SOMMAIRE

La diplomatie asiatique au premier plan du projet gouvernemental de Hollande  
La France sur l'échiquier international  
Publication de l'indice annuel Global Peace Index 2011, qui classe les pays en fonction de leur niveau de paix  
La Méditerranée attend l'Europe  
Le Hezbollah domine le nouveau gouvernement libanais  
Quatre pays européens condamnent les colonies israéliennes  
Le Hamas se réconcilie avec le Fatah, mais l'Iran reste son partenaire privilégié  
Haro sur l'euro ! Haro sur l'Europe !  
Un chroniqueur koweïtien : la politique iranienne d'exportation de la Révolution islamique rappelle l'occupation de l'Europe par les nazis  
Un intellectuel saoudien : la civilisation occidentale a libéré l'être humain  
Des auteurs progressistes du Golfe persique : les groupes musulmans d'Europe exploitent l'ouverture d'esprit des Européens  

 

 

▪ La diplomatie asiatique au premier plan du projet gouvernemental de Hollande

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la relation France-Allemagne et l’Europe ne seront pas la première préoccupation de François Hollande. Il a mis au premier plan de sa politique étrangère la relation avec la Chine. Le futur président français est inconnu à Pékin, où il ne s’est jamais rendu. La Chine fait partie de ses destinations prioritaires, à présent, en dépit d’un premier abord difficile lors de la campagne. En février dernier, Laurent Fabius, ancien Premier ministre missionné par François Hollande, avait cherché à nouer des premiers contacts à Pékin. Mais constatant qu’aucun des hauts dirigeants chinois ne souhaitait le rencontrer, il avait dû écourter sa visite.

Ces réticences ont été oubliées dès le lendemain du scrutin du 6 mai, quand l’ambassadeur chinois à Paris, Kong Quan, a passé une heure au QG du candidat élu, encourageant la France à nouer "des relations fortes" avec la Chine. Signe avant-coureur que Pékin figurera parmi les priorités de François Hollande, ce dernier a choisi un diplomate spécialiste de l'Asie, Paul Jean-Ortiz, comme principal conseiller en affaires internationales. Bilingue (français et mandarin), il est l’un des meilleurs connaisseurs de la civilisation chinoise au Quai d'Orsay et a effectué l'essentiel de sa carrière en Asie.

Reste à convaincre les partenaires européens de tirer dans le même sens que François Hollande. Le président français avoue que ce sera sa première tâche, et pas la moins ardue. "Il faudra ouvrir le conflit en ayant le soutien d'un certain nombre de pays européens. Là aussi, c’est compliqué. Les Allemands ont quand même beaucoup d’intérêts en Chine, d’autres pays moins", déclarait-il lors de son entretien avec Eric Dupin.

Engluée dans une crise de la dette, l’Union européenne est actuellement en position de faiblesse face à la Chine. Pékin propose de venir en aide au Vieux Continent si, en échange, plusieurs enquêtes antidumping et anti-subventions lancées par l’UE sont abandonnées. Des premiers pas ont été accomplis par la Chine, qui a apporté son soutien, verbal pour le moment, au Fonds de soutien européen (FESF). François Hollande s'était fermement opposé, en octobre dernier, à une contribution chinoise : "Il s'agit là d'une dépendance de fait qui traduit un aveu de faiblesse." Il aurait préféré des euro-obligations qui auraient "permis à l'Europe de prendre en main son destin, plutôt que de le confier à d'autres".

S’adressant à la chaîne de télévision shanghaienne SMG durant sa campagne électorale, François Hollande ne cachait pas sa volonté de faire bouger les lignes commerciales entre l’Europe et Pékin : "Nous vivons une situation déséquilibrée. Il y a un déficit commercial au profit de la Chine [pour les quatre premiers mois de l'année 2012, le pays, premier exportateur mondial, a enregistré un excédent de 19,3 milliards de dollars, NDLR], ce qui prouve la qualité des produits chinois et leur compétitivité. Mais cela suppose que l’on puisse en parler. Il faut voir comment rééquilibrer, avoir davantage de réciprocité et des investissements dans les deux sens. Quand on a un excédent commercial, la logique économique veut que la monnaie se réévalue."

 (Voir aussi notre présentation du livre d’Eric Dupin « Une victoire empoisonnée » dans la rubrique Culture.Livres)

 

▪ La France sur l’échiquier international : une pensée stratégique en redéfinition

    par Frédéric Charillon *

La France sur l’échiquier international : une pensée stratégique en redéfinition

Jusqu’à la chute du mur de Berlin, la France faisait figure d’acteur politique et militaire central en Europe, conservant son indépendance et sa marge de manœuvre tout en bénéficiant de la protection américaine. La fin de la logique des blocs a mis un terme à cette spécificité française en Europe.
En réaction à la réorganisation du système international, Paris a choisi de maintenir – tout en cherchant à les faire évoluer – trois grandes priorités stratégiques : l’ambition de constituer une puissance à vocation globale ; l’attachement à une Europe politique ; le maintien de la dissuasion nucléaire au cœur de la doctrine de défense.
En même temps, trois grandes ruptures se sont imposées. Elles concernent l’instrument diplomatique et militaire de l’action extérieure, les notions d’alliances et de partenariats, notamment avec les États-Unis et les puissances émergentes, et enfin la relation à l’Afrique et à la Méditerranée.
Confronté à un triple dilemme, Paris est aujourd’hui contraint de poursuivre la difficile révision de sa pensée stratégique, mais aussi de sa perception des relations internationales et des instruments de sa politique étrangère et de sécurité.
Avec l’Allemagne, la Grande-Bretagne, les États- Unis et quelques autres, la France est membre du club relativement fermé des États dont les penseurs ont été et demeurent influents dans le débat stratégique international. Dans la littérature anglo-saxonne récente, il est toujours rendu hommage à Napoléon, Jomini, Lyautey, Foch ou Joffre, au général de Gaulle, à Galula, Aron, Gallois, Poirier, Ailleret, Beaufre, Castex…1 Pour autant, la France n’échappe pas aux affres qui touchent aujourd’hui l’intégralité des puissances majeures : comment élaborer une politique internationale et développer un instrument d’action extérieure à cette fin, dans un monde caractérisé par l’incertitude stratégique ? Le brouillard de la guerre, celui du système international, la multiplication des acteurs comme celle des enjeux, le bouleversement des États et des régimes, génèrent des ruptures en cascade, dont les leçons ne peuvent plus même être tirées avant que ne survienne un autre choc exogène.
Après la Seconde Guerre mondiale, la France s’est rapidement adaptée aux exigences de la guerre froide et pris acte du fait nucléaire, jusqu’à ce que la fin de la bipolarité la replonge avec d’autres dans l’inconnu d’un « entre-deux stratégique », caractérisé par la fin d’un monde… sans que l’on distingue encore les traits du monde suivant. Face à cet état incertain du système international qui s’impose depuis plus de vingt ans avec ses turbulences nombreuses, elle a d’abord cherché à préserver des priorités indissociables de son intérêt national : le maintien d’une ambition globale, l’attachement à l’Europe comme acteur politique majeur sur la scène mondiale, et le choix de la dissuasion nucléaire comme garantie de sa sécurité. Mais elle doit également s’adapter à des contraintes nouvelles : la contrainte financière exige une rationalisation des instruments de l’action extérieure, l’émergence de nouvelles puissances aux côtés d’une puissance américaine toujours dominante impose une réflexion sur les partenariats internationaux, enfin les mutations profondes qui touchent la Méditerranée comme l’Afrique doivent être accompagnées d’une nouvelle approche de ces espaces.

De l’après-guerre à la guerre froide, de la guerre froide à l’incertitude stratégique

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la France a mis quelque temps à tourner la page de l’obsession allemande. C’est la IVe République, en dépit de sa brièveté (1946–58) et de son instabilité gouvernementale (21 gouvernements en 12 ans), qui a posé, souvent dans l’adversité, les bases du triple choix fondamental qui demeure aujourd’hui : le choix de l’Alliance atlantique (avec l’adhésion à l’OTAN dès sa création en 1949), le choix de l’Europe (avec la CECA de 1951, puis le traité de Rome de 1957), enfin le choix de la décolonisation (avec entre autres la loi-cadre Deferre de 1956, qui a mis en place les cadres permettant la décolonisation de l’Afrique). Ce triple front, mené en pleine guerre froide avec un courage certain,2 aura le mérite de faire comprendre aux élites du pays que, pour traumatisants qu’ils aient été, les trois conflits récents avec l’Allemagne (1870, 1914–18, 1939–45) devaient désormais s’effacer devant la construction d’un destin commun. Le Vieux Continent n’était plus maître du monde, et son suicide à répétition n’entraînerait plus de guerres mondiales : les enjeux étaient ailleurs, la puissance aussi.
En revenant au pouvoir en 1958 et en fondant la Ve République, le général de Gaulle ne remet pas en cause les choix de ses prédécesseurs. Il développe même, jusqu’à l’incarner, une autre décision initiée elle aussi, en réalité, par les autorités de la IVe République : celle de faire entrer la France, au prix d’un formidable effort financier, dans le club des puissances nucléaires. Théorisant la dissuasion du faible au fort et le « pouvoir égalisateur de l’atome », c’est-à-dire l’utilité pour une puissance moyenne de posséder un arsenal nucléaire, même très inférieur à celui des superpuissances, la France proposait une vision originale de la guerre froide. Elle refusait en effet la logique des blocs qui lui était inhérente sans pour autant tomber dans la neutralité et moins encore dans le pacifisme. A partir de sa sortie des instances intégrées de l’OTAN en 1966 (mais non de l’Alliance atlantique), la posture française sera considérée par les successeurs du général de Gaulle, jusqu’à Nicolas Sarkozy, comme optimale : tout en bénéficiant de la protection américaine, la France gardait en effet son indépendance et sa marge de manœuvre. Dotée de l’arme nucléaire (que l’Allemagne n’avait pas) et d’une liberté de ton vis-à-vis de Washington (que la Grande-Bretagne n’exerçait pas), elle faisait figure d’acteur politique et militaire central en Europe. En théorisant à la fois la dissuasion adaptée aux puissances moyennes, la grandeur et l’intransigeance de l’indépendance nationale, la politique étrangère gaullienne allait donc imposer pour longtemps un consensus dans le pays.3
La fin de la guerre froide, qui a suivi la chute du Mur de Berlin en novembre 1989, met un terme à ce schéma. La logique des blocs, que la France avait mis un point d’honneur à critiquer, s’effaçait d’elle-même. La valeur ajoutée de la force de frappe française au sein de l’alliance se trouvait fortement relativisée avec la disparition de la menace soviétique. La capacité française d’intervention en Afrique, adoubée par les Alliés dans un contexte de lutte contre la progression communiste au Sud, perdait elle-aussi de sa légitimité. La réunification de l’Allemagne, puis l’élargissement d’une Europe devenue Union européenne, allaient encore remettre en cause la position de la France au cœur même de son environnement stratégique immédiat. Avec la fin de la guerre froide, c’est donc à la fois la fin d’une spécificité française en Europe, la fin d’une centralité européenne dans les relations internationales, et la fin d’une domination occidentale dans le monde, qui allaient progressivement s’observer. La crise de l’État comme acteur des relations internationales, désormais en concurrence avec des acteurs transnationaux (groupes religieux ou communautaires, compagnies privées, ONG, voire mafias et groupes terroristes…), ne faisait pas non plus le jeu d’une diplomatie française culturellement attachée à une centralité étatique qui imprégnait fortement son processus décisionnel. Face à cette nouvelle configuration, la France a gardé le cap d’un certain nombre de choix stratégiques primordiaux, tout en entamant, par la force des choses, une révision de ses instruments comme de sa posture.

Le maintien des grandes priorités

Paris n’était naturellement pas seul à être plongé dans l’incertitude stratégique, après la fin d’un système international qui avait marqué le monde depuis plus de quarante années. La nature ni tout à fait unipolaire, ni encore véritablement multipolaire du nouveau monde, la poursuite de conflits à dimension à la fois civile et internationale, ni interétatiques, ni exemptes d’interventions extérieures – comme les crises des Grands lacs en Afrique, en particulier l’exemple de la République démocratique du Congo –, l’apparition d’un terrorisme globalisé mais davantage fragmenté en « franchises » locales que fédéré sous une tutelle unique, ont remis en question la définition de la puissance, les modalités de l’usage de la force militaire, et même la notion de diplomatie dans son acception la plus classique. Dans cette tourmente, la France a choisi de réitérer trois principes forts de sa posture internationale, tout en cherchant à les faire évoluer.
En premier lieu, l’ambition de constituer une puissance à vocation globale (et non seulement régionale) fut maintenue. Deuxième réseau diplomatique du monde après les États-Unis,4 puissance militaire importante dotée de l’arme nucléaire, membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies, économie majeure, ancien empire colonial ayant maintenu des liens complexes mais souvent étroits avec ses anciennes colonies, défenseur ardent de la francophonie, et présente sur plusieurs continents de par la possession de territoires d’outre-mer,5 la France conserve indéniablement un certain nombre d’attributs de puissance. Au fil de plusieurs réformes des Affaires étrangères (la dernière datant de 2009), cette ambition globale n’a jamais été remise en cause : le réseau diplomatique, parfois critiqué pour son nombre important d’ambassades y compris dans des États d’importance parfois secondaire, a été rationnalisé en 20096 mais pas réduit. Présente diplomatiquement dans plusieurs négociations internationales (du Liban à la Côte d’Ivoire en passant par le Nagorny-Karabakh), militairement dans plusieurs conflits ou efforts de stabilisation,7 en pointe sur plusieurs grands dossiers globaux,8 la France compte toujours jouer un rôle bien au-delà de son seul environnement régional. Si le Livre Blanc sur la défense et la sécurité, publié en juillet 2008,9 limitait pour la première fois la zone d’intérêt à un arc géographique prioritaire allant de l’Atlantique nord à l’Océan indien, la volonté d’un message universel demeure, comme en témoignent les nombreux communiqués du Quai d’Orsay sur la plupart des événements internationaux, où qu’ils se déroulent.
Le deuxième credo immuable de la posture française concerne l’Europe politique. Paris souhaite toujours privilégier une approche par « l’Europe-puissance » plutôt que par « l’Europe-espace ». C’est-à-dire une Europe capable d’affirmer une identité politique sur la scène mondiale, et qui ne se contente pas d’être un grand marché. La fin du rideau de fer, au tournant des années 1990, a été perçue comme une occasion de faire progresser cette idée, qui avait été relancée par François Mitterrand au milieu des années 1980. Mais très vite, les désillusions de la défense et surtout de la politique étrangère commune européennes ont imposé le réalisme. Le refus américain d’accorder un commandement géographique de l’OTAN à l’Europe en échange d’un retour français dans les instances intégrées de l’OTAN (en 1996–97), l’affaiblissement progressif de « l’esprit de Saint- Malo »,11 qui en 1998 avait laissé espérer un progrès décisif après le ralliement de Tony Blair à l’idée d’une entité européenne de défense et d’action extérieure, la division des Européens au moment de la guerre irakienne de 2003, enfin le « non » français au référendum sur le traité européen en 2005, ont amené Paris à reporter ses ambitions en la matière. L’annonce par le président Sarkozy, en 2009, d’un retour dans le commandement intégré de l’OTAN, fut ainsi interprétée comme une rupture dans la vision stratégique française, qui aurait fini par admettre que la promesse lointaine d’une Europe puissance n’était pas en mesure de fournir une alternative à la garantie de sécurité, même très imparfaite, que constituait l’Alliance atlantique. L’interprétation est sans doute rapide, et la France continue en réalité d’encourager les opérations extérieures européennes au point d’en prendre souvent l’initiative et/ou le commandement, comme au Tchad-RCA en 2008–2009 ou bien encore en Ituri en 2003. De la même manière, le rapprochement opéré vis-à-vis de l’OTAN en 2009–2010 a été justifié par une volonté de lever le soupçon d’une incompatibilité entre l’attachement de la France à l’Europe politique, et sa loyauté vis-à-vis de l’OTAN. L’obstacle, admis aujourd’hui dans les plus hautes sphères, provient en réalité moins d’un déclin de l’idée européenne en France,12 que de l’isolement de Paris dans cette posture. La France semble être en effet l’un des derniers États européens à croire encore à cette piste : outre les pays qui n’ont aucune intention de s’investir davantage dans un effort de défense, la Grande-Bretagne, avec laquelle un accord stratégique important a été signé en novembre 2010, a fait savoir depuis lors son hostilité à la création d’un quartier général européen, tandis que l’Allemagne semble évoluer vers des choix stratégiques opposés à ceux de Paris. A cet égard l’abstention allemande sur la résolution 1973 des Nations Unies relative à l’intervention en Libye, mais plus encore le soutien allemand à une dénucléarisation de l’Europe, lors du sommet de l’OTAN à Lisbonne en novembre 2010, ont été perçus comme autant de signaux d’alarme à Paris.
Car le troisième pilier de la posture stratégique française, préservé en dépit des bouleversements politiques récents, est précisément le maintien de la dissuasion nucléaire au cœur de la doctrine de défense. Lancée sous la IVe République, devenue synonyme de souveraineté et d’appartenance au club des grandes puissances sous la présidence du général de Gaulle, confirmée par ses successeurs y compris par François Mitterrand qui avait raillé jadis « la bombinette », la force de dissuasion a fait l’objet de concessions unilatérales importantes,13 mais jamais d’une remise en cause. Représentant toujours une part importante du budget consacré à la défense, modernisée régulièrement, la dissuasion nucléaire reste difficilement détachable de l’identité française de défense. Elle symbolise l’appartenance au club des puissances de premier plan, l’indépendance nationale, la garantie d’une défense possible contre des ennemis supérieurs en nombre ou en capacités. Non incluse dans les négociations globales sur le désarmement entre l’OTAN et l’ancien Pacte de Varsovie du temps de la guerre froide, non négociable tant que d’autres États possèderont également l’arme nucléaire, la force de frappe française fait néanmoins l’objet d’une réflexion renouvelée aujourd’hui. En premier lieu parce qu’un certain type de menace, telle qu’elle s’est précisée dans les dernières années et notamment depuis les attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux États- Unis, ne peut plus faire l’objet d’un « traitement » nucléaire. Ensuite parce que le principe même de dissuasion devient caduc dès lors que l’on admet que des mesures supplémentaires sont nécessaires pour se protéger des ennemis qui n’auraient pas été dissuadés. C’est naturellement là tout l’enjeu du débat actuel sur la défense anti-missile en Europe. Enfin parce que la volonté américaine actuelle, promue par le président américain Barack Obama depuis le discours de Prague le 6 avril 2009, d’aller vers une dénucléarisation progressive du monde qui pourrait bien commencer par l’Europe, place la France dans une position délicate. Applaudie par les États non nucléaires de l’Union, cette initiative laisserait la France dans la posture inconfortable d’un « isolat nucléaire » si le Royaume-Uni venait à s’y rallier. En dépit de cette perspective (qui pour l’heure n’a rien de certain), la course à l’atome qui se trouve lancée aujourd’hui dans différents pays du Sud, pourrait néanmoins conforter à l’avenir le choix français de demeurer dans ce club des détenteurs de la force de frappe, quelle que soit la posture de ses voisins européens.

Les ruptures imposées

Si les trois éléments mentionnés ci-dessus – ambition globale, ambition européenne, force de dissuasion – ont survécu aux bouleversements internationaux successifs, des évolutions profondes se sont imposées dans d’autres domaines. En particulier en ce qui concerne l’instrument de l’action extérieure, les notions d’alliés et de partenaires, enfin le voisinage africain et méditerranéen.
En premier lieu, la multiplication des défis de la scène mondiale, des acteurs qui en sont à l’origine, et des thématiques ainsi placées sur l’agenda des décideurs,14 impose une nouvelle conception de l’action internationale et un renouveau de ses instruments. Appelés théoriquement à se démultiplier sur une infinité de dossiers sans avoir les moyens humains ni budgétaires de le faire, le diplomate et le soldat, pour reprendre les deux acteurs chers à Raymond Aron, doivent reconsidérer leur mission. La nature du village global, l’interdépendance de ses enjeux et la complexité de ses conflits supposeraient, pour un État de premier rang, un accroissement vertigineux du nombre de ses personnels diplomatiques dans le monde, et une capacité d’intervention militaire prête en permanence à envoyer sur la longue durée des contingents substantiels, sur plusieurs théâtres simultanés. La contrainte budgétaire telle qu’elle s’impose depuis plusieurs années et plus encore depuis la crise financière de 2008, entraîne le mouvement inverse : celui de la rationalisation, et d’un emploi optimisé sinon parcimonieux des ressources disponibles. Dans le même temps, la diplomatie est devenue autant multilatérale que bilatérale, l’influence s’exerce de façon plus indirecte par le smart power,15 et l’action militaire est davantage affaire de force de projection et de savoir faire précis, que d’armée de masse et de capacité de destruction. Le deuxième réseau diplomatique de monde, doublé de l’une des premières armées de la planète dotée de surcroît de l’arme nucléaire, ne peut naturellement faire l’économie de ces considérations.
Deuxième rupture imposée par les développements internationaux : le rapport aux concepts d’alliance et de partenariat. Dans la bipolarité, la France rejetait la logique des blocs, ne dénonçait pas pour autant son alliance (atlantique) mais adoptait avec le reste du monde une logique de partenariat ou au moins de reconnaissance : avec la Chine communiste en 1964 par exemple, mais aussi d’une certaine manière avec l’URSS toujours vue sous les traits de la Russie, avec le monde arabe, l’Amérique latine, etc. La fin de la logique des blocs rend cette posture moins originale et plus difficile à mettre en œuvre, tandis que la domination américaine rend la gestion de l’Alliance atlantique plus délicate. La France, comme d’autres, doit se poser la question de la nature de sa relation avec l’allié américain, avec les autres puissances dont la plupart sont émergentes, enfin avec le monde des « non-puissances », qui posent davantage problème par les inégalités dont elles souffrent et par les déstabilisations qui en résultent, que par l’ambition menaçante dont elles feraient preuve. Sur le premier point, la relation franco-américaine souffre clairement d’un manque de recul dans la réflexion. Hubert Védrine, lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères (1997–2002), avait tenté d’en résumer la philosophie souhaitable par la formule « amis, alliés, mais pas alignés ». Depuis lors, plusieurs d’occasion de clarifier cette relation furent manquées : la crise irakienne de 2002–2003 a empêché de revoir sereinement le lien transatlantique, et la victoire électorale de Barack Obama en novembre 2008, qui suivait elle-même l’élection, en mai de l’année précédente, d’un président Sarkozy bien disposé à l’égard des États-Unis, n’a pas non plus débouché sur la refondation attendue. Les difficultés de l’Europe politique, la crise financière, l’Afghanistan, l’avenir de la dissuasion, entre autres, ont repoussé la remise à plat nécessaire. Paris doit aussi, dans le même temps, penser ses autres partenariats. Si les États-Unis sont les Alliés par excellence, que signifie l’Union européenne ? Si les grands émergents autoritaires ou semi-autoritaires (comme la Chine, en passe de devenir le nouveau peer competitor des États-Unis, ou la Russie) ne sont plus des ennemis, jusqu’où peuvent-ils être considérés comme partenaires ? Si les grands pays démocratiques non occidentaux (Brésil, Inde, Japon, Corée du Sud, Mexique, Afrique du Sud…) peuvent sans conteste être des partenaires, peut-on aller jusqu’à les inclure dans une alliance ? Avec la disparition de l’ennemi, on découvre que ce sont également les concepts d’allié et de partenaire qui se sont brouillés. Sur ce point là également, une posture doit être formulée.
Enfin, le voisinage stratégique méridional de la France s’est considérablement transformé depuis vingt ans, avec une accélération majeure dans les dernières années. On considérait traditionnellement, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, que la France entretenait trois cercles de priorité dans sa politique étrangère. Le premier d’entre eux était l’Europe, qui constituait et constitue toujours le cadre naturel de son action politique. Le deuxième était l’Alliance atlantique, dominée par les États- Unis, puissance globale et protectrice de la sécurité des européens. Le troisième enfin, souvent qualifié de « cercle de la francophonie », rassemblait en réalité l’Afrique subsaharienne et la Méditerranée (de l’Afrique du Nord au Proche-Orient). Ce « troisième cercle » hérité à la fois de l’histoire et de la géographie, qui semblait d’autant plus familier aux décideurs français qu’il comptait un certain nombre d’anciennes colonies, a vu son visage se transformer profondément.
En Afrique, les vies politiques se sont diversifiées, le régionalisme s’est organisé, les sociétés ont évolué, les conflits se sont complexifiés. Le continent noir n’est plus cet espace où la France, pour reprendre une formule célèbre, pouvait changer le cours de l’Histoire (c’est-à-dire abattre un régime ou le rétablir) avec une poignée d’hommes et quelques avions. Si la France a montré en Côte d’Ivoire, au printemps 2011, qu’elle était toujours en mesure de participer efficacement à un règlement politique africain majeur, les années précédentes avaient également montré les limites de cette action.17 L’Afrique reste une pièce majeure de la vision stratégique française, tout comme la France reste l’une des rares puissances à entretenir une vision de l’Afrique, et à souhaiter s’y impliquer. Les paramètres de cette interaction ont néanmoins profondément évolué, et il convient d’en tenir compte. Il en va de même pour l’espace méditerranéen, avec lequel les liens sont intangibles compte tenu des interactions sociales et économiques entre les deux rives, mais qui connaît des mutations importantes. La « politique arabe » lancée par le général de Gaulle et remise au goût du jour par Jacques Chirac lors d’un discours à l’Université du Caire en 1996, a progressivement été remplacée depuis par une politique euro-méditerranéenne englobant également Israël et la Turquie. De la même manière que l’irruption de nouvelles diplomaties dans le Golfe (en Arabie Saoudite mais aussi au Qatar), et la confirmation de l’Iran comme puissance régionale (d’abord avec la Révolution islamique de 1979, mais surtout à la faveur du conflit irakien, de l’imbroglio libanais, et de l’isolement syrien), ont redistribué les cartes. Avec les révolutions arabes qui ont éclaté en 2011, et qui, en septembre 2011, avaient déjà eu raison de plusieurs régimes (en Tunisie, Egypte, Libye), en avaient déstabilisé fortement d’autres (Yémen, Bahreïn, Syrie), imposé ailleurs encore la réforme (Maroc, Jordanie) ou des programmes de subsides importants (dans le Golfe et en Algérie), c’est toute une vision française et même européenne de la Méditerranée et du Proche-Orient qui doit être revue. Si ces événements ont confirmé le bienfondé de l’intuition sarkozienne de 2008, qui avait vu, avec le lancement de l’« Union pour la Méditerranée », l’importance de rétablir un dialogue global dans cette région, ils exigent d’en revoir les modalités. Si le rôle joué par Paris dans la victoire des insurgés libyens en août 2011 a permis d’oublier que les épisodes tunisien et égyptien avaient pris la France au dépourvu, les blocages israélo-palestiniens, libanais, syriens, iraniens, ainsi qu’une relation toujours tendue avec Ankara, demeurent autant de problème à résoudre sur l’agenda.
En France comme ailleurs, un triple dilemme s’annonce entre éthique de responsabilité (qui empêche d’agir tous azimuts) et éthique de conviction (qui imposerait parfois moralement de le faire), entre intérêt de possession (qui pousse à la concurrence internationale) et intérêt de milieu (qui pousse à la coopération et au partenariat), entre la marginalisation qui guette en cas de non implication dans les grands dossiers internationaux, et l’engrenage qui menace en cas de choix inverse (les cas tunisien et libyen, en 2011 en ont fourni l’illustration). Ces termes d’une équation qui n’en finit pas de multiplier ses inconnues à mesure que les sociétés s’invitent dans la politique internationale, exigent une révision de la pensée, une révision des perceptions, une révision des instruments. La pensée doit s’adapter à une menace mouvante, la perception d’un monde nécessairement polaire comme celui de la guerre froide n’est plus valable, et les instruments sont devenus coûteux. Ces exigences présideront, vraisemblablement, au nécessaire renouveau de l’analyse stratégique. Celui-ci s’annonce stimulant, mais loin d’être simple.

* Directrice d’édition et Rédaction - Herausgeber und Redaktion: Claire Demesmay und Katrin Sold - Kontakt: Claire Demesmay demesmay@dgap.org - Forschungsinstitut der Deutschen Gesellschaft für Auswärtige Politik - DGAPanalyse Frankreich November 2011 N° 10
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Frédéric Charillon est professeur des universités en science politique, directeur de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole Militaire (Paris) et auteur de nombreux travaux sur l’action extérieure de la France. Notamment : La France peut-elle encore agir sur le monde ? (Paris 2010), La poli¬tique étrangère française. De la fin de la guerre froide aux révolutions arabes (Paris 2011).
Die DGAP trägt mit wissenschaftlichen Untersuchungen und Veröffentlichungen zur Bewertung internationaler Entwicklungen und zur Diskussion hierüber bei. Die in den Veröffentlichungen geäußerten Meinungen sind die der Autoren. Die DGAPanalysen Frankreich erscheinen im Rahmen des Deutsch-französischen Zukunftsdialogs.

Notes

1 Voir par exemple R. Smith, The Utility of Force: The Art of War in the Modern World, Londres / New York, NY, 2007. 2 Puisqu’il fallait tenir compte à la fois d’un parti communiste puissant (près de 25 % des voix aux élections) doté de solides relais syndicaux, et d’une opposition gaulliste qui n’hésitait pas à s’allier aux communistes sur certains enjeux, comme la création d’une communauté européenne de défense en 1954. Sur cette période voir l’ouvrage de référence d’Alfred Grosser, La IVe République et sa politique extérieure, Paris 1961. 3 Voir Philip H. Gordon, A Certain Idea of France: French Security Policy and the Gaullist Legacy, Princeton, NJ, 1993. 4 Avec plus de 160 ambassades en 2010. Voir F. Charillon, La politique étrangère française. De la fin de la guerre froide aux révolutions arabes, Paris 2011. 5 notamment dans les Caraïbes et en Amérique du Sud, dans l’Océan Indien et dans le Pacifique Sud. 6 On compte désormais trois types d’ambassade, à vocation globale, sectorielle (focalisée sur quelques dossiers précis de la relation bilatérale), ou de simple présence. 7 Depuis 2010, l’armée française est présente en opération en Afghanistan, dans la FINUL au Liban, au Kosovo, en Côte d’Ivoire, au Tchad, dans les opérations de lutte contre la piraterie maritime, et bien sûr elle fut en pointe dans les opérations aériennes en Libye. Pour un total d’environ 10 600 hommes en opérations extérieures à l’été 2011. 8 comme l’exception des biens culturels dans le commerce international dans les années 1990, la distribution des médicaments génériques dans les pays pauvres dans les années 2000, ou la lutte contre le réchauffement climatique. 9 Livre Blanc défense et sécurité nationales, Paris 2008. 10 Voir <http://www.diplomatie.gouv.fr>, et notamment le point de presse quotidien du ministère. 11 Lors du sommet franco-britannique du 4 décembre 1998 à Saint-Malo, les responsables des deux pays ont déclaré vouloir « doter l’Union d’une capacité de décision et d’action autonome pour intervenir dans les crises en Europe lorsque l’Alliance n’est pas engagée ». Cet accord est généralement considéré comme un moment fondateur de l’Europe de la défense. Voir la déclaration : <http://www. ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/europe-defense/declaration-saintmalo.shtml>. 12 Le débat politique qui s’annonce pour la campagne de 2012 devrait à cet égard voir surgir plusieurs projets de relance de l’Europe politique. 13 sous François Mitterrand et Jacques Chirac, avec le démantèlement de plusieurs installations (comme le plateau d’Albion qui abritait des bases de lancement, ou le centre d’essais nucléaire de Mururoa dans le Pacifique Sud), l’arrêt de programmes d’armements, l’arrêt des essais ou l’abaissement du nombre des têtes nucléaires jusqu’au « seuil de crédibilité ». 14 Depuis l’environnement jusqu’à la prolifération en passant par la sortie de conflit, la sécurité alimentaire, la santé, les droits de la femme, la diversité culturelle et religieuse, etc. 15 Joseph S. Nye, The Future of Power, New York, NY, 2011. 16 Voir F. Charillon, « La France, la Méditerranée et l’Afrique, vers une refondation du troisième cercle », Le Monde, 8.4.2011. 17 Avec près de 5000 hommes engagés à certaines époques dans l’opération Licorne (engagée en 2002), Paris n’a pas été en mesure, pendant plusieurs années, de faire plus que de séparer les adversaires du conflit qui minait le pays.

Ce texte a été publié sur le site de la Deutsche Gesellschaft für Auswärtige Politik (DGAP) dans le cadre du Dialogue d’avenir franco-allemand, un projet mené en coopération par la DGAP, l’Institut français des relations internationales et la Fondation Robert Bosch.

 

 

 

 

 

 

 

 

▪ Publication de l'indice annuel Global Peace Index 2011, qui classe les pays en fonction de leur niveau de paix

Un monde toujours un peu moins pacifié, pour la troisième année consécutive.

De nombreux changements dans le classement 2011 dus au « Printemps arabe ».
En 2010, la violence a coûté à l’économie mondiale plus de 8 000 milliards de dollars.
La Libye dégringole de 83 places au classement ; la chute la plus importante dans l’histoire du Global Peace Index.
La Somalie supplante l’Irak au bas du classement et devient la nation la moins pacifiée au monde.
L’Islande se remet de ses problèmes économiques et se retrouve dans les premiers.

 

La menace terroriste et la probabilité de manifestations violentes sont les deux principaux fateurs[1] ayant contribué à faire reculer la paix dans le monde en 2011, selon le dernier Global Peace Index (GPI) publié aujourd’hui. Il s'agit de la troisième année consécutive où le GPI, conçu par l’Institute for Economics & Peace (IEP), indique que le niveau de paix a baissé à travers le monde ; avec pour conséquence un coût de 8 012 milliards de dollars pour l'économie mondiale l'an dernier.

 

Le GPI est le premier indice international de mesure de la paix dans le monde. Il évalue les conflits internationaux et domestiques actuels, les niveaux de sûreté, de sécurité ainsi que le militarisme dans la société, au sein de 153 pays, ceci en tenant compte de 23 indices différents.

 

L’indice 2011 illustre de façon prédominante l’impact du « Printemps arabe » sur les classements des pays. La Libye (143ème) chute de façon considérable, de 83 places. Le Bahreïn (123ème), de 51 places (la deuxième chute la plus importante). L’Egypte (73ème), de 24 places. L’agitation causée par l’instabilité économique a également entraîné le déclin du niveau de paix en Grèce (65ème), en Italie (45ème), en Espagne (28ème), au Portugal (17ème) et en Irlande (11ème).

 

« Les changements dans l’indice de cette année sont fortement corrélés aux conflits entre les citoyens et leurs gouvernements. Les nations doivent absolument trouver d’autres moyens que l'usage de la force armée pour assurer la stabilité de leur pays », déclare Steve Killelea, fondateur et Président de l’IEP. « Malgré une décennie de lutte contre le terrorisme, le risque s'est accru cette année et les petits progrès enregistrés les années précédentes ont complètement été effacés.

 

Toutefois, alors que le niveau général de la paix dans le monde continue de décroître, certains éléments analysés cette année – comme les niveaux de dépenses militaires et les relations entre pays voisins – ont permis de constater que la paix s'était sporadiquement accrue en certains endroits. « Aujourd'hui, on admet de plus en plus que la paix génère ses propres dividendes. Nos recherches ont mis en lumière huit critères liés aux attitudes et aux structures sociales[2] garants de paix sur le long terme, » ajoute M. Killelea.

 

C'est grâce à un score élevé, à l'aune de ces huit critères, que l’Islande retrouve sa position dans les premières places du classement cette année, après avoir chuté l'an passé suite aux violentes manifestations que le pays avait connues, liées à l'effondrement de sa monnaie et de son système financier. Et les scores élevés du Japon en matière de gouvernance expliquent pourquoi le pays a su conserver sa position au classement, malgré l'impact terrible sur la population des tremblements de terre et du tsunami cette année.

 

POINTS A NOTER

 

Si le monde avait été seulement 25 % plus paisible au cours de l’année écoulée, il aurait connu un élan économique évalué à plus de 2 000 milliards de dollars US. Une somme qui permettrait de payer les 2 % du PIB mondial investis à travers le monde[3] pour combattre les conséquences du changement climatique selon le Rapport Stern ; de couvrir les coûts nécessaires à la réalisation des Objectifs Du Millénaire pour le développement[4] ; de mettre fin à la dette publique de la Grèce, du Portugal et de l'Irlande[5] ; de payer en une fois les coûts de reconstruction engendrés par la catastrophe naturelle la plus dispendieuse de l’histoire humaine[6], le tsunami et les tremblements de terre de 2011 au Japon.
• Pour la première fois, l’Irak (152ème) quitte le bas du classement. L’Islande est le pays le plus en paix, suivi par la Nouvelle-Zélande, le Japon, le Danemark et la République tchèque.
• L’Afrique subsaharienne demeure la région la moins paisible, avec 40 % des pays les moins pacifiés au monde ; le Soudan (151ème) et la Somalie (153ème) sont relégués au fond du classement cette année.
• Pour la cinquième année consécutive, l’Europe occidentale est la région la plus en paix, une majorité des pays européens se classant dans les 20 premiers de l'indice.
• L'admission au sein de l’Union européenne semble avoir eu une influence positive sur les nouveaux pays-membres d’Europe centrale et occidentale : ainsi, la République tchèque se hisse à la 5ème place pour la première fois et la Slovénie arrive en 10ème position.
• Quatre pays scandinaves se trouvent dans les 10 premiers, mais la Suède se retrouve 13ème pénalisée par son industrie de l'armement et le volume de ses exportations d’armes conventionnelles.
• Le classement des pays d’Amérique de Nord s’est légèrement amélioré depuis l’an dernier. Le Canada (8ème) gagne 6 places au classement de cette année. Les Etats-Unis d'Amérique sont peu ou prou à la même place, passant toutefois de la 85ème à la 82ème.

 

Les résultats du GPI, les cartes et tableaux affiliés, peuvent être consultés sur: www.visionofhumanity.org.

 

À propos de l’Institute for Economics & Peace = L’Institute for Economics & Peace (IEP = Institut sur les aspects économiques de la paix) est un institut de recherche international se destinant à mieux comprendre les relations étroites entre commerce, paix et économie, en s’orientant plus particulièrement sur les avantages économiques de la paix. Les recherches novatrices de l’Institut portent notamment sur la création du Global Peace Index, un indice mesurant le niveau de paix dans le monde qui est le premier à estimer le niveau de la paix des différents pays du monde. L’Institut publie également des analyses spécifiques à chaque pays. L’IEP est une organisation indépendante à but non lucratif, sans partis pris dont les bureaux se trouvent à Sydney et à New York. L’IEP collabore avec de nombreuses grandes organisations dans le monde, notamment l’Aspen Institute, l’Economist Intelligence Unit, l’Earth Institute de l’université de Colombie, le Club de Madrid, l’université Monash et le Center for Strategic and International Studies (CSIS). Il collabore également avec des organisations multinationales et notamment la Banque mondiale, l’OCDE et les Nations-Unies.
 

Londres, le 25 mai 2011
Contacts presse France : Thierry Derrien, thierry.derrien@hillandknowlton.com, 01 41 05 44 64 ; Stéphanie Constantin, stephanie.constantin@hillandknowlton.com, 01 41 05 44 16 ; Asmaa Nafi, asmaa.nafi@hillandknowlton.com, 01 41 05 44 10


 

 

▪ La Méditerranée attend l'Europe

Cet article date de février 2011, mais nous le conservons encore en ligne en raison de l'actualité renouvelée de ses vues. Malgré le glissement vers l'islamisme dans le Maghreb, en Egypte et peut-être en Libye, l'Europe doit rester présente dans cette région riveraine de la "mare nostrum", avec son économie, son assistance médicale et humanitaire et sa culture politique, sa philosophie, son message humaniste. Les révolutions ont été menées par des jeunes formés à la culture occidentale et avides de liberté. Les scrutins qui ont suivi ont donné la parole à des couches de population moins instruites, pauvres et crédules. Les partis islamiques ont pu ainsi voler la révolution aux révolutionnaires. Dans les années à venir, il se peut que l'installation des nouveaux pouvoirs islamiques crée de nouvelles frustrations, pires peut-être que celles que faisaient naître les potentats que l'on a éliminés. Mais les chefs religieux ne pourront pas éternellement étouffer le désir de liberté et d'autodétermination des peuples. On le voit bien par exemple à ce qui se passe en Iran où le régime théocratique et totalitaire écrase brutalement l'aspiration à une vraie démocratie, mais où la révolte renaît sans cesse de ses cendres. S'ajoute que la stabilité momentanée que pourrait apporter l'islam, peut freiner le développement. Qu'elle peut aussi créer des problèmes relationnels avec l'Europe. Pour le moment, nous autres Européens qui vivons une crise et une récession ne sommes pas très bien placés pour donner des leçons. Les Egyptiens, les Tunisiens regardent plutôt vers la Turquie qui culmine à 8% de croissance de son PIB malgré son gouvernement islamique. Le journaliste Anthony Shahid, tué le 16 février en Syrie, écrivait dans le "New York Times" qu'il faut faire confiance à certains islamistes qui ont subi la terreur et la torture et qui ont réfléchi en exil, notamment en Grande-Bretagne, à de nouvelles formes de démocratie et de liberté. "Les Islamistes tunisiens rêvent de démocratie - Leur credo: bâtir un modèle pour le monde arabe", écrivait-il. Il faut leur laisser cette chance. De toute manière, nous n'avons pas le choix. Mais il faut suivre de très près l'évolution de ces pays et défendre les petits partis démocratiques et les médias antitotalitaires qui sont les germes de la paix future sur le pourtour de la Méditerranée. Il faut aussi nous défendre contre l'islamisation de l'Europe que les islamistes arabes ne vont pas tenter de réaliser.

Contrairement aux idées reçues, l'Union européenne est très présente en Méditerranée. Elle y consacre les trois quarts des 5,6 milliards d'euro que l'Instrument européen de voisinage et de partenariat a dépensé entre 2007 et 2010. Il en ira de même pour la période 2011-2013. Ainsi l'aide directe aux 10 pays du Sud méditerranéen atteint-il déjà 3 milliards d'euro. A ces sommes s'ajoute l'énorme effort d'investissement entrepris par la Banque européenne d'Investissement (BEI), qui a prêté 8,5 milliards entre 2002 et 2008 et s'est déclarée en mesure de consacrer 300 milliards d'euro aux infrastructures de cette région d'ici 2030. Par ailleurs, les Etats membres consacrent d'importants moyens à l'aide bilatérale aux Etats et aux peuples de la Méditerranée. La France n'est pas en reste qui mobilise près de 700 millions euro par an, le premier budget européen, à l'aide à la gouvernance, au développement économique, à la société civile, la santé et l'éducation. Enfin, à travers les deux modestes missions de la politique européenne de sécurité et de défense, mais surtout les cinq missions de l'ONU présentes du Sahara occidental au Golan en passant par le Liban et Chypre, l'Europe est présente, ne serait-ce que par ses cinq principaux contributeurs à ces opérations (Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie, Espagne) pour qui la charge financière s'accroît ainsi de 235 millions d'euro par an.

Pourquoi donc a-t-elle le sentiment de ne pas être à la hauteur des évènements actuels?
Vraisemblablement parce que ces programmes d'aide, déjà largement conditionnés au respect des droits de l'Homme et aux règles de l'état de droit, sont très dispersés, ne sont pas suffisamment pensés en termes stratégiques et développés en actions concentrées. Mais plus certainement parce qu'ils manquent d'une visibilité forte, un message adressé d'abord aux peuples avant d'être dispensés aux gouvernements.

Il n'est certes pas facile de prendre la mesure de la vague qui emporte des régimes non démocratiques. A l'absence durable de libertés civiles, devenue insupportable en l'absence de réformes et de perspectives d'évolution, s'agrège le constat d'inégalités criantes nourries par la corruption. Et la jeunesse si nombreuse de ces pays, instruite des formidables mutations d'un monde en croissance, utilisatrice des technologies de communication modernes, ne supporte pas de rester à l'écart de progrès de plus en plus partagés. Elle préfère l'incertitude d'explosions révolutionnaires au statut quo désespérant. Cela n'est pas sans danger, mais c'est désormais un fait avéré qui a pris tout le monde par surprise.
Pour l'Europe, continent de paix et de liberté, prospère et riche malgré la crise, le défi est immense comme il l'est d'ailleurs pour l'ensemble du monde occidental. Mais il n'y a pas d'alternative: elle doit être aux côtés de ceux qui réclament la démocratie, le respect des droits de la personne et de l'état de droit. A ne pas le faire, elle manquerait à ses devoirs élémentaires, car c'est son message fondateur.

Il lui appartient donc au plus vite de prendre le parti osé de l'aspiration démocratique, de jouer le jeu des libertés et de les promouvoir, tout en concentrant ses aides et son assistance sur des projets concrets, susceptibles de soutenir le décollage économique des pays méditerranéens. Et de ne pas se crisper sur ses craintes, mais d'offrir un visage accueillant à ceux qui, souvent, n'ont d'yeux que pour son modèle.

L'inspiration de l'Union pour la Méditerranée était la bonne même si sa mise en œuvre a été difficile. Une grande part de l'histoire européenne, très souvent originaire de sa périphérie, puise sa source sur les rives de la Mare Nostrum. Il n'y a pas d'avenir durable pour la construction européenne sans une Méditerranée prospère et démocratique, premier pas vers une Afrique stabilisée.

                                                          Publié sur le site www.jd-giuliani.eu par Jean Dominique Giuliani (28/02/2011)

 

 ▪ Le Hezbollah, le long bras de l'Iran     

 Le parti armé Hezbollah qui a pris le Liban en otage, s'est élevé à une position de dominance sans précédent dans le gouvernement libanais, donnant à ses principaux patrons – la Syrie et l'Iran – davantage de pouvoir dans le pays et la région.  Après cinq mois sans gouvernement opérationnel, le Premier ministre libanais Najib Mikati avait annoncé en juin dernier un cabinet dans lequel le Hezbollah chiite – une organisation désignée comme terroriste par les Etats-Unis – et ses alliés détenaient la majorité des sièges. [1] " Le Liban est un pays qui est maintenant pris en otage par le régime syrien et le Hezbollah, " a dit un chef de l'opposition libanaise. [2]

Le président syrien, Bashar al-Assad, et le ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, avaient approuvé le nouveau cabinet. [3] Le nouveau Premier ministre libanais a promis de poursuivre de bonnes relations avec la Syrie. [4] Mais actuellement, la situation s'est compliquée suite à la guerre civile qui fait rage dans ce pays.

Le bras long de l'Iran

Le Hezbollah a été créé par les Gardiens de la révolution iranienne (GRI) en 1982.
Au fil du temps, l'Iran et la Syrie ont transformé le groupe militant chiite en une force militaire efficace, lui fournissant formation et armes, ainsi qu'une aide politique, diplomatique et organisationnelle. [5] Le Hezbollah aide Téhéran et Damas à faire avancer leurs agendas politiques dans la région et au-delà. L'Iran perçoit son mandataire libanais " comme un partenaire essentiel pour faire avancer ses objectifs politiques régionaux, " a affirmé le Pentagone dans un rapport en 2010. [6] De nombreux analystes notent que le Hezbollah s'est propagé au Proche-Orient, en Asie centrale, en Europe, en Amérique Latine et en Afrique. [7] L'ancien directeur du CIA, George Tenet, a témoigné devant le Comité des forces armées du Sénat des Etats-Unis en 2003 que " le Hezbollah, comme organisation terroriste avec une capacité et une présence internationales, est l'équivalent d'Al-Qaïda, sinon une organisation bien plus capable. "  [8]

" Le Hezbollah possède plus de roquettes que la plupart des Etats "

L'Iran dédie 100 à 200 millions de dollars américains par an au soutien du Hezbollah et a formé des milliers de combattants du groupe dans des camps militaires en Iran. [9] Depuis la fin de la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah, l'Iran a aidé le Hezbollah à se réarmer, en violation de la Résolution 1701 du Conseil de sécurité de l'ONU.[10] On estime que le Hezbollah possède maintenant près de 40 000 roquettes.[11] Selon le secrétaire à la défense américain, Robert Gates, le Hezbollah est armé de plus de missiles et roquettes que la plupart des Etats, et probablement avec des ogives biologiques ou chimiques. Il a également mis en garde que les missiles de croisière du Hezbollah d'une portée de 105 kilomètres pourraient menacer les navires américains. [12] Plus tôt cette année, le Washington Post a obtenu une carte localisant 550 bunkers, 300 sites de surveillance et 100 autres usines au Liban qui, selon Israël, appartiendraient au Hezbollah.[13] En effet, le Hezbollah affirme avoir un arsenal plus important aujourd'hui qu'en 2006. [14] En février 2007, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a admis que son organisation se réarmait et transportait secrètement des armes vers le Sud du pays. [15] Ces armes sont acheminées de l'Iran à la Syrie, et directement de la Syrie au Hezbollah. [16]

Le Hezbollah obéit à l'Iran

De nombreux officiels iraniens haut placés ont ouvertement reconnu le soutien de Téhéran à son mandataire libanais. En janvier 2011, le porte-parole du parlement iranien, Ali Larijani, a ainsi déclaré: " C'est la politique iranienne de combattre l'arrogance internationale et de soutenir les opprimés, alors nous disons ouvertement que nous soutenons le Hezbollah et le Hamas. " [17]

Ali Akbar Velayati, principal conseiller du Guide Suprême, a également affirmé : " Je peux vous dire en toute sincérité que l'Iran a soutenu totalement et complètement le Hezbollah, et le Hezbollah se sent redevable envers les dirigeants iraniens. "[18]

Les officiels du Hezbollah, quant à eux, ont déclaré que le groupe suit le Guide suprême iranien, Ali Khamenei. Un des responsables du Hezbollah a dévoilé que le secrétaire général du groupe, Hassan Nasrallah, conçoit l'obéissance au Guide Suprême iranien " comme un principe ". [19] Enfin, selon le secrétaire général adjoint de l'organisation, Naim Qassem, le Hezbollah demande l'autorisation du Guide iranien avant de lancer toute opération. [20]  

Contact: emanuelle.vesely@realite-eu.org 
Références : 

[1] “Militant Hezbollah secures dominance in Lebanon”, AP, June 13, 2011,
http://www.msnbc.msn.com/id/43383451/ns/world_news-mideast_n_africa/t/militant-hezbollah-secures-dominance-lebanon/ [2] "Lebanon 'hostage' to Syria, Hezbollah: opposition", AFP, June 14, 2011, http://www.dailystar.com.lb/News/Politics/2011/Jun-14/Lebanon-hostage-to-Syria-Hezbollah-opposition.ashx#axzz1PGRGMqNy [3] “Iran welcomes new government formation in Lebanon”, ISNA, http://www.isna.ir/ISNA/NewsView.aspx?ID=News-1787348&Lang=E [4] “In Lebanon, New Cabinet Is Influenced by Hezbollah”, NYT, June 14, 2011 http://www.nytimes.com/2011/06/14/world/
middleeast/14lebanon.html?_r=1
[5] http://www.state.gov/s/ct/rls/crt/2009/140900.htm  [6]"DoD - Unclassified Report on Military Power of Iran", April 2010, http://www.scribd.com/doc/30277432/DoD-Unclassified-Report-on-Military-Power-of-Iran  [7] "Iran election: Tehran backs Hizbollah operations around world", The Telegraph, June 26, 2009, http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/
middleeast/iran/5651837/Iran-election-Tehran-backs-Hizbollah-operations-around-world.html
[8] "Iranian State Sponsorship of Terror: Threatening U.S. Security, Global Stability, and Regional Peace", February 16, 2005, http://www.washingtoninstitute.org/html/pdf/Iran-Testimony-2-16-05.pdf [9] http://www.state.gov/s/ct/rls/crt/2009/140889.htm  [10] Ibid. [11] “Hezbollah stockpiles 40,000 rockets near Israel border”, The Times, August 5, 2009, http://www.timesonline.co.uk/tol/news/world/middle_east/article6739175.ece [12] “U.S. military needs flexibility due to poor predictions, Gates says”, CNN, May 24, 2009, http://edition.cnn.com/2011/POLITICS/05/24/gates.speech/ [13] “Israel releases map of Hezbollah bunkers in Lebanon”, YNET, March 30, 2011, http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4050124,00.html [14] http://www.state.gov/s/ct/rls/crt/2009/140889.htm [15] ”Free Shiite Movement Criticizes Nasrallah”, LBC, Naharnet, AFP, November 2, 2007, http://www.cedarsrevolution.net/jtphp/index.php?option=com_content&task=view&id=815&Itemid=30 [16] http://www.state.gov/s/ct/rls/crt/2009/140889.htm [17] “Iran will stand by Hezbollah and Hamas’”, Tehran Times, January 5, 2011, http://www.tehrantimes.com/index_View.asp?code=233569
[18] Al-Jazeera,
July 25, 2009 [19] "Official: Nasrallah Follows Path of Iranian Leader", Fars News Agency, August, 16, 2009, http://english.farsnews.com/newstext.php?nn=8805251447 [20] Al-Kawthar TV, April 16, 2007 [12] “U.S. military needs flexibility due to poor predictions, Gates says”, CNN, May 24, 2009, http://edition.cnn.com/2011/POLITICS/05/24/gates.speech/ [13] “Israel releases map of Hezbollah bunkers in Lebanon”, YNET, March 30, 2011, http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4050124,00.html [14] http://www.state.gov/s/ct/rls/crt/2009/140889.htm [15] ”Free Shiite Movement Criticizes Nasrallah”, LBC, Naharnet, AFP, November 2, 2007, http://www.cedarsrevolution.net/jtphp/index.php?option=com_content&task=view&id=815&Itemid=30 [16] http://www.state.gov/s/ct/rls/crt/2009/140889.htm [17] “Iran will stand by Hezbollah and Hamas’”, Tehran Times, January 5, 2011, http://www.tehrantimes.com/index_View.asp?code=233569
[18] Al-Jazeera,
July 25, 2009 [19] "Official: Nasrallah Follows Path of Iranian Leader", Fars News Agency, August, 16, 2009, http://english.farsnews.com/newstext.php?nn=8805251447 [20] Al-Kawthar TV, April 16, 2007

 

▪ Quatre pays européens condamnent les colonies israéliennes

L’Allemagne, la France, le Portugal et le Royaume-Uni ont publié une déclaration commune condamnant la décision d’Israël de lancer la construction de 1 028 logements dans les colonies de Jérusalem-Est et de Cisjordanie. Ils estiment que cette décision « envoie un message accablant » aux intentions d’Israël. Plus que jamais, l’Europe se voit contrainte de tenir compte des objections des pays arabes et cette initiative européenne s’inscrit bien dans ce cadre purement diplomatique, car l’Europe n’est aucunement gênée par les projets israéliens. Israël voit les choses différemment, bien entendu. Pour l’Etat hébreux, il s’agit d’une opération à caractère social et intégratif.

La Municipalité de Jérusalem dévoile un plan de plusieurs milliers de nouveaux logements pour les arabes de la ville

L'Adjoint au maire déclare que la ville va créer de nouveaux logements pour tous les résidents
La ville s'assure que tous les logements soient dans les limites géographiques légales de la ville
Ce sont les questions topographiques et non politiques qui font obstacle

Le plan directeur a été présenté le 22 novembre à la presse étrangère lors d'un briefing spécial organisé par The Israel Project. Il comprend un total de 27 000 nouveaux logements pour les habitants juifs et arabes. L'Adjoint au Maire Naomi Tzur a souligné qu'il n'y aurait pas de nouveaux quartiers pour les Juifs et que tous les projets de nouveaux logements ont été faits dans le respect de la politique officielle de la municipalité afin de ne construire que dans les limites géographiques légales de la ville.
Le plan intègre des logements pour les zones ethniques mixtes, comme la proposition de Givat Hamatos, qui jouxte les quartiers à prédominance juive de Gilo et de Talpiot, et le quartier arabe de Beit Safafa. Environ un tiers des unités de logements proposés sont prévus pour 2800 arabes - en concordance avec l'équilibre démographique de la ville.
Naomi Tsur a souligné que la zone "sera un quartier comme les autres construit dans le périmètre de la ville de Jérusalem. Nous construisons et développons pour toutes les populations de Jérusalem dans cette zone géographique."
Tsur a averti que de nombreuses années s’écouleront avant que ces annonces voient le jour sur le terrain.
“Les gens ne comprennent pas la hiérarchie du système de planification", a déclaré Tzur. Elle a expliqué que différents niveaux de la planification avaient à chaque fois été approuvés localement et régionalement "le public peut soumettre des objections qui doivent ensuite être analysées et traitées.”
Le zonage et les procédures complexes de construction qui freinent les entrepreneurs sont similaires à ceux de n'importe quelle grande ville dans le monde, a-t-elle ajouté. "Cela prend beaucoup de temps, parce que quoi que vous fassiez dans un processus de planification démocratique, il y a toutes ces étapes à respecter tout au long du chemin pour prendre en compte les objections. Je ne voudrais pas qu'il en soit autrement, mais cela prend beaucoup de temps pour y arriver.”
"Dans toutes les discussions vous trouverez un même consensus parmi les habitants de Jérusalem, qu'ils soient Palestiniens ou Israéliens: ils souhaitent que la ville reste unie, et que chaque zone s'intègre dans ce complexe fascinant de quartiers définis par l'ethnicité, la culture ou la religion, et où tous partagent le domaine public."

 

▪ Le Hamas se réconcilie avec le Fatah, mais l’Iran reste son partenaire privilégié   

L’Iran fournit armes, entrainement et financement au Hamas

 

Le Hamas (dont l'acronyme signifie « mouvement de résistance islamique ») est considéré comme une organisation terroriste par les Etats-Unis, l'Union Européenne, Israël, et d’autres pays.

Principal mouvement islamique dans les territoires palestiniens, le Hamas est issu de la nébuleuse des Frères Musulmans et fut établi en 1987. Durant les années 1990, le Hamas était lié aux états arabes sunnites, en particulier l’Arabie Saoudite et la Syrie, qui héberge jusqu’aujourd’hui les dirigeants du Hamas.

Cependant, plus récemment, l’Iran a remplacé l’Arabie Saoudite comme bienfaiteur principal du Hamas. Les relations entre la république islamique et le Hamas représentent une alliance stratégique qui réunit l’Iran shiite et le Hamas sunnite au-delà de la division traditionnelle entre Sunnites et Shiites.

L’Iran fournit au Hamas une aide militaire et financière, tout comme elle le fait avec le mouvement libanais Hezbollah qu’elle a transformé en une force militaire efficace, comme l’a montré la guerre du Hezbollah contre Israël à l’été 2006.

L’Iran fait du trafic d’armes vers Gaza par mer et par terre, via des tunnels qui relient l’Egypte a la bande de Gaza.

En mars, Israël a intercepté le Victoria, un cargo chargé d’armes iraniennes à destination de groupes terroristes à Gaza. Le cargo transportait en autres, 2 390 obus de mortier et 6 missiles anti navire. [4]

En outre, les combattants du Hamas sont entrainés en Iran par des officiers de la Garde de la révolution islamique (GRI). [5]

Un commandant haut gradé du Hamas, interviewé par le Sunday Times en 2008, a confié que 300 de ses « meilleurs cerveaux » avaient été envoyés secrètement à Téhéran. Selon le rapport, ils y apprennent à confectionner des explosifs à partir de matériaux utilisés quotidiennement et à produire des roquettes plus meurtrières. Certains ont été entrainés à devenir snipers, alors que d’autres ont appris à utiliser des tunnels dans le cadre d’attaques contre les forces israéliennes. [6]

« L’Iran est notre mère, » a déclaré le commandant. « Elle nous fournit information, matériel militaire, et soutien financier ». [7]

L’année dernière, le Hamas a approuvé un budget de 540 millions de dollars, la majorité du budget provenant de fonds iraniens [8]. Sans ce soutien financier, le réseau terroriste du Hamas ne pourrait pas perdurer.

Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbad a déclaré à ce sujet : « A ma connaissance, le Hamas reçoit 250 millions de dollars tous les six mois ou tous les ans. Le Hamas est financé par l’Iran. Ils prétendent qu’ils sont finances par des donations, mais les donations ne sont rien en comparaison de ce qu’ils reçoivent de l’Iran. Les donations n’équivalent pas à un tiers, ni même a un pour cent de ce que le Hamas reçoit de l’Iran. » [9]

« Le soutien au Hamas est un devoir islamique »

Les officiels iraniens admettent publiquement leur soutien au Hamas.

Ali Akbar Velayati, conseiller du guide suprême iranien, a déclaré : «  Nous avons pleinement soutenu le Hezbollah et assumé la responsabilité du Hamas durant la guerre de Gaza en 2008… Une partie de la résistance du peuple palestinien à Gaza est rendue possible par le soutien et l’assistance iranienne. » [10]

Ali Larijani, le porte-parole du Parlement iranien a également affirmé, « le soutien de l’Iran au Hezbollah et au Hamas est un devoir islamique. » [11]

Durant un meeting avec le responsable politique le plus influent du Hamas, Kahled Mashaal, à Téhéran, le 1er (« djihad ») février 2009, Saeed Jalili, le Secrétaire du Conseil de Sécurité iranien a fait l’éloge de l’esprit de combat du Hamas et a déclaré que l’Iran était « un réel partenaire de la victoire historique du peuple de Gaza ». [12] 

 

Contact: emanuelle.vesely@realite-eu.org (04.05.2011)

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Références : (1] "Haniyeh calls on PLO to withdraw Israel recognition", Mann News Agency, April 29, 2011 http://www.maannews.net/eng/ViewDetails.aspx?ID=383280 ; [2] "Hamas condemns killing of Osama Bin Laden",Al-Qassam,May2,2011,http://www.qassam.ps/news-4486-Hamas_condemns_killing_of_Osama_Bin_Laden.html ; [3] "Iran hails Hamas-Fatah agreement", ISNA, April 28, 2011, http://payvand.com/news/11/apr/1270.html ; [4] "Ship Bound for Egypt Is Seized by Israel", The New York Times, March 15, 2011, http://www.nytimes.com/2011/03/16/world/middleeast/16israel.html ; [5] "Egypt seizes vehicles bringing arms from Sudan apparently headed to Gaza", The Associated Press, The Canadian Press, March 15, 2011, http://ca.news.yahoo.com/egypt-seizes-vehicles-bringing-arms-sudan-apparently-headed-20110315-134246-751.html ;[6] "Palestinian group Hamas admits that its fighters are trained in Iran", The Sunday Times, March 9, 2008, http://www.timesonline.co.uk/tol/news/world/middle_east/article3512018.ece ; [7] Ibid. ; [8] “Hamas 2010 budget mainly ‘foreign aid’ from Iran,” World Tribune, January 5, 2010,
http://www.worldtribune.com/worldtribune/WTARC/2010/me_hamas0005_01_05.asp ; [9] ibid ;[10] Al-Jazeera, July 25, 2009 ; [11] Mehr News, January 27, 2010 ;[12] ISNA, February 2, 2009 - Pour en savoir plus : Les Frères musulmans : influence internationale et aspirations mondiales - 14.2.2011 ; L'Iran et le Hamas : des relations solides qui se renforcent - 5.2.2009

 

Haro sur l'euro ! Haro sur l'Europe ! 

A la faveur de la crise, les eurosceptiques et les souverainistes sortent de leurs trous. En sonnant la fin de l’euro, ces professeurs à courtes vues, ces retraités aigris et passéistes sans descendance, ces nationalistes attardés, espèrent aggraver la crise de confiance dans la monnaie commune. Qui sait, peut-être les gens retireront-ils leur avoirs en euros et la monnaie de Francfort s’effondrera ? Alors nous aurons à nouveau l’Europe des guerres et des conflits, l’Europe des frontières et des égoïsmes, l’Europe croupion qui s’entredéchire et se suicide, retour plus tard à l’Europe d’Hitler et de Napoléon, l’Europe de Staline et de Robespierre. Les autres continents regarderont en applaudissant ce spectacle grotesque.

Evidemment, on ne doit pas s’étonner qu’ils aient flairé l’odeur de la mort si l’on tient compte d’un endettement européen moyen passé de 78,7% du PIB en 2009, à 84,7% en 2010 et à 88,5% prévus en 2011 ; de déficits budgétaires moyens s’établissant dans Euroland  à 6,3% du PIB en 2009, à 6,6 % en 2010 et encore à 6, 1% en 2011 ; d’un taux de chômage de 9, 4% en 2009, de 10,3% en 2010 et probablement de 10,4% en 2011 ; et pour clore ce navrant tableau d’une croissance européenne moyenne de - 4,1% en 2009 (donc d’une « décroissance »), de + 0,9% en 2010 et qui ne montera qu’à + 1,5% en 2011.  A quoi s’ajoute un endettement public qui culmine à 78,7% dans la zone Euro, c'est-à-dire qu'un petit européen qui nait aujourd'hui doit déjà 21 585 euro, alors que le Traité de Maastricht instituant l’euro avait cru pouvoir limiter cette dette pour tous les Etats membres à 60% du PIB, et encore, pour les plus dépensiers qu’il convenait de rappeler à l’ordre. Quand un être, un système est à l’agonie, cela attire toujours les créatures des bas-fonds. La sarabande des démons a commencé. Se font entendre des gens qu’on n’aurait jamais auparavant pris au sérieux.

S’ajoutent aux eurosceptiques chez nous en France les xénophobes qui dénoncent les succès commerciaux de l’Allemagne et voient ce pays se détacher de la Zone euro pour se tourner (pourquoi pas ? on n’en est pas à une sottise près) vers la Russie. Ils oublient tout simplement que l’Allemagne réalise les deux tiers de son commerce extérieur et amasse les deux tiers de ses excédents commerciaux dans l’Union Européenne. C’est vrai que ce déséquilibre doit être corrigé, certes. Mais il faut surtout affirmer haut et fort, et on ne le dit pas assez, que l’euro, c’est incontestable, nous a protégés d’une crise qui aurait pu être beaucoup plus grave pour l’Europe. La monnaie unique a empêché les dévaluations concurrentielles du franc, de la lire, de la peseta contre le deutschemark et le florin que l’on avait connues autrefois et auxquelles Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt avaient commencé à imposer des limites en créant à la fin des années 1980 le « serpent monétaire », préfiguration d’Euroland. Le chaos que cela aurait engendré sur les marchés européens aurait fini par bloquer nos échanges commerciaux et aurait tué le peu de croissance que nous voyons revenir.

L’euro, maintenant, se déprécie de lui-même. En Avril-mai 2010, il a perdu du terrain  par rapport au dollar sur les marchés, descendant à 1, 21 dollar fin mai après avoir approché 1,60 par temps serein. « Les attaques contre l’euro… » ont fait les titres de la presse quotidienne au début du mois de mai 2010, et c’est vrai qu’il y avait de quoi s’inquiéter. Peut-être même le taux de risque sur la monnaie est-il plus élevé que veulent bien nous le dire les gouvernants, encore qu’il soit bien difficile de nos jours de cacher quelque chose aux médias et aux analystes. En France, le Premier ministre François Fillon y est allé de son couplet rassurant. Mme Merkel a dit qu’elle avait sauvé l’argent des épargnants. D’aucuns se demandent pourtant si l’euro gardera à la longue sa valeur. Pour le Français moyen, épargnant le plus zélé d’Europe, il y a lieu de s’inquiéter. Il ne sait pas s’il doit se défaire de son assurance vie, de son livret A et se lancer dans la « ruée vers l’or » ou vers la pierre. Les personnes âgées qui ont des revenus avérés et bien cadrés de leur épargne ne suivront pas ce mouvement. Quant aux jeunes, ils n’ont pas encore assez épargné, d’autant que la crise de l’emploi ne facilite pas les économies. Naturellement, les instituts de crédit seraient les premières  victimes d’une panique à l’inflation. Il est par conséquent important que l’euro tienne bon afin qu’on n’ait pas cette autre réaction en chaîne des Krachs bancaires qu’on avait connue en 1929.

Evidemment la presse à grand tirage ne fait rien pour soutenir l’euro. L’occasion est trop belle de faire peur à bon marché. Le jour de la réunion des chefs d’Etat et de gouvernement d’Euroland à Bruxelles, le 8 mai 2010, la « Bild »-Zeitung semblait avoir choisi les pires citations de ces Messieurs-Dames qui nous gouvernent.

Jean-Dominique Giuliani, directeur de la Fondation Robert-Schuman, écrivait début mai 2010 : « La gravité de la situation ne doit pas être sous-estimée. Les marchés financiers n'ont plus confiance dans la capacité de certains Etats européens à rembourser leurs dettes. La crise financière actuelle est d'abord une crise de l'endettement public. (…) La cause principale en est l'addiction à la dépense publique dont font preuve les sociétés européennes qui y consacrent plus de la moitié de leur richesse ».

Et de poursuivre : « Avant de s'interroger légitimement sur les moyens que l'Union européenne peut et doit mettre en œuvre dans de telles circonstances, il faut s'entendre pour briser le cercle infernal de la dépense. Elle tue la créativité, elle affaiblit l'économie et agit in fine comme une drogue dont les Européens, qui ne sont pas les seuls, usent et abusent. On connait l'issue: l'appauvrissement général, d'abord celui des plus démunis, et le chômage ». « Ils sont bien loin les débats académiques sur le contenu du Pacte de stabilité qui était soi-disant trop contraignant, conclut notre confrère. On peut comprendre les déficits temporaires pour contrer une crise, on ne doit pas laisser exploser la dette publique ». Le bilan : « Aujourd'hui affranchis de leur propre discipline, les Etats européens affrontent le grand vent de la défiance des marchés, voire de la spéculation. La cigale doit se muer en fourmi, si tant est qu'elle en soit capable ».

 Nos gouvernants se battent comme des beaux diables contre la dépréciation de l’euro que d’autres, industriels, prestataires de services, ne trouvent pourtant pas mauvaise : « Le vrai danger n’est pas un euro faible, mais un euro trop fort », disait ces jours-ci un économiste.  L’euro avait démarré d’ailleurs à 0,80 dollar. Il y a donc encore de la marge bien que le dollar de 2010 ne soit plus celui de 1999. Si l’euro chute à 0,50 ou 0,30 dollar, alors il y aura vraiment lieu de s’inquiéter. En des circonstances normales, la baisse de l’euro devrait relancer nos exportations à tous, et pas seulement les exportations allemandes, comme l’affirment des esprits mal intentionnés. Mais les circonstances sont-elles normales alors que tout se passe en Chine et en Inde notamment comme si la crise n’avait pas eu lieu ? Et que ces pays continuent à inonder le globe de leurs produits et de leurs capitaux ?

Ils travaillent à bas coûts et à bas salaires, produisent bien et beaucoup. La Chine bénéficie en outre d’un régime politique administratif dictatorial. Elle répond avec les fusils et les exécutions capitales aux revendications populaires alors qu’il faut chez nous composer avec des syndicats qui ne veulent rien lâcher, en France surtout. La Chine peut dévaluer sa monnaie à sa guise. Certes, pour l’essentiel, les produits chinois ne valent pas les produits allemands ni même français, mais peu importe : si un produit ne marche pas, elle en fait un autre. De la pacotille à la high-tech, elle peut tout produire. Peu lui importer de se faire épingler, elle vit de sa démesure. Affirmer que les exportations allemandes sont aussi agressives que celles de la Chine, est tout simplement un mensonge. En même temps, nos exportations bénéficient de la croissance et de la demande des pays dits émergents et c’est donc impossible de fermer les frontières. Nous ne pouvons plus vivre en autarcie.

S’ajoute que la France, tout particulièrement, s’est désindustrialisée. On a envoyé beaucoup de travailleurs et de cadres compétents, en Allemagne comme en France, prématurément à la retraite. Et les « éducationnistes » (on ne peut plus parler d’éducateurs) issus des idéologies soixante-huitardes, les nouvelles mœurs scolaires excluant la discipline et l’apprentissage du savoir, la carte scolaire et autres billevesées ont tellement fait baisser le niveau que 20% de nos jeunes au moins sont sans diplôme ni formation, ne savent pas correctement lire, écrire et compter. Un sous-prolétariat est en train de se créer qui ne pourra plus vivre que de subsides publics, c'est-à-dire de mendicité, ne trouvera pas de travail, ce qui mettra les jeunes sur le pavé pour pratiquer la guerre des rues. Il faudra beaucoup de policiers (e bientôt des militaires) pour contenir leurs assauts et beaucoup de travailleurs sociaux et médicaux pour soigner toute cette misère. Quelques privilégiés instruits et nantis, retranchés dans des quartiers protégés, comme sur d’autres continents, vivront de leurs revenus gagnés dans un contexte international.  Peut-être finiront-ils par émigrer au Canada ou en Australie afin de gagner un répit.

Cette crise ne préfigure-t-elle pas la tiers-mondisation de l’Europe ? N’est-elle pas apparue au grand jour cette décadence déjà latente avec cette soudaine crise que personne n’avait su ni voulu prévoir ? Nous assistons à une accélération de l’histoire. Nicolas Sarkozy a beau dire à des étudiants américains que le dollar n’est plus la monnaie pilote du monde, reste que les Américains ont des porte-avions, des missiles nucléaires, une masse économique moderne énorme, même après la crise, et un gouvernement unitaire. Avec l’élection de Barack Obama, l’Europe est passée au second rang. Ce recul s’annonçait déjà sous George Bush, mais lui et ses collaborateurs étaient issus en général de familles européennes. Né à Hawaï et de culture afro-américaine, Obama parle directement à la Chine et à l’Inde sans se soucier des Européens. On l’a bien vu à la conférence de Copenhague sur l’environnement de décembre 2009 qui, comme l’on dit, a échoué.

En réalité, à cette conférence, ce sont les Européens qui ont échoué. Ils n’ont pu imposer à la planète leur messianisme écologique, leur objectif de réduction du CO2 dont on commence d’ailleurs à douter, même en Europe occidentale au fur et à mesure que se profile dans l’hémisphère nord une petite glaciation plutôt qu’un réchauffement. Les leaders de l’Union Européenne ont mis un entêtement suspect à promouvoir leur objectif et n’ont pas compris se qui se tramait autour des Chinois. Les Chinois ont pratiqué à cette conférence une stratégie assez classique de lutte de classes au niveau international. Alors que Sarkozy, Merkel, Gordon Brown croyaient parler écologie, ils mettaient, eux, l’Europe en accusation devant le tiers-monde, se refusant de surcroit à accepter le moindre objectif chiffré et pratiquant une obstruction systématique. S’ajoute la faiblesse idéologique de l’Allemagne hostile au nucléaire. L’Allemagne va vivre entre le biogaz et l’éolien qui requièrent des coûts énormes et encombrent les paysages. Quand elle ne sera pas à la merci des livraisons russes.

 Ne serons-nous pas demain avec nos « cités » qui abritent un sous-prolétariat immigré auquel nous n’avons plus rien à offrir, ce qu’étaient hier l’Inde et la Chine ? Un ami allemand me racontait comment les Américains avaient quitté en 1994 une grande caserne dans sa ville de Würzburg. Immédiatement, les pouvoirs locaux en avaient fait un asile pour immigrés. S’ajoute la lourdeur de nos systèmes sociaux et politiques. En France malgré les coupes du gouvernement dans la fonction publique, la jungle de services et de directives est si compliquée que la France s’y ruine et s’y paralyse. En Allemagne, la Grande coalition de 2005 à 2009 a manqué l’occasion d’alléger un fédéralisme qui produit pour seize parlements régionaux des milliers de députés avec leurs assistants, quelques 150 ministères superflus avec leurs administrations pléthoriques. De plus, la population européenne est en forte régression par rapport au reste du monde. Elle ne reste à peu près équilibrée par rapport à elle-même qu’en France, mais avec un fort apport de naissances des milieux issus de l’immigration qui veulent de moins en moins s’intégrer voyant que le jeu n’en vaut plus la chandelle car l’Europe est en train de couler.  (JPP)

 

 

Des démocrates arabes parlent

Quatre articles pour faire connaître leurs idées non conformistes

L´auteure koweïtienne Ibtihal Al-Khatib : Comme Israël, le Hezbollah devrait ouvrir une enquête sur sa conduite pendant la guerre

Dans un entretien télévisé, l´auteure Ibtihal Al-Khatib s´est déclarée pour la séparation du politique et du religieux, estimant en outre que le Hezbollah devait ouvrir une enquête sur sa conduite pendant la guerre de l´été 2006. Dans cet entretien, diffusé le 27 janvier 2010 sur la télévision libanaise LBC (propriété saoudienne), elle déclare : "Tout mouvement de résistance motivé par la religion m´effraie." Citant l´exemple de l´Europe à l´époque des Croisades, elle affirme que celle-ci n´est devenue stable que grâce à la séparation des pouvoirs. Elle explique que la région est instable en raison de "la confusion entre politique et religieux". Pour Al-Khatib, "la répression est source d´instabilité, qui engendre à son tour des révolutions."Ce n´est pas la première fois qu´Al-Khatib évoque ces sujets, critiquant le rôle du Hezbollah dans la guerre et affirmant que la laïcité est la seule façon de préserver la liberté de culte dans le monde arabe.

Ci-dessous des extraits de l´interview diffusé le 27 janvier 2010 sur LBC.

"Je me présente comme Koweïtienne, pas comme chiite, car les croyances spirituelles relèvent du domaine privé"

 Ibtihal Al-Khatib : Vous m´avez présentée comme chiite, mais je me présente toujours comme Koweïtienne. Je ne révèle pas mes croyances spirituelles en public car c´est une affaire personnelle. C´est une question de principe visant à souligner que mes croyances spirituelles relèvent du domaine privé.

Interviewer : Je pensais que vous objecteriez à ce que je vous présente comme chiite et demanderiez à être présentée comme "musulmane", plutôt que comme chiite ou sunnite.

Ibtihal Al-Khatib : Non. Juste comme une Koweïtienne. [...]

Ibtihal Al-Khatib : Le pays doit accepter toutes les religions. L´Egypte, le Liban, le Koweït - les différentes communautés de ces pays doivent pouvoir se sentir comme des citoyens égaux : Koweïtiens, chrétiens, musulmans, laïques...

Interviewer : Est-ce que votre pays renie votre religion ?

Ibtihal Al-Khatib : Si la législation est religieuse, alors oui, évidemment. Elle s´attaque à vos croyances si celles-ci ne sont pas conformes au courant dominant. C´est pourquoi je dis toujours, et c´est une question de principe, que je ne me catalogue par spirituellement, parce que c´est une affaire entre moi et mon créateur. Je ne me définis que comme Koweïtienne.

Interviewer : Je respecte votre opinion, bien sûr. Pourquoi demandez-vous qu´une enquête soit ouverte au sujet du Hezbollah ?

"A l´instar d´Israël, le Hezbollah aurait du procéder à son autocritique après la guerre"

Ibtihal Al-Khatib : Je pense qu´une enquête aurait dû être menée au sein même du Hezbollah, par les partisans du Hezbollah plus encore que par ses adversaires. Si j´ai subi de quelconques pertes, et même si je me considère comme victorieux, je dois enquêter sur les problèmes rencontrés et les moyens qui auraient permis d´éviter la mort, les pertes matérielles, etc. Or il n´y a pas eu d´enquête. A la place, il y a eu [des cérémonies] triomphales. Une victoire "divine" a été déclarée, avec distribution de  bonbons.
Ils ont fait passer la victoire avant l´autocritique, malgré toutes les pertes subies par le Liban. Ils auraient du commencer par faire comme Israël, qui a procédé à son autocritique alors qu´il a subi moins de pertes en termes de vies et de biens. Le Hezbollah aurait aussi dû faire son auto-examen pour examiner les problèmes qui se sont posés. [...]
Le rapport Winograd a reconnu le bilan des pertes israéliennes et je respecte cette approche – en tant qu´approche, non parce que c´est l´approche d´Israël, car le fait de rendre des comptes est la première étape vers le succès. Si ce rapport avait glorifié Israël, je vous aurais dit qu´il ne vaut rien. Mais ce fut un véritable auto-examen, ayant pour but d´évaluer les mesures à prendre à l´avenir. Le Hezbollah aurait dû faire de même. [...]
Je pensais alors que les décisions du Hezbollah étaient mauvaises et qu´elles sortaient du cadre de l´État libanais. C´est comme si le Hezbollah était devenu un Etat dans l´Etat. [...]
Tout mouvement de résistance motivé par la religion m´effraie, car les motivations religieuses occultent toutes les autres. [...]

"Quand les croyances spirituelles prennent le pas sur le politique, il faut s´attendre à des effusions de sang"

Regardez l´Europe, avec toutes ses croisades et ses mouvements chrétiens purs pour la libération des terres et la propagation du christianisme. Tous ces mouvements ont mené à des effusions de sang, et n´ont rien donné. Les mouvements religieux...

Interviewer : A qui la faute?

Ibtihal Al-Khatib : C´est ce qui arrive quand les croyances spirituelles prennent le pas sur le politique.[...] La motivation du Hamas, par exemple, est religieuse. Il croit que les musulmans finiront par être victorieux et que les Juifs seront vaincus. Comment Israël et le Hamas peuvent-ils dialoguer ? Il n´y a pas de place pour le dialogue.
Cela est tout aussi vrai pour Israël. Israël est un pays raciste, parce qu´il a été établi sur des fondements juifs religieux. Peut-être y a-t-il aujourd´hui dans ce pays une démarche laïque, et qu´ils essaient de séparer... Leurs débuts sont toutefois juifs. Ce massacre mutuel ne finira jamais. [...]
L´Europe est le meilleur exemple de cela. Elle a mené des guerres de religion pendant des siècles, et finalement, même l´Eglise a compris leur inutilité. On ne peut pas forcer... Je dis toujours qu´il y a deux choses que l´on ne peut pas imposer : la foi et l´amour. Vous ne pouvez pas forcer quelqu´un à vous aimer, ni à croire ou ne pas croire en quelque chose.
L´Église s´en est rendu compte et a confiné son rôle à la prédication, à l´octroi d´une orientation spirituelle et morale, mais s´est retrouvée coupée de la politique. L´Europe n´est devenue stable que quand l´Église a été séparée de la politique. Cela a permis aux Européens de s´unir, malgré leurs diversités religieuses.

Interviewer : Mais...

Ibtihal Al-Khatib : Laissez-moi finir. Aujourd´hui, les musulmans et les personnes d´autres confessions se réfugient en Europe. Là, ils trouvent plus de sécurité et de stabilité que dans leur propre pays islamiques. Ils émigrent là où il y a des opportunités de travail et de la liberté d´expression, et même la liberté de croyance dont ils sont privés chez eux. [...]
Ceux qui sont persécutés chez eux, que ce soit au niveau économique ou religieux, émigrent vers les pays de "l´Occident infidèle" afin de respirer économiquement, socialement, et même dans leurs pratiques religieuses. C´est la meilleure preuve de ce que je dis. On pense que j´appelle à séparer la religion de la société et que je ne veux pas du tout de religion dans la société. C´est un jugement naïf. [...]

Interviewer : Etes-vous pour la paix avec Israël?

"Le temps est venu de dialoguer avec Israël"

Ibtihal Al-Khatib : C´est une question très délicate. Je voulais en parler dans mon prochain article, suite à une conversation que j´ai eue avec mon père. Je lui ai dit que nous devons à présent dialoguer. Cela fait cent ans que les Palestiniens meurent, et peut-être le temps est-il venu de dialoguer, pour que la société palestinienne puisse se construire et que ses enfants puissent vivre, étudier et avoir de meilleures opportunités que ces massacres ininterrompus.

Interviewer : Pensez-vous que les Israéliens pourraient accepter le dialogue, vu qu´ils sont aussi adeptes de la force ?

Ibtihal Al-Khatib : Ils représentent actuellement le camp le plus puissant, alors que les Palestiniens sont le camp le plus faible au niveau international.

Interviewer : Donc, nous devrions céder ?

"Nous devrions mener une résistance plus avisée"

Ibtihal Al-Khatib : Absolument pas. Nous devons mener la résistance, mais d´une autre manière. À mon avis, nous devrions mener une résistance plus avisée. [...]
Prenez, par exemple, le Japon après la Seconde Guerre mondiale, après que les bombes atomiques furent larguées sur les deux villes japonaises. Le Japon a capitulé, disant : Nous avons perdu la guerre et les États-Unis ont gagné. Nous n´allons pas leur en vouloir. Nous n´allons pas en faire une obsession. Il a commencé à se reconstruire et aujourd´hui, le Japon est devenu une menace économique importante pour les États-Unis. Il s´est reconstruit aux niveaux technologique et économique.

Interviewer : Mais la Palestine et Israël sont différents des États-Unis et du Japon.

Ibtihal Al-Khatib : Ce sont des cas différents. Mais ce que je dis, c´est que nous devons abandonner la politique d´affrontement. (...)

Interviewer : Pourquoi certains pays arabes et musulmans rejettent-ils l´idéologie chiite?

Ibtihal Al-Khatib : Tout d´abord, je pense que c´est l´idéologie de la minorité - pas nécessairement en termes de chiffres, mais en termes de puissance politique, tout comme l´idéologie sunnite en Iran, où elle est réprimée. Vu que religion et politique sont confondus, si la direction est sunnite, les chiites sont réprimés, et si la direction est chiite, les sunnites sont réprimés. Cette répression entraîne de l´instabilité, qui à son tour engendre des révolutions. C´est pourquoi cette région est instable.

 Voir le clip sous-titré en anglais sur MEMRI TV : http://www.memritv.org/clip/en/2396.htm 

Déclarations passées d'Ibtihal Al-Khatib  : http://www.memritv.org/clip/en/1720.htm

Pour un email au MEMRI ou une donation, écrire à : memri@memrieurope.org.
 

 

▪ Un chroniqueur koweïtien : la politique iranienne d´exportation de la Révolution islamique rappelle l´occupation de l´Europe par les nazis

Le 23 août 2009, le quotidien koweïtien Al-Watan publiait un article du chroniqueur koweïtien Ahmad Al-Fahd selon lequel la politique iranienne d´exportation de la Révolution islamique a pour objectif de prendre le contrôle des pays voisins et de piller leurs richesses – dressant un parallèle avec le programme hitlérien. Extraits :

"L´objectif de l´Iran est de prendre le contrôle des pays voisins ... Cette idéologie ... rappelle l´occupation hitlérienne de l´Europe"

"Il y a une semaine, lors d´une cérémonie organisée par le maire d´Istanbul, en présence de l´ayatollah Akhtari [1] d´Iran, du [Dr. Ibrahim] Al-Ashaiqer Al-Ja´fari [2] d´Irak, et de Mahdi Yahfoufi [3] du Liban, les fondations de la construction d´un complexe religieux et culturel chiite à Istanbul ont été posées, sous les auspices du Conseil municipal d´Istanbul.

Il semble donc que l´idée d´exporter la Révolution [islamique] n´est pas venue [à l´Iran] dans le but de délivrer les populations des pays [visés] de l´obscurité et les amener aux Lumières de l´Iran, ou dans l´espoir de faire renaître dans ces pays le concept d´une "loi de la jurisprudence". L´objectif de l´Iran est plutôt de prendre le contrôle des pays voisins - d´abord pour assurer sa survie, ensuite pour remplir les poches et les coffres des mollahs de Téhéran.

Cette idéologie, et la façon dont elle est appliquée, rappellent l´occupation par Hitler de l´Europe, qui a commencé en Pologne. L´objectif d´Hitler, en occupant l´Europe, n´était ni de contraindre les Polonais, les Français ou les Belges à le saluer en levant le bras et en clamant: "Heil Hitler", ni de faire accrocher son portrait et celui de sa maîtresse aux murs des édifices historiques. Il a occupé l´Europe afin d´utiliser les trésors des pays [européens] à la construction d´un empire allemand.

L´Iran emploie divers moyens [pour atteindre son objectif] : il soutient le parti Al-Maliki en Irak ; il envoie de l´argent ... au Hezbollah au Liban ; son ambassadeur s´entretient avec des candidats aux [élections] parlementaires et d´anciens députés de différents pays démocratiques à l´ambassade [d´Iran]. Et il ne cherche pas tant à raviver la ´loi de la jurisprudence´ qu´à prendre le contrôle de ces pays pour les piller autant que possible.


[L´Iran] a privé l´Irak de sa sécurité [et] de sa stabilité, réorientant l´ensemble du tourisme religieux vers ses propres lieux saints. Il a attaqué le camp d´Achraf [de l´opposition iranienne] et sanctionné l´assassinat des Mojahedeen-e Khalq par le régime irakien -- plutôt que [se salir] les mains [de leur sang]. [4] A chaque fois que l´attention de la communauté internationale se tourne vers les réacteurs nucléaires iraniens, l´Iran [emploie une tactique de diversion] en opposant le Hezbollah libanais à Israël."


Si l´Iran cherche vraiment à apporter les Lumières au monde, pourquoi n´exporte-t-il la Révolution qu´à ses voisins?

"Supposons, pour rire et pour les besoins de notre raisonnement, que l´Iran cherche à propager l´islam et la tolérance, et à délivrer l´humanité de l´obscurité pour l´amener à la lumière - la lumière iranienne, bien sûr. Pourquoi alors persiste-t-il à n´exporter la Révolution islamique qu´à ses voisins ou à [d´autres] pays dont la population est également musulmane? Pourquoi n´envoie-t-il pas ses prédicateurs en Chine, à des villes  sur les rives de l´Amazonie ou dans le désert d´Afrique ? ... Ces villes, déserts ou savanes n´ont-ils pas besoin d´ayatollahs comme Akhtari, Ibrahim Al-Ashaiqer Al-Ja´fari et Mahdi Yahfoufi? [N´ont-ils pas] davantage besoin de centres culturels et de mosquées qu´Istanbul, la ´mère des mosquées´ ? [5]"

 

▪ Un intellectuel saoudien : la civilisation occidentale a libéré l´être humain

Dans un entretien paru le 23 avril 2009 dans le quotidien saoudien Okaz, le penseur réformiste Ibrahim Al-Buleihi fait part de son admiration pour la civilisation occidentale. L´interview a été mise en ligne le jour même sur le site progressiste arabe Elaph (1). Al-Buleihi appelle les Arabes à reconnaître la grandeur de la civilisation occidentale et à admettre les insuffisances de leurs propres cultures. Il estime que l´autocritique est la condition de toute évolution positive. Ibrahim Al-Buleihi est membre du Conseil saoudien de la Shura. (2) Extraits de l´entretien :

"Sans tout ce que l´Occident a accompli, nos vies seraient stériles."

Okaz : Je vais commencer par la question cruciale de ce qui distingue votre façon de penser – que vos adversaires évoquent systématiquement contre vous : vous éblouissement face à l´Occident, alors que vous dévaluez complètement la pensée arabe. C´est vraiment le caractère le plus distinctif de vos écrits. L´auto-flagellation y est présente à un point extrême. Comment l´expliquez-vous ?

Buleihi : Mon attitude face à la société occidentale se base sur des faits indéniables et ses grandes réussites. Nous sommes en présence d´une réalité aux nombreuses composantes merveilleuses et étonnantes. Cela ne signifie pas que je sois aveuglé. Mais j´ai très exactement l´attitude contraire de ceux qui nient et ignorent les lumières vives de la civilisation occidentale. Regardez donc autour de vous… Vous vous apercevrez que tout ce qui est beau dans nos vies nous vient de la civilisation occidentale. Même le stylo que vous tenez dans votre main, l´enregistreur en face de vous, la lampe de cette pièce et le journal pour lequel vous travaillez, et d´innombrables agréments supplémentaires, qui sont comme des miracles pour les civilisations anciennes… Sans tout ce que l´Occident a accompli, nos vies seraient stériles. Je ne fais que poser un regard objectif [sur la réalité], estimant à sa juste valeur ce que je vois et l´exprimant honnêtement. Ceux qui n´ont pas d´admiration pour le beau sont démunis de sensibilité, de goût et de sens de l´observation.

La civilisation occidentale a atteint le summum de la science et de la technologie. Elle a apporté la connaissance, le savoir-faire, de nouvelles découvertes, comme aucune autre civilisation avant elle. Les réalisations de la civilisation occidentale couvrent tous les domaines : la gestion, la politique, l´éthique, l´économie et les droits humains. C´est un devoir de reconnaître son étonnante excellence. C´est en effet une civilisation digne d´admiration. (…) Le retard horrible dans lequel vivent certaines nations est le résultat inévitable de leur refus de [l´apport occidental] et de leur attitude consistant à se réfugier dans le déni et l´arrogance.

Okaz : Monsieur, vous pouvez admirer cette civilisation tant que vous le voulez, mais pas aux dépens des autres, notamment de notre civilisation.

Buleihi : Mon admiration pour l´Occident ne s´exprime pas aux dépens des autres. Elle invite ces autres à admettre qu´ils se sont leurrés, à surmonter leur infériorité et à se libérer de leur retard. Ils devraient admettre leurs défauts et faire l´effort de les surmonter. Ils devraient cesser de nier les faits et de tourner le dos à la multitude des merveilleux succès [occidentaux]. Ils devraient se montrer justes à l´égard de ces nations qui ont su se rendre prospères, sans pour autant monopoliser la prospérité, faisant profiter le monde entier des résultats de leurs progrès, de sorte qu´aujourd´hui d´autres nations dans le monde en bénéficient. La civilisation occidentale a apporté au monde la connaissance et le savoir-faire qui ont permis aux nations non occidentales, de rivaliser avec sa production et de partager des marchés avec elle. Critiquer ses propres insuffisances est nécessaire pour évoluer positivement. En revanche, glorifier la léthargie revient à encourager et asseoir le retard, à resserrer les chaînes de l´apathie et à empêcher [l´expression de] la capacité à exceller. Le retard est une réalité honteuse qui devrait nous déplaire et dont nous devons nous libérer.

"La civilisation occidentale est la seule qui ait su libérer l´homme de ses illusions et de ses chaînes."

Okaz : C´est peut-être le cas, et je vous suis dans cette exigence, mais, Monsieur, pourriez-vous résumer pour nous les raisons de votre admiration de la culture occidentale, afin que nous ayons une base de discussion ?

Buleihi : Il n´y a pas une, mais mille raisons qui me poussent à admirer l´Occident et à souligner son excellence absolue dans tous les domaines. La civilisation occidentale est la seule qui ait su libérer l´homme de ses illusions et de ses chaînes. Elle a reconnu son individualité et lui a fourni des capacités, la possibilité de se cultiver et de réaliser ses aspirations. Elle a humanisé l´autorité politique et établi des mécanismes garantissant une égalité et une justice relatives, prévenant l´injustice et modérant l´agression. Cela ne veut pas dire que c´est une civilisation sans défaut ; elle en a même beaucoup. C´est toutefois la plus grande civilisation humaine de l´histoire. Avant elle, l´humanité était en prise avec la tyrannie, l´impuissance, la pauvreté, l´injustice, la maladie et la misère.

C´est une civilisation extraordinaire, sans être l´extension d´aucune civilisation ancienne, à l´exception de la civilisation grecque, source de la civilisation contemporaine. J´ai donné le dernier coup de plume à un ouvrage sur ce grand et extraordinaire saut de civilisation, intitulé "Changements qualitatifs dans la civilisation humaine". La civilisation occidentale est son propre produit et ne doit rien à aucune autre civilisation, hormis la civilisation grecque (…) Elle a redonné vie aux réalisations des Grecs dans les domaines de la philosophie, la science, la littérature, la politique, la société, la dignité humaine, le culte de la raison, tout en reconnaissant ses défauts et ses leurres et en soulignant le besoin constant de critique, de réévaluation et de corrections.

Okaz : En parlant ainsi, vous effacez complètement tous les efforts créatifs des civilisations qui ont précédé, telle la civilisation islamique, car vous affirmez que l´Occident ne lui doit rien.

Buleihi : Et pour cause : elle ne lui doit rien, par plus qu´à aucune autre civilisation avant elle. La civilisation occidentale trouve ses fondements dans la Grèce des VIème et Vème siècles avant J.C. Elle a connu un temps d´arrêt au Moyen-Âge, avant de reprendre son évolution aux Temps modernes, en profitant à toutes les nations. Elle est vraiment extraordinaire dans tous les sens du mot : en termes d´excellence, d´unicité, de nouveauté (…) Elle a des composantes et des qualités qui la distinguent de toutes les civilisations qui l´ont précédée ou suivie. Elle est le produit d´un enseignement philosophique inventé par les Grecs. Les Européens ont pris pour base ce mode de pensée, notamment le mode de la critique, qui leur a permis de développer la connaissance objective, toujours ouverte à la réévaluation, à la correction et au progrès (…).

Okaz : Certains penseurs occidentaux ont écrit que la civilisation occidentale est une extension des civilisations précédentes. Comment vous, Arabe musulman, pouvez-vous le nier ?

Buleihi : En passant en revue les noms des philosophes et savants musulmans dont la contribution à l´Occident est reconnue par les écrivains occidentaux, tels Ibn Rushd, Ibn Al-Haytham, Ibn Sina, Al-Farbi, Al-Razi, Al-Khwarizmi et leurs semblables, nous découvrons que c´étaient tous des disciples de la culture grecque et qu´ils se tenaient en marge du courant [islamique] dominant. Ils étaient et continuent d´être ignorés par notre culture. Nous avons même brûlé leurs livres, les avons harcelés, avons mis la population en garde contre eux, et nous continuons de les considérer avec suspicion et aversion. Comment pouvons-nous nous enorgueillir de personnes que nous avons écartées et dont nous avons rejeté la pensée ? (…)

Quant à la question du développement culturel, il existe deux approches : selon l´une d´entre elles, la civilisation est le produit d´un processus cumulatif. Cette approche est toutefois contredite par les faits historiques. Selon l´autre approche, un changement quantitatif ne peut jamais conduire à un changement qualitatif, sauf quand un bond extraordinaire est réalisé. C´est sans conteste la bonne approche, que j´ai adoptée. La quantité ne peut se transformer spontanément en qualité (…)

"La civilisation occidentale (…) est la seule qui continue de se développer, qui se réévalue constamment, se corrige et effectue en permanence de nouvelles découvertes"

La seule civilisation qui possède les ingrédients du progrès perpétuel est la civilisation occidentale, avec ses fondements grecs et son étonnante configuration contemporaine (…) La civilisation occidentale estime que nul ne détient la vérité absolue et que la perfection est impossible à atteindre, donc l´homme doit s´efforcer de l´atteindre tout en sachant qu´il n´y arrivera pas. C´est ainsi la seule civilisation qui continue de se développer, qui se réévalue constamment, se corrige et effectue en permanence de nouvelles découvertes (…)

Okaz : Permettez-moi de vous interroger sur votre fascination totale pour la culture occidentale.

Buleihi : La lumière de cette civilisation est très forte et il faut être aveugle pour ignorer sa luminosité. Toute personne douée de vue et de discernement ne peut qu´être fasciné (…) Il faut reconnaître le mérite de ceux qui en ont. Une autre civilisation a-t-elle rêvé avant elle à ces révélations époustouflantes, ces sciences exactes et ces technologies complexes ? Les générations précédentes ont-elles imaginé la possibilité d´ouvrir le torse ou la tête pour effectuer des opérations compliquées du coeur et du cerveau ? Pouvaient-elles imaginer une [aussi] profonde compréhension de la cellule vivante et de sa genèse… Ont-elles imaginé les avions, les voitures et les innombrables inventions de cette civilisation ? Voudriez-vous que nous nous remettions à écrire sur des parchemins et des papyrus, à user des bâtons de bois à la place de stylos et à monter à dos d´âne ?

Okaz : Désolé, mais personne ne vous demande de revenir à l´époque des ânes. Il est toutefois nécessaire de prononcer ses jugements historiques de façon juste et équilibrée. Vous dites qu´il faut "reconnaître le mérite de ceux qui en ont", mais, dans les faits, vous n´accordez aucun crédit à tout ce qui a existé avant la civilisation occidentale, et alors que tout le monde reconnaît le caractère cumulatif des accomplissements humains, vous niez cet axiome quand il s´agit des réalisations occidentales.

Buleihi : L´humanité a passé des milliers d´années à ruminer les mêmes idées et à vivre dans les mêmes conditions, en se servant des mêmes outils et instruments. Elle aurait pu s´éterniser ainsi sans l´émergence de la pensée philosophique en Grèce, aux VIème et Vème siècles avant J.C. Le niveau actuel des progrès de la civilisation ne peut être le résultat d´une [simple] accumulation : c´est plutôt le résultat de grandes réalisations dans les domaines de la pensée, de la science, de la politique, de la société et du travail. (…)

Ce qui sort l´homme de sa routine, c´est la lutte des idées, la liberté de choix et l´égalité des chances. La meilleure preuve en est qu´un grand nombre de gens aujourd´hui vivent dans une société profondément rétrograde, malgré la disponibilité de la science, de la technologie et des idées. Ils sont témoins de la prospérité et malgré cela, ces peuples rétrogrades sont incapables d´abandonner leurs tranchées et de se libérer de leurs chaînes. En d´autres termes, ils sont incapables d´imiter les peuples prospères, se trouvent dans l´incapacité totale d´inventer et d´initier.

Okaz : Il y a une question cruciale à ce débat : par "civilisation", entendez-vous uniquement son aspect matériel ?

"La plus grande réussite de la société occidentale est d´avoir humanisé son autorité politique, d´avoir séparé les pouvoirs, établi et maintenu un équilibre des pouvoirs. La civilisation occidentale a accordé la priorité à l´individu"

Buleihi : La plus grande réussite de la société occidentale est d´avoir humanisé son autorité politique, d´avoir séparé les pouvoirs, établi et maintenu un équilibre des pouvoirs. La civilisation occidentale a accordé la priorité à l´individu et subordonné ses institutions, lois et procédures à ce principe, tandis que dans la civilisation ancienne, l´individu [n´] était [qu´] une dent dans l´engrenage.

Okaz : Une dent dans l´engrenage ? Vous pensez que cela est vrai aussi de la civilisation islamique ?

Buleihi : Nous faisons clairement la distinction entre l´islam et ce que les gens font en son nom. Les grands principes de l´islam et ses doctrines sublimes qui insistent sur la valeur et la dignité humaines n´ont pas eu l´occasion de prendre forme. Depuis l´époque des califes bien guidés, l´histoire arabe a éradiqué l´individualité de l´homme et sa valeur s´est retrouvée liée à ses affiliations politiques, religieuses ou tribales (…) La seule civilisation qui reconnaît et respecte l´homme en tant qu´individu est la société occidentale (…) Le comportement [humain], dans tous les domaines, ne découle pas d´enseignements, mais de la pratique et de l´expérience sur le terrain (…)

Okaz : L´histoire arabe de bout en bout, selon vous ?

Buleihi : Oui, toute l´histoire arabe se distingue par cet aspect lugubre, mises à part la période des califes bien guidés et d´autres périodes discrètes comme celle du règne d´Omar ibn Abdel Aziz. On ne doit pas confondre les sublimes principes et doctrines de l´islam avec son histoire, remplie d´erreurs, de transgressions et de tragédies. Quand les Abbasides triomphèrent des Omeyyades, ils couvrirent les cadavres de tapis, faisant la fête sur les corps en signe de vengeance. Quand [le calife] Al-Ma´mum eut battu son frère Al-Amin, il lui ôta la peau des os comme on le fait à un agneau. Cette scène se répète tout au long de l´histoire. Le pouvoir politique est la valeur pivot de la culture arabe. A notre époque, les coups d´Etat militaires sont récurrents dans le monde arabe, pour le pouvoir, mais pas pour effectuer des réformes positives. Chaque régime est pire que le précédent.

Okaz : M. Buleihi, n´avez-vous pas ouï dire de centaines de savants dans l´histoire de votre peuple qui ont apporté du sens et eu de l´impact, dont on étudie la vie jusqu´à ce jour, bien qu´il n´aient eu ni pouvoir, ni tribu, ni affiliation religieuse, et qui sont estimés pour leur érudition ?

"L´histoire arabe, à l´exception de la période des califes bien guidés, a été dominée par la politique"

Buleihi : C´est là une déclaration générale qui ne repose pas sur les faits. L´histoire arabe, à l´exception de la période des califes bien guidés, a été dominée par la politique. Quand les Fatamides ont pris le contrôle de l´Egypte et de l´Afrique du Nord, ces régions sont devenues chiites, et quand Salah Al-Din Al-Ayyubi [Saladin] a mis fin au [règne des] Fatamides, il a écarté tout ce qui pouvait avoir un rapport avec le chiisme. Il en a été de même quand les Safavides ont converti l´Iran au chiisme : cela a conduit les Ottomans à agir de façon identique [en imposant le sunnisme]. L´histoire arabe, ou islamique, dans le sens large du terme, résulte des hauts et des bas de la politique.

Okaz : Permettez-moi de faire ici une petite pause.Vous réduisez l´histoire islamique à une histoire politique. Même l´histoire politique islamique, malgré toutes ses tragédies, n´est pas aussi négative que vous le dites. Vous ignorez les aspects scientifiques et culturels de l´histoire islamique, qui ont donné une grande civilisation  alors même que l´Europe souffrait sous le règne de la féodalité, de l´Eglise, de l´ignorance et du retard.

"Notre culture a été, et continue d´être, absorbée par la question de ce qui est interdit et permis, de la croyance et de l´incroyance, parce que c´est une civilisation religieuse"

Buleihi : Nous avons hérité de certains clichés concernant notre histoire et l´histoire des autres nations, ne considérant pas notre histoire d´un oeil critique et celle des autres d´un œil juste et objectif. La lumineuse civilisation grecque a émergé au VIème siècle avant J.C., atteignant le sommet de son épanouissement au Vème siècle avant J.C. En d´autres termes, la civilisation grecque a émergé plusieurs siècles avant la civilisation islamique et a été la source des philosophes musulmans. Ces individus dont nous sommes parfois fiers, tels Ibn Rushd, Ibn Al-Haytham, Al-Razi, Al-Qindi, Al-Khawarizmi et Al-Farabi, étaient tous les élèves de la pensée grecque. Quant à notre civilisation, c´est une civilisation religieuse, préoccupée de loi religieuse, complètement absorbée par les détails de ce que les musulmans doivent faire et ne pas faire dans leur rapport à Allah et aux autres. C´est une tâche immense digne d´admiration, parce que la religion est le pivot de la vie. Nous devons toutefois admettre que nos succès se limitent tous à cette grande idée. N´affirmons pas que l´Occident nous a emprunté ses lumières laïques. Notre culture a été, et continue d´être, absorbée par la question de ce qui est interdit et permis, de la croyance et de l´incroyance, parce que c´est une civilisation religieuse (…)

Okaz : Ils [les musulmans] ont appris de la civilisation grecque et ce n´est pas un défaut ; c´est ainsi que font les jeunes générations : elles apprennent des civilisations anciennes et se construisent sur ces dernières. Fallait-il attendre qu´ils abolissent les réussites des Grecs pour recommencer à zéro ?

Buleihi : Je n´ai rien contre le fait d´apprendre [des autres]. Ce que je voulais clarifier est que ces [succès] ne sont pas les nôtres et que ces individus exceptionnels ne sont pas le produit de la culture arabe, mais plutôt de la culture grecque. Ils se trouvent en dehors de notre courant culturel dominant, et nous les avons traités comme des éléments étrangers. C´est pourquoi nous ne méritons pas de nous en enorgueillir, vu que nous les avons rejetés et avons combattu leurs idées. A l´inverse, quand l´Europe eut tiré l´enseignement de ces individus, elle a su profiter d´une grande connaissance : la sienne à l´origine, vu qu´elle est une extension de la culture grecque, source de toute la civilisation occidentale."     

                                                                                                   Memri-Europe, Dépêche spéciale n° 2332

                                              Contact: www.memri.org/french - memri@memrieurope.org

[1] http://www.elaph.com/Web/NewsPapers/2009/4/433121.htm

[2] Pour plus d´informations sur Al-Buleihi, voir les extraits-vidéo sur MEMRI TV : Clip No. 1174, " Saudi Shura Council member Ibrahim Al-Buleihi: Terrorism Is the Product of a Flaw in Arab and Muslim Culture," 23 mai 2006, http://www.memritv.org/clip/en/1174.htm, ainsi que les extraits-vidéo du Clip No. 638 de MEMRI TV : "#638 - Saudi Liberal: America´s Actions are Natural for a Country That Was Attacked. If an Islamic Country Was Attacked its Response Would Be Worse," April 6, 2005, http://www.memritv.org/clip/en/638.htm.

 

 

Des auteurs progressistes du Golfe persique : les groupes musulmans d’Europe exploitent l’ouverture d’esprit des Européens

Deux récents articles parus dans la presse du Golfe évoquent l´attitude des musulmans européens à l’égard de l’Occident. Le 2 décembre 2008, Dhiya Al-Mousawi, un religieux chiite libéral de Bahreïn, publie dans Awan, quotidien libéral koweïtien, un article sur les attentats de Bombay dont certains des auteurs étaient des musulmans naturalisés britanniques. Le deuxième article, de Khalil ’Ali Haidar, journaliste progressiste koweïtien, a été publié le 5 octobre 2008 dans Al-’Ittihad, quotidien des Emirats arabes unis.

Ces deux auteurs critiquent les groupes musulmans d’Europe pour le mal qu’ils font à l’Occident tout en profitant de ses libertés et services. Haidar évoque un problème général, critiquant tous les mouvements et partis islamiques d’Europe, accusés d´encourager l’extrémisme islamique et  de contrôler la vie des musulmans européens. Au lieu de chercher à réduire l’écart entre l’Orient et l’Occident, ils ont délibérément favorisé l´isolement, le repli et, à terme, le terrorisme djihadiste contre l’Occident, estime-t-il.

Voici quelques extraits des articles de Al-Mousawi et Haidar :

Les musulmans européens crachent dans le puit d´où ils puisent leur eau

Dans un article intitulé « Quand le terroriste est britannique de naissance », Al-Mousawi écrit : « ...Il est triste que, dans les pays occidentaux, il y ait des milliers de musulmans qui obtiennent la citoyenneté pour eux-mêmes et leurs familles après avoir été expulsés de leur pays d’origine. [L’Occident] leur accorde l’asile et leur fournit le toit, du travail et l’assurance santé - [et pourtant] ce sont les premiers à se retourner contre leur nouvelle patrie. Pire, certains n’ont aucune problème à commettre un attentat suicide sur la place publique, au sein même des pays qui leur ont accordé leur protection, à eux et à leurs familles … Il est curieux de voir certains imams maudire et insulter l’Occident dans les prêches qu’ils font dans des [mosquées] occidentales, et appeler de leurs vœux la destruction des pays [occidentaux], alors même qu’ils sont placés sous la protection de la police de ces pays... » [1]

Les islamistes ont pris le contrôle de la vie des musulmans d’Occident

Dans la même veine, Al-Haidar écrit : « Le problème de l’Europe et des États-Unis, ce ne sont ni les Arabes ni les musulmans. Ce sont les islamistes, partis ou groupes, qui ont pris le contrôle de la vie politique, religieuse, sociale et culturelle, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des pays islamiques et arabes. [Ces partis et groupes] exercent une influence sur les minorités musulmanes des pays occidentaux... Leur action a consisté à imposer des restrictions à la première génération [d’immigrants], à endoctriner la deuxième génération et à excommunier des syndicats, des organisations et des mosquées.

Depuis de nombreuses années - en fait, depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale -, les pays occidentaux accueillent des Arabes et des musulmans et [leur] laissent une très grande liberté de prêche et marge de manoeuvre. Ils les ont traités avec une extraordinaire bienveillance. Avec le temps, les musulmans se sont renforcés et ils ont resserré leur emprise sur le cœur même de ces sociétés.

La présence d’islamistes [dans les pays européens], avec tous leurs différents partis, groupes et écoles de pensée, a constitué un banc d’essai des relations entre la minorité musulmane, placée sous l’influence de l’endoctrinement [des différents] partis, et ces sociétés démocratiques. Depuis de nombreuses années, les islamistes et tout particulièrement les Frères musulmans, se plaignent des [politiques] oppressives des régimes arabes, du gel des libertés, de la surveillance, etc. Les écrits de [Abu A’la] Al-Mawdoudi, [2] [initialement publiés en langue urdu], sont de plus en plus populaires dans le monde arabe, corrompant la jeunesse et faussant sa vision du monde. [Al-Mawdoudi] a proclamé à la face du monde, et tout particulièrement à l´attention de [ses] adversaires européens libéraux, l’avènement d’un nouvel ordre social qui serait en tout point supérieur à la démocratie occidentale - qu’il s’agisse de liberté, de souplesse, de tolérance religieuse, etc. - et qui serait mis en place sous la conduite d’une jeunesse musulmane non contaminée par la saleté de la civilisation occidentale et ses [valeurs] matérialistes. »

Les islamistes ont favorisé la marginalisation et le terrorisme

« L’idéologie des Frères musulmans, du parti Al-Tahrir, [3] et d’autres groupes islamiques égyptiens, pakistanais et autres, a propulsé les Arabes et les musulmans d’Europe dans l’obscurité et la confusion. Avec leurs livres, leurs films et leurs idées séparatistes extrémistes, ils ont ouvert la voie à la prolifération de différentes formes d’extrémisme et, de là, au terrorisme déclaré.

Les attaques incessantes contre la civilisation occidentale, contre les lois humaines et les études orientales, ainsi que contre [ce qu’ils considèrent comme] une invasion culturelle et des complots de l´Occident - ont rendu difficile pour [les musulmans] l’intégration au nouvel environnement vers lequel ils ont émigré tout en le haïssant. [Pourtant, son intégration], au moins en ce qui concerne ses intérêts matériels ou les objectifs de son parti [n’a jamais été entravée]. »

Aucune culture du renouveau et de l’innovation

« Le mouvement islamique n’a pas adopté l’idée de renouveau et d’innovation ; il n´a pas su voir le côté positif de la société occidentale ou étudier la littérature, la culture et l’art occidentaux afin de se créer un modèle moderne de culture, de littérature et d’art associant des [éléments] occidentaux et islamiques. Même les leaders des Frères musulmans, et d’autres qui sont fiers de la civilisation islamique et se proclament héritiers des civilisations de Bagdad et d’Andalousie - [même ceux-là], au cours du demi-siècle [qu´a duré leur séjour] à Paris, à Londres ou en Allemagne, n’ont pas produit [la moindre] idée nouvelle, et encore moins des [créations] artistiques ou culturelles notables...

Il est vrai qu’ils ont créé des maisons d’édition visant à diffuser les livres et publications de leurs partis ; ils n’ont jamais cessé de perfectionner leurs armes médiatiques que sont la presse, la télévision et d’autres supports ; ils ont développé leurs propres banques et institutions financières [en précisant qu’elles sont] ‘islamiques : pas d’intérêts’ ; ils ont créé des écoles privées, qui n’ont servi qu’à isoler davantage les petits musulmans de leur environnement européen, et ils ont ainsi renforcé le contrôle des partis islamiques sur leur [vie] - et ce n’est là qu’une liste partielle. Mais ce qu’ils n’ont pas fait, c’est agir pour créer un pont entre l’Orient et l’Occident comme l’ont fait, par exemple, les poètes de la diaspora [musulmane]. Ils n’ont jamais non plus cherché à semer les graines de la modernisation, de la démocratie et de la créativité - culturelle, artistique et littéraire - dans les mondes arabe et islamique.

La plupart des articles sur [les musulmans d’Europe], que les médias publient avec beaucoup d’enthousiasme, portent sur les querelles entre mosquées, les crimes d’honneur familiaux, ou le discours religieux extrémiste. Pas une seule de leurs associations n’a jamais patronné le moindre programme culturel utile, et aucun de leurs partis n’a jamais traduit une encyclopédie ou organisé un groupe d’étude s’intéressant à un aspect donné de la culture, de l’éducation ou des liens entre l’Orient et l’Occident. Aucun de ces cercles n’a jamais non plus investi le moindre effort [dans un projet] - pas même pour reconsidérer les écrits des partis islamiques et les moderniser en en supprimant les idées extrémistes et l’idéologie des accusations d’hérésie. »

Abus de tolérance

« La tolérance des Occidentaux envers les musulmans en Europe et aux États-Unis pour ce qui est de la liberté religieuse en général, et leur respect des conversions à l’islam, notamment de la part de juifs et de chrétiens, n’ont servi de modèle à aucun parti islamique : ils n’ont pas appris la tolérance religieuse ; ils n´ont pas été poussés à reconnaître que le choix de la religion est une affaire personnelle ; ils n’ont pas non plus été incités à protéger les non-musulmans dans le monde arabo-islamique. Au contraire, ils sont devenus de plus en plus agressifs, parce qu’ils ont compris que l’Occident cédait à leurs exigences et les traitait avec tolérance. Ils ont donc gagné du terrain et de la popularité, tandis que leur arrogance ne connaissait plus de limites...

La littérature, les publications et les sermons des islamistes, même en plein cœur de l’Europe, conservent pour l’essentiel la structure conceptuelle des anciens écrits [musulmans], puisqu’ils continuent à considérer tous les apports de la civilisation comme des déchets, toutes les prodigieuses innovations technologiques comme des avancées purement matérielles, et la vie et les valeurs de l’Occident comme décadentes et dégradantes. »

Le lien à la violence et au terrorisme

« On a souvent dit que les groupes islamiques modérés n’ont rien à voir avec la violence et le terrorisme. Mais c’est une illusion. Toutes les idées des groupes terroristes cadrent avec l’idéologie des Frères musulmans, du [parti] Al-Tahrir, de Al-Jama’a Al-Islamiyya au Pakistan, et d’autres encore. Des concepts comme l’idolâtrie, la loi de Dieu, l’instauration de la charia et d’autres encore, qui ont acquis de nouvelles connotations fondamentalistes liées aux nouveaux partis dirigeants, n’ont pas été inventés par Al-Qaida ou le Fath Al-Islam. Les notions d’isolement cognitif, d’invalidité des lois humaines et du service de Dieu, la dévalorisation des valeurs de patrie et de citoyenneté ainsi que toutes les facettes du réalisme politique, ou encore les proclamations telle la devise des Frères musulmans ‘la mort pour Allah est notre plus haute aspiration’ et beaucoup d’autres - tout cela n’a pas été inventé par Al-Zarqawi, ben Laden, ou [Sheikh Abu Muhammad] Al-Maqdisi…

Que peut-on attendre d’un jeune qui se trouve confronté à l’idée [suivante, que l’on trouve] dans un livre fréquemment étudié par les Frères musulmans : ‘Nous vivons aujourd’hui dans une jahiliya [l’ère pré-islamique du culte des idoles], similaire à l’idolâtrie du temps de [Mahomet], et même pire. Nous sommes entourés par l’idolâtrie. Les réalisations et les croyances des hommes, les traditions et coutumes des peuples, leurs sources traditionnelles, leurs arts et leur littérature, leurs lois et règlements, et même la plupart de ce que nous considérons comme des aspects de la culture islamique, les autorités islamiques, la pensée et la philosophie islamiques - toutes ces choses sont des produits de l’idolâtrie.

Il ne s’agit là que d’un passage du livre de Sayyed Qutb, Jalons. Ce livre a été traduit dans toutes les langues des pays islamiques : turc, perse, urdu, malais, indonésien, et d’autres encore, comme des centaines d’autres livres des Frères musulmans. Ces livres endoctrinent des milliers de jeunes du monde musulman et attirent [beaucoup d’entre eux] vers des organisations terroristes extrémistes.

Ce passage, qui est lu [et relu] par les islamistes depuis plus de 40 ans, n’est-il pas la principale raison du sentiment croissant de marginalisation des musulmans de leur propre société et de la société européenne, américaine ou australienne vers laquelle ils ont émigré ?

Il ne fait aucun doute que ce sont ces idées, ces textes et ces doctrines - dont certains [nous] paraissent ‘modérés’ et sans danger, [une fois] qu’ils ont empoisonné notre âme - qui ont façonné les idées de beaucoup de musulmans, hommes et femmes, à travers le monde, et ont fait naître une génération de terroristes djihadistes.

C’est ce [phénomène] qui a précipité la rupture entre les islamistes et les sociétés occidentales en Amérique et en Europe. » [4]

[1] Awan (Koweït), 2 décembre 2008. [2] Sayyid Abul A’la Mawdoudi (1903-1979)(1903-09-25), également connu sous les noms de Mawlana (Maulana) ou du cheikh Sayyid Abul A’la Mawdudi, était un journaliste, théologien et philosophe politique sunnite pakistanais, et un penseur islamiste majeur. C’était également un personnage politique dans sa patrie du Pakistan, où il a fondé le parti revivaliste Jamaat-e-Islami. [3] Hizb Al-Tahrir (Parti de la libération) est un groupe islamique radical dont l’objectif est de rallier les musulmans en appelant à l’instauration d’un nouveau califat. [4] Al-Ittihad (Emirats arabes unis), 5 octobre 2008.

                                                                                                   Memri Europe (Dépêche spéciale n° 2256)

 

 

                                                                                                                                              

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