’Europe], que les médias publient avec beaucoup d’enthousiasme, portent sur les querelles entre mosquées, les crimes d’honneur familiaux, ou le discours religieux extrémiste. Pas une seule de leurs associations n’a jamais patronné le moindre programme culturel utile, et aucun de leurs partis n’a jamais traduit une encyclopédie ou organisé un groupe d’étude s’intéressant à un aspect donné de la culture, de l’éducation ou des liens entre l’Orient et l’Occident. Aucun de ces cercles n’a jamais non plus investi le moindre effort [dans un projet] - pas même pour reconsidérer les écrits des partis islamiques et les moderniser en en supprimant les idées extrémistes et l’idéologie des accusations d’hérésie. »

Abus de tolérance

« La tolérance des Occidentaux envers les musulmans en Europe et aux États-Unis pour ce qui est de la liberté religieuse en général, et leur respect des conversions à l’islam, notamment de la part de juifs et de chrétiens, n’ont servi de modèle à aucun parti islamique : ils n’ont pas appris la tolérance religieuse ; ils n´ont pas été poussés à reconnaître que le choix de la religion est une affaire personnelle ; ils n’ont pas non plus été incités à protéger les non-musulmans dans le monde arabo-islamique. Au contraire, ils sont devenus de plus en plus agressifs, parce qu’ils ont compris que l’Occident cédait à leurs exigences et les traitait avec tolérance. Ils ont donc gagné du terrain et de la popularité, tandis que leur arrogance ne connaissait plus de limites...

La littérature, les publications et les sermons des islamistes, même en plein cœur de l’Europe, conservent pour l’essentiel la structure conceptuelle des anciens écrits [musulmans], puisqu’ils continuent à considérer tous les apports de la civilisation comme des déchets, toutes les prodigieuses innovations technologiques comme des avancées purement matérielles, et la vie et les valeurs de l’Occident comme décadentes et dégradantes. »

Le lien à la violence et au terrorisme

« On a souvent dit que les groupes islamiques modérés n’ont rien à voir avec la violence et le terrorisme. Mais c’est une illusion. Toutes les idées des groupes terroristes cadrent avec l’idéologie des Frères musulmans, du [parti] Al-Tahrir, de Al-Jama’a Al-Islamiyya au Pakistan, et d’autres encore. Des concepts comme l’idolâtrie, la loi de Dieu, l’instauration de la charia et d’autres encore, qui ont acquis de nouvelles connotations fondamentalistes liées aux nouveaux partis dirigeants, n’ont pas été inventés par Al-Qaida ou le Fath Al-Islam. Les notions d’isolement cognitif, d’invalidité des lois humaines et du service de Dieu, la dévalorisation des valeurs de patrie et de citoyenneté ainsi que toutes les facettes du réalisme politique, ou encore les proclamations telle la devise des Frères musulmans ‘la mort pour Allah est notre plus haute aspiration’ et beaucoup d’autres - tout cela n’a pas été inventé par Al-Zarqawi, ben Laden, ou [Sheikh Abu Muhammad] Al-Maqdisi…

Que peut-on attendre d’un jeune qui se trouve confronté à l’idée [suivante, que l’on trouve] dans un livre fréquemment étudié par les Frères musulmans : ‘Nous vivons aujourd’hui dans une jahiliya [l’ère pré-islamique du culte des idoles], similaire à l’idolâtrie du temps de [Mahomet], et même pire. Nous sommes entourés par l’idolâtrie. Les réalisations et les croyances des hommes, les traditions et coutumes des peuples, leurs sources traditionnelles, leurs arts et leur littérature, leurs lois et règlements, et même la plupart de ce que nous considérons comme des aspects de la culture islamique, les autorités islamiques, la pensée et la philosophie islamiques - toutes ces choses sont des produits de l’idolâtrie.

Il ne s’agit là que d’un passage du livre de Sayyed Qutb, Jalons. Ce livre a été traduit dans toutes les langues des pays islamiques : turc, perse, urdu, malais, indonésien, et d’autres encore, comme des centaines d’autres livres des Frères musulmans. Ces livres endoctrinent des milliers de jeunes du monde musulman et attirent [beaucoup d’entre eux] vers des organisations terroristes extrémistes.

Ce passage, qui est lu [et relu] par les islamistes depuis plus de 40 ans, n’est-il pas la principale raison du sentiment croissant de marginalisation des musulmans de leur propre société et de la société européenne, américaine ou australienne vers laquelle ils ont émigré ?

Il ne fait aucun doute que ce sont ces idées, ces textes et ces doctrines - dont certains [nous] paraissent ‘modérés’ et sans danger, [une fois] qu’ils ont empoisonné notre âme - qui ont façonné les idées de beaucoup de musulmans, hommes et femmes, à travers le monde, et ont fait naître une génération de terroristes djihadistes.

C’est ce [phénomène] qui a précipité la rupture entre les islamistes et les sociétés occidentales en Amérique et en Europe. » [4]

[1] Awan (Koweït), 2 décembre 2008. [2] Sayyid Abul A’la Mawdoudi (1903-1979)(1903-09-25), également connu sous les noms de Mawlana (Maulana) ou du cheikh Sayyid Abul A’la Mawdudi, était un journaliste, théologien et philosophe politique sunnite pakistanais, et un penseur islamiste majeur. C’était également un personnage politique dans sa patrie du Pakistan, où il a fondé le parti revivaliste Jamaat-e-Islami. [3] Hizb Al-Tahrir (Parti de la libération) est un groupe islamique radical dont l’objectif est de rallier les musulmans en appelant à l’instauration d’un nouveau califat. [4] Al-Ittihad (Emirats arabes unis), 5 octobre 2008.

                                                                                                   Memri Europe (Dépêche spéciale n° 2256)

 

 

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