SOMMAIRE

Angela Merkel démissionnaire ? La belle erreur...    
Christian et Bettina Wulff : un nouveau couple présidentiel allemand très glamour    
Après la démission de Horst Köhler    
Elections en Rhénanie du Nord/Westphalie : la claque !    
Après l'échec des régionales, à deux ans des présidentielles... Nicolas Sarkozy peut-il rebondir ?    
Le retour à la maison    
Un cocktail de préjugés antiallemands dans un quotidien parisien    
Merkel et Sarkozy ont opté pour "l'Agenda 2020"    
Où allons-nous ?    
Cacophonies télévisées    
Les riches tremblent    
La République fédérale d'Allemagne a 60 ans    

 

 

● Angela Merkel démissionnaire ? La belle erreur…

Après la démission pour convenances personnelles, le 17 juillet 2010, du bourgmestre-président de la ville-Land de Hambourg, Ole von Beust, CDU, les médias ont cru diagnostiquer un nouveau symptôme d'anémie du gouvernement Merkel. La quasi-simultanéité de sa défection avec celle de Roland Koch, en Hesse, leur a fait dire avec une belle unanimité, tant au Figaro (le 19 juillet 2010) qu'au Monde  (le 20 juillet 2010), que Mme Merkel était "lâchée par ses barons“. Le Spiegel qui a juré la perte de Mme Merkel et parait le dimanche sur la toile et le lundi dans les kiosques, inspire ce genre d'analyse. D'ailleurs Le Monde s'y référait. Certes, que Von Beust ait été l'artisan de la première coalition de la CDU avec  les Verts après avoir arraché Hambourg à la gauche en 2001, faisait de lui une pièce sur l'échiquier de la chancelière, tentée dans le futur de s'allier aux "écolos".  Mais ces caciques régionaux, comme Dieter Althaus (battu en Thuringe en septembre 2009), Günther Oettinger (ex-leader du Bade-Wurtemberg promu commissaire européen), Jürgen Rüttgers (démissionnaire après avoir été battu en mai 2010 en Rhénanie-Westphalie) et enfin Koch et Von Beust, étaient des rivaux potentiels de celle-ci. Loin d'affaiblir son pouvoir, leur départ le fortifie. Peu à peu, l'Allemagne devient plus "jacobine", davantage centrée sur Berlin. Mme Merkel fait désormais figure de suzeraine parmi des vassaux plus jeunes qui ne peuvent prétendre à la défier. Ainsi Ole von Beust, 55 ans, a-t-il passé la mairie de Hambourg à Christoph Ahlaus, 40 ans. Naturellement, elle a déjà perdu avec la Rhénanie-Westphalie et peut-être le 24 mars 2011 sa majorité au Bundesrat, la deuxième chambre du parlement, mais une réforme du gouvernement précédent de Mme Merkel a garanti la suprématie du Bundestag où le second gouvernement Merkel a 30 voix de majorité sur le Bundesrat. Merkel n’est pas encore finie, loin de là.

Contrairement à ce qu’écrivent les gazettes en s’inspirant notamment du « Spiegel » qui voue une haine aussi viscérale à la chancelière que jadis envers son prédécesseur Helmut Kohl, Mme Merkel n’a aucune intention de démissionner. Alors qu’elle  une confortable majorité au Bundestag, elle ne commettra pas la sottise de Dominique de Villepin qui avait conseillé à Jacques Chirac en 1997 de convoquer le corps électoral, ce qui fit perdre à leur parti sa majorité à l’Assemblée nationale et permit cinq ans de gouvernement socialiste avec toutes les erreurs qui ont affaibli la France (la loi sur les 35 heures notamment). Néanmoins, il peut arriver qu’un chef de gouvernement jette l’éponge pour des raisons personnelles. Cela ne semble pas être le cas d’Angela Merkel qui a encore une mission de politique intérieure et de politique étrangère à achever. Toutefois, qui lui succèderait ? Sa capacité de choix rapide en matière de personnes – par exemple plus succéder à Horst Köhler à la présidence de la République fédérale ou encore pour remplacer par le journaliste Steffen Seibert son porte-parole Ulrich Wilhelm - a attiré l’attention sur sa ministre du Travail et ancienne ministre de la Famille Ursula von der Leyen. La chancelière l’avait pressentie dans un premier temps pour assumer la présidence de la République. Si elle parvient d’ici là à assurer la maintenance de l’euro et à éponger plus ou moins la dette publique, ayant ainsi achevé ses principales tâches, Mme Merkel pourrait confier à cette mère de sept enfants la direction de la campagne électorale de 2013.

Mme von der Leyen relayera selon toute probabilité à partir de cet automne Mme Merkel à la tête du parti chrétien-démocrate CDU, ce qui donnerait du champ à la chancelière pour se consacrer davantage à la politique étrangère qui est sa passion. On a parlé de Mme Merkel aussi comme présidente de l’Union Européenne. Pour bien plus tard, mais encore faudrait-il pour lors instaurer une présidence bicéphale, car le duo Sarkozy-Merkel est la clé de l’Europe. 

 

 

Christian et Bettina Wulff : un nouveau couple présidentiel allemand très glamour

D’aucuns avaient critiqué Angela Merkel pour avoir soutenu la candidature de l’ancien ministre président de Basse-Saxe, Christian Wulff (CDU), comme successeur de Horst Köhler à la présidence de la République fédérale. Election qui ne fut pas aisée, du reste, bien que la gauche, divisée entre sociaux-démocrates (SPD) et néo-communiste (Die Linke), ait présenté contre Wulff deux candidats. Nombre de délégués chrétiens-démocrates et libéraux firent défection. Néanmoins Wulff fut élu au troisième tour le 30 juin 2010.

Une fois de plus, en optant  envers et contre tous pour Christian Wulff, Mme Merkel a probablement donné une nouvelle preuve de son instinct politique. Wulff était le bon choix. Il sera en tout cas plus représentatif et plus politique que son prédécesseur. Et en le désignant, de son dernier rival potentiel, le seul qui aurait pu briguer la chancellerie, Mme Merkel s’est fait un allié. Mais qui sont les Wulff ? Avec Bettina et Christian Wulff, un « jeune » couple s’est installé au Château Bellevue. « Il va ya voir enfin des rires d’enfants ici », a dit Mme Merkel, comme regrettant ce qui lui manquera toujours à elle qui a eu plus que quiconque dans sa vie. Deux mariages successifsont donné à Christian Wulff, d’abord avec sa première épouse Christiane,  une fille, Annalena (16 ans), puis avec Bettina (36 ans),  un fils, Linus (2 ans).

Bettina et Christian Wulff, lui 1,87 m pesant 87 kilos, et elle presqu’aussi grande que lui, deux beaux blonds aux yeux bleus, auront le physique de la fonction. On prête volontiers à Christian Wulff « l’effet Clinton ». En sportif qu’il est (vélo, jogging, randonnées, ski), il boit plus de jus de banane que d’alcool, à la différence de son épouse qui apprécie les bons crus avec modération. Le nouveau président allemand est resté fidèle aux idoles de sa jeunesse, Phil Colins et les Gipsy Kings. Malgré son nom dérivé de Wolf (loup), on le dit consensuel, ce qui gomme un peu son appartenance à l’aile catholique de son parti. Sa jeunesse n’a pas été facile. Christian avait quatorze ans quand ses parents ont divorcé. Il dut s’occuper de sa mère atteinte de sclérose en plaques et de sa sœur Natascha de neuf ans plus jeune que lui. Porte-parole de sa classe au Lycée et, à seize ans, membre des Jeunesses chrétiennes-démocrates, il en fut élu président trois ans après en passant son bac mention Très bien. Ses études de droit furent menées en parallèle avec la carrière politique.

Négligé par son épouse Christiane qui ne s’intéressait pas à ses fonctions de ministre-président et ne l’avait pas suivi à Hanovre, il rencontra au cours d’un voyage en Afrique du Sud Bettina Körner, porte-parole du fabricant de pneus Continental. Coup de foudre,  changement de look et divorce à l’amiable pour ne pas effaroucher l’électorat catholique. Ils se sont mariés, couple glamour qui s’affiche à présent volontiers. Bettina Wulff est la fille d’un banquier social-démocrate, prête à assumer ses fonctions auxquelles une vie mondaine intense l’a préparée. Et puis, secret d’Etat, elle sera la première « First Lady » à arborer un tatouage. On assure qu’il se situe à son épaule…

 

 

● Après la démission de Horst Köhler - Blick zurück auf eine dramatische Stunde der deutschen Politik

Nuées d’orage sur le gouvernement Merkel-Westerwelle

Depuis un certain temps déjà, le torchon brûlait entre le président allemand Horst Köhler et le gouvernement d’Angela Merkel et de Guido Westerwelle. Mais ils furent les premiers surpris par sa démission, eux qui l’avaient fait élire il y a six ans et réélire il y a un an. Mme Merkel n’avait été informée que deux heures avant qu’il l’annonce et elle a essayé par tous les moyens de le faire revenir sur sa décision. La raison avancée par M. Köhler a été un « malentendu » portant sur des propos qui avaient fait scandale en semblant lier l'intervention militaire en Afghanistan à la défense des intérêts économiques de l’Allemagne alors qu'en principe les soldats de l'OTAN sont en Afghanistan pour nous protéger du terrorisme. La population allemande avait été choquée par sa démission. On aimait cet honnête homme qui disait ce qu’il pensait, même si ce n’était pas conforme. "Je crois que les gens en Allemagne sont très tristes", avait estimé Mme Merkel. "Car il était le président des gens, des citoyens et des citoyennes".
"J'annonce ma démission de mes fonctions de président avec effet immédiat", avait sobrement déclaré M. Köhler, âgé de 67 ans, dans une brève déclaration télévisée faite au siège de la présidence à Berlin, aux côtés de son épouse Eva Luise. Même si sa fonction est essentiellement honorifique, comme en France sous la IIIème et la IVème République, le président fédéral jouit généralement d'un grand prestige puisqu'il est le premier personnage de l'Etat. Köhler avait été d’ailleurs brillamment réélu l’an dernier pour un second mandat. Après la démission impromptue de Roland Koch, le ministre président de la Hesse, chrétien démocrate lui aussi, une semaine avant celle de Köhler, c’est un deuxième poids lourd qui quitte le navire. Dans cette phase difficile pour l’Europe et l’euro, la démission du président Köhler n’a rien d’encourageant. D’autant qu’il était spécialiste des questions financières. Ancien directeur du Fonds monétaire international (FMI), il avait été élu en 2004 à la tête de l'Etat allemand. Il avait réussi à imprimer sa marque sur cette fonction. Il s'était forgé une réelle popularité qui lui permettait même d'épingler le gouvernement.
On se demande naturellement si les raisons invoquées par Koch et Köhler sont les vraies. Koch avait démissionné en disant qu’à partir d’un certain stade de sa carrière, un politicien est pratiquement brûlé et ne plus faire bouger les choses. Il avait rappelé l’attitude de son parti qui l’avait perfidement laissé tomber en 2000 lors de l’affaire des financements occultes. En fait, il savait qu’il ne pourrait plus être chancelier, poste dont il avait rêvé jadis, surtout depuis que la chancelière ne l’avait pas pris dans son actuel gouvernement. Quant à Köhler, ce sont surtout les Verts et La Gauche néo-marxiste qui avaient critiqué sa réflexion à son retour d’Afghanistan. Certes, elles jouissent sur la question d’un large appui, la majorité des Allemands étant pacifistes et opposés à l’intervention sur ce lointain site. A-t-il voulu dire qu’en Allemagne, on n’est plus capable d’énoncer une vérité contre une opinion publique sous influence ?
Le 22 mai, à son retour de sa première visite au contingent allemand en Afghanistan, Horst Köhler avait déclaré sur les ondes : "A mon avis, la société dans son ensemble est en train d'accepter progressivement (...) que dans le doute et en cas de nécessité, un engagement militaire peut être nécessaire pour protéger nos intérêts, par exemple la liberté des voies commerciales, par exemple en empêchant l'instabilité dans des régions entières qui aurait des effets négatifs sur nos échanges, nos emplois et nos revenus". Ce qu’il a dit est une évidence. La doctrine stratégique de l’Europe est, en cas de nécessité, de protéger ses voies d’approvisionnement loin du territoire européen. Ce n’était pas nécessaire de préciser, comme l’a fait un porte-parole Horst Köhler, qu’il avait pensé à la lutte contre la piraterie. "Je regrette que mes déclarations sur une question aussi importante que difficile pour notre nation aient pu conduire à des malentendus", a commenté lundi le président, visiblement ému. "Ces critiques sont dénuées de tout fondement", a-t-il ajouté, affirmant qu'elles témoignaient d'un "manque de respect" de la fonction présidentielle.
En fait, il semble qu’il ait prémédité sa démission depuis quelque temps. Son fidèle porte-parole, Martin Kothee, avait quitté son poste il y a quelques semaines pour accepter un emploi dans le privé. C’était après que Köhler se soit permis en mars dernier de critiquer l’insuffisance du nouveau gouvernement Merkel-Westerwelle, disant qu’ils avaient la majorité et qu’ils n’avaient pas su en profiter pour s’imposer. Il avait vivement critiqué les marchés financiers qu'il avait qualifiés de "monstre" après l'éclatement de la crise financière et avait sommé les banquiers de présenter des excuses pour leur responsabilité dans la crise. Le gouvernement avait réagi vivement à ses compétences ?
Pour Angela Merkel, déjà affaiblie par différents problèmes de politique intérieure, c'est un nouveau casse-tête. Après avoir mis en avant Ursula von der Leyen pour ce poste, elle a obtenu de Christian Wulff, l'actuel ministre président CDU de Basse-Saxe, qu'il soit le candidat de la CDU et du FDP. Le SPD avait proposé l'ancien pasteur dissident de RDA Joachim Gauck qui fut après la chute de la RDA le fondateur et le gestionnaire des archives de la Stasi, mise à la disposition des victimes et des historiens à des fins d'information. Mme Merkel aurait pu accepter ce candidat "hors partis". Elle ne l'a pas fait et case ainsi à un poste de pure représentation le dernier concurrent potentiel qui pouvait prétendre dans son parti à la chancellerie. L'élection du président a eu lieu le 30 juin. Un succès difficilement acquis pour Mme Merkel, mais un succès quand même.
 (JPP)

 

● Elections en Rhénanie-du-Nord/Westphalie : la claque !

La CDU d’Angela Merkel et le FDP de Guido Westerwelle ont reçu une claque le 9 mai dernier aux régionales de Rhénanie-du-Nord/Westphalie (capitale Düsseldorf). Pourtant, les vainqueurs (et les vainqueurs sont surtout les Verts tandis que les sociaux-démocrates sont tout au plus des « non-perdants ») n’ont pas de meilleures recettes pour soigner les séquelles de la crise mondiale, qui a, en outre, déclenché une crise de l’euro. Sarkozy avait été puni lui aussi lors des régionales de mars dernier en France comme Merkel l’est aujourd’hui. On peut critiquer ça et là leur gestion, mais il faut admettre qu’ils payent tous deux la facture d’une crise dont ils ne sont pas responsables, et qu’ils payent aussi les fautes de leurs prédécesseurs. L’Euro-Club n’aurait-il pas dû mettre la Grèce en quarantaine quand on apprit en 2004 que les statistiques grecques étaient truquées ? Vraisemblablement, Platon et Aristote étaient apparus en rêve à Chirac et à Schröder pour leur annoncer un nouveau « miracle grec ». Dans ses interventions devant le Bundestag, Angela Merkel a rappelé qu’on n’avait pas été en manque d’avertissements en 1999-2000 au sujet des finances grecques, mais Gerhard Schröder et son ministre des Finances Hans Eichel étaient passés outre. Il va falloir changer les règles du jeu en Europe et c’est ce qu’a annoncé la chancelière allemande dans des discours musclés qui ont rassuré ses partisans (voir ci-après sous « Europe »).
Il y a des semaines que nous avions annoncé la débâcle électorale en Rhénanie-du-Nord/Westphalie Rien d’étonnant : cette fois, les instituts de sondage ne se s’étaient pas trompés. La CDU est dans le plus grand Land d’Allemagne devant le SPD, mais elle ne peut former un gouvernement régional avec aucun autre parti que le SPD social-démocrate. Elle n’a sur les sociaux-démocrates que 6 200 voix d’avance (0,1%). Certes, „la majorité est la majorité“: elle devrait donc présenter un ministre président du Land sorti de ses rangs, mais un parti qui n’a pu conserver à Düsseldorf sa coalition gouvernementale que cinq années et qui a perdu 10,2% de voix par rapport au dernier scrutin en 2005, ne peut pas briguer la tête haute la conduite du Land. Le SPD n'est pas non plus bien fort après avoir perdu 2,5% de voix et engrangé dans ce Land son plus mauvais résultat depuis l’époque d’Adenauer dans les années cinquante. Mais, après tout, si l’on compare avec le résultat des élections du Bundestag à l’automne dernier, le parti social-démocrate s'est stabilisé. Que le FDP se retrouve si bas, à 6,8% (certes avec 0,6% de plus qu’en 2005), après ses 15% lors des dernières législatives de l’automne dernier et pour la coalition berlinoise un funeste présage. Il signifie que le gouvernement allemand Merkel/Westerwelle entré en fonctions en novembre 2009 avec de hautes attentes et un excellent résultat électoral, appartient déjà au passé. Son programme pour la législature 2009-2013 est à mettre au panier. Et c’est déjà ce qu’a commencé à faire Mme Merkel en annonçant qu’il n’y aurait pas d’allègements fiscaux. 
Le résultat sorti des urnes en Rhénanie-du-Nord/Westphalie montre qu'en Allemagne, c’est devenu problématique de former des majorités. IL faudra bien renverser quelque part la vapeur dans la politique allemande. Le plus simple serait d’amender le régime électoral et d’introduire un scrutin majoritaire. La constitution ne l'interdit pas. Mais ce type de scrutin ne correspond ni à la tradition ni à la mentalité allemandes.Tandis que les grands partis CDU/CSU et SPD stagnent, les Verts et La Gauche gagnent des points : les Verts grimpent à 12,1% avec une progression spectaculaire de 5,9%, progression qui est de 2,5% pour La Gauche, laquelle franchit la barre éliminatoire des cinq pour cent et entre au parlement régional de Düsseldorf avec 5,6 % des voix. L’intrusion de ce nouveau parti qui se dit néo-marxiste et anticapitaliste et se livre à une obstruction systématique empêche la formation de majorités de gouvernement stables dans la politique fédérale. En Rhénanie-du-Nord/Westphalie, même en se coalisant avec les Verts et en délaissant le FDP, la CDU n'aurait pas plus de majorité au parlement de ce Land que le SPD. Elle a donc formé un gouvernement régional minoritaire avec les libéraux, toléré par le SPD qui reste dans l'opposition et Mme Merkel conserve pour le moment sa majorité à la deuxième chambre du parlement, le Bundesrat, où sont représentés les gouvernements des Länder. (JPP)

 

 

● Après l’échec des régionales, à deux ans des présidentielles…Nicolas Sarkozy peut-il rebondir ?

(Cet article avait été rédigé dans le sillage des régionales de 2010)

Après les régionales de 2010, le taux d’abstention élevé le 14 mars (53,67%) et encore le 21 mars (48,5%) a laissé dans tous les camps plus d’amertume qu’à droite (35,4% des suffrages seulement), la nette victoire de la gauche (54,1%). La gagnante, Martine Aubry, a dû exhorter ses troupes à ne pas surestimer leur succès. En 2004 déjà, la gauche avait gagné les régionales, mais, trois ans après, elle perdait législatives et présidentielles. Par ailleurs, beaucoup de ses sympathisants ne veulent pas admettre ou comprendre que ce résultat de 2010 est un vote de rejet de la politique de Nicolas Sarkozy et non pas un vote d'adhésion à un programme. La meilleure preuve en est précisément ce taux d'abstention record.

Il faut certes relativiser l’abstention. Elle avait été « déjà » de 34,3 % aux régionales de 2004 et elle avait atteint 59,37 % aux européennes de juin 2008. Le record absolu d’abstention était détenu par le référendum instituant le quinquennat en 2000 : 69,8%. C’est un désintérêt global pour tout ce qui n’est pas législatives ou présidentielles. Ce désintérêt des électeurs auquel s'attendaient nombre d'analystes, ne manque pas d'explications : tout d'abord beaucoup de nos concitoyens ne connaissent pas la région et ses prérogatives, son rôle politique, ses dépenses et ses coûts. Ils ne voient que son côté administratif. Elle n’est pas pour eux une instance politique. Aucune vraie pédagogie vers le grand public, aucun débat réellement dépassionné sur l'importance de cette collectivité territoriale n'avait été organisé. Résultat : si l'on demande aux Français "à quoi çà sert?", une grande majorité sera incapable de répondre, avec le sentiment diffus qu'entre les départements et les communes, c'est la masse des impôts locaux qui caractérise l'existence de la région. Ceux qui ont voté, l’ont fait en fonction de considérations nationales.

Quant au succès de la gauche, il s’explique aisément : même relativement bien gérée dans notre pays, la crise économique a eu les conséquences sociales importantes que l'on connaît et qui constituent les chevaux de bataille traditionnels de la démagogie politicienne de gauche. S’ajoute que le président Sarkozy s’était fortement engagé dans la campagne après avoir dit pourtant que ce n’était qu’un scrutin régional. Aussi la gauche a-t-elle surfé sur la vague du « tout-est-la-faute-à-Sarko ». Le chômage ? Ce n’est pas la crise, c’est Sarkozy. Les dettes ? Il a renfloué les banques et non pas les déshérités. C’est tout juste si on ne l’aurait pas accusé d’être responsable de la vague de froid de l’hiver et de la canicule de l’été prochain. Se surimposait une actualité récente faite de problèmes scolaires, de violences diverses, de précarité, ajoutés à cela les derniers dégâts hivernaux causés par les vents ou la mer. Tout cela a été mis plus ou moins au compte du gouvernement, y compris la non réfection des digues de Vendée qui n’ont pu contenir l’invasion de la mer. Aussi pouvait-on tristement comprendre que nos compatriotes les plus défavorisés n'aient tourné qu'une oreille distraite vers une campagne électorale qui leur paraissait souvent bien loin de leurs problèmes, d'autant plus que petites phrases et déclarations comminatoires mises en avant par les médias ont occulté les analyses et les arguments sérieux. Enfin quelques bourdes de la droite n’ont rien arrangé, telles les accusations erronées lancées contre un candidat socialiste de la région parisienne et l’allusion inopportune au décès d’un policier qui, heureusement, n’était pas mort. Certaines initiatives du président qui auraient pu être bénéfiques, se sont retournées en boomerang contre lui. Aussi ces régionales ont-elles été largement considérées comme son échec personnel. Leur effet n’est pas régional, il est catastrophique.

Pour tout dire, ces élections de sont déroulées dans une ambiance record de défiance envers la classe politique, essentiellement celle qui est au pouvoir, l’opposition s’affirmant victime dudit pouvoir. Dans cet univers insalubre d’une France livrée à ses obsessions et hallucinations, dans ce pays où les procès contre des hommes politiques de renom font la une des médias, les oiseaux de mauvais augure ont la partie facile. Rarement l’opinion publique a été aussi défavorable aux politiciens. Le taux de défiance a plus que doublé. Selon Eurobaromètre, plus de 80% des citoyens européens (après 70% en 2007) considèrent que la corruption gangrène leurs institutions nationales (83%), régionales (81%) et locales (81%). Ce rejet a accusé une progression de 10% sur un an en Europe, mais de 15% en France.

Leçon à retenir pour 2012, ce scrutin a souligné aussi l’avantage tactique de la gauche. Elle roule en « troïka », PS (29,5%), Europe Ecologie (12%) et Front de la gauche (6%), tandis que la droite est divisée, le Front National (FN 9,2%) des Le Pen considérant l’UMP de Sarkozy comme l’adversaire principal. L’UMP a plaidé l’unité, mais ce n’était pas crédible. Les « familles » politiques de la gauche offraient, quant à elles, un semblant de diversité pour gagner ensemble. Elles se sont regroupées sur leur fonds de commerce traditionnel, l’anticapitalisme et la taxation des « riches », avec en prime l’hostilité à Sarkozy. A droite, contaminés par l’adversaire, certains emploient le terme « capitalisme » au lieu de dire « économie de marché ». On n’a plus le courage d’être soi-même, d’avoir son langage à soi.

Pour refouler le FN, il faudra revenir aux fondamentaux. C’est la première priorité. Cette fois les discours ne suffiront pas. La fille de Jean-Marie Le Pen s’avère redoutable. Il faudra du concret pour lui couper l’herbe sous le pied. Le FN ne sera pas en tête, mais il taillera des croupières à la droite républicaine et fera gagner la gauche. C’est, d’ailleurs, ce qu’il souhaite, ayant toujours pratiqué la politique du pire. Il faudra donc créer des emplois et réduire la précarité pour contrer la gauche et l’extrême gauche, mais il faut rapidement restaurer l’ordre et surtout refouler l’islamisme pour contrer l’extrême-droite. C’est visiblement à cette deuxième tâche que le gouvernement s’est attelé dans l’immédiat. L’autre requiert un travail de plus longue haleine et le retour de la croissance.

« La faute à Sarko »

Au lendemain de ces régionales, le gouvernement a paru essoufflé. La méthode express de Nicolas Sarkozy qui consistait à tout faire à la fois, a subi un coup d’arrêt. On ne peut certes pas tirer tous les matins un lapin de son chapeau. Aussi le président a-t-il annoncé une pause des réformes en 2011. Dans l’immédiat, il a sacrifié un ou deux projets. Les collectivités territoriales, la justice attendront. La conversion à l’écologie n’ayant pas endigué la progression des Verts/Europe écologie, l’environnement est passé par pertes et profits, exit donc la taxe carbone qui pénalisait inutilement l’industrie française. C’est dire à quel point d’aveuglement on en était arrivé, contaminés par la fièvre environnementale. L’Elysée jouera son va-tout sur la réforme des retraites. Elle est de taille et ce ne sera pas de trop de l’Elysée, de Matignon et d’Eric Woerth pour en venir peut-être à bout. Quant au débat sur l’identité nationale, il n’a pas anéanti le Front National. Dire qu’il l’a fait progresser est toutefois exagéré, car le score du FN à ces régionales a été moins bon qu’à celles de 2004. En fait le débat identitaire a échoué parce qu’il n’a pas été mené jusqu’au bout. Il faudra relancer l’idée sous d’autres formes, car on assiste à une dilution de la conscience collective, avec un brin d’Europe en plus pour rappeler que les racines de l’Europe ne plongent pas dans le Coran. Car l’UMP peut mordre sur le territoire du FN. Elle doit se recentrer sur sa droite, sur toute la droite, du centre droit aux conservateurs.

En revanche, elle ne peut pas occuper le terrain de la gauche. L’ouverture gouvernementale à gauche n’a pas porté ses fruits après avoir provoqué au départ un certain désarroi. Pourquoi voter en effet pour un parti, si ce sont des "personnalités" de l'autre qui obtiennent des postes de responsabilités ? Toute la politique s'en trouve décrédibilisée. Certes, Sarkozy était sincère en prenant à son service d’anciens adversaires sur des critères de mérite personnel et non sur les allégeances politiques. Il voulait créer un climat d’unité nationale que les Villepin et autres Bayrou se targuent de réaliser en sachant bien que c’est impossible. Mais cela n’a pas convaincu les électeurs de gauche et a démobilisé des électeurs de droite. S’ajoute que l'ouverture à gauche telle qu'elle a été pratiquée par le président de la République, n’a fait que de démontrer et ce de façon flagrante qu'en politique on ne combat pas pour des idées, mais pour des postes. Or ce n’était pas réaliste de délaisser son électorat et ses idéaux pour essayer de débaucher à gauche. Cela n'a jamais réussi. George W. Bush l'avait bien compris, lui, et il avait obtenu un second mandat en misant à fond sur son électorat. Le pompon a été atteint avec la nomination de Michel Charrasse le 12 mars 2010 au Conseil constitutionnel. Pourtant, Charrasse a été exclu du Parti socialiste. Pourtant, Jack Lang comme Bernard Kouchner sont devenus des inconditionnels de Sarkozy. Mais recevoir Cohn-Bendit à l’Elysée et vouloir lui confier une mission n’avait pas été très intelligent. D’autant que l’ex-meneur de mai 68 n'est pas Français, mais Allemand. Lui demander s'il compte se présenter en 2012, comme le font certains à gauche, c'est donc carrément vouloir faire prendre des vessies pour des lanternes.

Des régionales ne sont pas des générales, mais ces régionales-là ont déclenché prématurément la course aux présidentielles. Le président de la République a entendu le message. Il avait jusqu’ici pratiqué surtout le sprint. Mais, en coureur de fond qu’il est, il doit maintenant chercher le second souffle. Lui et son entourage doivent faire un gros effort d’imagination et de créativité pour franchir en bon état en 2012 la ligne d’arrivée. L’exercice sera périlleux. Au moindre sursaut du gouvernement, les gens manifestent. Témoin le mouvement de rébellion des propriétaires de maisons menacées par la mer en Vendée et touchés par le tracé de zones « noires ». Il suffirait d’une étincelle pour mettre le feu aux poudres. La jeunesse immigrée des banlieues, sans emploi et sans horizon, sombre dans le nihilisme, animée du désir de taper sur la police et les pompiers, de taguer et de démolir bâtiments et véhicules, d’enrayer le fonctionnement des services publics. Dans certaines villes, on l’a vu à Montpellier, les casseurs commencent à intervenir dans les beaux quartiers. On comprend leur colère, résultat d’une immigration débridée et incontrôlée pendant des décennies. Pire est la colère des pays déshérités et en guerre qui gronde aux frontières de l’Europe. La France pourrait glisser très vite vers l’état d’urgence.

Le débat s’est durci

Depuis le 21 mars, sur fond de manifestations constantes et de grèves récurrentes, le débat politique s’est durci. L’opposition tire à boulets rouges sur Sarkozy. Dans son camp, certains lui attribuent la responsabilité de cet échec. Certains qui étaient de ses fidèles quand il gagnait, se demandent aujourd’hui si la boutique ne tournerait pas mieux sans lui. Ces régionales ont provoqué une certaine débandade dans le camp de la majorité. Certains de nos amis ont été surpris de constater le nombre de personnalités politiques de droite qui se détournait de Nicolas Sarkozy pour toutes sortes de raisons. Certes, pas les ministres, qui feraient tout pour rester en place, mais d’autres, députés, sénateurs… Des amis d’hier lui cherchaient déjà un remplaçant. Il est vrai que rien n’est éternel. Il y a maintenant ceux, comme Villepin, qui spéculent déjà (vainement) sur sa succession en 2012 et ceux, loyaux comme Copé, qui la brigueront en 2017, et ceux comme Raffarin qui se démarquent de lui. Dominique de Villepin a mis le pied dans l’étrier laissé par François Bayrou. Alain Juppé s’est avancé en réserve de la République. Sarkozy doit redresser la barre sous la surveillance de ses rivaux de l’intérieur et face au vent de fronde soufflant de sa majorité.

La gauche, elle, ne recule devant rien pour occire Sarkozy. Médisances et racontars salissent le couple présidentiel, exemple les infidélités fictives de Nicolas et Carla diffusées par un blog. Il a fallu qu’une secrétaire d’Etat et qu’une ancienne ministre, pointées gratuitement du doigt, démentent solennellement. L’entourage présidentiel avait pris la chose par le mauvais bout. Carla Bruni-Sarkozy a dû remettre les pendules à l’heure en citant le fameux couplet du Barbier de Séville sur la calomnie. Nicolas Sarkozy a évité de sur-réagir, instruit par des affaires précédentes. Cet incident a montré que le président changeait une deuxième fois de méthode, esquivant sans contre-attaquer, se montrant moins, ne provoquant plus. C’est sa seconde mutation. La première avait consisté il y a un n et demi environ à renoncer au clinquant, au « bling-bling », pour faire plus sérieux. Ce sera dur, dans ces conditions, de redorer le blason.

Nicolas Sarkozy n’est plus l’hyper-président, mais l’intervenant occasionnel. Etant la cible principale, voire la cible unique, il doit s’escamoter, se faire un peu oublier. Les tirs se focalisant sur lui, il sort du champ de visée et pratique la désescalade. L’exercice n’est pas aisé. A chacune des initiatives gouvernementales, Martine Aubry est sollicitée au petit écran. La candidate naturelle de la gauche chante alors son refrain : rien de bien ne peut sortir de ce gouvernement et ce président mène la France à sa perte. Mais est-elle elle-même à la hauteur ? Elle est moins séduisante que Ségolène Royal. D’un genre plus revêche et plus apparatchik. Mais elle affiche si bien l’air soucieux de la mère poule inquiète pour ses poussins, caquetage à l’appui, que beaucoup la croient ! Au final le message de la gauche s’énonce ainsi : tant que Sarkozy sera à la barre, il n’y aura plus de compromis. La gauche veut interdire aux syndicats tout dialogue constructif, notamment lors des tractations qui s’ouvrent sur la très vitale réforme des retraites. Grèves et manifestations doivent pourrir le pays en exploitant la désespérance des chômeurs et du nouveau sous-prolétariat des fins de droits, des sans abris et des sans papiers.

Retour en scène

Après quelques jours d’immersion et un voyage réussi aux Etats-Unis, au cours duquel il a reforgé sa relation avec le charismatique Barak Obama, Sarkozy est remonté dans un créneau qui lui est familier. Le 20 avril, un mois après les régionales, il est revenu en force avec Brice Hortefeux, un fidèle entre tous, pour promouvoir une opération coup de poing contre les « voyous » qui terrorisent banlieues et écoles et s’en prennent aux conducteurs de bus.. Puis il a décidé le 21 avril contre l’avis du Conseil d’Etat de faire interdire la burqa dans tout l’espace public. Certes, objectent les socialistes, la burqa n’est pas le premier souci des Français. Mais ce n’est pas leur dernier non plus. Cette initiative, préparée par François Copé à l’Assemblée Nationale, lui acquerra des sympathies parmi les Français. Il faudra qu’il y ait du suivi, des mosquées moins imposantes, des imams moins agressifs, moins de criminalité en milieu immigré et une « discrimination positive » qui n’écarte pas les Français de souche de la formation et de l’emploi. Enfin, le 22 avril en Savoie, le président Sarkozy a évoqué dans une allocution publique la « fierté d’être français » et « les racines. Ainsi a-t-il montré que le profil bas n’était pas sa tasse de thé, tout en piétinant les plates-bandes du Front National. C’est en ministre de l’Intérieur qu’il combat le FN.

C’est en président qu’il devra refouler la gauche. Mais si le duo Sarkozy-Hortefeux peut agir sur des théâtres secondaires, la marge de manœuvre économique du duo Sarkozy-Fillon est en peau de chagrin. Un séisme économique et financier majeur a secoué les pays occidentaux industrialisés, surtout l’Europe et les Etats-Unis, en d’autres termes l’ancien « monde libre » qui avait gagné la guerre froide et réfuté la doctrine de Karl Marx. D’aucuns époussettent à présent le fossile du barbu tiré des catacombes. C’est que l’économie libérale n’est plus triomphante, même si elle a le pouvoir de se régénérer. Les caisses sont vides. Là est le vrai problème. Le pouvoir socialiste, de 1991 à 1995, puis à nouveau de 1997 à 2002, les avait vidées et avait tué la poule aux œufs d’or du travail. « Egalité, diversité, contestation », telle était la devise qu’il avait inscrite au fronton de la République. Les Français seront-ils dupes de la démagogie des populistes de tous bords ? De ceux qui sont prêts à sacrifier l’héritage et le patrimoine collectifs ? Le réel sursaut de 2007-2008 a été sapé par la crise après un début de redressement du pays, de retour au travail, de relèvement du pouvoir d’achat, de reflux des grèves et des manifestations, de responsabilisation des fauteurs de troubles, en bref après le retour de l’espoir pour la France active. Il a fallu alors cautériser d’urgence l’onde de choc venue d’outre-Atlantique. Il en résulte un énorme endettement. Impossible désormais d’huiler l’engrenage qui grince.

Mais on semble avoir oublié que le président Sarkozy a été le plus réactif des chefs d’Etat et de gouvernement face au cataclysme qui, sans la mobilisation générale des pays concernés qu’il a suscitée, aurait balayé les gouvernements comme en 1929-30. C’est lui qui a mis en place des amortisseurs nationaux et internationaux pour endiguer la crise. La réapparition de l’extrême-droite et le durcissement d’une gauche marxisante et antilibérale exprimés aux régionales, ne sont qu’un moindre mal par rapport à l’effondrement de la démocratie qui aurait pu se produire s’il n’avait pas agi. Comme Sarkozy présidera en 2011 le G8 et le G20, il pourra à nouveau endosser l’armure du chevalier blanc, du sauveteur. Reste que l’erreur de Sarkozy et de Fillon avait été de ne pas abroger les 35 heures dès leur arrivée à la barre, mais de les « aménager ». Dans divers domaines, on n’a pas stoppé la politique des chiens crevés au fil de l’eau menée en France par les deux prédécesseurs de Sarkozy à la présidence. La « rupture » annoncée n’avait pas été assez radicale. Admettons qu’il ne soit pas possible de revenir sur certains acquis, néanmoins, une cure de cheval aurait été ça et là nécessaire.

Des chantiers en friche

Reste que le tandem Sarkozy-Fillon a tout de même réalisé des réformes conséquentes. Dans leur application, la crise et la contestation les ont cassées, ce qui fait dire aux grincheux que Sarkozy ne les a pas menées à leur terme, mais elles existent comme leviers d’action futurs, dûment votées. Evidemment, plus personne n’invoque le service minimum qui devrait remédier aux grèves pour le bien des usagers. Car le climat est trop explosif. Faudra-t-il attendre que les réformateurs ne soient plus aux commandes pour qu’on s’aperçoive de l’effet bénéfique des réformes ? De la même manière qu’en Allemagne, Angela Merkel a bénéficié des réformes qui ont coûté son poste à Gerhard Schröder ? Les 25 000 restaurateurs sauvés de la faillite par la réduction de la TVA et les agriculteurs qui survivront, remercieront-ils le gouvernement français ? Quand ils ne s’abstiennent pas de voter, les Français se rallient en majorité à ceux qui promettent monts et merveilles aux damnés de la terre dont ils s’imaginent faire partie. Quand la France, ce vieux pays, sera-t-il mature ? Quand résistera-t-il à la démagogie et à la surenchère ? Quand négociera-t-on au lieu de décréter ? Quand l’économie se débarrassera-t-elle du carcan des réglementations et d’une fiscalité restée drastique malgré des allègements intervenus depuis 2007 ? Quand l’aspiration à mieux vivre en travaillant plus se substituera-t-elle à l’assistanat ? Quand voudra-t-on faire le mieux au lieu de partager le pire ? Il y a là des chantiers en friche pour les deux ans à venir. Sinon l’élite de la jeunesse française ira travailler en Allemagne.

Il ne faut pas que le coup de frein aux réformes s’éternise. Les concessions ne devront pas se multiplier. Le temps passe vite. La réduction du septennat à un quinquennat a « déprésidentialisé » la France et « parlementarisé » la fonction régalienne du président de la République. Le remaniement gouvernemental a été modéré. Sans doute faudra-t-il moins d’ouverture avant d’aborder la dernière phase du mandat en 2012. Mais les concessions sont aussi dévalorisantes. La suppression de la taxe carbone qui était un des cadeaux faits à l’écologie dominante a été une bonne chose, un moins bonne aurait été la suppression du bouclier fiscal, car elle aurait été interprétée comme une capitulation. Un coup d’arrêt aux éoliennes, la relance de la recherche génétique, y compris agricole, le forcing dans la lutte contre les nouvelles maladies infectieuses, contre Alzheimer et le sida, la réintégration des sans abris sous un toit et des chômeurs de longue durée dans le travail seraient spectaculaires. Les Français attendent le retour de la sécurité, l’interdiction de la drogue, le recul du tabagisme et de l’alcoolisme et le reflux d’un islamisme de plus en plus insolent et sûr de lui. Contre la censure rampante du « politiquement correct », il faudra libérer la parole. Sarkozy avait essayé de rompre des tabous. Actuellement, pour lui, ce terrain est miné, mais le gouvernement doit retrouver la maîtrise des mots.

Pour sortir de cette mauvaise passe, le pouvoir devra bouleverser des habitudes et libérer les énergies et les idées. Il faudra aussi faire comprendre aux citoyens que les cadeaux que leur promettent ceux qui ne sont pas aux commandes, ne pourront être financés qu’en trayant à mort la vache à lait productive. La crise a engendré des situations dramatiques. En un an, le nombre des demandeurs d’emploi a progressé de 25% et un Français sur deux redoute de glisser dans la précarité. Le gouvernement fait de gros efforts pour aider les exclus et les déclassés, mais il n’est pas responsable de la crise. Bien au contraire, répétons-le sans cesse, les réformes entreprises auraient porté leurs fruits si la crise n’était pas intervenue. Que la flambée des prix du pétrole suivie de la crise économique et financière importée d’outre-Atlantique aient creusé le chômage en France et bloqué la croissance, il faut que les adversaires de la majorité présidentielle finissent par l’admettre.

Redonner aux Français le goût du bonheur

Si le gouvernement veut reconquérir la majorité, il doit faire entrer cela dans les têtes. Pourquoi ne pas parler franc et vrai ? Pourquoi ne pas rappeler que le président français a sauvé la Géorgie de la disparition en tant qu’Etat et que l’Union pour la Méditerranée est à son actif, même si son utilité ne se verra qu’à long terme ? Pourquoi ne pas dire que le G20 qui réunit tous les grands pays et que la gouvernance des 27 sont son œuvre ? Comment capter l’attention de citoyens qui n’entendent que les voix de sirènes de Martine Aubry et de Cécile Duflot, pour ne pas parler des diatribes éraillées d’un Cohn-Bendit en mal de revanche pour son échec de mai 1968 ? Entre ces négativistes et les révisionnistes genre Le Pen, le gouvernement doit redonner aux Français le goût du bonheur, les sortir d’une morosité factice. Mais les Français doivent aussi comprendre que la sécurité et le bonheur ne sont pas dispensés gratis par un Etat paternaliste. Que la revendication de « justice sociale » n’est qu’un habillement pudique de l’assistanat. Que plus d’égalité entraîne moins de liberté. Et qu’enfin l’économie dirigée et administrée socialiste a brillamment échoué en Europe de l’Est avant 1989. Le député socialiste de l’Essonne, Manuel Valls, avait déclaré au lendemain des Européennes sur i-Télé : « Le mot socialiste ne veut plus rien dire ». Raison de plus pour donner un coup de barre à droite. L’ouverture à gauche n’a pas été payante. Bayrou en est la preuve.

Mais n’oublions pas qu’obliger le gouvernement à retirer des réformes et couper le rythme, voilà ce que veulent les adversaires. Il ne faut pas que le gouvernement change de style, il doit confirmer sa fiabilité et la continuité de sa politique. Si l’on ne peut plus entreprendre de réforme majeure, retraites exceptées, au moins faut-il en faire beaucoup de petites, pas chères, mais visibles, qui amélioreraient le quotidien des Français. Le premier atout de la majorité gouvernementale et parlementaire est qu’elle est encore au pouvoir et le deuxième est que la gauche n’a pas de panacée à la crise. Les Français le savent, mais il faut le leur montrer du doigt. Car ils sont un peu déboussolés.
Naturellement, cela ne fonctionnera que si, d’ici 2012, on parvient à créer de l’emploi. Mais, bien que tous les regards se tournent vers l’économie, la politique doit reprendre ses droits. Or les mérites politiques du président Sarkozy n’apparaissent pas dans les débats. On a peur de le vanter devant les sans-culottes. Ces derniers ont mis sur la touche les communistes et les socialistes. Ce sont les anars modernes, à la manière de Cohn-Bendit et de José Bové, qui, à gauche, donnent le ton. Les partis organisés se laisseront-ils déborder par ces artistes du chaos ? Il y a des limites comme l’a prouvé l’échec du petit facteur de Neuilly, Olivier Besancenot. Pendant ce temps, le Front National, dominée encore par des gens qui ont un compte à régler avec la République, avec « le système », comme ils disent, se fait l’allié de ces courants extrémistes qui pourraient un jour emporter nos libertés. L’entourage du président est peut-être conscient de ces dangers, mais les électeurs s’imaginent sans doute que les structures en place sont éternelles. On s’aperçoit surtout que tout tourne à l’absurde dans un monde dont le pouvoir républicain perd la maîtrise. Les banlieues, la drogue et les tags, les viols collectifs, les agressions contre des vieux et les caillassages sans raison en sont la preuve. Cette ambiance délétère fait le lit d’un totalitarisme rampant.

La situation s’est retournée brusquement ces derniers mois. Sans la crise, les réformes de Nicolas Sarkozy auraient porté leurs fruits. Lui-même y croyait sincèrement. Elles ne résultaient pas d’un actionnisme incohérent, mais elles étaient nécessaires et rationnelles. Sarkozy dérangeait la gauche classique parce qu’il avait fait les réformes qu’elle aurait dû réaliser quand elle était au pouvoir et dont elle s’était abstenue par manque de courage. Il lui fallait en plus corriger les erreurs qu’elle avait commises, dont la pire, concoctée par Martine Aubry. Sarkozy faisait aussi, avec Martin Hirsch et d’autres, dans la bonne tradition du gaullisme, une politique sociale. Autant de raisons de le haïr. Certaines forces exploitent à fond le désespoir des salariés licenciés, pour les utiliser comme masse de manœuvre contre l’Etat et l’entreprise. Sarkozy et sa majorité étaient la dernière chance de redresser le pays dans la liberté. Toujours est-il qu’on regrettera un jour Nicolas Sarkozy, ce petit homme vaillant qui avait tenté de sauver la France. Ce jour sera peut-être celui de la guerre civile, en 2020 ou avant. Mais Sarkozy a toujours fait ses preuves dans les crises. On peut espérer.

On comprendra plus tard qu’il a sauvé la République et l’Europe. Sarkozy a même obtenu de l’Allemagne ce gouvernement économique européen qu’il réclamait et le filtrage des dumpings commerciaux à la frontière extérieure de l’UE finira par s’imposer à nos voisins. Tous les dangers sont loin d’être écartés, mais l’économie internationale redémarre plus vigoureusement et plus vite qu’on l’avait imaginé. Reste à savoir si la France, livrée à une contestation virulente et à des blocages chroniques, avec ses syndicats plus revendicatifs que coopératifs, avec sa dispersion dans les intérêts particuliers et la diversité ethnico-culturelle, bref si ce pays ingouvernable pourra bénéficier de la relance autant que l’Allemagne qui ignore quasiment les grèves et n’est pas astreinte comme nous aux 35 heures, RTT et autres folies.

                                                                                                                                                                 Gilles Dubois et Jean-Paul Picaper

De bien mauvais souvenirs

Le PS revient au dirigisme marxiste après avoir flirté avec l’économie libérale. Martine Aubry et Benoit Hamon veulent-ils ainsi opposer un barrage à Dominique Strauss-Kahn ? Ou bien veulent-ils ruiner la France en s’appuyant sur les votes des laissés pour compte du progrès ? « Impôt citoyen » sur les tranches supérieures des revenus, « indemnisation chômage sans limitation de durée », « gel des loyers », « sécurité sociale professionnelle ». Le « nouveau modèle de développement » qui mériterait plutôt l’appellation d’ « ancien modèle de régression », sera soumis au vote des militants le 29 mai. Le « juste échange » va remplacer le « libre-échange ». Il y aura davantage d’étatisme, de prélèvements, de contrôles et de dépenses en faveur de catégories non productives. C’est le retour au « programme commun » de la gauche des années 70 pour ne pas dire à un type d’économie qui a lamentablement échoué dans les pays de l’Est d’avant la chute du Mur de Berlin. «Réappropriation par l’Etat » des sources d’énergie, « pôle public financier », « coopératives », tout cela rappelle de bien mauvais souvenirs. En 1983, François Mitterrand avait été obligé de revenir à l’économie libérale pour éviter de mettre la France en faillite. (G.D./J.-P.P.)
 

 

● Le retour à la maison

Je pense que beaucoup d’hommes de bonne volonté ont rêvé d’une France qui ne serait ni à droite ni à gauche, mais Française tout simplement. Il semble que c’était, malgré leurs divergences, le songe de Bayrou et celui de Sarkozy, et l’échec (des régionales de mars 2010 - ndlr) vient de le sanctionner. Pourquoi ? Parce qu’en s’affirmant LA gauche et uniquement LA gauche, le Parti socialiste et ses alliés ont à ce point impressionné leur adversaire que l’UMP n‘a guère osé se dire « de droite ». Elle est apparue comme une gauche molle, opposée à LA gauche pure et dure !

Et le Président, en choisissant l’ouverture à gauche, même s’il n’a pris que les socialistes disposés à se vendre, a finalement laissé croire qu’il n’avait pas trouvé de compétences au sein de l’UMP, mais que celles-ci étaient à gauche, puisqu’il préférait des ministres socialises comme collaborateurs. C’est sans doute cela qui a fait dire à Xavier Darcos : « Il et grand temps qu’on renter à la maison ! Je pense que c’est l’opinion de beaucoup de modérés » qui se sont abstenus de voter parce qu’ils ont estimé que Sarkozy en s’ouvrant aux socialistes, faisait marcher la droite gouvernementale  e dehors de ses pompes.

Seulement voilà, pour « rentrer à la maison », il faudrait que la maison « de droite » ne soit pas occupée par les hommes de gauche qu’il y a installés. Que le Présidait ait eu la faiblesse de céder aux amitiés son épouse n‘atténue pas sa responsabilité (…) (Quant à la gauche – ndlr) Madame Aubry n’est certes pas Lénine, même si elle en a la tonitruence. Mais nous savons qu’avec les fameuses trente-cinq heures (auxquelles s’était ajouté précédemment sous Mitterrand la retraite à 60 ans au lieu de 65 comme toujours – ndlr), elle a rendu notre industrie non concurrentielle, et que son programme nous fournira toujours plus d’immigrés, plus de laxisme dans la justice, et plus de fonctionnarisation dans les activités.

 Alexis Arette

 

● Un cocktail de préjugés antiallemands dans un quotidien parisien

Il y a en France un divin phraseur du nom d’Alexandre Adler qui remplit régulièrement une tribune du « Figaro » de ses intuitions sur le sort de la planète. Sa dernière analyse de l’Allemagne dans ce quotidien parisien (« Le Figaro » du 4 avril sous le titre « La lente dérive de l’Allemagne vers l’Oural ») nous a choqués. Au point qu’on pouvait se demander si M. Adler savait de quoi il parlait. Il écrivait par exemple que le Parti social-démocrate allemand avait payé la facture des « sacrifices sans équivalents depuis le début du miracle économique allemand de la fin des années 50 » du chancelier Schröder « en tombant à son score historique le plus bas, juste avant l’arrivée d’Hitler : 23% ». Mais alors comment se fait-il que Schröder ait obtenu 34% et quelques quand il a quitté le pouvoir en 2005 et que son successeur tombe si bas cinq ans après. Il y a là quelque chose qui ne colle pas. De plus, le miracle économique allemand a débuté dès la première moitié des années 50, suite à l'option de Ludwig Erhard pour l'économie de marché. Enfin, on ne voit pas très bien à quoi cela sert de nommer Hitler dans ce contexte. Car finalement ce mauvais score, le SPD l’a obtenu en septembre 2009. Inutile de remonter à Hérode (en l'occurrence Hitler). Faut-il toujours rappeler ce nom maudit ? 
De bout en bout, M. Adler reprend dans cet article la thèse populiste du « dumping salarial » qui aurait rendu l’Allemagne riche et puissante. Il ne ménage ni les uns ni les autres en affirmant que « le patronat allemand s’est engagé à diminuer au maximum les délocalisations, voire les concentrer sur les nouveaux protectorats d’Europe centrale, devenus des sortes de sous-traitants <à la mexicaine »> de Berlin ». La Pologne et la Tchéquie ne seront pas ravies d'être traitées de protectorats à la mexicaine. Plus loin, on peut lire que l’Allemagne a « abandonné <l’économie sociale de marché> » (rien que ça !!) pour adopter « un modèle japonais dont les résultats à court terme sont en effet impressionnants » (on ne savait pas que les Japonais réussissaient si bien !). Elle ainsi une vraie "force de frappe" commerciale. A notre avis, le commerce crée plutôt des liens... Enfin, il est dit que les Allemands auraient dû réévaluer leur monnaie s’ils n’étaient pas tenus par l’euro, ce qui évidemment leur confère un avantage sur les partenaires de l’Euroland. Mais passons, pour arriver au meilleur, quand notre confrère voit venir « un divorce difficile entre l’Allemagne et tous les autres partenaires de l’Euroland ».
Car il résulte de la politique économique et commerciale de l’Allemagne, selon M. Adler, qu’elle conduit « de manière accélérée vers une alliance russe, hors de la zone euro, et à laquelle rétrospectivement l’entrée de Gerhard Schröder à la direction de Gazprom était le signe annonciateur ». Enfin, le comble : « … la nouvelle réorientation de l’Allemagne assure le triomphe posthume d’une certaine forme de RDA, qu’incarne la chancelière : prussienne, autarcique et slavophile ». C'est bien injuste envers Mme Merkel! De plus, l’actuel ministre des Finances allemand vient de Bade-Wurtemberg, tout près de Strasbourg, et son collègue de l’Economie vient de Rhénanie-Palatinat, de Rhénanie donc. Adler estime pourtant que « le modèle rhénan, tant célébré autrefois, est effectivement résorbé ». Et le modèle bavarois? Et le modèle hambourgeois? Ce sont des réalités pourtant. De toute manière, l'Allemagne conserve son économie de marché avec un volet social. Là, Adler se trompe. On sait que c'est sous le IIIème Reich que l'économie allemande fonctionnait en autarcie. "Autarcique" comme Mme Merkel, donc...?
La conclusion de M. Adler  est bizarre : « Point n’est besoin de pleurer ni de se jeter dans un nouveau Sedan (on se demande ce que Sedan vient faire ici, comme plus haut Hitler, ndlr). La France a encore beaucoup d’atouts. A elle de s’en servir ». Autrement dit, la France doit prendre sa revanche sur l’Allemagne et faire cavalier seul. Cette philippique d'un de nos grands politologues et historiens ne serait pas alarmante si Alexandre Adler ne passait pas à Paris pour un connaisseur de l’Allemagne et pour un conseiller en la matière du gouvernement de la République ou de l’Elysée. S’ajoute que l’accusation de « dérive de l’Allemagne à l’Est », vers la Russie, est une vieille lune de la guerre froide, utilisée dans les années 70 et 80 et que l’histoire a réfuté cet argument des germanophobes.
« Le drame, nous écrit le lecteur d’Eurbag qui nous a signalé cet article, est que la presse ici en France fait preuve d'un anti-germanisme unanime et que l'Elysée et le gouvernement ne calment pas le jeu et ne voient pas que ce qu'ils disent est exploité de façon biaisée mais voulue par une certaine intelligentsia que nous connaissons bien ». (JPP)
 

 

● Merkel et Sarkozy ont opté le 4 mars 2010 pour "l’Agenda 2020"

A première vue, le résultat du sommet de Paris du 4 février a été décevant – la montagne a accouché de 80 souris – il n’y a plus d’amour entre l’Allemagne et la France – il n’y a plus que des intérêts communs importants qui interdisent, avec la crise, de faire cavalier seul.

« Sans nous rien ne va, mais ensemble nous pouvons déplacer des montagnes en Europe. Et c’est ce que nous voulons faire avec notre Agenda 2020 ». Voilà des paroles fortes prononcées à Paris le 4 février devant les médias. Mais on verra si les réalités répondent aux paroles. Parmi les 80 mesures décidées pour revitaliser nos relations, il manque les mesures pilotes que Paris souhaitait. Comme le politologue de l’Institut franco-allemand de Ludwigsburg, Henrik Uterwedde, le confiait au « Figaro », c’est la France qui est maintenant plus demandeuse que l’Allemagne et qui s’intéresse davantage à l’Europe. D’ailleurs les médias français ont traité ce sommet en marge parce qu’il n’a rien changé d’essentiel.
Sarkozy a certes parlé de « direction ». Parce que la France et l’Allemagne veulent partager la présidence de l’OSCE ? Mais qui sait encore ce qu’est l’OSCE ? « Pour Merkel, au 100ème jour de son nouveau gouvernement, le mot « gouvernement économique » n’est plus un tabou », écrit l’Agence de presse allemande DPA. Mais les médias français ont souligné que l’Allemagne refuse une fois de plus un gouvernement économique de l’UE. Certes, tous deux partagent l’idée qu’il faut réduire la dette cumulée. Mais l’Allemagne y tient plus que la France. De toute manière, les marchés financiers ont donné à comprendre ces jours-ci qu’ils se défient de plus en plus de l’euro parce que des déficits énormes se sont accumulés dans certains Etats européens. Il y a là de quoi faire imploser l’Europe.
Les citoyens, surtout les jeunes, doivent enfin devenir l’élément essentiel de l’intégration, assure-t-on. Ils doivent ressentir et vivre davantage le pays partenaire. Il faut apprendre davantage d’allemand et de français. On s’adressera davantage à l’Office franco-allemand pour la jeunesse. Les systèmes éducationnels doivent se rapprocher avec des livres scolaires et des maîtres en commun. Les universités autonomes doivent s’ajuster avec plus de précision et les Instituts Max-Planck doivent coopérer avec le CNRS. Il a été question de normes communes pour la mise en route des voitures électriques et d’une société commune de transports fluviaux sur le Rhin. Le conseil franco-allemand des experts discute de la situation des classes moyennes et des voies de sortie de la crise. Les grandes entreprises sont à la table quand les politiques réfléchissent à un « EADS de la marine » ou à une coopération dans la construction de satellites.
Mais qu’y a-t-il de neuf dans tout cela ? Helmut Kohl parlait déjà d’une Europe en chair et en os. Tout cela n’est que des petites mesures partielles, pas des grands projets qui mobilisent les peuples. La coopération en sera-t-elle plus concrète ? Sans doute, mais on ne voit pas le grand démarrage. Tout reste comme avant. Les Allemands ont refusé un ministère commun franco-allemand prétextant qu’il était inconstitutionnel. Or, cela aurait été un pas vers une confédération de nos pays. Ils ont également refusé une agence commune de l’énergie qui tenait à cœur à Sarkozy. Et l’on ne parlera d’un gouvernement économique commun que dans la mesure où il servira à réduire les dettes, compte tenu du fait que la dette française cumulée est plus haute que la dette allemande. Reste à voir si l’Allemagne acceptera de payer pour la Grèce, l’Espagne et le Portugal.
Les deux Etats restent attachés l’un à l’autre, c’est clair. Mme Merkel ne peut pas encore faire de politique extérieure. « Monsieur Sarkozy et moi, nous avons décidé… », comme cela sonne bien ! Les Français vont même tout faire pour que les Polonais finissent de tout pardonner aux Allemands et participent à une défense commune. Car l’Asie menace de tout son poids sur les marchés internationaux et que le danger de guerres limitées est sensible près de chez nous. Mais l’amour ne va quand même pas si loin, souligne-t-on en Allemagne, que Paris songerait à partager avec l’Allemagne son siège au Conseil de sécurité des Nations Unies. Un nouveau traité d’amitié qui aurait remplacé le traité de l’Elysée de De Gaulle et d’Adenauer, l’Allemagne n’en a pas voulu. Mme Merkel a donc pu imposer son désir de 80 petites mesures concrètes et Paris doit l’accepter. C’est réaliste, c’est faisable. « On ne peut plus nager dans les symboles ; il faut maintenant se retrousser les manches », écrit DPA.
On peut voir les choses ainsi. Mais la montagne de Paris a accouché de 80 souris. L’Allemagne ne veut plus se lier institutionnellement à la France. Karlsruhe lui a permis en juillet 2009 de se soustraire le cas échéant à la politique européenne. Reste qu'au gouvernement allemand, un homme reste encore très attaché à la coopération avec la France: Wolfgang Schäuble. Dans une interview de "Die Zeit", il a remis sur le tapis sa proposition d'Europe fédérale dont le noyau franco-allemand serait le point d'ancrage. Ce serait grave de ne pas saisir la perche qu'il nous tend.

 

 

● Où allons-nous ?

A chaque époque, les gens d’un certain âge ont tendance à penser que, de leur temps, c’est-à-dire un demi siècle avant, tout allait mieux et qu’alors l’avenir semblait moins incertain, moins préoccupant. Appartenant à cette catégorie « d’anciens », l’auteur des quelques réflexions ci-après aurait tendance à penser la même chose.

Il est assez évident en effet qu’au fil des générations un certain nombre de valeurs se sont perdues ou, en tout cas, que celles-ci sont de moins en moins respectées. Il faut reconnaître que l’ouverture de nos « vieux » pays au reste du monde n’a pas forcément favorisé leur maintien. Ainsi, le respect de la parole donnée, la loyauté, le sens du devoir, l’éthique…dont on parle d’autant plus qu’elle est de plus en plus rare, la probité, la rigueur…

Pour autant, en dépit de ce constat pessimiste, la vie continue, les actions humanitaires se multiplient, de grandes figures (Mère Térésa, Jean-Paul II, Simone Veil, …) jalonnent encore notre époque, les grands conflits mondiaux ne sont heureusement plus, à ce jour, à l’ordre du jour… Reste que dans de nombreux pays - en France, en Europe, dans le Monde – les populations ressentent des malaises, vivent dans l’incertitude, ont du mal à imaginer leur avenir et ne comprennent pas toujours où les conduisent leurs leaders et les politiques qu’ils mènent.

Certes, avec l’essor exponentiel des techniques (notamment des T.I.C.), la mondialisation, le nomadisme des Terriens, l’omniprésence d’Internet et l’augmentation de la population, il est indéniable que la vie sur notre planète et la gouvernance des hommes deviennent de plus en plus complexes. Ce constat devrait partiellement exonérer bon nombre de chefs d’Etat et de responsables de gouvernements, très souvent stigmatisés et vivement interpellés par leurs oppositions et, depuis peu, par le premier citoyen venu ayant accès à Internet, dont les critiques systématiques ont d’autant plus de partialité et de virulence que la compétence et l’expérience du pouvoir de leurs auteurs sont faibles.

Nous sommes entrés à l’évidence dans un monde nouveau dont les gouvernés aussi bien que les gouvernants ne semblent pas toujours pressentir, réaliser ou maîtriser les conséquences.

Où va la France ?

Les récentes élections régionales, en France, se sont soldées par un échec de la majorité au pouvoir. Plus exactement, « la droite », terme souvent impropre en l’occurrence, qui ne détenait que deux régions sur 26 (métropole et outre-mer) n’a pas réussi à en gagner de nouvelles. Elle n’en garde qu’une en métropole (l’Alsace) et en gagne une outre-mer (La Réunion).

En pourcentages de voix, « la gauche » fait de bons scores et renforce ses positions, encore que le taux d’abstention ait été très fort, ce qui relativise le succès de l’opposition. Pour autant, il ne s’agit que d’élections régionales, qui, a priori, ne remettent nullement en question le programme de réformes entrepris et promis par le président Sarkozy lors de son élection à la présidence de la République en 2007.

Sauf que les résultats de ces élections n’ont sans doute pas fini de produire de nombreuses conséquences en France.

Indubitablement, Nicolas Sarkozy porte une responsabilité non négligeable dans le score important du PS et d’Europe Ecologie. Alternant déclarations médiatiques fracassantes, hésitations, reculs tactiques, parfois erreurs d’appréciation, mais aussi, la plupart du temps, poursuivant des réformes radicales aussi nécessaires que difficiles à supporter pour différentes catégories de la population, il prête le flanc à nombre de ses adversaires de l’opposition mais aussi un nombre croissant de ses partisans de la majorité présidentielle et parlementaire (UMP et Nouveau Centre essentiellement).

Le problème de ce président, assez exceptionnel à divers égards, est qu’il a de grandes, très grandes même, qualités : en différentes occasions, surtout quand il a eu à présider l’UE et à gérer la profonde crise financière, il a montré de grandes capacités à impulser, à entraîner, à convaincre, à anticiper. En disposant en outre d’une force de travail et d’une résistance peu communes. Mais à côté de cela, il n’arrive pas (ou ne veut pas arriver) à se défaire de quelques assez gros défauts, travers, comportements et habitudes qui déplaisent fortement à bon nombre de ceux qui néanmoins sont ses amis et supporters. La chancelière allemande en sait quelque chose, même si désormais elle peut sembler parfois s’en accommoder, voulant privilégier la nécessaire unité, au moins de façade, du couple franco-allemand.

La plupart de ses amis fidèles et très proches semblent estimer que le bilan penche malgré tout largement en faveur des qualités, ce que j’ai tendance à croire aussi moi-même. Après tout, la perfection n’existant pas, chaque homme a généralement des défauts et des qualités et les uns et les autres sont à une échelle comparable. Bon nombre des défauts attribués au chef de l’Etat paraissant en définitive pouvant être facilement corrigés, il est simplement dommage que celui-ci ne fasse pas les quelques efforts attendus, qui lui permettraient de regagner la confiance de ceux qui, notamment, se font une certaine idée de l’exercice de la fonction présidentielle et souhaiteraient des relations plus sereines, plus urbaines et normalisées.

L’échec des régionales, même si les élections à mi-mandat ne sont jamais très favorables au parti au pouvoir, peut s’expliquer pour les raisons essentielles suivantes :

- la crise importante, dont nous ne sommes pas encore sortis mais qui a néanmoins impacté la France moins que d’autres pays, ne pouvait pas laisser espérer un raz-de-marée de l’UMP, le parti du président ;

- la nostalgie des électeurs pour le système de cohabitation. Maintenant que le mandat présidentiel n’est plus que de 5 ans et que l’élection présidentielle et les élections législatives sont quasiment concomitantes, la cohabitation n’étant, a priori, plus à l’ordre du jour au sommet de l’Etat, les Français trouvent avec les présidents de Régions un contre-pouvoir au pouvoir national. Et le résultat est garanti puisque la grande majorité de ces présidents régionaux, appartenant au PS, parti qui jusqu’à ce jour n’a pas encore réussi à proposer un programme de gouvernement crédible, s’ingénient à entraver l’action gouvernementale et à distribuer, notamment, des subventions d’assistance aux administrés alors que le gouvernement tente de faire des économies. Certes, le contexte n’est pas aussi caricatural mais il n’en demeure pas moins que nous sommes loin d’une certaine « union sacrée » qui serait la bienvenue en ces temps de crise profonde ;

- les Français sont un peu fatigués – c’est un euphémisme – des discours à répétition du Président sur tous les sujets, prônant la fermeté, la rigueur, des mesures nouvelles et plus efficaces, de nouveaux projets de loi... Ils constatent, en réalité, que sur certains sujets sensibles, la situation, non seulement ne s’améliore pas, mais empire. Certes, encore une fois, il est plus facile de critiquer que de faire, la nature des problèmes change, les réformes importantes nécessitent du temps, la vie devient complexe…Il n’en demeure pas moins que les Français, pénalisés de surcroît par la crise, souhaiteraient plus d’efficacité et surtout moins de discours incantatoires ;

- l’insécurité : les Français qui soutiennent le président et le gouvernement, à l’instar des Allemands, aiment l’ordre, la rigueur (budgétaire ou non), un Etat fort et juste, le respect des institutions, et surtout la tranquillité. Ils sont loin d’avoir satisfaction. Entre les zones de « non-droit » instaurées par les habitants de nombreuses cités de banlieues, les murs des particuliers et des édifices publics grotesquement tagués, les voitures incendiées régulièrement, de même que, désormais, les bâtiments publics, les bus, les bagarres parfois mortelles après les matchs de foot, les incivilités multiples dont sont victimes quotidiennement les citoyens paisibles, on constate un grand décalage entre les promesses et les résultats ;

- la dette abyssale, le déficit budgétaire, les comptes extravagants de la sécurité sociale, les contre-performances de l’Education nationale, dont les membres, ultra politisés et ultra syndiqués, absorbent une part croissante du budget de l’Etat alors que l’enseignement ne cesse de se dégrader. Cette liste est loin d’être exhaustive mais tout cela insupporte les Français, en particulier ceux, de moins en moins nombreux en valeur relative, qui ne comprennent plus à quoi sert leur argent et à qui il profite ;

- l’immigration et les immigrés : vaste problème qui a sans doute été exacerbé par le lancement, quelques mois avant les élections régionales, d’un grand débat sur l’identité nationale. Calcul possible du gouvernement en vue d’affaiblir le Front national (extrême droite), c’est apparemment le résultat contraire qui a été obtenu. Pour autant, tous ceux qui viennent visiter notre pays ou qui vivent (essentiellement mais pas uniquement) dans quelques grandes agglomérations constatent que la France est une terre d’immigration largement ouverte aux pays d’Afrique, d’Asie et d’Europe de l’Est. Les nombreux avantages sociaux et autres qu’elle offre n’y sont pas étrangers. Dieu lui-même pourrait s’y plaire, si l’on en croit nos amis Allemands : Gott lebt in Frankreich…

- Il est difficile de chiffrer le pourcentage d’immigrés, les organismes officiels se refusant à les communiquer (ou à les établir… pour des raisons probablement impossibles). Mais il est pratiquement établi que la France est le pays d’Europe qui compte le plus fort pourcentage d’immigrés, en particulier d’Arabo-musulmans. Cela est loin d’être neutre et ne manque pas d’aviver les inquiétudes, rationnelles ou pas, des Français « de souche ». Pourtant les Français ne sont pas globalement racistes – loin de là même - mais, dans certaines régions, ils estiment que les pourcentages atteints (en raison de l’immigration clandestine, des regroupements familiaux et des taux de natalité) pourraient être, à court terme, de nature à mettre en péril certains fondements de la République. C’est un problème qui ne concerne pas que la France et qui devrait être traité rapidement par l’Europe. En clair, de nombreux Français estiment que si nos différents pays de culture gréco-latine et, majoritairement, de confession (ou plutôt, désormais, d’inspiration) judéo-chrétienne, ne savent pas fixer certaines limites et faire respecter les principes de laïcité ainsi que nos valeurs traditionnelles, nos descendants respectifs pourraient avoir de grosses surprises.

Voilà, selon moi, quelques uns des problèmes qui ont influencé les résultats des dernières élections régionales en France. L’Italie vient de voter également, l’Allemagne et la Grande-Bretagne vont le faire prochainement. Il sera intéressant d’analyser et de comparer tout cela.

Je ne saurais toutefois terminer ces quelques réflexions (qui n’engagent que moi) sur le contexte français récent sans évoquer un phénomène, relativement nouveau, qui me paraît jouer un rôle très important, de plus en plus important hélas.

C’est celui de l’influence croissante de trois media et vecteurs d’information :

- la presse et les media audio-visuels : en France, la presse écrite se portant mal, tous les coups sont bons parfois pour accroitre les ventes, sans pour autant imiter les fameux tabloïds britanniques. Cela les incite souvent à privilégier le sensationnel, voire à le susciter, au détriment de l’analyse objective et mesurée. Les media audiovisuels, pour leur part, se livrent à une concurrence qui les conduit à une course à l’audimat et donc à une certaine outrance parfois.

- les instituts de sondage : leur activité est telle désormais qu’on en vient à se demander s’il convient de maintenir ou non le système électif et les scrutins. En outre, les questions sont souvent très binaires et entrainent des réponses simplistes sans possibilité de nuancer.

- Internet, les multiples blogs et tous les à-côtés : on y trouve le meilleure et très souvent le pire ou le n’importe quoi. C’est inquiétant pour la démocratie, notamment lorsque des esprits peu avertis ou fragiles s’appuient sur les informations distillées sur la Toile.

L’existence de ces trois grands canaux d’information conduit au fait que nous sommes désormais à la fois surinformés, souvent mal-informés et, en définitive, très peu bien informés. Mais elle aboutit aussi, par une combinaison fréquente des trois et une synergie entre eux, à une redistribution des cartes dont les résultats peuvent être inquiétants. La presse traditionnelle, par exemple, s’inspire parfois d’informations recueillies à peu de frais sur des blogs, sans procéder au préalable aux vérifications d’usage.

C’est ce genre de pratique, nouvelle, liée à Internet, qui semble être à la base de l’affaire qui agite Paris et la France depuis quelques jours : les rumeurs sur d’hypothétiques écarts de conduite, à la fois du président Sarkozy et de son épouse Carla Bruni-Sarkozy. Une rumeur, mentionnée sur un blog et reprise par un journal connu qui, ainsi, la crédibilise (provisoirement), et voilà l’Europe entière (ou presque) alertée sur des prétendues frasques du couple présidentiel. Ce n’est d’ailleurs que plusieurs jours plus tard, après que la presse internationale en ait fait « ses choux gras», comme on dit dans le métier, que les Français apprennent qu’il s’agit d’une supercherie.

Il devient effectivement difficile de gouverner.

                                                                                                                                       Jean-Pierre Latapie, collaborateur parlementaire

 

 

 

● Cacophonies télévisées

 

Après la victoire de la gauche aux Régionales, elles sont sorties des tranchées et montées en première ligne, dopées par le succès, très demandées même. Les voila devenues vedettes du petit écran. Nous parlons notamment, pour ne nommer qu’elles, des actuelles figures de proues bien connues du Parti socialiste, Martine Aubry, et des Verts, Cécile Duflot, ainsi que de Clémentine Autain, militante de la gauche radicale. Cette dernière s’était signalée à l’attention du public en dévoilant avoir été violée à 23 ans sous la menace d'une arme blanche aux abords de l'Université de Paris VIII, puis elle avait commencé par militer dans le parti communiste pour se rapprocher ensuite de la Gauche socialiste, tendance Jean-Luc Mélenchon, et enfin du Nouveau Parti Anticapitaliste d’Olivier Besancenot après être passée par la mairie de Paris de Bertrand Delanoë[.

   Nous ne mettrons pas, naturellement, toutes ces gentes dames dans le même panier, mais elles ont en commun un trait qu’elles partagent d’ailleurs avec des hommes de leur mouvance, tels Daniel Cohn-Bendit, à savoir leur aptitude à interrompre systématiquement leurs adversaires du centre ou de droite lors de débats télévisés. Interrompre n’est même pas le mot adéquat, car, avec leur volubilité et leur timbre aigu, elles parlent en même temps que leur contradicteur, quel qu’il soit, de façon à ce que celui-ci ne puisse se faire entendre des téléspectateurs, voire qu’il les exaspère puisqu’une cacophonie de voix se déclenche dès qu’il ouvre la bouche. Courtois et modérés, les gens de droite, au contraire, laissent parler ces passionarias et ne prennent généralement la parole que lorsque celles-ci la leur ont laissée.

Le débat télévisé entre Martine Aubry et Xavier Bertrand à l’avant-veille des régionales avait été un modèle du genre. Mais Cécile Duflot n’avait pas la langue moins bien pendue les soirs de scrutin. On retiendra aussi le magazine « Ce soir (ou jamais) » de Frédéric Taddeï  du 6 avril dernier au cours duquel Mme Autain, secondée par le philosophe de gauche Vincent Cespedes, couvrit d’un flot de paroles les propos pourtant sensés et conciliants de l’économiste Michel Godet qui défendait l’économie sociale de marché. Faute d’avoir pu vraiment l’entendre, nous recommandons tout au moins à nos lecteurs d’ouvrir le livre de ce dernier « Le courage du bon sens, pour construire l’avenir autrement » (Editions Odile Jacob). Pendant ce temps, la cinéaste Coline Serreau, également présente à cette émission, se taisait la plupart du temps quand elle n’abondait pas dans leur sens.

On regrettera un jour Ségolène Royal et son ton posé, son élocution lente et ses « e » muets accentués. Elle s’était certes fendue d’une sainte colère très calculée lors de son débat avec Nicolas Sarkozy précédant les présidentielles de 2007. Mais, bien que mise en orbite, elle aussi, par les médias, elle n’était pas vraiment un moulin à paroles. La question qui se pose est de savoir si les gens de droite ne devraient pas adopter une stratégie commune. Le « Laissez-moi parler » ou « Je vous ai laissés parler, moi » étant inopérants, ils devraient tout menacer de quitter le plateau s’ils n’arrivent pas à s’exprimer. Ou bien devra-t-on donner à l’UMP et chez les centristes des cours de polémique et de résistance à l’agit-prop ?

 

 

● Les riches tremblent

„Des voleurs de données“… Faut-il nommer ainsi ceux qui comme l’ancien informaticien de la HSBC Private Bank, Hervé Falciani, ont stocké des fichiers d’établissements de crédit suisses pour les vendre au fisc en France et en Allemagne ? On ne saura guère comment se déroulent leurs transactions illégales avec nos honorables fonctionnaires et politiciens. Que des voleurs enfreignent la loi, c’est usuel. Que des représentants de l’Etat le fassent avec eux l’est moins.

On a beau dire que l’intéressé n’aurait eu d’autre but que de « servir la France » et aurait informé Bercy à titre gracieux, cela nous paraît relever d’un désintéressement et d’un altruisme surhumains. On serait plutôt tenté de croire qu’il marchande – lui ou un autre - ses petits secrets à prix d’or avec l’Allemagne et peut-être avec la France ou d’autres Etats. Pour faire monter la mayonnaise, il serait même allé voir au Liban où la morale est certainement des plus flexibles. Tout cela, l’homme le nie. Et on nous dit que ce n’est pas vrai.

Mais qui croire ? Se peut-il vraiment que des gendarmes du fisc français aient averti le voleur que les Suisses allaient lui mettre la main au collet, lui permettant ainsi de fuir en France ? On ne peut imaginer que le renseignement français aide un malfaiteur à se soustraire à la justice d’un pays ami. Pourtant, un doute plane. Notre dette publique astronomique fait-elle perdre la jugeote aux grands commis de l’Etat ? La faillite des finances publiques est telle que les comptables publics sont prêts à tout pour ramasser quelques petits millions.

C’est bien avec un escroc, quel qu’il soit, que le ministre allemand des Finances a traité rubis sur l’ongle le rachat d’une disquette avec les noms de quelques 1500 possibles « fraudeurs » qui auraient dissimulé leurs avoirs en Confédération helvétique. Et il reçoit le soutien bienveillant de la presse de boulevard : « Les riches tremblent » a titré le quotidien allemand « Bild ». C’est en appeler à l’envie, ce bas instinct, pour que les gens pardonnent à l’Etat de traiter avec des hors la loi ! C’est que tout le monde se rend compte que l’Etat joue là avec le feu.  Au moins quand on paye des rançons à des terroristes pour sauver des vies humaines, cela reste secret.

Mais, cette fois, les gouvernements ne cachent pas leur agissements, espérant que pris de panique, les fraudeurs rapatrieront leur argent. A un encouragement à la piraterie informatique, on ajoute donc un chantage ! Les tractations du ministre allemand avec un ou des escrocs qu’il veut payer au lieu de les coffrer, ne jettent pas un jour favorable sur le vivier politique qui aurait pourtant bien besoin de remonter dans l’estime des électeurs. Comme pour s’excuser, on affirme que l’Etat tente de récupérer de « l’argent sale ». Est-on certain que cet argent soit « sale », même si l’on ne peut exclure qu’il y ait en Suisse de l’argent « mal blanchi » ? Une grande partie de cet argent n’a-t-elle pas été gagnée et déclarée honnêtement dans son pays d’origine avant d’être placée dans un pays où les banques sont mieux gérées que chez nous ? Les Suisses ne sont-ils pas plus doués pour ce métier que nos banquiers et des investisseurs avisés ne sont-ils pas dans leur droit de s’adresser aux meilleurs professionnels ?

Naturellement, mieux vaudrait que tout l’argent fructifie dans l’Union Européenne dont la Suisse ne fait pas partie. Mais pour cela, encore faudrait-il pouvoir y travailler et investir sans se faire plumer excessivement. Tout citoyen qui bénéficie de bons et fiables services publics doit s’acquitter de ses impôts, c’est logique et moral, mais les recettes sont-elles employées à bon escient ? Pourquoi élus et fonctionnaires gaspilleurs ne sont-ils pas passibles de prison et d’amendes au même titre que les fraudeurs ? Cela nous éloigne du problème de la Suisse, mais la question qui se pose est aussi de savoir comment il se fait que l’argent de contribuables et cotisants français, allemands, belges et autres, qui ont durement travaillé pour le gagner,  ne soit pas utilisé pour eux  et leurs enfants, mais pour des gens et des pays qui s’invitent chez nous à manger gratis notre beurre ? 

 

La République fédérale d’Allemagne a soixante ans

N’est-ce pas incroyable que tant de bonheur ait été accordé à notre peuple ?

par Gunnar Schupelius

Le 23 mai 1949, jour de la fondation de la République fédérale d’Allemagne, n’est pas une date qui dit quelque chose aux Allemands. 52 % d’entre eux ne savent même plus en quelle année la République fédérale a été fondée. Seule l’élite politique connaît le 23 mai en tant que rendez-vous traditionnel pour l’élection tous les quatre ans du président de la République fédérale, actuellement Horst Köhler qui vient d’obtenir son second mandat. Sans doute faut-il, comme nous n’avons donc pas de lien émotionnel avec ce 23 mai, que ma plume, ce jour-là, soit dépassionnée et maigre, même s’il s’agit du 60ème anniversaire de notre République.

Bien que les préparatifs du 23 mai, cette année, aient donné l’impression d‘être une simple obligation, et bien que presqu’aucun Allemand ne considère ce jour comme une fête nationale, le fait que la République fédérale d’Allemagne soit devenue sexagénaire, doit nous remplir quand même de fierté et de satisfaction. Je le vois dans ma famille et chez mes amis, dans ma profession et d’ailleurs un sondage actuel de l’Institut d’Allensbach le prouve.

D’après ce sondage, 72% des Allemands font confiance à leur constitution, appelée „Loi fondamentale“. En regard, il faut prendre en considération que seulement 60% font confiance au président de la République et 40% au gouvernement fédéral. Cette confiance dans la Loi fondamentale est quelque chose de subjectif. Car 25% seulement connaissent l’article 1 de cet auguste texte (« La dignité humaine est inaliénable ») et 75% ne savent pas du tout ce qu’il y a dedans. Et pourtant, la confiance dans la constitution est énorme. Pourquoi ? Parce que, nous autres Allemands, nous avons le sentiment que l’histoire qui a suivi la mort d’Hitler a été une bonne histoire. Et cette histoire, c’est cet Etat avec sa Loi fondamentale qui l’incarne. Nous pensons que nous vivons dans un pays dans lequel on se comporte de façon foncièrement loyale et dans lequel nous pouvons vivre et gagner notre vie en sécurité.

Ce patriotisme basique et spontané a été longtemps et massivement remis en question. Dans les années cinquante et soixante, les anciennes élites issues de la période nazie considéraient que la démocratie leur avait été imposée. Puis une élite de gauche voire d’extrême gauche s’est formée qui prétendait que la République fédérale n’était pas une démocratie authentique. Il y a vingt ans encore, je n’aurais pas pu fixer un fanion noir, rouge et or à ma voiture sans risquer de passer pour un extrémiste de droite. Les sociaux-démocrates eux-mêmes dont le parti est attaché d’une certaine manière à ces couleurs depuis 160 ans, se sont distancé des décennies durant du drapeau démocratique de l’Allemagne. Depuis la coupe du monde de football de 2006, je puis l’accrocher à mon auto et cela me fait passer tout simplement pour un Allemand content de l’être. 

Personnellement, je trouve que cette reconnaissance sans problème de nos symboles nationaux, désormais à nouveau possible, est incroyablement agréable. Elle fait partie des nombreux cadeaux qui nous ont été offerts au cours des dernières soixante années. On nous a fait cadeau aussi de l’amitié avec la France qui nous avait été refusée, paraît-il, depuis le XVIIIème siècle. On nous a offert aussi la paix en Europe et la défense constante de notre sécurité par les forces américaines et on nous a donné la réunification allemande dans la liberté. Excusez-moi d’être un peu pathétique à l’occasion de ce 60ème anniversaire de la fondation de notre Etat ! Mais n’est-ce pas incroyable que tant de bonheur ait été accordé à notre peuple dont les « Führer » avaient commis il y a soixante-dix ans le plus grand génocide de l’histoire ?  Est-ce que nous l’avions vraiment mérité ? (GS)

 

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