SOMMAIRE
▪ Helmut Kohl a critiqué la politique extérieure et intérieure de Mme Merkel
Et Helmut Schmidt a ajouté son grain de sel
Fin août 2011, dans une interview accordée à la revue
"Internationale Politik", l'ex-chancelier chrétien-démocrate Helmut Kohl (CDU)
s’est permis de reprocher au gouvernement de la chancelière fédérale Angela
Merkel d’avoir perdu sa boussole en matière de politique étrangère. Il a dénoncé
un déficit de fiabilité qui désoriente les autres pays, et avant tout les alliés
les plus proches de l’Allemagne. Kohl a déclaré : "La République fédérale
d'Allemagne n'est plus un élément calculable de la politique internationale, ni
à l’intérieur ni à l‘extérieur".
Bien que la chancelière, qui avait été recrutée et formée à la politique par
Helmut Kohl, ainsi que les proches de cette dernière, se soient efforcés de
rester polis à l’égard du vieux grand homme qu’est devenu Kohl (81 ans), cette
attaque ciblée a répandu la mauvaise humeur à la chancellerie. Mais un autre
ancien chancelier fédéral est venu en aide à Kohl, à savoir Helmut Schmidt (93
ans). Quand on sait à quel point ces deux hommes sont dissemblables tant par
leur style que par leur tempérament, on ne peut s’empêcher de mesurer le poids
de ce soutien et de penser que tous deux partagent le même souci quant à
l’avenir de leur pays.
Schmidt lui aussi n’a pas été avare de critiques de la politique de Merkel. Il
s’est référé explicitement à son successeur à la chancellerie : „Pour moi,
l’idée force de la critique de Kohl est la suivante : il faut qu’à l’étranger on
puisse faire confiance aux Allemands. Et ce n’est actuellement pas le cas, ni à
Paris ni à Londres ni dans d’autres capitales européennes“. Schmidt a ajouté
dans son journal favori „Die Zeit“ : Nos voisins ne pourraient pas en ce moment
se fier inconditionnellement aux Allemands ; ils se demandent que veulent bien
les Allemands“.
Le point de départ des incertitudes occidentales sur la politique allemande a
été le comportement de l'Allemagne lors du vote aux Nations Unies sur
l’intervention en Libye. Qui se serait douté qu’un jour l'Allemagne pourrait se
trouver associée à la Chine et à la Russie et contre les USA et les voisins et
alliés européens? C‘est une situation sans précédent, créée par le ministre des
Affaires étrangères Guido Westerwelle - impensable pour Kohl comme pour Schmidt
et pas seulement pour eux.
Avertissement de Kohl après la sortie précipitée du nucléaire
Déjà en mars 2011, suite au drame du Japon, Helmut Kohl avait mis en garde les
Allemands contre une volte-face en matière de politique nucléaire, en soulignant
que ce qui s’était passé à Fukushima ne changeait rien à la sécurité des
centrales allemandes. "On ne doit pas déduire de l’accident au Japon qu’il faut
faire un saut périlleux en arrière", écrivait Kohl dans une contribution parue
dans le journal „Bild“. "On ne peut jamais vivre sans risques. Le risque fait
partie de la vie quotidienne comme le vent, l'eau et le soleil", expliquait-il,
lui qui jusqu’alors était très peu intervenu dans l’actualité politique.
Certes, estimait-il, "pour plus de sûreté, nous pouvons vérifier une fois de
plus la sécurité de nos centrales nucléaires". "En même temps, nous devons
résoudre la question difficile d‘un stockage définitif et satisfaisant des
déchets." " Mais une sortie précipitée de l'énergie nucléaire sans alternative
", comme on l’exige maintenant en Allemagne, conduirait " à une dangereuse
impasse "et reviendrait " à miner notre société industrielle, à nous isoler en
matière de technologie et accroître notre dépendance de quelques centrales
nucléaires sûres ", expliquait-il plus loin." Si le pays qui a les centrales
nucléaires les plus sûres au monde et dont les ingénieurs sont admirés partout
dans le monde, effectue une sortie précipitée du nucléaire, voilà qui
constituerait un danger pour la planète. "
Selon Kohl, l'Allemagne doit miser beaucoup que jusqu'à présent sur un mélange
de sources d'énergie. "Plus vite nous développerons des alternatives et plus
vite nous les implanterons dans notre approvisionnement énergétique, plus tôt
nous pourrons nous passer de l'énergie nucléaire - et être un modèle
universellement reconnu", concluait Kohl. "Mais en attendant, il n’y a pas
d’alternative pour l’Allemagne à un Oui conditionnel mais clair à l'énergie
nucléaire." (septembre 2011)
▪
L’apparition du Parti des Pirates dans la politique allemande change la donne
A Berlin, la coalition de gauche est morte – on va vers une grande coalition SPD-CDU
Aux dernières élections régionales et communales de Berlin, les sociaux – démocrates SPD ont obtenu certes 28,3 % et les Verts 17,6 % aux législatives de Berlin en septembre, moins donc qu’escompté, mais cela leur aurait permis de gouverner ensemble dans une coalition « rouge-verte » à la mairie et au Sénat de la capitale allemande. Car la coalition « rouge-rouge vif », comme on l’appelait, c'est-à-dire l’association du SPD avec le parti néo-communiste La Gauche (Die Linke) qui gouvernait Berlin depuis de longues années, est désormais impossible. Les sociaux démocrates ont reculé en effet de 2,5% et La Gauche de 1,8%, de sorte qu’ils n’ont plus la majorité à la Chambre des députés du Land-ville de Berlin. Pas brillant pour le président national du SPD, Sigmar Gabriel, que les électeurs ne considèrent visiblement plus comme le leader de la gauche. Le maire SPD de Berlin, Klaus Wowereit qui se voyait déjà grand vainqueur, n’est plus qu’un demi-vainqueur. L’opposition CDU chrétienne-démocrate a obtenu avec 23,4% davantage que le score inférieur à 20% qu’elle redoutait et davantage qu’en 2006 (à l’époque 21,3%). Elle n’est donc pas très loin des sociaux-démocrates et le candidat CDU de Berlin, Frank Henkel, a des chances de succéder un jour à Klaus Wowereit (SPD) à la mairie de Berlin. Les onze scrutins régionaux cette année en Allemagne avaient certes mal commencé Mme Merkel à qui rien n'a servi de donner un coup de frein au nucléaire et de s'abstenir d'intervention en Libye.
Seulement, le grand malheur du SPD social-démocrate, c’est que les Verts allemands, les Grünen, sont de moins en moins « coalisables » avec lui pour en raison de leurs prises de position jusqu’auboutistes – les socialistes français devraient méditer un peu ce problème, à savoir que la gauche allemande est de plus en plus éclatée entre un SPD modéré et des partis radicaux, Verts et La Gauche (les Grünen et Die Linke), allergiques, par ailleurs, l'un à l'autre. De même, il est devenu improbable que la CDU de Mme Merkel puisse se coaliser avec les Grünen, hypothèse qui paraissait crédible pourtant il y a seulement six mois. C’est qu’à Hambourg, la CDU et les Verts qui avaient rompu leur coalition l'été dernier ont été sanctionnés par les électeurs. Les chrétiens-démocrates ont compris le risque qu'il y avait à se coaliser avec les Verts. Dans la ville portuaire du Nord, les Verts avaient fait en ce début d'année un score médiocre: au lieu des 15% à 20 % escomptés, ils ont stagné à 11,2% et sont passés dans l'opposition, laissant la palme aux sociaux-démocrates.Certes, pour le SPD, une victoire peu significative, mais qui a fait apparaître les Verts à tout le monde comme des partenaires fantasques et peu fiables. Encore ponctionné par les Verts qui se collent à lui comme une sangsue et par La Gauche néo-communiste, le parti social-démocrate SPD de Gerhard Schröder et de Frank Walter Steinmeier, aujourd'hui de Sigmar Gabriel, stagne encore dans les sondages à son plus bas niveau depuis la guerre. En Saxe-Anhalt, il s'est suffisamment maintenu pour reconduire la grande coalition avec la CDU. En Rhénanie-Palatinat, il a conservé sa majorité, là avec l'appui des Verts. Mais en Bade-Württemberg, les Verts lui ont ravi la direction du Land. Soit dit en passant, pour jeter un autre regard vers le Sud, la chute de Guttenberg n'a pas nui à son propre parti, la CSU chrétienne-sociale bavaroise, remontée à 48 % à la cote d'estime, presqu'à la majorité absolue.
Mais les Verts ne profitent guère des croupières qu’ils taillent au SPD. Ils ont certes un peu progressé à l’élection berlinoise par rapport à leurs 13,1% de 2006, mais pour eux qui pensaient il y a quelques mois, boostés par la catastrophe de Fukushima, pouvoir damer le pion aux sociaux-démocrates, c’est la déception. S’ajoute, on le voit, que la formation d’une coalition "rouge-verte" a foiré, le bourgmestre Klaus Wowereit ayant refusé de se coaliser avec un parti qui refuse une amélioration du réseau routier de Berlin, indispensable pour le développement de la capitale. Car la nouvelle marotte des Verts en mal de sujets après avoir perdu leur fonds de commerce nucléaire (suite à la décision de Mme Merkel d’abolir l’énergie nucléaire en Allemagne à partir de 2022), est maintenant la réduction du réseau routier et de la circulation automobile. Mais ce n'est pas une valeur sûre. Ainsi les Verts de Rhénanie - Palatinat avaient-ils fait campagne contre un nouveau pont sur la Moselle et pourtant ils n'ont pu empêcher sa construction.
Mais ce qui est plus grave pour les Verts, c’est la progression du nouveau Parti des Pirates. Ces nouveaux venus qui copient quelque peu le style des Verts, mais sont une version plus moderne de ces derniers, beaucoup plus axés sur l’économie numérique et les idées de transparence et de démocratie directe, ont taillé des croupières aux Verts. Ils ont obtenu du premier coup à Berlin à la surprise générale 8,9% des voix et 15 sièges de députés à la Chambre berlinoise. Des sondages sérieux les créditent de 8% si des législatives fédérales avaient lieu actuellement. Dans ce cas, aucune constellation de la gauche parlementaire, qu’il s’agisse du SPD avec les Verts ou avec La Gauche, ne pourrait avoir la majorité absolue au Bundestag.
De ce fait, les choses se présentent différemment d’il y a quelques mois pour l’année 2013 quand après une série de défaites régionales, Mme Merkel et son parti la CDU semblaient être électoralement « au bout du rouleau ». Il ne reste plus en effet aux sociaux-démocrates (SPD) qu’à former à Berlin au niveau communal et à celui du Land qu’une coalition avec les chrétiens-démocrates (CDU) s’ils veulent rester à la direction de la mairie, une direction qu’ils devront partager avec leurs anciens adversaires de la CDU. Cela pourrait bien être le modèle d’une « Grande Coalition » au niveau du gouvernement fédéral en 2013. Pour que Mme Merkel reste chancelière dans cette coalition fédérale, il faudrait il est vrai que sa CDU obtienne plus de voix aux législatives de septembre 2013 que le SPD. Alors qu’à Berlin-la-rouge, dans le cadre de la ville, c’était exclu, ce n’est pas impossible au niveau du gouvernement fédéral, malgré la popularité montante de Peer Steinbrück, possible candidat SPD à la chancellerie en 2013. S’ajoute que le gouvernement Merkel, malgré ses défaites de l’année, récupère l’équilibre à la deuxième chambre du parlement, le Bundesrat, si une Grande coalition est formée à Berlin. (1)
Si un gouvernement « rouge et vert » ou « rouge et rouge vif » avait été formé à Berlin, Mme Merkel et sa CDU ainsi que ses alliés du parti frère CSU bavarois auraient risqué de perdre leur majorité au Bundesrat. Cela aurait pu créer de sérieux embouteillages dans les processus administratif, même si depuis une réforme de celui-ci intervenue sous le premier gouvernement Merkel, comme en France, le Bundestag, équivalent de notre Assemblée Nationale, finit par avoir le dernier mot. Mais pour que la gauche allemande ait la majorité au Bundesrat, il aurait fallu que trois Länder, Berlin, le Mecklembourg-Poméranie et le Schleswig-Holstein, aient un gouvernement régional de gauche. Ces trois Länder envoient 11 délégués au total au Bundesrat. Cela aurait été le cas dans les deux premiers de ces Länder s’ils avaient formé comme ils le pouvaient un gouvernement avec les Verts. Quand au Schleswig-Holstein, il a encore un gouvernement de droite, mais des élections y sont prévues pour mai 2012. Or à Berlin, Klaus Wowereit s’est décidé à former une coalition avec les chrétiens-démocrates et non pas avec les Verts et en Mecklembourg-Poméranie, son camarade du SPD, Erwin Sellering, a également préféré convoler avec les chrétiens-démocrates plutôt qu’avec les Verts.
L’ennui, pour Mme Merkel, c’est quelle doit faire la croix sur l’idée de former tant à Berlin régionalement qu’au futur gouvernement fédéral après 2013 une coalition avec les libéraux du FDP. Ces derniers n’ont obtenu à Berlin qu’un score dérisoire de 1,7% (après 7,6%). Comme en Schleswig-Holstein où ils ont été éjectés du parlement régional. Comble de la honte, ils sont dominés à Berlin comme en Schleswig-holstein par le parti NPD d’extrême – droite, lequel a obtenu 2,1% des voix. Pour les libéraux allemands (FDP) la « nouvelle ancienne » vedette du gouvernement Rainer Brüderle, était devenue au printemps dernier la cible de critiques après la défaite de son parti aux régionales de Rhénanie-Palatinat. Pourtant les libéraux avaient voulu revenir avec Brüderle à leur valeurs traditionnelles, à l’économie sociale de marché à la manière de Ludwig Erhard qui avait fait ses preuves à l’époque du miracle économique et restait la loi fondamentale de l’économie allemande. L’ancien ministre de l’Economie de ce Land proche de la France, devenu ministre fédéral de l’Economie avec la victoire de son parti aux législatives de septembre 2009, avait pourtant reçu les félicitations du « elder statesman » libéral Hans-Dietrich Genscher : « Brüderle fait les choses tout à fait comme il faut. A sa manière tranquille, il a gagné du terrain ».
Lors du remaniement de mai 2011, Brüderle a été relégué à la tête du groupe parlementaire libéral au Bundestag, une position faite pour lui. Il a passé le témoin à la tête du ministère de l'Economie à son camarade de parti, Philipp Rösler, qui était jusqu'alors ministre de la Santé. Le très chrétien Dr. Philip Rösler, ancien orphelin vietnamien adopté par un couple allemand, a remplacé Guido Westerwelle à la tête du parti libéral. Est-ce la raison pour laquelle Rösler est devenu également vice-chancelier à la place de Westerwelle ? Selon nous, ce transfert de titre a une autre signification, très importante. La brillante sortie de crise de la République fédérale, les succès faramineux de son économie le justifient pleinement. L'Allemagne est redevenue une superpuissance économique. La politique étrangère n'est plus un atout majeur dans sa donne. De toute manière, c'est la chancelière et non plus son ministre des Affaires étrangères qui a accaparé la politique internationale. Dans une interview publiée au début de l'année 2010 dans la revue "Politique Internationale", Mme Merkel avait avoué sa passion pour la politique étrangère, politique européenne inclue.
Hans-Dietrich Genscher ne parlait plus de Guido Westerwelle, président du FDP et ministre des Affaires étrangères. Au plus bas dans les sondages, Westerwelle était rendu responsable par nombre de dirigeants et d’adhérents du FDP de la chute vertigineuse de leur parti, ainsi que des récentes défaites aux régionales, y compris en Bade-Wurttemberg. A la faveur de la crise du monde arabe, Westerwelle avait certes marqué des points en occupant l'avant-scène de l'aide alors que la diplomatie française trébuchait sur le comportement de la ministre Michèle Alliot-Marie. Westerwelle jouait sur la démocratie et sur les droits de l'homme. Et on l'avait vu revenir en avion avec les deux journalistes allemands kidnappés par le régime iranien. Mais il a été doublé par Alain Juppé et Nicolas Sarkozy qui ont plaidé les premiers l'intervention en Libye et l'ont obtenue de la communauté internationale. Westerwelle s'est abstenu sur ce vote aux Nations Unies et il aurait voté contre s'il n'avait pas été rappelé à l'ordre par Mme Merkel. Il a aussi plaidé contre le nucléaire et a renoncé à la nouvelle politique fiscale qui avait été le cheval de bataille du FDP dans la campagne électorale de 2009. Du coup, son étoile a sombré. Il veut rester ministre des Affaires étrangères, mais l'opposition et certains représentants de la majorité cherchent à lui retirer ce portefeuille (voir nos rubriques France-Allemagne et surtout Economie).
Donc les libéraux FDP, pour le moment sont sur la touche, même s’ils sont au gouvernement jusqu’en septembre 2013. Si Mme Merkel avait pu songer un moment à gouverner la ville de Berlin en alliant sa CDU berlinoise aux Verts berlinois de Renate Künast, elle a dû également abandonner ce projet, la dirigeante des Verts s’étant tournée résolument vers le SPD pour former une coalition de gauche, mais à condition qu’on ne construise pas l’autoroute menant à l’Est, vers la Pologne. Condition que Klaus Wowereit n’a pu accepter. Sage décision, car les sociaux-démocrates et les chrétiens-démocrates sauront ensemble prendre pour Berlin les décisions qui s’imposent à cette ville financièrement sinistrée (80 milliards d’euros de dette) dans la crise économique et financière actuelle. Les Verts n’auraient été pour l’un ou l’autre de ces deux partis qu’un boulet à traîner comme ils le seraient en France pour le Parti socialiste si d’aventure celui-ci gagnait les présidentielles et les législatives de mai-juin 2012.
Résumons : les erreurs commises par les Verts, leur coûtent cher. A Hambourg, ils avaient rompu leur coalition avec les chrétiens-démocrates sur une querelle mineure à propos d’un problème scolaire, et les sociaux-démocrates ont alors remporté la majorité absolue aux élections anticipées de la ville-Land de Hambourg. A Berlin, les Verts étaient montés sur leurs ergots et pensaient faire mieux ou au moins aussi bien que les sociaux-démocrates. Cela n’a pas été le cas. Et le SPD a compris qu’il ne pouvait se laisser humilier par des partenaires aussi compliqués et confus dans leurs idées que les Verts. Sinon son compte était bon. Et voilà que les Verts reculent, notamment parce que les Pirates mobilisent contre eux les jeunes électeurs et des abstentionnistes, des gens qui votaient Vert auparavant par hostilité à la politique et aux grands partis, des jeunes intellectuels et des contestataires bourgeois. Ce que voyant, les Verts allemands sont verts de peur. (eurbag – octobre 2011)
(1) Pour nos lecteurs qui ne connaissent pas le système politique allemand : 1. La ville de Berlin, capitale de l’Allemagne, est comme Brême et Hambourg une « ville-Land », c'est-à-dire qu’elle est gouvernée par une municipalité avec à sa tête un bourgmestre mais qui est en même temps le chef du gouvernement du « Land » de Berlin, c'est-à-dire d’un des seize Etats fédéraux qui composent l’Allemagne. Ainsi élit-on une Chambre des députés de Berlin qui accorde sa confiance à un Sénat-gouvernement du Land, lequel est en même temps la municipalité. 2. La deuxième chambre du parlement allemand ou Bundesrat, c'est-à-dire le Conseil fédéral, n’est pas composée de députés élus exprès comme le Sénat français, mais de représentants délégués par les seize Länder allemands au pro rata de l’importance démographique de ces Länder.
▪ L’Allemagne n’abandonne pas l’euro et la chancelière résiste aux pressions
Mme Merkel a obtenu sa majorité pour faire voter l’extension du fonds de soutien européen aux pays en difficultés, le EFSF, qui doit devenir au milieu de l’année 2013, donc deux à trois mois avant les prochaines législatives allemandes, un mécanisme automatique de soutien aux pays membres d’Euroland en difficultés, doté de 440 milliards d’euros extensibles par divers leviers à un milliard d’euros. La chancelière a largement gagné, surtout parce que les sociaux-démocrates (SPD) et les Verts (les Grünen), la gauche donc, ont soutenu le projet. Néanmoins, elle a obtenu aussi contre toute attente dans les rangs de son parti ce qu’on appelle traditionnellement la « majorité du chancelier ».
Ce qui veut dire qu’il existe encore en Allemagne une majorité politique favorable au sauvetage de l’euro et de l’Europe intégrée alors que divers évènements, tels des recours contre la zone euro devant le Tribunal constitutionnel fédérale ou encore des sondages dans la population allemande en avaient fait douter. S’ajoute que tout au long des derniers mois, les deux principaux partis de la gauche allemande, le SPD et les Verts, se sont montrés plus inconditionnellement européens que les chrétiens-démocrates (CDU) qui pourtant, d’Adenauer à Kohl, étaient le parti européen par excellence. Cependant, finalement, les rebelles de la CDU ont été ramenés à la raison et ont pour la plupart voté dans le sens voulu par la chancelière.
Mais la nervosité règne dans les rangs de la droite allemande après ce vote qui pourrait avoir des conséquences négatives pour les budgets allemands du futur, et donc pour les contribuables d’Outre-Rhin. Symptôme du malaise, l’un des adversaires de l’aide à la Grèce et de l’extension du EFSF, Wolfgang Bosbach, député au Bundestag depuis 1994, et personnalité importante de la CDU, a envisagé de quitter la politique par protestation contre la décision de la chancelière. Le ministre d’Etat et coordinateur de la chancellerie a eu une altercation avec Wolfgang Bosbach dans une langue plutôt verte et inhabituelle dans ces hautes sphères. « Avec ta merde, lui a-t-il lancé, tu rends tout le monde fou“, ajoutant, comme l’autre s’indignait, un « Je ne peux plus voir ta gueule, tu ne dis que des conneries ». Les deux hommes auraient convenu de se réconcilier… Mais la vérité serait que Bosbach quitte la politique pour raisons de santé et qu’il a avancé une autre raison, plus politique, pour justifier son geste.
Il a fallu quand même que le ministre des Finances Wolfgang Schäuble intervienne trois jours après le vote du Bundestag pour assurer que l’Allemagne ne versera plus d’argent à la Grèce et qu’on en restera aux 211 milliards d’euros allemands consentis pour permettre la survie de l’homme malade de la Mer Egée . Car les contribuables allemands grincent des dents. Comme en France, les citoyens sont de plus en plus favorables à une exclusion de la Grèce d’Euroland, temporaire ou non. En France, l’opinion publique s’est complètement retournée en un an. Les deux tiers des Français ne veulent pas payer les 15 milliards d’euros alloués par la France à la Grèce (19 milliards par l’Allemagne) par le second plan d’aide, arrêté le 21 juillet dernier, après que le premier plan de mai 2010 n’ait rien donné. Alors qu’en mai-juin 2010 les deux tiers des Français étaient au contraire pour le soutien financier de la Grèce.
De toute manière, les marchés ne sont pas plus dupes que les contribuables : la Grèce ne pourra jamais rembourser. On s’achemine donc de plus en plus vers une faillite contrôlée de cet Etat en perte de vitesse bien que ce ne soit pas « politiquement correct » de le dire. Les plans d’aide ne servent qu’à ralentir la chute de la Grèce afin de ne pas provoquer une panique et d’organiser pour la première fois une faillite nationale dans Euroland dans toutes les règles de l’art. (eurbag- octobre 2011- voir nos rubriques économiques).
▪ Un tournant dans la politique intérieure allemande
Après la défaite douloureuse du parti libéral FDP aux régionales du 5 septembre 2011 en Mecklembourg-Poméranie (Schwerin), pire encore : après la gifle que lui a infligée le NPD d'extrême droite, un tournant possible se dessine dans la politique allemande dans la perspective des législatives de septembre 2013. Tandis que le FDP est tombé de 9,6% à 3% des voix, le NPD est passé presque de zéro à 6% et lui a ravi sa place au parlement régional. Madame Merkel elle-même et sa CDU sont affaiblies, comme d’ailleurs la plupart des partis de gouvernement en Europe (et en Amérique), par la crise économique et financière. La CDU a perdu 5,7% de suffrages dans le "Meck-Pom" qui est pourtant le fief de la chancelière. De plus en plus, le mécontentement provoqué par l’endettement public se tourne contre la chancellerie.
Dans quatre élections régionales, cette année, la CDU a perdu du terrain et elle perdra à coup sûr l'élection de Berlin le 18 septembre où le SPD social-démocrate gardera le pouvoir. Le rêve de Madame Merkels d‘un gouvernement municipal noir (CD) et Vert dans la capitale allemande se révèle être un château en Espagne. La chancelière a dû surtout céder le gouvernement du riche et industriel Baden-Wurtemberg aux Verts, comme si la bonne conjoncture économique ne jouait aucun rôle dans leds choix politiques (les électeurs n’attribuent pas la bonne santé économique de l’Allemagne au gouvernement). En outre, on ne peut oublier qu'Angela Merkel a dû au résultat légendaire de 14,6% du FDP aux dernières élections au Bundestag en 2009 de pouvoir être reconduite dans ses fonctions de chancelière. Mais, à présent, son allié libéral est presque à l'agonie. Le fonds de commerce du FDP, à savoir les allègements de la fiscalité, n’a pas résisté à la crise financière. Enfin, la politique étrangère de l’ex-président du FDP, Guido Westerwelle, est amorphe. Ah, ils sont bien finis les temps où Otto Graf Lambsdorff et Hans-Dietrich Genscher menaient le FDP à la victoire.
Naturellement, Mme Merkel ne manque pas de doigté en matière de tactique et elle s’est réservée plusieurs options. Elle peut former de nouveau après 2013 une grande coalition avec le SPD social-démocrate, mais il n'est plus sûr qu’elle serait chancelière si sa CDU obtenait moins de voix que le SPD. Elle a aussi décrété la sortie totale du nucléaire en 2022, ce qui lui permettrait de former une coalition avec les verts. Mais le résultat des régionales du 5 septembre indique que les électeurs préfèrent l'original à la copie. Après le drame de Fukushima, la sortie unilatérale du nucléaire décidée par la chancelière sans consulter les Verts ni l’industrie ni le parlement a bénéficié surtout aux Verts. Le changement à la tête du FDP qui a consisté à faire du ministre de la Santé Philipp Rösler, un ministre de l'Economie et le président de son parti à la place de Westerwelle, tout en lui attribuant accessoirement le titre de vice-chancelier, n'a apporté aucun bénéfice à ces pauvres libéraux. Que la "voix de liberté" du FDP se taise désormais à Schwerin pour laisser la parole aux "ennemis de la démocratie" du NPD n’augure rien de bon pour le parti dont président d'honneur est encore Hans-Dietrich Genscher.
L'espoir de la gauche : Peer Steinbrück
Désormais, tous les regards se tournent vers le SPD, c’est à dire vers Peer Steinbrück. L’ex-ministre des finances de Gerhard Schröder et auparavant ministre-président de Rhénanie du Nord-Westphalie a déjà été oint des saintes huiles par les vieux éléphants de la social-démocratie. Helmut Schmidt écrit un livre avec lui et joue occasionnellement avec lui aux échecs. Steinbrück est comme chez lui dans le bureau de Gerhard Schröder. Bien qu'il ne soit pas encore investi de la candidature de la gauche à la chancellerie et que les concurrents ne manquent pas, comme en France d’ailleurs, Steinbrück a été promu depuis longtemps porteur d'espoir de la gauche.
Les Allemands apprécient sa rectitude, sa compétence économique et son ouverture à la discussion. Pour nombre d’entre eux, c’est lui qui a garanti les dépôts des épargnants dans la crise et qui a procédé au sauvetage des banques allemandes après la quasi-faillite de l'HRE dans le secteur de l‘immobilier. Il a dit lui-même de son ancienne partenaire dans la grande coalition (2005-2009), Angela Merkel, qu’elle avait maintenant franchi son zénith. Le doute n’est plus permis : actuellement, le SPD n’a pas de meilleur candidat que lui.
Durant les deux années qui séparent encore les Allemands des législatives de 2013, il peut naturellement se passer beaucoup de choses et, à certains scrutins - comme par exemple dans son Land de Rhénanie-Westphalie qu’il avait perdu, Steinbrück n‘a pas toujours fait des étincelles. Qui vivra verra. (septembre 2011)
▪ 2011, la France dépasse 65 millions
d’habitants et l’Allemagne recompte sa population
par Antoine Laporte *
Deux nouvelles se sont fait écho en ce début d’année. L’INSEE a annoncé que la France avait dépassé la barre des 65 millions d’habitants et un taux de fécondité plus atteint depuis les années 1970. D’autre part, l’Allemagne a entamé le recensement de sa population. Ces deux événements soulignent deux approches culturellement très différentes de ces Etats avec leur démographie.
Après les Etats-Unis et la Russie l’année dernière, tout comme la Chine, l’Inde ou encore les Pays-Bas cette année, l’Allemagne entame un recensement de sa population. Si ce genre d’événement paraît tout à fait banal dans la plupart des pays du monde, il l’est beaucoup moins dans un pays où le dernier événement du genre remonte à 1987 pour les anciens Länder et 1981 pour les nouveaux. Oui, l’Allemagne n’a pas compté sa population depuis la réunification, et tous les bouleversements démographiques qu’elle a entraînés. Et la situation étonne tant on sait l’importance qu’a pris depuis une dizaine d’années la démographie dans les débats politiques.
Parallèlement, la France a passé en 2010 la barre des 65 millions d’habitants. Bonne deuxième derrière l’Allemagne, elle creuse l’écart avec l’Italie et le Royaume-Uni, qui en Europe, ont eu longtemps une population de taille comparable. Son taux de fécondité atteint des seuils non atteints depuis la fin des Trente Glorieuses en parvenant, avec 2,01 enfants par femme, presque au seuil de renouvellement des générations, une quasi-exception sur le continent. L’information a été saluée et commentée par la presse comme par les politiques
Les années 2000 ont été celles d’un profond bouleversement en matière de rapport entre les Etats et leur population. Confronter la France et de l’Allemagne dans ce domaine, c’est mettre en perspective deux cultures de l’approche de la démographie.
Un recensement est une opération coûteuse et un investissement difficile à étaler dans le temps. Pourtant, il produit aussi une information capitale pour les décideurs politiques, et il est préconisé par les Nations Unies d’en effectuer un tous les dix ans. En Allemagne, le recensement de la population ne va pas de soi. Pourtant, le fait d’avoir attendu si longtemps pour une évaluation quantitative de la population allemande interpelle. Premier Etat d’Europe de l’Ouest à avoir vu le nombre de ses naissances être dépassé par celui des décès (la première fois en 1972), l’Allemagne traîne toujours aujourd’hui un taux de fécondité relativement bas, autour de 1,4 enfant par femme. Surtout, les estimations du Statistisches Bundesamt font état d’une baisse de la population générale depuis 2003, et qui concerne également les anciens Länder. Surtout, c’est au niveau des régions que les phénomènes sont les plus impressionnants. Si les migrations entre est-ouest ont tendance à largement se tarir, les écarts entre anciens et nouveaux Länder restent dans certains domaines très profonds. La majorité des villes est-allemandes ont perdu des centaines de milliers d’habitants dans les années 1990. La perte de population n’est pourtant pas le seul mal dont souffre l’ex-RDA. Elle doit faire face à un vieillissement accéléré et même à un déséquilibre entre le nombre des hommes et celui des femmes digne d’une région subarctique de la Scandinavie.
L’absence de recensement régulier ne signifie pas absence de chiffres et encore moins méconnaissance de la démographie de la part des décideurs politiques. Fidèle à une ancienne tradition nord-européenne, l’Allemagne utilise des registres municipaux pour évaluer la taille de sa population. Chaque citoyen est donc tenu de se déclarer lui-même dans une mairie lorsqu’il emménage dans une commune. Ces registres ont le mérite de proposer des chiffres précis et constamment actualisés, permettant de dessiner des courbes par pas de temps d’une demi-année.
Alors, pourquoi donc opérer un recensement aujourd’hui si des données sont constamment disponibles ? Tout simplement parce que le système des registres en Allemagne est loin d’être parfait. Tout d’abord, les formulaires d’inscription en mairie ne comportent qu’un nombre limité d’informations qu’un recensement peut fouiller, comme par exemple sur le logement, le travail, les conditions sociales ou encore l’équipement des ménages. Par ailleurs, un recensement complet effectué virtuellement par des registres comme c’est le cas aux Pays-Bas ou en Suède est difficile en Allemagne pour des raisons typiquement allemandes. Toutes les mairies n’ont pas la même base de données et celles-ci ne sont pas collectées nationalement mais au niveau des Länder d’où la difficulté pour synthétiser après coup les informations à l’échelle fédérale. Enfin, et c’est la principale faille, l’enregistrement en mairie se fonde sur le civisme de la population. Or, beaucoup d’informations ne sont pas actualisées régulièrement. Et le manque de coordination entre Länder renforce l’incertitude. Notamment, les informations sont souvent imparfaitement recoupées entre la commune quittée et la nouvelle commune d’un individu. Le site internet mis en place pour le recensement (
www.zensus2011.de) parle d’un écart d’1,3 million d’habitants entre la population estimée de l’Allemagne et sa population réelle.Le recensement français n’est pas évoqué comme un modèle, mais il n’est pas moins le fils d’une tradition très différente. En France, la nation s’est formée avec un rapport très profond avec le territoire. Les recensements généraux de la population sont aussi vieux que la mise en place d’un cadastre, remontant à l’époque napoléonienne. Ils ont été opérés tous les cinq ans avec la régularité d’un métronome de 1801 jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale (les années 1871 et 1916 faisant exception pour des raisons évidentes) puis avec une fréquence ne dépassant pas neuf ans jusqu’en 1999. Puis, la France s’est trouvée confrontée aux mêmes problèmes que beaucoup d’autres Etats. La population y est de plus en plus réticente à répondre aux questionnaires. Et puis, la qualité des informations collectées dans des quartiers difficiles où le travail des agents de recensement est compliqué a aussi été mise à caution. C’est pourquoi l’INSEE a élaboré un système, mis en place depuis 2004, fondé sur des recensements partiels de la population mais avec une fréquence annuelle. L’idée est de pouvoir couvrir toute (ou presque toute) la population sur une durée de 5 ans et d’effectuer des moyennes, dites flottantes, pour avoir une photographie de la démographie, certes floue, mais scientifiquement plus solide.
Le rapport de la politique française vis-à-vis des chiffres de sa population est beaucoup plus apaisé qu’en Allemagne. Cela s’explique évidemment par des résultats plus optimistes proposés par les démographes. La France vieillit moins que ses voisins et fait plus d’enfants. La démographie est donc moins vécue comme un problème. Mieux, elle sert de justification ponctuellement aux réformes sociales, comme récemment sur la question des retraites. Les acteurs politiques se font fort d’expliquer combien les réformes, déjà impopulaires, seraient pires si la France présentait la même démographie... que l’Allemagne.
Dans ce domaine, ces raisonnements vont un peu vite car si on peut se réjouir des chiffres, il faut tout autant se méfier des raisons pour lesquelles, la démographie française est plus dynamique que la démographie allemande. La capacité des femmes à concilier une vie professionnelle devenue économiquement nécessaire et vie familiale est la clé d’une fécondité haute. Le schéma opposant les Etats du nord de l’Europe avec un système de redistribution des richesses à la fécondité élevée face aux Etats du sud et de l’est ayant peu d’aides sociales ou considérant ouvertement la famille comme le lieu de la solidarité reste en grande partie valable.
La violence des comportements démographiques en Allemagne est relayée dans le débat public par une réelle préoccupation des décideurs pour la démographie. Les mesures prises durant le premier mandat Merkel en matière de politique familiale viennent de ce constat. La politique de développement des crèches et la mise en place d’aides pour les parents d’enfants en bas âge par l’ex-ministre fédérale de la famille, Ursula von der Leyen, pourtant chrétienne-démocrate, ont cherché à redynamiser la démographie allemande.
Ce sont sans doute ces débats qui ont conduit à remettre sur la table, même en temps de crise, l’idée d’un recensement. Cependant, opter pour un comptage général de type traditionnel aurait semblé, comme en France, obsolète. Le Statistisches Bundesamt, c'est-à-dire l’Office allemand des statistiques, a fait beaucoup d’efforts de pédagogie, via la presse locale, pour rappeler que les informations sont anonymes et la démarche utile et civique, comme s’il craignait une certaine réticence de la population à ce qui s’apparenterait à un « fichage ». C’est sans doute pour cela aussi qu’il s’agit d’un recensement partiel. A peine 8 millions de personnes rempliront des formulaires, soit environ 10% de la population.
La France et l’Allemagne, aux populations vieillissantes, savent qu’opérer des recensements sont des instruments essentiels dans la pratique politique. Cependant, ils sont aussi les révélateurs de tendances lourdes, autant dans les traditions administratives quand il s’agit de compter la population, que dans les comportements généraux de cette même population. Car un recensement reste ce que l’examen est en médecine. Il permet le diagnostic mais ne guérit pas à lui seul. (AL)
* Université Paris 7
▪ Elections du printemps : Recul des majorités gouvernementales en Allemagne comme en France
En Allemagne comme en France, la majorité gouvernementale a subi un échec retentissant aux régionales de mars 2011. Bien qu’elle ait fermé sept centrales nucléaires et renoncé à s’associer à l’intervention militaire en Libye au grand dam de ses principaux alliés, Mme Merkel (CDU) en Allemagne n’a pu empêcher le 27 mars la percée des Grünen (24,9% des voix), les Verts allemands, en Bade-Württemberg, où ils dirigeront désormais le gouvernement du Land, associés aux sociaux-démocrates SPD (23,4%). La CDU chrétienne-démocrate (38,2%) qui dirigeait ce Land depuis 58 ans, reste en tête, mais ses alliés libéraux FDP (5%) ne sont pas un apport suffisant pour lui donner la majorité. En Rhénanie-Palatinat, Land de tradition sociale-démocrate, la CDU (35,2%) se classe certes devant le SPD (34,2%), mais les Grünen (16,8%) obtiennent un bon score et les libéraux FDP (4%) passent sous la barre éliminatoire. La Linke (Gauche néo-communiste) est éliminée dans ces deux Länder et retombe à un niveau qui aurait dû être le sien depuis longtemps. Le dimanche précédent, la CDU de Mme Merkel avait réussi à se maintenir à l’Est en Saxe-Anhalt, mais désormais deux Länder importants par leur industrie et leur population, la Rhénanie-Westphalie (depuis mai 2010) et le Bade-Würtemberg, ainsi que la ville-Land de Hambourg (depuis février dernier) sont donc passés à gauche. Suite à l’accident de la centrale japonaise de Fukushima ces élections se sont déroulées, en Bade-Würtemberg surtout, dans un climat très émotionnel. Moins sensible au nucléaire que l’Allemagne, la France a quand même donné à ses Verts et au PS un total de 53% des voix aux dernières cantonales du 27 mars, deuxième tour. L’UMP stagne à 20% des suffrages exprimés contre 35% au parti socialiste. Le Front National n’a au final que 11,5% des suffrages et ne gagne que deux cantons mais c’est un excellent score parce qu’il n’a pas d’alliés et ne se présentait que dans une partie des cantons.
▪ Les réformes de l’ère Sarkozy : quatre axes forts et
quinze priorités
▪ Les programmes et les profils de la droite et de la gauche en France sont aux antipodes
Je vois la sélection de
François Hollande comme une réelle opportunité pour Nicolas Sarkozy.
Face au « Bisounours » socialiste, au champion du socialisme mou, qui va faire
des caresses dans le sens du poil son fonds de commerce électoral, Sarkozy n'a
qu'une chose à faire pour les six derniers mois de son premier ou unique
quinquennat : prendre toutes les dispositions de cure d'amaigrissement qui
s'imposent au pays et les rendre irréversibles. Car sur le terrain de la
cajolerie et des promesses, Sarkozy ne gagnera pas, Hollande est imbattable à ce
jeu, il incarne totalement ce rôle-là.
Si à l'opposé Sarkozy déclare une sorte d'état d'urgence en France lié au contexte financier mondial, s'il déclare dans les jours qui viennent que la crise internationale impose une diète sévère à la France, s'il accepte et brandit les termes de rigueur, de restriction, de serrage de ceinture, s'il adopte une stature « churchillienne », il est dans son rôle :
- il rend service au pays, car même s'il est battu ensuite, l'essentiel aura été engagé et ne pourra être défait par la suite – il aura marqué l’histoire de la France et on comprendra dans dix ou quinze l’immense service qu’il a rendu au pays en le modernisant et en le musclant ;
- il se donne sûrement les
meilleures chances de gagner, car paradoxalement, les Français préféreront
peut-être, pour engager un sévère régime alimentaire, choisir un diététicien
impopulaire qu'un bonimenteur qui va leur répéter qu'on peut maigrir sans effort
!
Il ne faut jamais sous-estimer les brutales (mais trop rares...) éruptions de
réalisme du peuple français, surtout quand les circonstances internationales
semblent tourner au tragique !
Pierre Conze
▪ Les
primaires socialistes sont-elles anticonstitutionnelles ?
Si c’était le cas faudrait-il les annuler et les refaire ?
Politiquement, elles furent plutôt un succès. Le parti socialiste a su capter un
besoin d’explication sur une crise à laquelle les gens ne comprennent goutte et
plus largement de « démocratie participative » selon l’expression de Ségolène
Royal. « C’est un processus moderne » a admis François Fillon. Mais selon le
professeur Joël-Benoit d’Onorio, directeur de l’institut Portalis de la Faculté
de droit et de sciences politiques de l‘université d’Aix-en-Provence, cette
procédure enfreint la constitution et il est étonnant qu’aucune autorité de
l’Etat n’ait soulevé d’objection à son encontre.
L’article 3 de notre constitution de la Vème République stipule que le suffrage
« est toujours universel, égal et secret ». Non seulement le secret du vote a
été transgressé puisque les citoyens volontaires pour aller voter ont été
contraints de dévoiler leur opinion politique en signant une déclaration
d’adhésion aux valeurs de la gauche. Naturellement chacun est libre d’afficher
ses préférences, mais ceux qui n’ont pas voulu signer la déclaration selon
laquelle ils approuvaient pour voter les idées de la gauche, ont été exclus du
scrutin.
S’ajoute que le candidat du PS a été choisi à une écrasante majorité par des
électeurs extérieurs au parti socialiste. Si le PS a tenu à un vote au lieu d’un
autre mode de désignation de son candidat, il aurait dû faire voter uniquement à
partir de ses propres listes de militants et de sympathisants, comme en 2007, et
non pas en s’adressant à tous les citoyens. Dans ce cas, tous les Français
auraient dû pouvoir voter, mais ce ne fut pas le cas, donc ce suffrage n’a pas
été « universel ». Ou alors seulement les socialistes encartés auraient dû
voter, ce qui aurait été normal, cela aurait été un vote à l’intérieur d’un
parti, pour ce parti.
Pour finir, en exigeant un euro pour pouvoir voter, le PS a rétabli le suffrage
censitaire et non pas « égal ». Enfin, les listes des votants ont été faites. De
sorte que le « secret » a été levé. Les municipalités sauront désormais qui est
à gauche et qui ne l’est pas. Mais il y a fort à parier que personne dans le
personnel dirigeant de la droite n’élèvera d’objections. On ne veut pas que
recommence ce cauchemar médiatique dont les Français ont fini par avoir un
ras-le-bol. (Lu par « Eurbag » en octobre notamment dans une
tribune libre du « Figaro »)
▪
Les socialistes sont souvent d’origine bourgeoise, mais il y a des exceptions,
dont une : Jean-Pierre Bel
C’est bien connu : les actuels dirigeants de la droite politique en France sont issus pour la plupart, à des exceptions près comme François Fillon, fils de notaire, de milieux modestes, voire pauvres, comme Rachida Dati, Henri Guaino, la boursière Christine Lagarde, voire Nicolas Sarkozy lui-même. A l’inverse, de nombreux représentants du parti socialiste viennent de la bourgeoisie dorée sur tranche tandis que les Verts avaient des parents faisant partie de l’élite intellectuelle du pays. Pour ne pas parler de Dominique Strauss-Kahn, très riche lui-même (son père était avocat et conseiller fiscal de la centrale des Franc-maçons) et marié à Anne Sinclair qui détient sous forme d’une collection de tableaux et de bien immobiliers une des plus grosses fortunes de France, sinon du monde, on peut citer Martine Aubry, secrétaire générale du PS, fille de Jacques Delors qui faisait partie du directoire de la Banque de France et était président de la Commission européenne. Elle a fait ses études au collège privé chic « Notre-Dame des Oiseaux“ de Paris. Son époux est président de l’Ordre des avocats de Lille et est issu de la haute bourgeoisie du Nord de la France.
François Hollande est fils d’un médecin ORL et a fréquenté à Neuilly des écoles non moins chic. Son ex-épouse Ségolène Royal est fille d’un officier. Elle a fait ses études secondaires dans des écoles privées catholiques élitaires. Elisabeth Guigou, ministre de la Justice sous Mitterrand, vient de la haute bourgeoisie, son père était chef d’entreprise dans l’agro-alimentaire. Jack Lang, ancien ministre de la Culture vient d’une famille très riche de Nancy. Son père était directeur de l’entreprise familiale. Laurent Fabius, ancien premier ministre socialiste, est le fils d’un riche antiquaire. Le père de Benoit Hamon, porte-parole du PS, était ingénieur et directeur des chantiers navals de Brest. Il a été élevé dans l’école d’un ordre religieux. Le grand-père du maire de Paris, Bertrand Delanoë, était directeur du port de Tunis. Arnaud Montebourg, fils d’une professeure et d’un fonctionnaire du fisc, avait épousé une comtesse et vit aujourd’hui avec une journaliste connue. Vincent Peillon, député européen socialiste, professeur de philosophie est le fils d’un banquier. Sa mère travaillait dans la recherche fondamentale. Manuel Valls es le fils d’un artiste peintre et le petit-fils du directeur d’un journal catholique espagnol. Le père de Jean-Christophe Cambadélis, député de Paris, secrétaire du PS pour les questions européennes et les relations internationales était diamantaire. Il avait commencé dans la gauche anarchiste avant de s’assagir dans les rangs du PS.
Concernant les origines sociales, il existe toutefois des
exceptions parmi les socialistes. Ainsi le nouveau président du Sénat et
deuxième personnage de l’Etat après la victoire socialiste lors du remplacement
partiel des sénateurs cet automne, Jean-Pierre Bel, est né dans une famille
extrêmement modeste (« il n’y avait pas tous les jours de quoi mettre dans la
soupe », révèle l’un de ses intimes) où la force de caractère et les convictions
étaient inversement proportionnelles à l’épaisseur du porte-monnaie. On était
résistant (sa tante Nanou a fini officier des FFI), on militait au Parti
communiste et à la CGT. Son père était un commercial souvent licencié. Pendant
ses études de droit à Toulouse (DEA de droit public), le jeune Jean-Pierre
militait dans les rangs trotskistes à la LCR, passant souvent la frontière pour
aider ses camarades antifranquistes espagnols ou portugais de la révolution des
œillets. C’est en 1978 qu’il est parti avec sa jeune épouse diriger un village
de vacances de la Fédération laïque dans la montagne pyrénéenne. Il en devint le
maire en 1983 et adhéra au PS. Puis ce fut la rencontre avec Lionel Jospin à
Cintegabelle, dans la région.
▪ Un précédent allemand pour l’affaire Georges Tron : le tribunal de Mannheim a relaxé Jörg Kachelmann de l’accusation de viol
Un verdict rendu par un tribunal allemand pourrait influer sur les accusations portées par deux anciennes salariées contre le secrétaire d’Etat français démissionnaire Georges Tron. Et peut-être aussi donner à réfléchir à propos de l’affaire Strauss-Kahn.
L’animateur suisse de la télévision allemande Jörg Kachelmann, 52 ans, a été relaxé par le tribunal de Mannheim de l’accusation de viol que formulait contre lui son ancienne compagne. Les juges ont estimé qu’il n’y avait pas de preuves de sa culpabilité attestant qu’après une dispute, il avait menacé d’un couteau et violé sa compagne en février 2010. Kachelmann sera indemnisé pour les quatre mois qu’il passés en détention provisoire. Les pouvoirs publics devront en assumer les frais. Ils y regarderont désormais à deux fois avant de mettre un homme en prison parce qu’une femme l’accuse de viol sans preuves matérielles. Naturellement, l’Allemagne n’est pas la France et surtout pas les Etats-Unis. Aussi ne peut-on dire si cet arrêt de la justice allemande pourrait aussi peser sur le procès contre Dominique Strauss-Kahn à New York. Si le cas Georges Tron présente des similitudes avec l’affaire Kachelmann, DSK, quant à lui, a été pris pour ainsi dire « sur le fait ». Néanmoins le jugement rendu à Mannheim va semer le trouble dans un domaine justiciable aussi flou que sensible.
Les féministes allemandes et les médias allemands avaient gonflé cette affaire. Kachelmann avait été stigmatisé et pour beaucoup, il était devenu le type même du machiste brutal. Des amantes ou épouses délaissées et des collaboratrices licenciées ne pourront plus par désir de vengeance traîner leur ancien amant, ex-mari ou ex-employeur devant les tribunaux pour l’humilier et briser sa carrière. Après cette campagne dont il avait été la cible, Kachelmann ne s’attendait pas visiblement à être relaxé. Le parquet avait requis quatre années et trois mois de détention. L’inculpé contestait les faits. Plusieurs experts ne purent donner une idée précise de la véracité des accusations formulées par son ancienne amie. Celle-ci n’entra dans la salle d’audience qu’après la proclamation de la relaxe. Elle put entendre les motifs dont l’exposé dura une heure. Avant le jugement, l’accusé était comme paralysé, puis il parut soulagé. Le public accueillit le jugement avec des cris de joie.
Certes, le viol avéré reste un crime abominable. Mais ce sera plus difficile à l’avenir à des femmes en colère de formuler une accusation sans preuves ou arbitraire. Le juge, Michael Seidling a déclaré que le verdict ne reposait pas sur la conviction que Kachelmann était innocent ou que l’accusation formulée par la plaignante était mensongère. Certes, une expertise médicale avait établi que la plaignante avait pu s’infliger elle-même les blessures dont elle avait montré les traces à titre de preuves. Aussi le tribunal de Mannheim avait-il des doutes sur la culpabilité de l’accusé. Il a donc statué « in dubio pro reo » (dans le doute en faveur de l’accusé). On ne peut pas prononcer un verdict sur un simple soupçon, expliqua le juge. « Les soupçons s’étaient affaiblis au long des audiences, mais ils n’avaient certes pas disparu ». Le procureur Lars-Torben Oltrogge avait admis qu’on pouvait interpréter les indices dans un sens comme dans un autre mais que l’impression générale comptait avant tout. Il envisage d’aller éventuellement en appel. Mais les attendus du tribunal en première instance pèsent lourd désormais.
▪ Le nouveau parti libéral allemand en fin de course - ou les chemins de la liberté
Vingt ans après la réunification, les hommes et femmes politiques allemands entonnent une nouvelle chanson. Chantent-ils les louanges de la liberté politique qui a planté pavillon en ex-RDA ? - Pas du tout. Pour le parti libéral FDP associé au gouvernement Merkel, la situation électorale n’est pas bonne, les parlements régionaux lui sont souvent fermés à l’est. De même pour les Verts. Seulement, ces derniers ont ajouté à leur nom une formule tirée de la dissidence est-allemande, « l’Alliance 90 » pour faire illusion. Mais les Libéraux n’ont pas eu cette idée. Ils sont donc défaillants à l’est et cela ne va pas bien mieux à l’ouest.
Peut-être cela tient-il à ce que, dans la partie occidentale de l’Allemagne réunifiée, qui honorait encore il y a peu le défunt Président Reagan pour avoir fait abattre le Mur de Berlin, plus personne ne célèbre la liberté. Et ce n’est pas le parti libéral FDP qui le fera, lui qui s’est voué désormais à la non-ingérence. Malheureusement, cette revendication politique est considérée comme dépassée, étant donné qu’Hitler ne s’était que trop mêlé des affaires d’autrui ! Mais cela pose quand même une question délicate. Avec qui dont les libéraux pourront-ils à l’avenir se coaliser ? Des divorces ne s’annoncent-ils pas dans le vivier politique allemand ?
Compte tenu des récents remaniements à l’intérieur du FDP et dans le gouvernement CDU/CSU-FDP, « noir et jaune » comme on dit par allusion aux couleurs des blasons des différents partis, l’impression se confirme que la coalition gouvernementale est en train de se fracturer. L’ancien Ministre de l’Economie Rainer Brüderle (FDP), qui se montrait ces derniers temps de plus en plus courageux et sûr de lui, a été brutalement limogé. On s’est servi du prétexte des élections régionales en Rhénanie-Palatinat, pays d’origine de Brüderle qui y a aussi son fief électoral. Pourtant Brüderle ne figurait sur aucune liste électorale ! Il a été relégué au poste de chef du groupe parlementaire libéral du parlement. Des arguments non moins élimés furent utilisés également pour desservir Birgit Homburger (FDP), ministre d’Etat aux Affaires Etrangères. Sans avoir figuré elle aussi sur une liste électorale, considérée quand même comme la perdante des élections dans le Baden-Württemberg (pourtant, les libéraux de Baden-Württemberg, qui s’étaient prononcés en faveur du nucléaire, n’avaient pas été éliminés du parlement régional de Stuttgart), elle a été éjectée du gouvernement et s’est retrouvée vice-présidente du groupe parlementaire libéral. Tout cela s’est passé sans le moindre vote. Ce qui n’a pas contribué à améliorer la crédibilité du parti libéral. Fallait-il procéder ainsi ? Qui a décidé de procéder ainsi ? Il n’y a pas eu d’assises nationales du FDP où ces ministres auraient pu être désavoués politiquement par un vote. Non, tout s’est joué en coulisse ! Les responsables de la chute des deux ministres fédéraux favorables au nucléaire furent les jeunes loups du FDP autour de Philip Rösler. Pourtant, ces libéraux chevronnés qu’étaient Brüderle et Homburger s’étaient acquis bien des mérites au sein du FDP et au cours de leur longues carrières. C’est une révolte de palais fomentée par le lobby anti-nucléaire qui les a dépossédés de leurs postes. Les jeunes loups ont carrément désarmés leurs anciens leaders !
Anti-nucléaire ? – Ce qui intéresse vraiment les jeunes loups
Les jeunes loups du FDP s’étaient emparés des rennes du pouvoir déjà bien avant les assises nationales du FDP à Rostock. En vérité, ils poursuivaient non seulement une politique anti-nucléaire, mais aussi des buts bien personnels, qu’on pourrait décrire rapidement comme un désir d’ascension politique jusqu’au gouvernement fédéral ou carrément jusqu’à la présidence du parti. Ce que font les vieux ministres, disaient-ils, nous sommes capables de le faire aussi bien, sinon mieux qu’eux. Ils se sont rendus à Rostock pour y recevoir la bénédiction des délégués du FDP – après leur révolte de palais. Mais ce qui s’est passé dans ce port de la Baltique n’était pas très démocratique non plus, du moins si l’on se rappelle que le mot « démocratique » figure au programme et même dans le nom du parti : Freie Demokratische Partei Deutschlands, Parti Démocratique Libre de l’Allemagne, FDP. Dans le contexte d’un nouveau gouvernement fédéral noir-jaune rajeuni, on peut donner en exemple du genre d’idées qui germent là, en citant ce que disait assez récemment Kristina Schröder (33 ans), ministre chrétienne-démocrate (CDU) de la Famille à propos de la prostitution sous la contrainte. D’après elle, cette forme d’amour vénal ne « correspondait pas à la tradition allemande ». Certes, l’ennui est que cela se pratique depuis toujours en Allemagne comme ailleurs. Il faut croire que les jeunes loups (et louves en l’occurrence) ne sont pas très au fait des réalités. Est-ce qu’ils entendent dicter aux citoyens allemands ce qu’ils doivent penser ? Cela ferait rire les poules dans le poulailler, pour citer un dicton allemand !
Revenons aux choses sérieuses : les problèmes politiques après Fukushima, dans le contexte des centrales nucléaires allemandes. Considérées comme les plus sûres au monde, celles-ci ont été la cible des jeunes loups du FDP. Et non seulement les deux ministres mentionnés plus haut, mais aussi leurs fidèles dans le FDP furent contraints de plier bagages ! Le moment était arrivé pour les nouveaux venus dans le vieux parti libéral, de perfectionner leur stratégie de conquête du pouvoir. Les vieux adhérents qui étaient alternativement entrés et sortis des parlements régionaux avec plus ou moins que le seuil fatidique des 5 % des voix éliminatoires, avaient néanmoins tenu haut le drapeau jaune de leur parti malgré leur avatars tout au long des dernières décennies. A Rostock, même Uwe Hahn, chef du FDP de la Hesse et vice-président national, qui avait obtenu en 2009 avec 14,6 % des voix l’un des meilleurs résultats électoraux pour son parti aux législatives, n’obtint que 66 % des délégués à sa réélection à son poste. Aussi le doute persiste-t-il quant à la nouvelle ligne politique du FDP : les assises de Rostock n’ont été que la façade démocratique d’une brutale conquête du pouvoir par les jeunes Turcs. Ce qui est certain, c’est que les nouveaux leaders du parti n’approuveront plus aucune construction de centrales nucléaires. Ils essaieront de positionner leur parti dans le camp anti-nucléaire.
Les groupes de pression politiques et leurs activités débridées
Certes, dans l’histoire de la RFA, le FDP a changé de camp à plusieurs reprises. Mais cette fois-ci, tout permet de croire qu’il s’’agit d’une réorientation totale. Guido Westerwelle, le patron du parti FDP, continue à occuper son poste de Ministre aux Affaires Etrangères. Ce n’est point contradictoire avec la nouvelle ligne du parti, puisque Westerwelle s’est prononcé en faveur de l’abstention de l’Allemagne lors du vote sur la Libye de Ghaddafi à l’ONU. Dans le nouveau FDP, on ne vote plus pour la liberté, mais on s’abstient. C’est une nouvelle façon de témoigner qu’on est contre. Au besoin, on vote contre le camp de la liberté, donc contre les Occidentaux, même si l’abstention revient, politiquement, à servir les intérêts de la Russie et de la Chine! Il est d’ailleurs très douteux que ce vote puisse servir les intérêts de la République fédérale.
Ailleurs, on observer que des groupes de pression politiques ou des grimpeurs du WWF et de Greenpeace donnent de plus en plus le ton en Allemagne. Nos représentants élus leur accordent déjà plus d’importance qu’aux dirigeants du BDI (le Medef allemand) ou du DIHT (l’Union des Chambres de Commerces). Sinon, comment expliquer le changement radical au sein du parti gouvernemental CDU/CSU concernant la sécurité des centrales nucléaires ? Plus aucun homme politique en Allemagne ne parle encore de fournitures d’électricité sûres et à des prix abordables. Le courant nucléaire est presque devenu un conte de fées que racontent des ingénieurs et des experts. L’idéologie des Verts a gagné du terrain au parlement, voire au gouvernement fédéral.
Que nous importent nos discours d’hier, disent nos hommes politiques. Sans se poser les questions suivantes : est-ce que la politique a perdu la jugeote ? Est-on encore vraiment sous l’influence de Tchernobyl ? Comment se fait-il que cet accident survenu il y a 25 ans puisse servir encore de nos jours d’argument politique pour arrêter les centrales nucléaires ? Et Fukushima d’après le Tsunami a-t-il vraiment quelque chose de commun avec le nucléaire en Allemagne ? Pourquoi donc fallait-il abandonner cette solide position industrielle ? Y a-t-il vraiment un dénominateur commun en matière de technologie et de sécurité nucléaires entre Tchernobyl, Fukushima et l’Allemagne ? Voilà bien des questions que pourraient se poser nos hommes et femmes politiques pour gérer mieux l’après-Fukushima
Mais ont-ils vraiment cure de la sécurité des centrales ? On a évoqué une attaque terroriste suicide à l’aide d’un avion qui viendrait percuter une centrale nucléaire. Tel est le scénario assez aberrant que les Verts allemands ne cessent d’invoquer – au moment précis où l’OTAN intervient militairement avec des avions de combat en Libye. A force d’insister pour de basses raisons politiques sur l’éventualité d’une attaque suicidaire en avion contre une centrale, on a l’impression que ceux qui parlent ainsi donnent un conseil d’amis aux terroristes potentiels. Et pourtant, les fonctionnaires de Bruxelles ne paniquent pas. Ils considèrent, eux, un attentat terroriste de ce genre comme irréaliste. Ils ont refusé de l’intégrer dans les tests auxquels ont soumis les centrales dans l’Union Européenne. En Suisse chaque centrale nucléaire avait été équipée après sa construction d’une défense aérienne pour éviter de tels problèmes. Cette possibilité n’a même pas été mentionnée au Bundestag. Aucun pays dans le monde n’a renoncé aux centrales nucléaires en raison d’attaques terroristes possibles. Pas même le Japon d’après Fukushima ne l’envisage. Voilà de quoi décevoir les Verts allemands !
Bien au contraire : où est donc le bénéfice politique de l’escalade de la Porte de Brandebourg par des militants écolos et le déploiement de banderoles anti-nucléaires sous le quadrige qui domine ce monument de la capitale allemande ? Pour le comprendre, il suffit de lire les sondages d’opinion réalisés en Allemagne par Greenpeace et le WWF. Ils attestent d’abord que les gens sont frappés par la passivité aberrante du gouvernement allemand. En deuxième lieu, les gens ne sont pas dupes : ni Greenpeace, ni le WWF ne résistent à l’épreuve de la dure réalité, comme le démontre le récent scandale alimentaire après la contamination par la bactérie Eceh. Cette épidémie a démontré qu’une excitation nerveuse sans pareille s’est emparée de nos hommes et femmes politiques. Une nervosité qui défie tout sens de l’objectivité et de la neutralité qui devraient être pourtant les biens les plus précieux d’un gouvernement. Revenons sur le déroulement des faits : une bactérie dangereuse a été découverte sur un concombre espagnol. Il n’en pas fallu davantage pour relancer d’anciens préjugés. « Chez nous – comme l’a dit le ministre de l’agriculture du Mecklembourg-Poméranie – il n’y a pas de bactéries Ehec sur les concombres ».
Et ce, jusqu’au moment où plus de 50 personnes furent admises en clinique avec de graves diarrhées dans cette région du nord-est de l’Allemagne. Il faudrait donc prévoir des mesures politiques palliatives contre les trop nombreuses actions publiques de Greenpeace et du WWF, car ce sont leurs adhérents qui diffusent cette nervosité dans les gouvernements comme dans la population, et cela peut aller jusqu’à certaines formes d’hystérie dans les milieux politiques. D’autant plus que l’âge des personnes interrogées par Greenpeace dans le cadre de ses sondages est d’habitude nettement inférieur à la moyenne nationale. Il ne peut donc y avoir des doutes que des groupes de pression radicaux ont choisi le territoire de l’Allemagne comme terrain de manœuvres prioritaire. Avait-on jamais vu Greenpeace ou le WWF faire une déclaration publique contre le Mur de Berlin ? Voilà une autre question qu’on pourrait poser.
Et pourtant, leurs adhérents usent de tous leurs droits que leur garantit la démocratie. Et le gouvernement fédéral les laisse faire jusqu’à ce qu’il soit lui aussi entraîné par ce courant d’opposition qui répand de ce coté du Rhin la méfiance et l’hostilité envers la technique. Cependant, les Verts n’ont aucune raison d’exulter dans la perspective des prochaines élections régionales à Berlin. Au niveau régional, ils viennent certes de franchir le seuil des 20 % des voix. Mais, avec leur politique anti-automobile, ils ne se rapprocheront pas plus des citoyens qu’avec leur politique anti-nucléaire. A Hambourg, le SPD gouverne seul.
Mais les Sociaux-démocrates seraient aussi bien avisés de s’opposer aux actions médiatiques trop fréquentes de Greenpeace et du WWF. Les hommes de Greenpeace et du WWF ont fait souffrir les pêcheurs-marins français dans la Méditerranée et le République italienne a subi les actions humanitaires de l’Allemand Rupert Neudeck sous la pression morale de l’opinion publique de l’Europe. Il faut donc mettre en garde ceux qui aimeraient placer sous leur tutelle morale la flore et faune du monde entier. En 2011, il sera permis de construire de nouvelles plateformes dans le Golfe du Mexique, où explosa, voici une année à peine, la plateforme « Deepwater Horizon. » Là, les protecteurs de l’environnement ont fait preuve d’un silence éloquent.
Conclusion : ceux qui ne réfléchissent pas face aux actions médiatiques de Greenpeace et du WWF, finiront par se retrouver dans le mauvais film. Voilà un bon conseil pour la nouvelle
direction du parti FDP, qui, jusqu’ici, n’a pas eu un mot pour défendre la liberté de circulation sur les océans.
Richard E. Schneider, journaliste à Tübingen (juin 2011)
▪ Avait-on surestimé Guttenberg ?
Un ami, officier supérieur de la Bundeswehr et docteur en histoire, tenu à garder l’anonymat étant donné ses fonctions, nous écrit en français qu’il se fait du souci pour l’Europe : la politique étrangère de Berlin a porté un coup à la politique européenne de Défense et de Sécurité tandis que le président français, de son côté, s’oriente en direction des Etats-Unis ; l’euro est soumis à de fortes pressions ; et on laisse les Danois enfreindre l’accord de Schengen. « Il y a quelques jours, le quotidien berlinois « Tagesspiegel » a publié un bon éditorial dans lequel on pouvait lire que Schäuble est le dernier Européen par conviction. Hélas ! il n’y a plus que lui, apparemment.
Notre ami revient sur la démission du ministre de la Défense, le baron Karl-Theodor zu Guttenberg, son ancien ministre de tutelle. Il critique la manière dont celui-ci se servait des médias selon son bon plaisir, par exemple quand il interdisait la salle aux caméras ou quand il ignorait délibérément les journalistes qui l’attendaient à la conférence de presse. « Ce ministre était de toute évidence une création du groupe de presse Axel Springer et en particulier de la « Bild Zeitung ». Ce n’est pas acceptable dans un régime démocratique ». Et de poursuivre sur la décision de Guttenberg de supprimer la conscription en Allemagne. « Tout le monde savait pourtant que ça allait coûter cher – voyez donc l’exemple français ! Et cela à un moment où il était parfaitement clair qu’il n’y aurait point de rallonge de crédits ».
« Maintenant, c’est à son successeur, un Prussien méthodique, expérimenté et assez calme, qu’il revient de bâtir une armée allemande sur les ruines que le baron nous a laissées ».
Cet officier a noté que de nombreuses personnes souhaitent que Guttenberg revienne dans la politique : « Je préférerais qu’il s’en abstienne – mais il se peut que le petit scandale de sa thèse de doctorat plagiée couvre suffisamment le grand scandale de sa politique ministérielle pour lui donner la chance de rebondir. Peut-être, un de ces jours, sera-t-il reconnaissant au professeur de droit de Brême qui a soulevé le scandale de son plagiat ? ».
« Je me demande, conclut notre ami, ce que vaut un doctorat en Allemagne, et ce que vaut le travail scientifique dans ce pays-là si la chancelière elle-même n’a cure d’un ministre qui a copié sa thèse. On aimerait savoir ce que le professeur Joachim Sauer a dit à son épouse Angela Merkel le matin au petit déjeuner quand ils ont appris que Guttenberg n’était pas l’auteur de sa thèse ? »
▪ La promotion des jeunes de familles d’immigrés serait-elle meilleure en Allemagne qu’en France?
C’est ce qu’affirme dans un bulletin publié en octobre l’Institut Allemand d’Economie (DIW) de Berlin. Il suffit souvent d’un peu d’attention ou d’engagement d’un enseignant, de voisins ou d’autres adultes, selon une équipe de chercheurs, pour ouvrir la voie des études à un jeune homme ou à une jeune fille d’origine immigrée. « Parfois il suffit que le jeune change de milieu social pour découvrir d’autres comportements relationnels et de nouveaux horizons. Alors, ces jeunes modifient totalement leur vision de la vie », écrit l’experte des questions migratoires du DIW, Ingrid Tucci. Avec trois autres chercheurs, elle a examiné les biographies et les revenus de jeunes issus de l’immigration en France et en Allemagne et a réalisé des interviews avec 175 jeunes adultes résidant dans des quartiers dits sensibles. « Ce sont souvent des visites d’enseignants ou d’adultes venant d’autres milieux à leurs domiciles qui leur donnent une nouvelle orientation », écrit-elle.
Mais par delà ces contacts personnels, c’est surtout la perspective d’une „seconde chance“ qui motive ces jeunes et améliore leurs perspectives de carrière. « A cet égard, selon elle, la situation est bien meilleure en Allemagne qu’en France ». « La comparaison franco-allemande montre qu’en Allemagne, bien plus d’enfants d’immigrés entrent dans une filière de prime abord peu prestigieuse, mais qu’ils ont ensuite une deuxième chance de mieux accéder au marché du travail ». C’est ainsi qu’en France quelques 20 % des enfants d’origine maghrébine ou subsaharienne les universités. En Allemagne, en revanche, un jeune sur deux d’origine turque doit se contenter de l’école et a ensuite des problèmes pour continuer à avancer. En France, après des études prolongées, ces nouveaux étudiants se heurtent souvent à des situations professionnelles précaires. Seulement, en Allemagne, 15% des jeunes d’origine turque arrivent quand même dans le segment supérieur de l’emploi.
On peut en déduire qu’en Allemagne, la promotion continue dans le monde du travail et des entreprises est plus importante qu’en France où l’on vise avant tout un diplôme qui ensuite sert ou ne sert pas selon le prestige qui lui est attaché. Cela vaut aussi pour les jeunes Français et Françaises de souche, étant donné la supériorité théorique des grandes écoles sur les universités et de certaines grandes écoles sur les autres. Qui a décroché l’ENA ou Polytechnique peut se tourner les pouces tout le reste de sa vie. Qui ne l’a pas fait, ne sera jamais un vrai cadre et se heurtera à un mur durant tout sa vie professionnelle ou sa carrière au cours de laquelle il ou elle sera considéré(e) comme incapable d’avoir atteint et d’atteindre le sommet quelle que soit sa valeur, ses efforts ou son intelligence. La France est une république aristocratique. L’Allemagne est une démocratie, y compris dans son économie.
Une étude sur l’emploi des enfants d’immigrés du Maghreb publiée en novembre 2010 par l’Institut national d’études démographiques (Ined), quelques semaines après la publication d’une radioscopie inédite jusqu’alors (il n’existait pas de statistiques en France en fonction de l’origine « ethnique » des immigrés), a donné un éclairage sur l’emploi des enfants d’immigrés qui corroborait quelque peu cette étude allemande. Elle était focalisée sur « les écarts de taux d’emploi selon l’origine des parents ». La conclusion était claire : « Parmi les enfants d’immigrés, les Français de parents originaires du Maghreb sont ceux qui connaissent les taux d’emploi les plus faibles ». L’écart avec les Français de souche est considérable. Pour les jeunes nés de parents français de souche, entre 2005 et 2009 « 86% des hommes et 75 % des femmes avaient un emploi quand leurs deux parents étaient Français des naissance », tandis que ces taux d’emploi chutaient à 65% et 56% pour ceux ou celles dont l’un des parents était originaire d’une pays du Maghreb. Au total donc 30% de ces derniers étaient chômeurs ou inactifs.
Ils sont moins bien formés, plus souvent non diplômés et moins expérimentés, écrivait l’Ined. Ils résidaient plus souvent dans des zones urbaines « sensibles » (22% contre 5% pour les enfants de parents français de naissance) qui n’ont pas bonne presse auprès des employeurs. Les femmes étaient deux fois plus nombreuses à avoir des enfants de moins de 3 ans et elles les élevaient seules plus fréquemment, d’où leur choix de ne pas travailler ou leur difficulté à trouver un emploi. L’Ined avait eu du mal à détecter s’il y avait discrimination à l’embauche, mais estimaient en tout cas que cette population était trop récente en France pour avoir pu tisser des liens en profondeur. Autrement dit, ces gens, même sans liens religieux excessifs, ne « sentent » pas la France, même s’ils parlent parfaitement le français. (eurbag, oct./nov. 2011))
Suite aux propos du président allemand Christian Wulff qui avait profité de son discours de commémoration du 20ème anniversaire de la réunification pour souligner que "l'islam aussi fait partie de l'Allemagne", Mme Merkel a dit que les musulmans devaient respecter la constitution allemande que la loi islamique. "Ce qui s'applique ici, c'est la constitution, pas la charia." Répondant du même coup à l’ancien sénateur aux Finances de Berlin et membre du directoire de la Bundesbank Thilo Sarrazin qui s’en tait pris aux musulmans en surnombre, Turcs essentiellement, qui vivent aux crochets de l’Etat allemand, Mme Merkel a dit : "Bien sûr, il y a aussi des musulmans en Allemagne. Mais il est important (...) que les valeurs représentées par l'islam correspondent à notre constitution", a-t-elle ajouté. Angela Merkel a précisé en outre que l'Allemagne a besoin d'"imams éduqués en Allemagne et socialement implantés dans le pays". "Notre culture s'appuie sur des valeurs chrétiennes et juives depuis des centaines d'années, sinon des milliers d'années", a poursuivi la chancelière. A coup sûr, la chancelière qui est très attachée à ce que les Allemands fassent amende honorable pour le crime collectif de l’Holocauste, avait été outrée que Thilo Sarrazin ait évoqué « un gène particulier des juifs et des basques ». Il avait regretté ces mots ensuite, mais lui avaient-il vraiment échappé ou n’avait-il pas cherché sciemment à choquer ?
« Les Musulmans ne contribuent en rien à la prospérité de l’Allemagne et vivent aux crochets de l’Etat ». Telle, est, en substance, la thèse de Thilo Sarrazin, membre du directoire de la Bundesbank. En outre, ajoute-t-il, le taux de natalité quasi prodigieux de la communauté musulmane aurait un impact fâcheux sur le QI collectif des Allemands. Il est vrai effectivement que les enfants d’immigrés ne connaissant pas bien l’allemand font baisser le niveau des écoles. « L’Allemagne se détruit », proclame donc Sarrazin dans le titre de son livre qui a immédiatement figuré sur la liste des best-sellers d’Amazon outre-Rhin. L’ennui c’est qu’en raison de sa virulence, Sarrazin risque de rendre impossible un débat dont l’Allemagne a furieusement besoin – et qui rappelle beaucoup celui qui a tant de mal à émerger en France.
En quelques plateaux-télé, Sarrazin a donc conquis la gloire du brave type qui ose enfin dire à haute voix ce que la majorité silencieuse des autochtones pense depuis un certain temps. Il a été menacé physiquement par le groupe prétendument antifasciste « Antifa ». Et la classe politique allemande, à commencer par la chancelière Angela Merkel, n’a pas perdu de temps pour crier à l’outrage. Qualifiant les propos de Sarrazin d’« absurdes » et « complètement inacceptables », la nouvelle « dame de fer » de l’Europe a déclaré dimanche dernier, sur la chaîne télévisée ARD, qu’ils « divisaient la société allemande ». Le chef des Verts allemands, Cem Ozdemir, d’origine turque, s’est carrément lâché, comparant Sarrazin à un « leader tribal du calibre de ben Laden ». De son côté le directoire de la Bundesbank, dont les membres n’ont jamais été sélectionnés pour leurs qualités professionnelles ou personnelles mais en fonction d’un dosage politique et régional, a demandé au Président allemand, Christian Wulff, la tête de Sarrazin. Un fait sans précédent dans la cinquantenaire histoire de cette très discrète institution, et un véritable casse-tête juridique qui a suscité la perplexité des juristes du gouvernement. Sarrazin lui-même y a mis fin en démissionnant. C’était bien le dernier de ses soucis.
Une place à prendre à la droite de la CDU
L’Allemagne change, une droite de la droite émerge. Et le Thilo Sarrazin l’a compris. Mais il est loin d’être un loup solitaire. D’autres avant lui ont marché sur ses plates-bandes. Udo Ulfkotte, ancien conseiller du gouvernement Kohl et collaborateur régulier de la très respectable Frankfurter Allgemeine Zeitung, s’est fait remarquer pour avoir déclaré que « le tsunami de l’islamisation est en train de déferler à travers le continent européen ». Ralph Giordano, écrivain réputé et autorité morale, a estimé que l’Islam était une religion totalitaire. L’écrivain néerlandais Leon de Winter, connu en Allemagne grâce à ses contributions à l’hebdomadaire Der Spiegel, dit avoir identifié « le visage de l’ennemi », ajoutant, en termes plus sobres : « depuis les années 1960 nous nous trompions nous-mêmes en disant que toutes les cultures se valent ».
Pour la presse allemande, le phénoménal pouvoir de séduction des thèses de Sarrazin, s’explique. La « linguistique violente » de son livre, pour reprendre l’expression du chef du SPD social-démocrate, Sigmar Gabriel, s’avère correspondre aux attentes des Allemands. Si un sondage TSN Emnid réalisé pour l’hebdomadaire Focus révèle que deux tiers des Allemands rejettent la théorie de Sarrazin sur « l’abêtissement » général dû à l’accroissement de la population d’origine arabe ou turque, mais un autre sondage réalisé online par la chaîne d’information continue N-TV, révèle que ses opinions sont partagées par 96% des téléspectateurs. Et l’intéressé a affirmé sur la chaîne ARD que 95 % des lecteurs qui lui ont écrit, estimaient qu’il n’était pas allé assez loin.
À lire le blog Politicaly Incorrect, on se dit en effet que les Allemands peuvent aller très loin et qu’ils y vont. « L’islam est une maladie mentale volontaire », « Il n’y a qu’un seul mot pour décrire l’islam : barbarie ! », « Il est vain de se colleter avec cette culture inférieure », proclament les auteurs anonymes des post, tout en traitant les musulmans tantôt d’« enculeurs de chèvres », tantôt de « souillons voilées ». On peut s’indigner, crier au racisme comme le font nombre de commentateurs. Reste qu’une majorité d’Allemands en a ras le bol d’alimenter des immigrés qui ne sont pas tous membres comme Mezout Özil (21 ans) qui joue au Real Madrid mais fait partie de la célèbre « Mannscha
ft » du football germanique. La chancelière est allée lui serrer la main dans son vestiaire après la victoire de l’Allemagne sur la Turquie qui lui était largement due : un Turc loyal et bien intégré donc qui chante l’hymne allemand et marque des points pour son pays d’adoption contre son pays d’origine.Pour Angela Merkel, déjà affaiblie par différents problèmes de politique intérieure, la démission inattendue du président de la République Horst Köhler qui avait eu deux fois le soutien de l'actuelle coalition gouvernementale chrétienne-démocrate et libérale pour être élu et réélu, avait été un vrai casse-tête. Après avoir mis en avant Ursula von der Leyen pour ce poste, elle obtint de Christian Wulff, ministre président CDU de Basse-Saxe, qu'il soit le candidat de la CDU et du FDP. Le SPD avait proposé l'ancien pasteur dissident de RDA Joachim Gauck qui fut après la chute de la RDA le fondateur et le gestionnaire des archives de la Stasi, mise à la disposition des victimes et des historiens à des fins d'information.
Mme Merkel aurait pu accepter ce candidat "hors partis". Elle ne l'a pas fait et case ainsi à un poste de pure représentation le dernier concurrent potentiel qui pouvait prétendre dans son parti à la chancellerie. L'élection du président a eu lieu le 30 juin. Un succès difficilement acquis pour Mme Merkel, mais un succès quand même. D’aucuns avaient critiqué Angela Merkel pour avoir soutenu la candidature de l’ancien ministre président de Basse-Saxe, Christian Wulff (CDU), comme successeur de Horst Köhler à la présidence de la République fédérale. Election qui ne fut pas aisée, du reste, bien que la gauche, divisée entre sociaux-démocrates (SPD) et néo-communistes (Die Linke), ait présenté contre Wulff deux candidats. Nombre de délégués chrétiens-démocrates et libéraux firent défection. Néanmoins Wulff fut élu au troisième tour le 30 juin 2010.
Une fois de plus, en optant envers et contre tous pour Christian Wulff, Mme Merkel a probablement donné une nouvelle preuve de son instinct politique. Wulff était le bon choix. Il est plus représentatif et plus politique que son prédécesseur. Et en le désignant, de son dernier rival potentiel, le seul qui aurait pu briguer la chancellerie, Mme Merkel s’est fait un allié. Mais qui sont les Wulff ? Avec Bettina et Christian Wulff, un « jeune » couple s’est installé au Château Bellevue. « Il va ya voir enfin des rires d’enfants ici », a dit Mme Merkel, comme regrettant ce qui lui manquera toujours à elle qui a eu plus que quiconque dans sa vie. Deux mariages successifsont donné à Christian Wulff, d’abord avec sa première épouse Christiane, une fille, Annalena (16 ans), puis avec Bettina (36 ans), un fils, Linus (2 ans).
Bettina et Christian Wulff, lui 1,87 m pesant 87 kilos, et elle presqu’aussi grande que lui, deux beaux blonds aux yeux bleus, auront le physique de la fonction. On prête volontiers à Christian Wulff « l’effet Clinton ». En sportif qu’il est (vélo, jogging, randonnées, ski), il boit plus de jus de banane que d’alcool, à la différence de son épouse qui apprécie les bons crus avec modération. Le nouveau président allemand est resté fidèle aux idoles de sa jeunesse, Phil Colins et les Gipsy Kings. Malgré son nom dérivé de Wolf (loup), on le dit consensuel, ce qui gomme un peu son appartenance à l’aile catholique de son parti. Sa jeunesse n’a pas été facile. Christian avait quatorze ans quand ses parents ont divorcé. Il dut s’occuper de sa mère atteinte de sclérose en plaques et de sa sœur Natascha de neuf ans plus jeune que lui. Porte-parole de sa classe au Lycée et, à seize ans, membre des Jeunesses chrétiennes-démocrates, il en fut élu président trois ans après en passant son bac mention Très bien. Ses études de droit furent menées en parallèle avec la carrière politique.
Négligé par son épouse Christiane qui ne s’intéressait pas à ses fonctions de ministre-président et ne l’avait pas suivi à Hanovre, il rencontra au cours d’un voyage en Afrique du Sud Bettina Körner, porte-parole du fabricant de pneus Continental. Coup de foudre, changement de look et divorce à l’amiable pour ne pas effaroucher l’électorat catholique. Ils se sont mariés, couple glamour qui s’affiche à présent volontiers. Bettina Wulff est la fille d’un banquier social-démocrate, prête à assumer ses fonctions auxquelles une vie mondaine intense l’a préparée. Et puis, secret d’Etat, elle sera la première « First Lady » à arborer un tatouage. On assure qu’il se situe à son épaule…
A chaque époque, les gens d’un certain âge ont tendance à
penser que, de leur temps, c’est-à-dire un demi siècle avant, tout allait mieux
et qu’alors l’avenir semblait moins incertain, moins préoccupant. Appartenant à
cette catégorie « d’anciens », l’auteur des quelques réflexions ci-après aurait
tendance à penser la même chose.
Il est assez évident en effet qu’au fil des générations un certain nombre de
valeurs se sont perdues ou, en tout cas, que celles-ci sont de moins en moins
respectées. Il faut reconnaître que l’ouverture de nos « vieux » pays au reste
du monde n’a pas forcément favorisé leur maintien. Ainsi, le respect de la
parole donnée, la loyauté, le sens du devoir, l’éthique…dont on parle d’autant
plus qu’elle est de plus en plus rare, la probité, la rigueur…
Pour autant, en dépit de ce constat pessimiste, la vie continue, les actions
humanitaires se multiplient, de grandes figures (Mère Térésa, Jean-Paul II,
Simone Veil, …) jalonnent encore notre époque, les grands conflits mondiaux ne
sont heureusement plus, à ce jour, à l’ordre du jour… Reste que dans de nombreux
pays - en France, en Europe, dans le Monde – les populations ressentent des
malaises, vivent dans l’incertitude, ont du mal à imaginer leur avenir et ne
comprennent pas toujours où les conduisent leurs leaders et les politiques
qu’ils mènent.
Certes, avec l’essor exponentiel des techniques (notamment des T.I.C.), la
mondialisation, le nomadisme des Terriens, l’omniprésence d’Internet et
l’augmentation de la population, il est indéniable que la vie sur notre planète
et la gouvernance des hommes deviennent de plus en plus complexes. Ce constat
devrait partiellement exonérer bon nombre de chefs d’Etat et de responsables de
gouvernements, très souvent stigmatisés et vivement interpellés par leurs
oppositions et, depuis peu, par le premier citoyen venu ayant accès à Internet,
dont les critiques systématiques ont d’autant plus de partialité et de virulence
que la compétence et l’expérience du pouvoir de leurs auteurs sont faibles.
Nous sommes entrés à l’évidence dans un monde nouveau dont les gouvernés aussi
bien que les gouvernants ne semblent pas toujours pressentir, réaliser ou
maîtriser les conséquences.
Où va la France ?
Les récentes élections régionales, en France, se sont soldées par un échec de la
majorité au pouvoir. Plus exactement, « la droite », terme souvent impropre en
l’occurrence, qui ne détenait que deux régions sur 26 (métropole et outre-mer)
n’a pas réussi à en gagner de nouvelles. Elle n’en garde qu’une en métropole
(l’Alsace) et en gagne une outre-mer (La Réunion).
En pourcentages de voix, « la gauche » fait de bons scores et renforce ses
positions, encore que le taux d’abstention ait été très fort, ce qui relativise
le succès de l’opposition. Pour autant, il ne s’agit que d’élections régionales,
qui, a priori, ne remettent nullement en question le programme de réformes
entrepris et promis par le président Sarkozy lors de son élection à la
présidence de la République en 2007.
Sauf que les résultats de ces élections n’ont sans doute pas fini de produire de
nombreuses conséquences en France.
Indubitablement, Nicolas Sarkozy porte une responsabilité non négligeable dans
le score important du PS et d’Europe Ecologie. Alternant déclarations
médiatiques fracassantes, hésitations, reculs tactiques, parfois erreurs
d’appréciation, mais aussi, la plupart du temps, poursuivant des réformes
radicales aussi nécessaires que difficiles à supporter pour différentes
catégories de la population, il prête le flanc à nombre de ses adversaires de
l’opposition mais aussi un nombre croissant de ses partisans de la majorité
présidentielle et parlementaire (UMP et Nouveau Centre essentiellement).
Le problème de ce président, assez exceptionnel à divers égards, est qu’il a de
grandes, très grandes même, qualités : en différentes occasions, surtout quand
il a eu à présider l’UE et à gérer la profonde crise financière, il a montré de
grandes capacités à impulser, à entraîner, à convaincre, à anticiper. En
disposant en outre d’une force de travail et d’une résistance peu communes. Mais
à côté de cela, il n’arrive pas (ou ne veut pas arriver) à se défaire de
quelques assez gros défauts, travers, comportements et habitudes qui déplaisent
fortement à bon nombre de ceux qui néanmoins sont ses amis et supporters. La
chancelière allemande en sait quelque chose, même si désormais elle peut sembler
parfois s’en accommoder, voulant privilégier la nécessaire unité, au moins de
façade, du couple franco-allemand.
La plupart de ses amis fidèles et très proches semblent estimer que le bilan
penche malgré tout largement en faveur des qualités, ce que j’ai tendance à
croire aussi moi-même. Après tout, la perfection n’existant pas, chaque homme a
généralement des défauts et des qualités et les uns et les autres sont à une
échelle comparable. Bon nombre des défauts attribués au chef de l’Etat
paraissant en définitive pouvant être facilement corrigés, il est simplement
dommage que celui-ci ne fasse pas les quelques efforts attendus, qui lui
permettraient de regagner la confiance de ceux qui, notamment, se font une
certaine idée de l’exercice de la fonction présidentielle et souhaiteraient des
relations plus sereines, plus urbaines et normalisées.
L’échec des régionales, même si les élections à mi-mandat ne sont jamais très
favorables au parti au pouvoir, peut s’expliquer pour les raisons essentielles
suivantes :
- la crise importante, dont nous ne sommes pas encore sortis mais qui a
néanmoins impacté la France moins que d’autres pays, ne pouvait pas laisser
espérer un raz-de-marée de l’UMP, le parti du président ;
- la nostalgie des électeurs pour le système de cohabitation. Maintenant que le
mandat présidentiel n’est plus que de 5 ans et que l’élection présidentielle et
les élections législatives sont quasiment concomitantes, la cohabitation
n’étant, a priori, plus à l’ordre du jour au sommet de l’Etat, les Français
trouvent avec les présidents de Régions un contre-pouvoir au pouvoir national.
Et le résultat est garanti puisque la grande majorité de ces présidents
régionaux, appartenant au PS, parti qui jusqu’à ce jour n’a pas encore réussi à
proposer un programme de gouvernement crédible, s’ingénient à entraver l’action
gouvernementale et à distribuer, notamment, des subventions d’assistance aux
administrés alors que le gouvernement tente de faire des économies. Certes, le
contexte n’est pas aussi caricatural mais il n’en demeure pas moins que nous
sommes loin d’une certaine « union sacrée » qui serait la bienvenue en ces temps
de crise profonde ;
- les Français sont un peu fatigués – c’est un euphémisme –
des discours à répétition du Président sur tous les sujets, prônant la fermeté,
la rigueur, des mesures nouvelles et plus efficaces, de nouveaux projets de
loi... Ils constatent, en réalité, que sur certains sujets sensibles, la
situation, non seulement ne s’améliore pas, mais empire. Certes, encore une
fois, il est plus facile de critiquer que de faire, la nature des problèmes
change, les réformes importantes nécessitent du temps, la vie devient
complexe…Il n’en demeure pas moins que les Français, pénalisés de surcroît par
la crise, souhaiteraient plus d’efficacité et surtout moins de discours
incantatoires ;
- l’insécurité : les Français qui soutiennent le président et le gouvernement, à
l’instar des Allemands, aiment l’ordre, la rigueur (budgétaire ou non), un Etat
fort et juste, le respect des institutions, et surtout la tranquillité. Ils sont
loin d’avoir satisfaction. Entre les zones de « non-droit » instaurées par les
habitants de nombreuses cités de banlieues, les murs des particuliers et des
édifices publics grotesquement tagués, les voitures incendiées régulièrement, de
même que, désormais, les bâtiments publics, les bus, les bagarres parfois
mortelles après les matchs de foot, les incivilités multiples dont sont victimes
quotidiennement les citoyens paisibles, on constate un grand décalage entre les
promesses et les résultats ;
- la dette abyssale, le déficit budgétaire, les comptes
extravagants de la sécurité sociale, les contre-performances de l’Education
nationale, dont les membres, ultra politisés et ultra syndiqués, absorbent une
part croissante du budget de l’Etat alors que l’enseignement ne cesse de se
dégrader. Cette liste est loin d’être exhaustive mais tout cela insupporte les
Français, en particulier ceux, de moins en moins nombreux en valeur relative,
qui ne comprennent plus à quoi sert leur argent et à qui il profite ;
- l’immigration et les immigrés : vaste problème qui a sans doute été exacerbé
par le lancement, quelques mois avant les élections régionales, d’un grand débat
sur l’identité nationale. Calcul possible du gouvernement en vue d’affaiblir le
Front national (extrême droite), c’est apparemment le résultat contraire qui a
été obtenu. Pour autant, tous ceux qui viennent visiter notre pays ou qui vivent
(essentiellement mais pas uniquement) dans quelques grandes agglomérations
constatent que la France est une terre d’immigration largement ouverte aux pays
d’Afrique, d’Asie et d’Europe de l’Est. Les nombreux avantages sociaux et autres
qu’elle offre n’y sont pas étrangers. Dieu lui-même pourrait s’y plaire, si l’on
en croit nos amis Allemands : Gott lebt in Frankreich…
- Il est difficile de chiffrer le pourcentage d’immigrés, les
organismes officiels se refusant à les communiquer (ou à les établir… pour des
raisons probablement impossibles). Mais il est pratiquement établi que la France
est le pays d’Europe qui compte le plus fort pourcentage d’immigrés, en
particulier d’Arabo-musulmans. Cela est loin d’être neutre et ne manque pas
d’aviver les inquiétudes, rationnelles ou pas, des Français « de souche ».
Pourtant les Français ne sont pas globalement racistes – loin de là même - mais,
dans certaines régions, ils estiment que les pourcentages atteints (en raison de
l’immigration clandestine, des regroupements familiaux et des taux de natalité)
pourraient être, à court terme, de nature à mettre en péril certains fondements
de la République. C’est un problème qui ne concerne pas que la France et qui
devrait être traité rapidement par l’Europe. En clair, de nombreux Français
estiment que si nos différents pays de culture gréco-latine et, majoritairement,
de confession (ou plutôt, désormais, d’inspiration) judéo-chrétienne, ne savent
pas fixer certaines limites et faire respecter les principes de laïcité ainsi
que nos valeurs traditionnelles, nos descendants respectifs pourraient avoir de
grosses surprises.
Voilà, selon moi, quelques uns des problèmes qui ont influencé les résultats des
dernières élections régionales en France. L’Italie vient de voter également,
l’Allemagne et la Grande-Bretagne vont le faire prochainement. Il sera
intéressant d’analyser et de comparer tout cela.
Je ne saurais toutefois terminer ces quelques réflexions (qui n’engagent que
moi) sur le contexte français récent sans évoquer un phénomène, relativement
nouveau, qui me paraît jouer un rôle très important, de plus en plus important
hélas.
C’est celui de l’influence croissante de trois media et vecteurs d’information :
- la presse et les media audio-visuels : en France, la presse écrite se portant
mal, tous les coups sont bons parfois pour accroitre les ventes, sans pour
autant imiter les fameux tabloïds britanniques. Cela les incite souvent à
privilégier le sensationnel, voire à le susciter, au détriment de l’analyse
objective et mesurée. Les media audiovisuels, pour leur part, se livrent à une
concurrence qui les conduit à une course à l’audimat et donc à une certaine
outrance parfois.
- les instituts de sondage : leur activité est telle désormais qu’on en vient à
se demander s’il convient de maintenir ou non le système électif et les
scrutins. En outre, les questions sont souvent très binaires et entrainent des
réponses simplistes sans possibilité de nuancer.
- Internet, les multiples blogs et tous les à-côtés : on y trouve le meilleure
et très souvent le pire ou le n’importe quoi. C’est inquiétant pour la
démocratie, notamment lorsque des esprits peu avertis ou fragiles s’appuient sur
les informations distillées sur la Toile.
L’existence de ces trois grands canaux d’information conduit au fait que nous
sommes désormais à la fois surinformés, souvent mal-informés et, en définitive,
très peu bien informés. Mais elle aboutit aussi, par une combinaison fréquente
des trois et une synergie entre eux, à une redistribution des cartes dont les
résultats peuvent être inquiétants. La presse traditionnelle, par exemple,
s’inspire parfois d’informations recueillies à peu de frais sur des blogs, sans
procéder au préalable aux vérifications d’usage.
C’est ce genre de pratique, nouvelle, liée à Internet, qui semble être à la base
de l’affaire qui agite Paris et la France depuis quelques jours : les rumeurs
sur d’hypothétiques écarts de conduite, à la fois du président Sarkozy et de son
épouse Carla Bruni-Sarkozy. Une rumeur, mentionnée sur un blog et reprise par un
journal connu qui, ainsi, la crédibilise (provisoirement), et voilà l’Europe
entière (ou presque) alertée sur des prétendues frasques du couple présidentiel.
Ce n’est d’ailleurs que plusieurs jours plus tard, après que la presse
internationale en ait fait « ses choux gras», comme on dit dans le métier, que
les Français apprennent qu’il s’agit d’une supercherie.
Il devient effectivement difficile de gouverner.
Jean-Pierre Latapie, collaborateur
parlementaire
▪
La
République fédérale d’Allemagne a soixante ans
N’est-ce pas incroyable que tant de bonheur ait été accordé à notre peuple ?
par Gunnar Schupelius
Le 23 mai 1949, jour de la fondation de la République fédérale d’Allemagne, n’est pas une date qui dit quelque chose aux Allemands. 52 % d’entre eux ne savent même plus en quelle année la République fédérale a été fondée. Seule l’élite politique connaît le 23 mai en tant que rendez-vous traditionnel pour l’élection tous les quatre ans du président de la République fédérale, actuellement Horst Köhler qui vient d’obtenir son second mandat. Sans doute faut-il, comme nous n’avons donc pas de lien émotionnel avec ce 23 mai, que ma plume, ce jour-là, soit dépassionnée et maigre, même s’il s’agit du 60ème anniversaire de notre République.
Bien que les préparatifs du 23 mai, cette année, aient donné l’impression d‘être une simple obligation, et bien que presqu’aucun Allemand ne considère ce jour comme une fête nationale, le fait que la République fédérale d’Allemagne soit devenue sexagénaire, doit nous remplir quand même de fierté et de satisfaction. Je le vois dans ma famille et chez mes amis, dans ma profession et d’ailleurs un sondage actuel de l’Institut d’Allensbach le prouve.
D’après ce sondage, 72% des Allemands font confiance à leur constitution, appelée „Loi fondamentale“. En regard, il faut prendre en considération que seulement 60% font confiance au président de la République et 40% au gouvernement fédéral. Cette confiance dans la Loi fondamentale est quelque chose de subjectif. Car 25% seulement connaissent l’article 1 de cet auguste texte (« La dignité humaine est inaliénable ») et 75% ne savent pas du tout ce qu’il y a dedans. Et pourtant, la confiance dans la constitution est énorme. Pourquoi ? Parce que, nous autres Allemands, nous avons le sentiment que l’histoire qui a suivi la mort d’Hitler a été une bonne histoire. Et cette histoire, c’est cet Etat avec sa Loi fondamentale qui l’incarne. Nous pensons que nous vivons dans un pays dans lequel on se comporte de façon foncièrement loyale et dans lequel nous pouvons vivre et gagner notre vie en sécurité.
Ce patriotisme basique et spontané a été longtemps et massivement remis en question. Dans les années cinquante et soixante, les anciennes élites issues de la période nazie considéraient que la démocratie leur avait été imposée. Puis une élite de gauche voire d’extrême gauche s’est formée qui prétendait que la République fédérale n’était pas une démocratie authentique. Il y a vingt ans encore, je n’aurais pas pu fixer un fanion noir, rouge et or à ma voiture sans risquer de passer pour un extrémiste de droite. Les sociaux-démocrates eux-mêmes dont le parti est attaché d’une certaine manière à ces couleurs depuis 160 ans, se sont distancé des décennies durant du drapeau démocratique de l’Allemagne. Depuis la coupe du monde de football de 2006, je puis l’accrocher à mon auto et cela me fait passer tout simplement pour un Allemand content de l’être.
Personnellement, je trouve que cette reconnaissance sans problème de nos symboles nationaux, désormais à nouveau possible, est incroyablement agréable. Elle fait partie des nombreux cadeaux qui nous ont été offerts au cours des dernières soixante années. On nous a fait cadeau aussi de l’amitié avec la France qui nous avait été refusée, paraît-il, depuis le XVIIIème siècle. On nous a offert aussi la paix en Europe et la défense constante de notre sécurité par les forces américaines et on nous a donné la réunification allemande dans la liberté. Excusez-moi d’être un peu pathétique à l’occasion de ce 60ème anniversaire de la fondation de notre Etat ! Mais n’est-ce pas incroyable que tant de bonheur ait été accordé à notre peuple dont les « Führer » avaient commis il y a soixante-dix ans le plus grand génocide de l’histoire ? Est-ce que nous l’avions vraiment mérité ? (GS)
▪ Les Français, le piston et le talent
Les Français croient plus au piston qu'au talent
Selon une étude auto-administrée de Sky Prods réalisée à l’automne 2010 auprès de 4 156 personnes en France du 20 septembre au 15 octobre 2010 (64,5% d'hommes et 35,5% de femmes, 38% de 18 à 25 ans, 35% de 26 à 45 ans, 21% de 46 à 60 ans, 6% de plus de 60 ans).
Résultats de l’étude en résumé : 88% des Français pensent que le piston prime sur le talent ; près d'1 Français sur 2 désigne la France comme le 'pays du piston' ; 1 Français sur 3 ne pistonnera jamais ses collègues de travail ; 1 Français sur 5 refuse d'être pistonné par principe ; 3 Français sur 4 pensent le cinéma et l'audiovisuel sont les secteurs les plus pistonnés ; 84% des Français pensent que nos stars ont été pistonnées pour réussir ;près d'1 Français sur 2 pense que les dirigeants du CAC 40 sont des pistonnés ; les entreprises qui incarnent le plus 'le talent' sont LVMH en France et Apple à l'étranger.
Sky Prods, spécialisé dans la découverte de nouveaux talents dans les métiers culturels, a organisé une enquête nationale afin d'analyser le regard des Français sur "le piston" et "le talent".
Le piston, une injustice dont on aime bien profiter, même à contre coeur.
Le piston est avant tout une question de chance pour une large majorité de Français (68,2%). Malgré ce premier jugement, près d'un sur deux (40,8%) considère que le piston est une injustice qui ne devrait pas exister. Seule une minorité pense qu'il s'agit d'une bonne chose qui permet de faire la différence (7,6%).
S'ils le pouvaient, plus de 75% des Français accepteraient d'être pistonnés (77,6%). En revanche, plus de la moitié d'entre eux (58%) confessent qu'ils accepteraient à contre coeur. Seul un Français sur cinq refuserait d'être pistonné par principe.
Si le "piston" était un objet, la majorité des gens le rattacherait à un moteur, un instrument de musique, un téléphone ou de l'argent.
Le Français prêt à pistonner sa famille et ses amis mais pas ses collègues.
La grande majorité des Français (86,5%) serait prête à pistonner des membres de leur famille ou leurs amis. Ils seraient moins généreux avec leurs collègues de travail puisque plus d'un Français sur trois (34,5%) avoue qu'il ne les pistonnerait jamais.
La majorité des Français affirme déjà avoir été pistonnée dans leur vie personnelle ou professionnelle (63,2%) dont 14,8% plusieurs fois.
La plupart d'entre eux (62,8%) pense que le piston a plus d'importance dans notre société aujourd'hui qu'il n'en avait il y a 10 ans.
Pour la grande majorité, le piston prime sur le talent
88% des Français pensent que le piston prime sur le talent en général. Malgré cela, 94,7% pensent pouvoir réussir dans la vie sans piston même si 70% d'entre eux soulignent que cela reste difficile.
Les dirigeants du CAC 40 et nos stars sont tous des pistonnés.
Plus de 8 Français sur 10 (83,9%) pensent que les stars françaises issues d'un métier artistique ont été pistonnées pour réussir.
Les dirigeants des entreprises du CAC 40 ne sont pas épargnés, près d'un Français sur deux (43,5%) pense que la majorité d'entre eux, voir tous, ont été pistonnés pour atteindre leur poste de direction.
L'art (45,7%) et la politique (35,4%) sont perçus comme les milieux les plus pistonnés en France devant le sport, le secteur public et privé.
Pour trois Français sur quatre (74,9%), le cinéma et l'audiovisuel sont les secteurs artistiques les plus pistonnés loin devant la littérature (11,2%), la musique (10,8%) et la photographie (1,8%).
Les Français rattachent le talent à des artistes avant tout...et leur mère.
Aux yeux des Français, ce sont des artistes qui incarnent le plus le talent. En effet, ils rattachent la notion de "talent" à des personnalités artistiques telles que Pablo Picasso, Mozart ou encore des artistes plus récents tels que Michael Jackson ou Jacques Brel.
Plus étonnant, un grand nombre rattache également cette notion à "leur mère".
Lorsque l'on parle de Cinéma, ce sont des acteurs qui incarnent le mieux la notion de talent pour les Français. Johnny Depp, Gérard Depardieu et Clint Eastwood forment le trio de tête devant Leonardo DiCaprio et Sophie Marceau, puis suivent les réalisateurs Woody Allen et Steven Spielberg.
Si le "talent" était un objet, la majorité des Français le rattacherait à un stylo, une œuvre d'art ou de l'argent.
Pour 69,1% des Français, le talent n'est pas simplement inné, il doit également être travaillé pour pouvoir être exploité. L'un n'est pas dissociable de l'autre.
Talent = luxe et automobile en France, nouvelles technologies à l'étranger.
Les entreprises françaises qui incarnent le mieux la notion de talent appartiennent en majorité au secteur du luxe : LVMH, Chanel et L'Oréal. Le secteur automobile a également la cote avec PSA Peugeot Citroën et Renault cités en tête des réponses.
Du côté des entreprises étrangères, les sociétés issues du secteur des nouvelles technologies arrivent loin devant, à commencer par Apple, suivi de Microsoft, Google, Pixar et Facebook. Parmi les autre secteurs d'activités, ce sont Coca-Cola, Ikéa et Mercedes qui tirent le plus leur épingle du jeu.
La France, pays du piston, et les Etats-Unis, pays du talent
A la question : si vous deviez rattacher le mot "piston" à un pays, auquel penseriez-vous ?
Loin devant avec 41%, près d'un Français sur deux cite la France comme pays qui incarne le plus le piston. Derrière suivent les Etats-Unis (13%), l'Italie (8%), la Russie (4%), l'Angleterre (3%), l'Afrique (3%), la Grèce (3%) et la Suisse (2%).
A la question : si vous deviez rattacher le mot "talent" à un pays, auquel penseriez-vous ?
Ce sont les Etats-Unis qui arrivent en tête des réponses pour un Français sur quatre (24%). Derrière suivent la France (18%), l'Italie (8%) , le Japon (6%), l'Allemagne (4%), la Chine (4%), le Brésil (3%) et l'Angleterre (3%).
A propos de Sky Prods : Sky Prods a été créé en 2006 avec un but bien précis : découvrir et ouvrir des portes à de nouveaux talents. Leur slogan "Non au piston, Oui au talent". Sky Prods organise chaque année 3 concours culturels internationaux : photographie, nouvelles et courts-métrages. Les concours Sky Prods sont ouverts à tous, amateurs et professionnels, de tout âge et nationalité. Son objectif est de créer des voies supplémentaires pour accéder à des mondes artistiques trop fermés et privilégiés ainsi que de mettre en valeur des idées innovantes et non-conformistes. Participez du 1er septembre au 13 novembre 2010 aux 4èmes éditions des Concours de Photos, Nouvelles et Courts-métrages Sky Prods.
Contact presse : Julie Beluze, Attachée Presse, 06.26.45.69.9,
contact@skyprods.fr, Sky Prods - www.skyprods.fr▪ DSK est
rentré au bercail
Dominique Strauss-Kahn est de retour. « Un retour qui dérange », ont écrit
plusieurs journaux. Sous-entendu : « au PS ». Car l’homme sent le soufre. Marine
Le Pen essaye bec et ongles de « dédiaboliser » son Front National. En revanche,
l’aventure américaine de DSK a « diabolisé » celui-ci. Depuis qu’on a vu la tête
de sa présumée « victime », Nafissatou Diallo, personne ne croit plus qu’on lui
ait tendu un piège (on aurait choisi une plus belle femme). Toujours est-il que
l’ex-directeur du FMI qui est allé exprimer ses regrets, sincères à coup sûr, à
ses anciens collègues de Washington, ne parvient visiblement pas à réfréner ses
instincts dès qu’il voit un être aux cheveux (plus ou moins) longs, équipé des
fameux attributs de Vénus.
Une kyrielle de plaintes et de révélations sur ses frasques attendent en France
celui qu’une de ses présumées victimes avait désigné non sans verve et insolence
comme un « chimpanzé en rut qui ne se contrôle pas ». Certes, l’obsession
sexuelle n’est pas forcément un crime. C’est plutôt une pathologie. Sauf que,
lorsqu’elle devient abus et violences mises en œuvre par un homme de pouvoir aux
dépens de plusieurs jeunes femmes, cela fait quand même un peu désordre au grand
dam du PS. Naturellement, sous surveillance rapprochée de son épouse, Anne
Sinclair, l’ex-ministre socialiste et ex-directeur du FMI a vu sa marge d’action
se réduire et les femmes françaises ne courent aucun danger depuis qu’il est à
nouveau à Paris.
Mais il peut beaucoup nuire électoralement à son parti, d’autant que nombre des
leaders socialistes connaissaient le personnage et s’étaient tus. Ils avaient
même accepté, sous la pression des sondages, qu’il soit leur candidat à la
présidence de la République, sachant qu’alors, il serait sexuellement
intenable... On a beau dire, il est inimaginable que François Hollande n’ait pas
su, de même Ségolène Royal qui a toujours défendu les femmes, Martine Aubry qui
avait passé avec lui un pacte (politique) de non agression, Jack Lang, Laurent
Fabius et d’autres. Le mot de la fin a été dit par Michel Rocard qui l’a déclaré
cas pathologique ayant besoin de soins. Merci Rocard.
En France, les délits sexuels sont souvent traités à la légère, alors qu’ils
sont parfois poursuivis avec un puritanisme excessif aux Etats-Unis. Ne nous
étendons pas là-dessus. On en a assez parlé. En revanche, la publicité dont
jouit encore l’ex-directeur du FMI et ex-ministre de Lionel Jospin, attire notre
attention. L’affaire, dès la première minute, a connu un retentissement unique
dans le monde médiatique mondial et aujourd’hui, l’excellente « com » des
richissimes époux Strauss-Kahn veille à ce que chaque pas, chaque geste, chaque
minute du « martyr de New York » soit suivi par une armée de caméras. On est
pendu à ses lèvres. Il se tait, énigmatique comme le Sphinx. N’est-ce pas le
monde à l’envers ? D’autant que DSK n’a pas été totalement innocenté. La règle
du doute, faute de preuves et suite au peu de crédibilité de son accusatrice, a
joué en sa faveur.
Nous aimerions, les journalistes comme nous étant curieux, obtenir une interview
de Monsieur Dominique Strauss-Kahn que nous avions déjà rencontré dans le temps
et avions d’ailleurs trouvé affable, sympathique et cultivé. Nous n’aurions
jamais imaginé qu’on puisse en arriver aux péripéties du 14 mai 2011. Voici les
questions que nous aimerions lui poser :
1. Est-ce qu’un homme comme vous qui ne peut contrôler ses pulsions pouvait
prétendre à la présidence de la République ?
2. Est-ce qu’un homme qui a une idée des femmes comme la vôtre, pouvait
prétendre être président d’un pays dont la moitié des citoyens sont des femmes ?
(Nous admettrons que ses relations avec son épouse sont d’un autre type et qu’il
respecte quand même certaines femmes).
3. La France vous avait fait élire à la tête du Fonds Monétaire International.
Vous étiez censé y donner une bonne image de votre pays. Croyez-vous y avoir
contribué ?
4. Vous avez des appartements et maisons aux Etats-Unis, en France, quelque
chose ressemblant à un château au Maroc et une épouse très riche. Et vous êtes
député de Sarcelles. Pourquoi n’allez-vous pas vivre à Sarcelles ? (Eurbag,
septembre 2011)