CULTURE

Le Festival Bach suscite de nombreuses activités des fidèles - Plus de 20 ans après la chute du Mur de Berlin
Vauban ou la Révolution militaire par le génie
Le journaliste doit chercher de nouvelles pistes
L'étrange omerta des médias sur le cas DSK
"Paysanas !"
Comment inculquer aux jeunes l'amour de la culture mondiale/Steffen Noack
Le Ministère français de l'Education nationale a-t-il une politique de diversification de l'offre d'enseignement linguistique
Partialité des organes de presse
IUFM : L'Empire des cancres

 

 

LIVRES

Deux individus contre l'Histoire - Pierre Drieu la Rochelle Ernst Jünger/Julien Hervier
L'or des fous/Gillian Tett
La géopolitique. Les relations internationales/Pascal Boniface
L'Eclate-vie/Jean-Claude Dana
Une vie de Pintade à Berlin/Hélène Kohl
Qui sont les Allemands ?/Jean-Louis de la Vaissière
Allemagne, une mystérieuse voisine/Claire Demesmay et Danièla Heimerl
Rapport Schuman sur l'Europe 2011 - L'état de l'Union/Ouvrage collectif
Cavalier des steppes/Nicolas Ducret
Des tranchées à la chute du Mur/Henri Conze
L'intoxication nazie de la jeunesse allemande/Ralph Keysers
Les armes chimiques et biologiques/Daniel Riche et Patrice Binder
Lucie à la recherche du temps perdu/François-Jacques Giraud
La Chute de l'Empire Soviétique/Egor Gaïdar
Flic dans le 9.3/Cdt Patrick Trotignon
Les larmes de la rue des Rosiers/Alain Vincenot
Reflections on the Revolution in Europe/Christopher Caldwell
Noms dits et autres friandises/Nicolas-Philippe Piot
1940-1945 Années érotiques/Patrick Buisson
Frau komm! Die Massenvergewaltigungen deutscher Frauen und Mädchen 1944/45
Berlin Stasi/Jean-Paul Picaper
Opération Walkyrie - Stauffenberg et la véritable histoire de l'attentat contre Hitler/ Jean-Paul Picaper
Angela Merkel/Jean-Paul Picaper

 

 

▪ Le Festival Bach suscite de nombreuses activités des fidèles – Plus de 20 ans après la chute du Mur de Berlin

Le retour du Christianisme dans l’ancienne RDA se fait doucement. Le Pasteur Christian Wolff de l’Eglise St Thomas de Leipzig nous a accordé une interview à l’occasion du Festival Bach annuel (10 au 19 juin 2011).
 
Ce samedi après-midi de la Pentecôte, la tour blanche et carrée de l’Eglise St.-Thomas s’élève vers un ciel radieux. Avec la tour de 63 m de l’Eglise Saint Nicolas, elle domine non seulement la vieille ville de l’ancienne capitale de Saxe, mais désigne également à ses nombreux visiteurs le lieu précis du rassemblement dominical traditionnel des fidèles. C’est ici, que nous reçoit le Pasteur Christian Wolff, un quinquagénaire aux cheveux blancs. Il dirige la paroisse de l’Eglise Saint Thomas depuis 1992. Il est originaire de Mannheim dans le Bade, et n’a, dit-il en souriant, « aucun lien de parenté avec le fameux théologien et philosophe du 18e siècle Christian Wolff de Leipzig.» Celui-ci s’est attiré les foudres de ses supérieurs en attestant aux Chinois et à leur Confucianisme un haut degré d’éthique malgré l’absence de religion. L’Eglise Saint Thomas fut avec l’Eglise Saint Nicolas avant et après 1989 un centre de contestation contre le régime politique communiste, mais elle est connue surtout comme le centre de la vie du célèbre compositeur Johann Sébastien Bach (1685-1750). Bach y exerça pendant les 30 dernières années de sa vie le métier officiel d’organiste de l’Eglise luthérienne de Leipzig et, en même temps, de « Thomas-Kantor.» Dans la tradition judéo-chrétienne, le « Kantor » est en charge de la musique religieuse. Johann Sébastien Bach composait donc en semaine des cantates que, le dimanche suivant, sa chorale devait présenter au public. Parfois, il accompagnait sa chorale sur l’orgue. Bach enseignait personnellement ses nombreux chants religieux au « Thomanerchor », une chorale d’environ 50 jeunes garçons. Dans sa succession directe se trouve donc l’actuel « Thomaskantor » Dr. Christoph Biller qui voyage beaucoup avec sa chorale pour présenter la piété luthéro-saxonne en Allemagne, voire à l’étranger. Comme le compositeur Bach avait laissé après sa mort plus de 50 cantates, les « Thomaner » de la chorale actuelle ne manquent pas de bases spirituelles pour professer leur foi.

Reconstruire avec des dons

Pour le Festival Bach 2011, le pasteur Wolff a célébré une messe dans le style de l’époque du grand musicien. Avec des instruments de son temps, les solistes de l’orchestre jouaient sa musique de Bach dans le lieu même où avait travaillé le célèbre « Thomaskantor Bach. » Le pasteur Wolff nous explique : « En écoutant les compositions de Bach exécutés par l’orchestre selon l’ancienne tradition, les fidèles de St.-Thomas ont pu vivre la musique religieuse dans son contexte original. » Le musicien Bach est, selon un sondage récent du New York Times, le plus célèbre compositeur de tous les temps.
 Le pasteur Wolff, est, avec les fidèles de sa paroisse, très actif dans le cadre de cette commémoration Bach annuelle. Il célèbre les messes du matin tout au long du festival. Mais son instrument de travail habituel, c’est le « Thomanerforum. » Derrière ce terme laïque se cachent des activités qui comprennent tout l’éventail de l’éducation chrétienne, depuis les baptêmes des enfants jusqu’aux aux rencontres du troisième âge en passant par l’Académie de Musique. « Et », souligne le pasteur, « toutes les activités en dehors de la messe dominicale sont financées seulement à 20 % par l’impôt public en faveur de l’église protestante tandis que 80 % proviennent des collectes dans les rues de Leipzig, de dons individuels et de prix d’entrée prélevés aux manifestations culturelles de l’Eglise Saint Thomas. »
 Lorsque le pasteur évoque la situation de l’Eglise protestante de Leipzig, son visage se ferme quelque peu : « Avant 1945, environ 500.000 des 700.000 habitants de Leipzig se réclamaient du Protestantisme luthérien. A présent, on compte encore 60.000 fidèles sur une population totale de 500.000 habitants ! » Et la situation ne s’améliore que très lentement face à l’exode ininterrompu des citoyens de la Saxe où le taux de chômage flotte nettement au-dessus des 10%. L’ancienne Allemagne de l’Est ayant été profondément athée, ramener ses citoyens « perdus » vers la Bible et l’Eglise constitue donc une tâche énorme. L’un des premiers travaux auquel participa après 1989 le Pasteur Wolff fut la rénovation de l’Eglise Saint Thomas, elle aussi dans un état de délabrement avancé. Les travaux pluriannuels de restauration furent exécutés, se réjouit le Pasteur, grâce à une aide financière de l’Etat et des dons individuels dépassant les 5 millions d’euros. « On n’était pas contraint d’emprunter aux banques » souligna-t-il. Mais dans d’autres domaines de la vie quotidienne de l’Eglise, il est moins satisfait : l’enseignement religieux à l’école n’est pas obligatoire, les élèves pouvant suivre alternativement des cours d’éthique. Le nombre des jeunes de sa paroisse peine à augmenter.
 
 Bach et Couperin
 
 Pendant le Festival Bach, les journées de la Pentecôte ont débouché sur une messe œcuménique sur la place du marché. Quatre pasteurs protestants et un prêtre catholique y ont professé, chacun à sa manière, l’un des leitmotivs de la chrétienté que le compositeur saxon avait également mis en musique : « Ainsi, Dieu a aimé le monde. » Les nombreux fidèles sous un ciel toujours radieux ont, une fois de plus, pu exprimer leur profession de foi chrétienne, que l’on peut résumer ainsi : Croire, chanter, apprendre. Pour décrire le caractère du musicien J. S. Bach, le compositeur français Philippe Herrweghe, lauréat de la Bach-Médaille 2009, avait insisté dans son discours, sur le fait qu’il ne faut pas amputer la musique de Bach de son caractère religieux.
 Les historiens rapportent que le célèbre compositeur saxon fut assez mal rémunéré par sa paroisse de Leipzig. Sa deuxième épouse, Anna Magdalena, avec laquelle Bach entretenait des relations intenses, dut accepter des étudiants en pension pour vivre correctement. Après la mort de son mari, Anna Magdalena vécut d’allocations publiques parce qu’elle dépensait tout son argent pour faire imprimer les œuvres musicales de son mari. C’est donc aussi à Anna Magdalena Bach qu’on doit aujourd’hui l’existence de nombreuses œuvres musicales. Le metteur en scène français Jean-Marie Straub, originaire d’Alsace, a réalisé en 1986, après le 225e anniversaire du compositeur, l’excellent film « Chronique d’Anna Magdalena Bach », fondé essentiellement sur des notices biographiques des Bach. L’organiste allemand mena donc une vie assez modeste à l’instar de son homologue français François Couperin (1668-1733) qui fut compositeur royal à la cour de Louis XIV.
 
                                                                                                                           
   Richard E. Schneider ( Leipzig, le 17 juin 2011)

 

▪ Vauban ou la Révolution militaire par le génie

Le 7 juillet 2008, le comité de l’UNESCO a inscrit au patrimoine global douze fortifications de Vauban sur les quinze proposés par le gouvernement français. Y figurent notamment les citadelles d’Arras, de Besançon, de Blaye, de Cussac-Fort-Médoc, le système des fortifications de Briançon (enceinte, quatre Forts, Tour de Signalisation et Pont), les fortifications de Saint-Martin-de-Ré, la Tour dorée à Camaret-sur-Mer ainsi que plusieurs villes fortifiées comme Longwy, Neuf-Brisach ou Mont-Dauphin. En refusant deux bastions et le château de Bazoches, le domicile de Vauban, l’UNESCO a cependant proposé de soumettre d’autres projets de fortifications, tels que les citadelles de Lille, de Quesnoy ainsi qu’une fortification à l’étranger comme Luxembourg (ville), Saarlouis, Fribourg-en-Brisgau ou Landau en Allemagne. Il convient de noter ici que la ville allemande de Breisach, face à Neuf-Brisach en Alsace, de l’autre côté du Rhin, avait soutenu la demande française auprès de l’UNESCO à Paris.

On comprend déjà que Vauban, de son nom initial Sébastien le Prestre, Seigneur de Vauban (*4 mai 1633 à St.-Léger de Foucheret, Bourgogne, +30 mars 1707 à Paris), fut un travailleur acharné. Pas moins de 150 ouvrages militaires en France, Belgique et en Allemagne le réclament comme leur auteur. Pendant les années 1667-1687, il avait parcouru plus de 100.000 km à cheval, grâce, bien entendu, à l’installation de stations de poste à environ toutes les 20 km, où on pouvait changer de chevaux. Il visitait et inspectait les fortifications ou commandait et conseillait des sièges.

Il convient de préciser ici que Vauban fut d’abord un ingénieur militaire qui cherchait à réduire le nombre des soldats qui meurent pendant le siège d’une place forte. De ce fait, il composa deux traités, l’un thématisera les problèmes d’attaques, l’autre les problèmes de la défense d’une place fortifiée. Vauban qui portait déjà de son vivant en tout honneur le titre « Ingénieur de France », devenait vers 1668 pratiquement le successeur de Clerville comme commissaire général des fortifications en France. Ici, on perfectionnait depuis longtemps l’idée italienne de la place forte née en 1530, qu’on équipait de bastions, de niveaux différents, de murailles, de courts côtés « front » ainsi que de cours d’eaux. En présence de son roi Louis XIV., Vauban mis en exécution ses propres idées notamment pendant le siège de Lille en 1667. Son siège ne dura que neuf jours et nuits au lieu de longues semaines.

Généreusement, le Roi-Soleil lui avait pardonné d’avoir choisi de camp de la Fronde à l’âge de 20 ans, et l’avait intégré dans son corps d’armée. Là, Vauban devenait rapidement ingénieur militaire. On lui doit non seulement les nombreux forts en France et à l’étranger, mais aussi l’expression « génie militaire » et un avant-goût des régiments actuels de « pionniers. » C’est lui qui inventait, voilà 350 ans, les tranchées à creuser par les soldats en face de l’enceinte d’une ville assiégée. La protection l’emportait sur l’attaque nonchalante. Et pour que ces travaux soient exécutés avec un minimum de pertes en vie humaines, ils furent entrepris dans le noir, voire la nuit. Les murs courant en zigzag autour des villes et  citadelles, les tranchées qui devaient amener les assaillants, furent également exécutées en zigzag . Avec pour principe un minimum de front large, de pertes en vie.

Du Pré-carré et »la dîme royale »

Pendant de longues années, Vauban exerça le métier de soldat-ingénieur du génie militaire. De 1653 à 1659, il participait à 14 sièges au cours desquels il fut blessé plusieurs fois. Après la conquête de Lille par les tranchées, le Roi-Soleil fut si heureux qu’il le nomma premier gouverneur de cette ville anciennement flamande. Et après le siège, puis la conquête de Maastricht, qui coûtait, quatre ans plus tard, la vie à d’Artagnan, capitaine des Mousquetaires, Vauban proposa au roi un pré-carré qui devait protéger les frontières de la France comme une « enceinte de fer. » Le pré-carré dans le Nord fut constitué en première ligne par les fortifications de Dunkerque-Bergues-Lille-Valenciennes-Le Quesnoy-Maubeuge à Dinant, en deuxième ligne par les places fortes de Gravelines-St.-Omer- Béthune-Arras-Cambrai à Charleville-Mézières. Vauban inventa aussi le glacis de villes frontalières comme Neuf-Brisach, Fribourg-en-Brisgau et Landau. Sans oublier les fortifications et places fortes des côtes atlantiques, de Belle-Ile jusqu’à Bayonne dans les Pays Basques et la côte de la Méditerranée.

Vauban fut un gentilhomme et soldat circonspect. D’autant plus surprenant est sa critique de la révocation de l’édit de Nantes prononcée par Louis XIV. en 1685. Trois ans plus tard, il écrit une lettre au roi pour l’informer des suites de cette révocation. Elle aurait causé la fuite des Huguenots de France, la perte nationale de leur savoir-faire qu’ils utiliseront dorénavant au service de puissances étrangères. Rien n’y fait. Le Roi maintient sa décision. Puis, vers la fin de sa vie, ce gentilhomme devenu Maréchal de France demanda l’égalité de tous devant l’impôt, voire l’instauration de la « dîme royale » dans une publication anonyme. Mais là encore, le roi n’est pas prêt à fléchir. Vauban meurt épuisé par le service le 30 mars 1707 à Paris. Sa dépouille repose en l’église de St.-Hilaire de Bazoches (Nièvre), son cœur est conservé à l’Hôtel des Invalides à Paris.

Deux livres :

1. "Vauban, La Pierre et la Plume", 2007, Ed. Gérard Klopp, Luxembourg/Metz, spécialiste des fortifications et de l’histoire militaire, avec de nombreuses cartes et plans, 280 pages, Format 25x34 cm, 78 Euro. Il contient tous les ouvrages de Vauban qui font partie du patrimoine universel.  Trois spécialistes internationaux ont composé ce livre : Emilie d’Orgeix, responsable pour la documentation et la conservation de l’édifice, Ministère de  la Culture, Victoria Sanger, Urbaniste, auteur d’une thèse sur Vauban, Michèle Viroll, Prof. Agrégé d’histoire, Isabelle Warmoes, historienne de la fortification Nicolas Faucherre, Prof. d’histoire de l’Art, Pascal Lemaître produisit les très belles photos des fortifications et villes fortifiées par Vauban.

2. "Histoire de la Fortification de Vauban à l’Artillerie rayée", Ed. Klopp, Luxembourg/Metz, en deux volumes, par le Commandant Delair, ens. 65 Euro.

                                                                                                                                                                 Richard E. Schneider

 

▪ Le journaliste doit chercher de nouvelles pistes

La révolution que nous vivons actuellement avec l’apparition d’Internet n’est pas moins importante que l’invention de l’imprimerie par Johannes Gutenberg au 16° siècle. Pour ce qui est des journaux électroniques, des magazines en ligne, et du soutien financier à leur apporter parce que ceux qui les écrivent veulent tout de même être payés pour leur travail, on en est encore aux premières réflexions. Pas facile !

Les journaux imprimés ont de plus en plus de mal à tenir contre la télé et contre Internet. Avec la seule télé, ils avaient encore résisté, mais Internet est une seconde vague de l’offensive électronique qui vient en renfort de la télé. Les moins de 35 ans ne lisent presque plus de journaux, mais s’informent brièvement au petit écran et plus longuement sur Internet. Je pense qu’à l’avenir, les journaux ne diffuseront plus de nouvelles immédiates, laissant cela aux médias électroniques, mais des analyses, des diagnostics, des reportages substantiels et de la critique des produits de consommation (y compris dans le domaine de la santé), le tout rendu lisible pour une public non spécialiste mais dont le niveau culturel augmente.

Donc le journalisme n’est pas mort, mais il doit changer son fusil d’épaule, comme on dit, et chercher de nouvelles pistes. Je pense, soit dit en passant, que la radio ne mourra pas, parce qu’elle s’adresse exclusivement à l’oreille, alors que pour tous les autres médias, c’est l’œil qui domine, y compris à la télévision bien que celle-ci « parle » aussi. De plus la radio peut développer davantage les nouvelles que la télé et qu’elle est excellente dans l’interview, dans le dialogue. Il faut donc apprendre à parler, avoir une voix agréable.

Nous savons aussi que la presse régionale survit mieux que la presse nationale parce que c’est une presse de proximité et que dans nos sociétés on a de plus en plus besoin de proximité, d’entraide, de sympathie, étant donné que notre monde social et le monde ambiant refroidissent (à l’inverse du climat).

 

▪ L'étrange omerta des médias sur le cas DSK

par Christophe Deloire

L'affaire de la chambre du Sofitel démontre que les éditoriaux à tour de bras ne permettent pas d'approcher de la vérité, pas plus que les sermons ne prédisent l'avenir. Pour parler de la vie politique, les médias français alignent traditionnellement une cohorte d'éditorialistes, rebaptisés depuis peu "commentateurs", là où les Anglo-Saxons, avec tous leurs défauts, préfèrent lancer leurs enquêteurs pour livrer au public le maximum de révélations. Or de la soif de vérité factuelle les démocraties ne se portent jamais mal.

La démocratie française a besoin d'une sérieuse cure d'un remède inventé par un Britannique, George Orwell, la "common decency" : la décence commune, une morale de la simplicité et de l'honnêteté. Elle devrait s'imposer aux politiques, aux "intellectuels", autant qu'aux journalistes. La décence commune en l'espèce, c'est le respect des personnes, bien entendu, mais surtout le refus de l'hypertrophie verbale, une obsession de la soumission aux faits. Cette décence devrait prohiber le commentaire vaseux qui se croit libre parce qu'il ne s'autorise que de lui-même.
En 2006, je fus l'auteur avec Christophe Dubois d'un livre d'enquête sur le caractère aphrodisiaque du pouvoir, Sexus politicus (Albin Michel), qui traitait aussi des coups bas sous la ceinture dans la vie politique. Pour la première fois, un chapitre intitulé "L'affaire DSK" évoquait le comportement hors normes de celui qui n'était pas encore directeur général du FMI, et révélait ses risques inconsidérés pour un homme d'Etat, ses vulnérabilités. Les scènes racontées ne relevaient pas que de la séduction de salon. Ce chapitre avait valu à notre éditeur et à nous-mêmes d'intenses pressions, vu le caractère sensible des informations.

Depuis dimanche 15 mai, j'ai décliné toutes les propositions d'interviews, ne voulant pas ajouter mes commentaires à ceux de spécialistes n'ayant rien vu, rien su, rien lu, ni bavarder sur la séduction en politique (hors sujet), ni resservir des informations publiées il y a cinq ans.
Mais une nouvelle fois l'actualité nous oblige à poser la question de l'utilité des journalistes. A quoi servent-ils ? Certains citoyens considèrent, non sans raisons, que certains d'entre nous (pas la plupart, mais certains parmi les plus influents) tentent d'imposer leurs vues plutôt que de nous informer et finissent par constituer une classe à prétention dominante. Une sorte de classe politique bis libérée des difficultés de l'action mais jamais privée de parole. Une classe médiatique qui n'agit pas (rôle des politiques), ne cherche pas la vérité (rôle des journalistes), mais ratiocine. Faut-il laisser aux humoristes le monopole de la révélation ?

A croire les professions de foi d'un quarteron d'éditorialistes depuis des mois, inutile d'aller voter, les jeux sont faits pour 2012. Au second tour, ce sera Sarkozy-DSK. L'un des commentateurs politiques les plus célèbres, doyen doté de l'ubiquité médiatique, avait jugé bon il y a cinq ans d'ignorer Ségolène Royal dans un livre sur les candidats à la présidentielle. Fort de sa certitude d'avoir raison contre le réel, il vient de remettre le couvert, à l'envers, en affirmant que la candidature deDominique Strauss-Kahn est de loin la meilleure, la plus "raisonnable", bref la seule. L'éditorialiste devenu militant. Dans d'autres métiers, à ce prêcheur doté d'une singulière capacité à multiplier les erreurs, on aurait poliment proposé une retraite méritée.
En publiant Sexus politicus, Christophe Dubois et moi avons transgressé un tabou. Le fallait-il ? La question mérite débat, et il est parfaitement concevable de s'offusquer sur le principe. Introduisions-nous en France les méthodes du journalisme anglo-saxon et/ou crevions-nous une bulle de secrets privés ? Les lecteurs, y compris les responsables politiques, par leur nombre et leurs réactions, ont manifestement considéré que le dévoilement était légitime, notamment si on ne le recouvrait pas d'une couche de morale.

A la parution du livre, les médias, quoique diserts sur l'ensemble du livre, se sont montrés plus que discrets sur les informations concernant Dominique Strauss-Kahn. Bien sûr, il eût fallu le cas échéant vérifier, pousser plus loin les enquêtes. Beaucoup, là encore, ont préféré le commentaire au scoop. Comme en témoignent les taux d'audience ou les ventes des médias qui privilégient les révélations, le journalisme plaît lorsqu'il nous révèle le monde, les gens, plutôt que de poser devant nos yeux et nos oreilles un voile de logorrhée subjective.

SE GARDER DE PROPAGER LES RUMEURS

Si demain les Français, lecteurs ou électeurs, nous accusent une nouvelle fois d'avoir gardé un secret entre soi, d'avoir accepté chez les puissants ce que nous refusons aux humbles, que leur répondrons-nous ? Que nombre d'entre nous ne savaient pas ou n'ont pas cherché à savoir ? Nous ne pouvons pas donner aux citoyens des raisons de penser que nous leur mentons, même par omission. Il ne s'agit pas ici de trancher l'affaire de la chambre du Sofitel, simplement d'affirmer, une fois encore, que nous devons avoir l'ambition de dire rien que la vérité, mais toute la vérité.

Se garder de propager les rumeurs, tel est notre devoir. Les laisser se propager sans avoir la curiosité de les vérifier est une erreur. Nous devons avoir la décence commune, comme dans le poème de Rudyard Kipling, Tu seras un homme mon fils, de recevoir d'un même front "deux menteurs", le triomphe et la défaite, et ne pas mentir d'un seul mot. Le rôle des journalistes ne consiste pas plus à accabler Dominique Strauss-Kahn qu'à faire office de témoins de moralité, il consiste à approcher au plus près de la vérité, sans jamais considérer qu'un procès-verbal même avec un tampon officiel, est une parole d'Evangile, sans jamais nous autoriser non plus à ne pas savoir faute d'avoir cherché.

L'affaire Strauss-Kahn, un personnage porté aux nues soudain écrasé sur le mur de l'actualité, risque d'approfondir encore les traumatismes psychologiques de la France. Le pays a pris l'habitude de geindre, mais si l'on regarde bien, plus que de ses blessures réelles, le pays souffre d'un sentiment d'iniquité, d'un déni de réalité et d'un défaut de sens. Les journalistes, qui contribuent à l'organisation du débat public, doivent y réfléchir avant qu'il ne soit trop tard.

Les médias doivent-ils lever le pied sur les révélations, afin d'éviter un accident électoral, ou au contraire accélérer en plein carrefour ? C'est une question essentielle pour la démocratie. Donner un coup de frein serait une faute de conduite, avec le risque de donner le sentiment qu'on protège le "système". Bien conduire, pour un journaliste, c'est avancer vite sans donner de coups de volant. En tout cas, le dérapage incontrôlé "lécher, lâcher, lyncher" nous fait risquer la sortie de route.

* Directeur du Centre de formation des journalistes (CFJ). Auteur de "Sexus politicus" (Albin Michel, 2006).

 

„Paysanas !“

C’est, hélas! d’actualité. Le monde paysan retient l’attention du grand public.

On constate la diminution accélérée de ses effectifs, sa déroute économique, son angoisse pour l’avenir. L’affluence au Salon pose question : sympathie pour la nature ? Attrait pour la gastronomie ? Visite pittoresque des régions et des nations ? Retour sentimental aux sources des citadins issus de la province ? Sourires accueillants dans les stands ? Chez nous et ailleurs, les ruraux voient bien la souffrance morale de leurs rares voisins agriculteurs. Avec la misère matérielle, ils souffrent aussi d’un manque d’intérêt du public et même d’une crise d’identité profonde.

Certes, le progrès technique, la mécanisation ont profondément modifié les styles de vie dot le lien avec la terre s’efface devant les impératifs commerciaux : coûtes de production, exigences de commercialisation. Certains le comprennent, mais on voit aussi une ignorance, voire un discrédit du métier de paysan, qui n’est pas seulement une profession mais un lien physique à al terre. D’où le mépris du mot lui-même, redoublé en béarnais par le suffixe dépréciatif : « paysanas » ! L’ l’opprobre rejaillit sur le noble langage pourtant pratiqué naguère et estimé.

Trésor ancestral

Nous voici donc aujourd’hui contraints de défendre le trésor ancestral d’observations, de souvenirs, de sentiments, de sagesse, d’humour, de convivialité, d’œuvres littéraires et artistiques bien propres à notre pays. Ne nous laissons pas qualifier d’esprits bornés, d’attardés intellectuels, de sentimentaux inefficaces, d’amputés de curiosité. Alors que le pot paysan marquait le noble lien à un pays, il est devenu injurieux. De même, comme il y a un siècle, pour la mépriser, on donne à la langue pratique, « lengue mayrane », le nom de patois qui veut dire : parler du pays… Ignorants ! Comprenez qu’au contraire, c’est le lien avec le pays et le monde paysan qui donne au béarnais et au gascon son vocabulaire concret et imagé, ses descriptions poétiques, la prédominance des faits sur l’abstraction. Lisez donc les œuvres de l’ouvrier tailleur Palay vivant parmi les paysans, du médecin Al Cartero, de l’instituteur Baudorre, de l’épicier Camelat, du postier Buzy-Pucheu, du prêtre Labaig-Langlade, du professeur Bouzet, du paysan Julien Csebone et de tant d’autres. Voyez surtout comment les centaines de pages de « Bouts de la Terre » et les « Batalères » hebdomadaires pendant des décades ont fait d’une langue de métier l’expression lumineuse d’un mode de vie attaché au pays natal. Relisez Alexis Peyret, journaliste et entrepreneur en Amérique du Sud. Serres-Castet, son village natal, ne craint pas d’illustrer de son nom ses réalisations de « ville nouvelle ». Comme le poète Jean-Baptiste Bégarie voulait sortir de l’ornière les « boules dou bieilh pourtau », travaillons donc à redonner leur noblesse aux paysans et à leur langue.

Alexis Arette

 

Comment inculquer aux jeunes l’amour de la culture mondiale

L’Education en faveur du patrimoine mondial

par Steffen Noack *

L’éducation en faveur du patrimoine mondial est encore une jeune pousse dans le jardin des programmes de l’UNESCO pour l’éducation. Elle n’existe que depuis 10 ans. Différentes rencontres et conférences nationales et internationales ont déjà eu lieu, dont, pour la onzième fois, le « World Heritage Youth Forum ». Ces rencontres du "Forum", au cours desquelles des enseignants et des élèves travaillent sur différents thèmes et peuvent échanger leurs expériences, ont été très utiles à notre travail. Un des exemples se rapporte à un projet commun aux lycées de trois pays, qui a été présenté lors du 10ème « World Heritage Youth Forum » à Karlskrona en Suède. Je vais y revenir.

Trois questions me paraissent bien cerner le sujet :

1. Quelle est l’importance du patrimoine mondial et de l’éducation en sa faveur ?
2. Comment peut-on transformer ces idées en projets pour les écoles ?
3. Que doit-on faire pour que l’éducation en faveur du patrimoine mondial devienne un élément constant de la culture et de l’éducation ?

Premier point :

Le patrimoine mondial est le patrimoine du MONDE. Les sites classés, qui sont plus de 700, appartiennent à l’humanité, ils sont supranationaux et interculturels. Grâce à leurs formes variées, les sites classés de la planète nous parlent des hommes et de notre histoire commune. Le patrimoine mondial de la culture ne doit servir ni aux nationalismes, ni à toute autre acceptation généralisatrice. Montrer les points communs qui se cachent derrière la pluralité des formes des sites est une des premières missions de l’éducation en faveur du patrimoine mondial.

Le patrimoine mondial est aussi l’HERITAGE mondial. Les Anciens de la Grèce Antique qualifiaient le vrai savoir de combat contre l’oubli : aletheia. Dans sa préface à « l’Histoire de la guerre du Péloponnèse », Thucydide souligne l’importance de l’expérience historique.

« Mais celui qui veut bien connaître le passé pour mieux connaître le futur, puisque selon la nature humaine, ils seront identiques, de sorte qu’on doit retenir la leçon pour toujours, le passé ne devant pas être un élément de décor qui ne servirait qu’une fois », a écrit l’historien grec.

Tel Proust, l’idée de patrimoine part à « la Recherche du temps perdu » pour en tirer le savoir d’aujourd’hui et de demain. Elle s’oppose à l’idée d’oubli, qu’il soit volontaire ou forcé. Elle s’oppose aussi à une culture du souvenir, qui comme Thucydide le souligne, se contenterait de créer des éléments de décor et couperait le lien entre le passé, le présent et le futur.

Ce furent avant tout les expériences dramatiques vécues par l’Europe pendant ses guerres qui nous ont menés à prendre des dispositions contre les pestes et les gouffres pascaliens. Dans le volume final de la « Recherche du temps perdu » Marcel Proust traduit son vécu de la guerre de la manière suivante :

"Je ne trouvais plus mon chemin. Je m’imaginais que le dieu du Mal voulait me détruire. Enfin des flammes m’éclairèrent ; je pouvais retrouver mon chemin tandis que les coups de canon ne cessaient de tonner".

Deuxième point:

Voilà le genre de réflexions que l’on retrouve dans le « World Heritage Kit ». Elle se sont développées dans les projets en faveur du patrimoine mondial auxquels participèrent nos écoles ou qu’elles organisèrent. Je voudrais vous en présenter deux. Mais permettez-moi, chers lecteurs, une parenthèse. Comme vous le savez, la culture et l’éducation sont en Allemagne du domaine des « Länder ». Dans tous les Etats fédéraux, il existe des programmes pédagogiques qui s ‘appellent chez nous programmes généraux. Ces programmes fixent plus ou moins strictement les contenus des cours ainsi que les conditions pour des projets interdisciplinaires ou inter-écoles. Il existe donc un espace pour développer des projets et y participer.

Evoquons un peu ici, le dixième « World Heritage Youth Forum » eût lieu en 2001 à Karlskrona en Suède. L’idée principale de cette rencontre était de dégager les aspects positifs et négatifs des sites du patrimoine mondial et de mieux prendre en compte des lieux du souvenir comme Auschwitz ou l’île des esclaves de Gorée dans l’éducation en faveur du patrimoine mondial.

Sept élèves de mon école, âgés de 16 et 17 ans, participèrent à cette rencontre internationale en Suède. On leur demandait deux choses. Ils devaient étudier le site berlinois appelé « l’Ile des musées » dans deux domaines : d’une part, les aspects positifs et négatifs du tourisme de masse après les travaux de reconstruction et de modernisation. D’autre part, ils devaient rechercher dans l’histoire des cinq musées s’il existait des pages négatives susceptibles de servir la connaissance du présent et du futur.
                                                              
Le groupe de travail visita plusieurs fois l’Ile des musées et eut des contacts variés sur place. Il trouva effectivement des éléments négatifs. Pendant l’époque nazie, plus de 150 œuvres d’art avaient été retirées des expositions pour être vendues ou détruites. En outre, de vastes surfaces des murs extérieurs des musées portent les traces des coups de feu et des combats de la seconde guerre mondiale.

Le groupe de travail rechercha des documents et présenta des affiches qui furent exposées au forum de Karlskrona. Des membres du groupe prirent part aux animations culturelles qui eurent lieu dans le cadre du festival d’été de l’Ile des musées. Ainsi se firent-ils une idée des conséquences possibles du tourisme actuel. Lors d’entretiens avec la direction des musées et d’autres institutions culturelles au sujet du nombre de visiteurs prévus dans le futur, ils purent discuter des possibles dangers, mais aussi des aspects positifs du développement touristique.

Concernant les pages négatives de l’histoire des musées, le groupe proposa la chose suivante : pour se souvenir des artistes poursuivis par les nazis et de leurs œuvres détériorées, un cadre de tableau vide devait être accroché à un endroit central de l’Ancienne Galerie Nationale, accompagné d’un texte explicatif. Le texte devait rappeler que la barbarie raciste des nazis ne respectait ni la liberté des hommes, ni celle de l’art.

Pour les murs du musée de Pergame parsemés de traces de coups de feu, une surface d’un mètre carré située à l’entrée devait être épargnée des travaux de restauration et protégée par une vitre. Un panneau devait informer les visiteurs du fait que la folie meurtrière des nazis exposa les hommes et les œuvres d’art au risque de destruction.

Le deuxième exemple de notre travail en faveur du patrimoine mondial que je voulais vous exposer est un projet commun à trois écoles élémentaires de Berlin et de la région du Brandebourg.

En juin 2002 la commission allemande de l’UNESCO célébrait à Potsdam le trentième anniversaire de la convention du patrimoine mondial. Dans le cadre des festivités les élèves des écoles jouèrent deux petites pièces de théâtre à l’entrée du château de Sanssouci, lui-même classé au patrimoine mondial. Au cours des semaines précédant les festivités, environ 15 élèves des trois écoles élémentaires travaillèrent sur le thème du patrimoine mondial de Sanssouci, le château de Frédéric le Grand à Potsdam, en banlieue sud de Berlin. Lors d’un séminaire commun réuni dans le relais de chasse de Glienicke qui fait partie du site du château de Sanssouci, les résultats de ce travail préliminaire furent rassemblés dans un programme commun. Les écoles du Land de Brandebourg dans lequel se trouve le château créèrent un sketch court et instructif montrant la bénédiction par Frédéric II de l’introduction de la pomme de terre dans la région de Brandebourg.

L’école de Berlin présenta un échange épistolaire entre Frédéric II et Voltaire dans lequel il était question de la politique des « despotes éclairés », de tolérance et de problèmes économiques. Non seulement les participants à la conférence, mais aussi les nombreux touristes présents saluèrent de leurs applaudissements ces réalisations vraiment remarquables des élèves. Les projets que je viens de vous présenter sont enrichissants pour les participants et en outre ils permettent de créer des contacts et d ‘établir un réseau dont nous pûmes profiter dans les projets suivants.

Troisième point:

Ces exemples tirés de notre travail ne doivent pas nous donner l’impression que l’éducation en faveur du patrimoine mondial est déjà bien entrée dans les mœurs, voire institutionnalisée. C’est pourquoi je voudrais dans ma troisième partie signaler les nombreuses missions qu’il nous faut encore accomplir. En 2001, lors de la conférence annuelle des écoles-UNESCO allemandes à Spire, des propositions furent faites et je voudrais vous en citer quelques passages.

Sur le plan scolaire

Les sites et l’éducation en faveur du patrimoine mondial devraient être davantage intégrés dans l’enseignement des disciplines telles la religion, l’histoire, les arts plastiques, les sciences de la vie et de la terre etc. ; les sorties scolaires vers des sites devraient devenir part entière des cours. Des échanges entre écoles voisines de sites classés devraient être développés pour des visites, afin de mieux connaître le patrimoine. Le patrimoine mondial et les sites classés devraient être plus apparents dans la vie scolaire, grâce à la production d’affiches, d ‘expositions, de symboles, afin d ‘éveiller la curiosité des élèves.

Sur le plan régional

Les coordinations régionales des différents Länder de la République fédérale d’Allemagne devraient, en coopération avec des écoles proches de sites classés, exercer une influence sur l’administration de ces sites, afin de mettre en avant le caractère de patrimoine mondial des sites et de mieux les faire connaître (grâce à des guides de voyage, des brochures, des visites guidées, etc.). Les coordinations régionales devraient exercer une influence sur les rectorats, les commissions de programmes, etc., pour intégrer dans les objectifs d’apprentissage l’éducation en faveur du patrimoine mondial.

Sur le plan de la coordination fédérale et de la commission allemande pour l’UNESCO

La coordination fédérale des écoles UNESCO d’Allemagne et/ou la commission allemande de l’UNESCO (DUK) doit exercer son influence sur l’ensemble des ministres fédéraux de l’Education pour que ceux-ci tiennent compte de l’éducation en faveur du patrimoine mondial dans leurs instructions et leurs lignes directrices.

Comme vous pouvez le constater à partir de cette liste de recommandations, il reste beaucoup de choses à faire. Il fait espérer que les responsables de la culture et de l’Education reconnaîtront l’importance pédagogique de ce domaine pour notre planète. En parallèle, nous pouvons dès maintenant entre en action sur le plan scolaire en intégrant l’éducation en faveur du patrimoine mondial, par exemple lors de programmes d’échanges d’élèves venant de villes ayant des sites classés.

                                                                                                                   * Steffen Noack est professeur d’histoire à Berlin
 

 

Le Ministère français de l'Education nationale a-t-il une politique de diversification de l'offre d'enseignement linguistique ?

Retour sur les propos de Nicolas Sarkozy.

« Entre les deux propos ci-dessous du Président de la République, nous avons cru discerner un certain flottement, en tout cas une réelle difficulté d'interprétation persiste », nous écrit l’Observatoire Européen du Plurilinguisme (OEP).

"Si certains de vos camarades ont du mal en français, est-ce que c'est raisonnable de leur donner deux langues, alors qu'ils ne possèdent pas la leur ? Est-ce qu'on n'a pas intérêt à les concentrer sur une langue, l'anglais par exemple, et mettre les heures de la seconde langue en renforcement du français ?".

A rapprocher de celui-ci, tenu dans le même contexte, qui était la visite d'un établissement scolaire : "La vérité vous savez, je le dis pour les jeunes, la vérité, ce n'est pas bilingue que vous devez être, la vérité c'est trilingue que vous devez être, parce que dans les autres pays européens, c'est bien ce qui se passe." ( à voir sur Internet : http://www.youtube.com/watch?v=1VfwDSaIM60

« Le vrai sujet n'est pas de polémiquer sur les mots mais de savoir ce qui se passe dans la réalité et sur le terrain aujourd'hui. La question est également de connaître les conséquences que le Ministère de l'éducation nationale a tirées de la résolution du Conseil Education Jeunesse et Culture du 21 novembre 2008 relative à une stratégie européenne en faveur du multilinguisme qu'il a signée. L’'OEP a reçu du Ministère une réponse dont les termes résolument flous laissent insatisfait : absence d'objectifs explicites, de chiffrage, de plans d'action et d'évaluation des résultats. A se demander si le Ministère a une politique de diversification des enseignements linguistiques ! »

 

▪ Un mail d’un lecteur sur la partialité des organes de presse

 (A noter qu’entre-temps la rédaction en chef du « Figaro » a répondu à ce lecteur et s’est excusée)

« Je vous livre à titre info "l'histoire" du commentaire ci-dessous refusé par le "modérateur en chef" du Figaro.fr, qui sévit chaque week-end .Ce jeune homme, transfuge de Libération, s'appelle Antoine Daccord. Antoine Daccord, 28 ans, diplômé de l’Institut pratique de journalisme (IPJ) Paris, est depuis janvier 2009 le Community Manager du Figaro.fr. Il a pour mission de mettre en œuvre la politique d’animation de Mon Figaro, la plateforme communautaire du figaro.fr et d’animer la blogosphère du Figaro.fr.  En 2002, Il devient journaliste-reporter pour Le Populaire, puis L’Echo, avant de rejoindre, deux ans plus tard, la Web Agency Spong en tant que Chef de projet et content manager. En 2006, Antoine Daccord poursuit son parcours de journaliste, sur le web, chez Libération où il est attaché aux nouveaux projets Internet, aux blogs, à la politique et à la musique. Un an plus tard, il rejoint le groupe Le Monde pour intégrer l’équipe conceptrice du site lepost.fr où il développe le journalisme participatif.En 2008, Elephant at Work le nomme rédacteur en chef adjoint. Il lance alors l’édition pluri-média et participative d’un magazine dédié à un réseau d‘entreprise. Depuis 2009, Antoine Daccord est également formateur de journalistes web à l’Institut pratique de journalisme (IPJ), et au Centre de Formation des Journalistes (CFJ).Antoine Daccord anime un groupe de Rock.

Mon histoire illustre bien la façon dont peut être verrouillée l'information à l'heure des blogs et autres supports informatiques. Il suffit de mettre le pseudo indésirable en filtre d'entrée pour refouler les interventions qu'on ne souhaite pas publier. Rien de plus simple par conséquent. Jugez en plutôt.

J'ai posté le commentaire ci-dessous à 09h10, à 09h13 je recevais la mention de son rejet, au nom des dispositions de la charte d'éthique du journal. Je précise que ce n'est pas la première fois que cela se produit un week-end et que le même commentaire est accepté le lendemain, par un autre modérateur.

La parade à ce genre de pratique consisterait à changer de pseudo à chaque intervention, mais un système bien verrouillé n'accepte que les commentaires dûment identifiés par une adresse mail et un pseudo... CQFD.

"Deux Français se font tuer au Niger, un sous-officier français se fait tuer en Afghanistan. Que font les médias? Face à ces trois destins cruels, ils relèguent au second plan de leurs préoccupations la mort en service du militaire français, pour commenter à souhait la fin tragique de deux hommes, qui avaient fait le choix de se rendre au Niger, pour des raisons qui leur étaient propres. Et en cela réside la différence avec le 53° militaire tué au combat.Ce militaire s'est rendu en Afghanistan sur ordre de la France ou plus exactement sur ordre des représentants politiques des Français. Cette obéissance aux décisions de la Nation mériterait de ne pas passer au second plan.Ce sous-officier tué au combat mérite donc notre compassion. La France doit se sentir responsable de ce qui lui est arrivé. Les médias feraient bien de souligner la grandeur du sacrifice consenti et du métier des armes, la noblesse de l'obéissance aux décisions de la démocratie, le respect que se doit d'avoir la nation à l'égard de ses armées et de ses enfants qui acceptent de servir, sans compter. Mais le plus insupportable demeure l'indifférence, voire le mépris de certains faiseurs d'opinion, convaincus de détenir la vérité."

Je mets fin ce jour à mon abonnement au Figaro, par lettre recommandée adressée à la Direction...qui s'en moquera d'ailleurs. Je crois que cet incident mériterait d'être porté à la connaissance du plus grand nombre. Malheur à celui qui montre du doigt la partialité des médias !!

                                                                                                                                                                   Daniel Roudeillac - danielroudeillac@aol.com

 

▪ IUFM : L’Empire des Cancres

Rapport sur la correction d’un concours d’entrée à l’IUFM

Marc Sterling est enseignant. Littéralement dégoûté par l’effondrement du niveau de l’enseignement et des élèves, il nous adresse ses impressions à la suite de la correction d’un concours d’entrée à l’IUFM. Il va de soi que l’auteur écrit sous pseudonyme, la révélation de sa véritable identité lui vaudrait, à la différence des futurs professeurs dont il parle, les foudres de sa hiérarchie. Voici son rapport sur la correction d’un concours d’entrée à l’IUFM. Discipline : Histoire Géographie. Ce rapport porte sur 71 copies examinées. Niveau exigé : Licence (Bac+3)

SUJET

A) Questions : Répondez de façon concise :

1) Les principales caractéristiques du régime nazi.
2) Les enjeux de l’euro.

B) Etude de dossier : la colonisation en débat dans la France de la fin du XIXème siècle.

Documents à utiliser :

1) extrait d’un discours de Jules Ferry, et réponse de Clémenceau.

2) image de couverture d’un cahier scolaire vers 1900 : « Les colonies françaises », avec Marianne débarquant en armure, tenant un bouclier où sont inscrits les mots : civilisation, progrès, commerce.

3) paragraphes : éloge puis critique de la colonisation, respectivement par Galliéni et Jean Jaurès.

Présentez les enjeux scientifiques du sujet en analysant les documents. Proposez des pistes d’utilisation dans une classe de cycle 3 (8 à 11 ans).

Mettez en évidence les objectifs transversaux (maîtrise de la langue, éducation civique) et les liens possibles avec d’autres disciplines.

A la lecture du sujet, je sursaute en découvrant le choix d’avoir associé régime nazi et colonisation dans le même devoir. J’émets l’hypothèse qu’il y a une intention précise : elle est confirmée par la correction type proposée concernant l’éducation civique : « faire le lien avec les Droits de l’Homme, les crimes contre l’humanité, le racisme », alors que le sujet précise bien qu’il s’agit de la France de la fin du XIXème siècle. L’esclavage ayant été aboli en 1848, on ne peut plus parler de crime contre l’humanité. Aucun candidat ne l’a remarqué. Un seul est tombé explicitement dans le piège en exposant « les profits tirés du commerce triangulaire »…

Tous, ou presque, se sont contentés, en guise d’analyse des enjeux scientifiques, de diluer de longs propos généraux sur le racisme, (mais aucun n’a parlé des pertes ni des évolutions des cultures des colonisés) et d’évoquer brièvement les intérêts économiques de la France. Très peu de candidats ont parlé du contexte historique de compétition internationale, notamment avec l’Angleterre. L’ensemble des devoirs paraphrase les documents. Un nombre significatif d’entre eux réussit à combler une demie page, voire une page entière, en reformulant le sujet et la description des documents…

Après la correction, je maintiens qu’il ne fallait pas associer les deux questions dans un même devoir de concours, car la médiocrité des candidats, tant au niveau des connaissances que de la méthodologie, ne le permet pas : comment s’exprimer sur ce que l’on ignore, comment l’enseigner, quand de surcroît on maîtrise mal la langue française ? Etait-il légitime, déontologiquement, de proposer, en pleine période d’élection présidentielle, un sujet dont l’actualité brûlante venait à peine de refroidir ? (Polémique sur « les effets positifs de la colonisation »). Ceci est confirmé par le constat que l’ensemble des jurys a effectué avec consternation :

Aucun recul chez les candidats, aucun positionnement d’enseignant, aucune aptitude à l’analyse contradictoire, aucune aptitude à enseigner dans un esprit de faire accéder les élèves à la connaissance. Tous, sauf deux ou trois, défendent leur point de vue personnel de citoyen : bien entendu, comme on pouvait le redouter, c’est pour ou contre la colonisation, comme si celle-ci était un projet ! Ainsi, un candidat dit : « Faut-il ou non être pro-colonialiste? ». D'une part, il trahit par là son ignorance, la question du débat n'étant pas celle-ci, mais celle de la nécessité (ou non) d'une reconnaissance officielle par la République Française de la contradiction qui a existé entre ses paroles (Droits de L'Homme) et ses actes (le colonialisme). D'autre part, dans le sujet, il ne s'agit pas de ce débat, qui commence aujourd'hui avec le 21ème siècle, mais de la « colonisation en débat à la fin du 19ème siècle ».

Un autre dit : « On voit donc que le nazisme existait bien avant Hitler », et encore un autre, après avoir précisé que « la colonisation a été subite (pour subie) »… dit : « elle fait néanmoins partie de l’Histoire de France ». A l’opposé un candidat dit : « Le but de la leçon sera de faire comprendre aux élèves que la colonisation a apporté la civilisation, le progrès technique, la culture... » ! Il développe son propos mais s’en tient à ce seul point de vue !!! Un autre, dans les liens avec les autres disciplines, propose en arts visuels de « faire étudier les différents faciès » !!!

On voit donc que la médiocrité des candidats, associée à une orientation intrinsèque donnée par la composition du sujet, produit exactement l’effet inverse de celui escompté : on peut renvoyer dos à dos les pour et les contre, les uns comme les autres étant prêts à embrigader leurs élèves, pour les derniers d'entre eux à la manière de ceux qu’ils dénoncent, au lieu de les instruire de l’Histoire de la colonisation, de celle du nazisme, de celle des Droits de l’Homme, et de toute l’Histoire en général, afin qu’ils puissent y réfléchir et en débattre, au collège ou au lycée, un tel débat n’étant pas à la portée d’élèves de primaire : certes, le sujet précise qu’il s’agit du débat dans la France du XIXème siècle, mais proposer le sujet revient à en faire débattre les élèves.

Je reconnais que la correction proposée attendait des candidats qu’ils jugent les documents trop difficiles pour ces élèves, mais pas qu’ils jugent le débat prématuré : ainsi, si quelques candidats ont bien repéré le niveau inadapté des documents, seuls deux ou trois ont mis en cause implicitement le second aspect en précisant bien que des « connaissances préalables sont requises avant de mettre en place cette séance », sans en dire davantage.

Un seul a proposé une évaluation finale portant sur des connaissances qu’il détaille.

Je remarque qu’en éducation civique, aucun n’a proposé le traitement opérationnel du racisme dans la classe, dans l’école, pourtant induit par les questions du sujet (nazisme, colonisation) le mot débat renforçant l'incitation à le faire. On sait que même là où il n’y a pas d’élèves d’origine étrangère, celui-ci est constaté dans les propos, les allusions, les conduites, les réactions… Ceci correspond au constat fait dans les écoles, pointé dans le dernier rapport sur les ZEP : pour avoir la paix scolaire, on baisse l'exigence et on reste dans ce qui est virtuel dans les représentations des élèves : après avoir rempli des fiches photocopiées sur le racisme ou l'hygiène alimentaire, on sort en récréation pour manger des sucreries sous l'œil des professeurs qui parfois en font autant, ou on lance « bamboula » à un camarade métissé : dans ce cas on s'indigne d'être puni, quand on ne lance pas des menaces, montrant par là que les « apprentissages » sont perçus comme des produits proposés au choix des élèves et de leurs parents consommateurs, et non comme des connaissances modifiant les personnes en les élevant.

Cet aspect de la question semble relever de la compétence d'un professeur expérimenté, mais je ne le crois pas : il tombe sous le sens que la première démarche éducative consiste à dire aux élèves : et toi ? Que fais-tu ? Comment fais-tu ? Et à exiger qu'ils mettent leurs actes en accord avec leurs paroles, comme le font un bon père ou une bonne mère avec leurs enfants.

Le concours doit-il être précédé d'un examen ? La médiocrité des candidats, tant au niveau des connaissances que de la méthodologie, pose le problème de l'accès au concours. Comment s’exprimer sur ce que l’on ignore ? Comment l’enseigner ? Comment accepter que la loterie des affectations conduise à la non-instruction de classes entières, voire pire : à leur embrigadement ?

Une correctrice, professeur de collège, excédée, déclare : « Mais enfin, même à « Questions pour un champion » (jeu télévisé très populaire) il y a une pré-sélection ! Il faut l’obtenir, nous ne pouvons pas continuer ainsi !». Ainsi, si des compétences pédagogiques échappent aux candidats, on peut penser que l'année de formation (dite PE2) y remédiera peut-être. Par contre, on ne doit pas laisser se présenter au concours les candidats ne maîtrisant pas parfaitement l'orthographe, s'exprimant à l'écrit avec difficulté, ou manifestant des lacunes sidérantes en culture générale : en 2006, par exemple, nous avions trouvé « Sous l'Ancien régime, le président avait le droit de veto ». Il faut de plus laisser au jury le droit d'éliminer après correction des candidats tenant des propos déclarés « alarmants » par l’ IA-IPR (inspecteur d’académie, inspecteur pédagogique régional) d'Histoire-Géographie et président du jury, parlant de propos et de pensées racistes : « Il ne faut pas continuer à admettre des choses inadmissibles. Nous trouvons des choses alarmantes dans les copies. Nous ne pouvons pas cautionner indéfiniment le n'importe quoi, il faut mettre un coup d’arrêt. Malheureusement, le jury de Sciences a des moyennes de notes aussi faibles que les vôtres (entre 7 et 8/20). La tendance est donc générale, avec une nouveauté apparue l'an dernier et qui se confirme : celle des candidats qui choisissent délibérément de ne pas répondre à certaines questions. ». Ceci correspond à la conception marchande de l’éducation, comme dit plus haut. L'élève est consommateur et stratège : il choisit dans les rayons mais ne s'expose pas au feu de la connaissance.

Constats sur le niveau en français des candidats : Les devoirs, souvent mal écrits et raturés, comportant des fautes d’orthographe révélant une maîtrise insuffisante de celle-ci pour un futur maître sont au nombre de 19, soit 28%. Aucun barème éliminatoire n'est prévu pour ces candidats à la fonction de professeur des écoles, ce qui explique que l'on trouve, depuis quelques années, des fautes dans certains écrits adressés aux parents d'élèves par les maîtres. Outre que cet état de fait dévalorise le maître, ruine son autorité, jette la suspicion sur sa compétence, que dire des conséquences pour les élèves ? La langue est l'essence d'un pays, d'une culture et sa maîtrise par le plus grand nombre est un garant de la démocratie : la moindre des choses est d'assurer son enseignement rigoureux partout, sans exception, à égalité de traitement, donc de chances pour les élèves. Les devoirs comportant des fautes de syntaxe, un nombre inquiétant de mots proches confondus (conséquence de la méthode globale ou à départ global d'apprentissage de la lecture), des mots qui n’existent pas en français, et/ou une expression pauvre, voire lapidaire, représentent plus de la moitié des copies. Les devoirs ne comportant aucun plan, exposant des propos sans lien, embrouillés, difficiles à lire, répétant souvent la même chose représentent les 3/4 des copies.

Le jeune professeur d’Histoire qui travaillait en binôme avec moi s’est souvent indigné en se demandant comment ces candidats avaient pu obtenir une licence. Le deuxième jour, il est sorti pour plusieurs pauses, n’arrivant littéralement plus à se concentrer sur la lecture de copies aussi mauvaises, et me demandant : « Comment faites-vous pour résister à cela ? C’est à vomir, et c’est ce que je viens de faire… »
Exemples relevés de mots qui n’existent pas : la colonialisation, univerlisaliser (il parle de la Déclaration des Droits de l'Homme), les nazistes (relevé de nombreuses fois), le nazizisme, l'éliminatimation (des juifs).

Approximations et confusions : à propos de la colonisation : « on pourrait passer des vidéos sur les débats de l'époque « (fin 19è), « le texte iconographique », le court (pour le cours) de l'euro, « L'Europe commence avec la communauté du charbon et du pétrole. » la dominance (pour la domination), l'expandre (pour expansion), « En géométrie, on pourra localiser les colonies sur le globe. », les Prusses (pour les Prussiens), un Indien (pour un Hindou), l'armistice du 8 Mai. (pour capitulation), Mussolini est associé au nazisme, lla race arienne, aeryenne, Hayrienne, « Hitler prend le pouvoir à 33 ans. »(pour 1933), « le régime allemand » (pour le régime de l'Allemagne nazie), « Le régime nazi est autoritaire, voire totalitaire », « Le régime nazi a existé durant la seconde guerre mondiale.» (relevé dans de nombreuses copies), Auswitch, Aushwitz, AuxEwitr, La milice (pour la Gestapo ou les SS), « Les camps de travail (pour concentration) ont été créés pour compenser les pertes militaires de l'Allemagne », « Les camps de concentration pour les Juifs se transforment souvent en camps de travail », « Les travailleurs (sic), dans les camps de concentration, vont mourir en faisant ce qu'on a appelé les marches de la mort. », « Les Juifs sont tués dans des camps de concentration » (relevé dans de nombreuses copies) « par gazage ou (pour puis) dans les fours crématoires », « C'est en 1944 qu'il y a le plus de tués avec la rafle du Vel d'Hiv » (Elle a lieu en 1942 et les gens ne sont pas tués mais parqués en vue d'être exterminés dans des camps d'extermination et non pas de concentration, ni de travail), « Hitler déclare la guerre à la France en 1940 » (C'est l'inverse, le 2/9/1939), « le dédunt (pour dédain) envers les Juifs » (s'il ne s'agissait que de cela !...), « Hitler a été jugé à Gütenberg » (pour Nuremberg), « Heureusement certaines personnes ont aidé les Juifs, c'est pourquoi aujourd'hui, l'Irak (pour Israël) leur donne le titre de Bons parmi les nations » (pour Justes parmi les Nations ).

Le constat le plus alarmant est l'ignorance concernant le nazisme. Très peu de candidats ont compris la spécificité de l'extermination des Juifs et des Tziganes. Les confusions sur les camps (de travail, de concentration, d'extermination) sont relevées dans la majorité des copies. Ce sujet a pourtant fait l'objet d'une médiatisation continue sans précédent depuis deux ans, ponctuée par des temps forts comme le soixantième anniversaire de la libération d'Auschwitz en 2005, puis l'entrée des Justes au Panthéon, en 2007. On peut donc en déduire que les candidats ne se cultivent pas, ce qui constitue, pour de futurs professeurs, un défaut bien plus inexcusable qu'un manque de connaissances ciblé sur une période.

Hélas, il ne s'agit pas que de cela. Comment ne pas s'alarmer lorsqu'on lit, par exemple: « Hitler s'est aussi occupé des homosexuels qui ne pouvaient pourtant pas procréer de façon impure ». Cette phrase est relevée dans une description ambiguë et peu critique des justifications de la logique de développement de la race aryenne, sans aucune remise en cause, même implicite, du postulat de départ. Cette phrase peut laisser craindre une banalisation du nazisme ramené au rang d'une opinion parmi d'autres, le candidat se contentant de relever ce qu'il croit être des incohérences du régime. Un nombre significatif de copies laissent ainsi, à la lecture, un sentiment de grave malaise, pour nous les correcteurs qui nous demandons en conscience s'il faut laisser ces personnes entrer dans une école de la République, sans se donner d'autres moyens de vérifier si elles ont ou non, réellement, des opinions nazies et/ou la conviction que le nazisme est une opinion.

Il en va de même pour le candidat qui a écrit : «la polyphonie (pour la francophonie) n'a plus besoin de passer par le colonialisme ». La lecture de la suite donne le sentiment que le candidat ne s'en offusquerait pas dans le cas contraire. Ceci caractérise la génération au matérialisme forcené, qui n'a plus bénéficié des leçons de morale, qui a été élevée dans une conception marchande de l'existence et à laquelle nous n'avons pas transmis les valeurs essentielles de l'humanité.

Autres exemples : la sinagogue, Wamsee (avec un m à 4 jambages), la Ghestapo, les getthos, les gettos, hithlérien, le furer, le fureur (!), ait (pour est), er pour é au participe passé, C'est ceux (pour ce) qui caractérise le régime. Fautes d'accord du participe passé, etc... « Il remilitarise la Rhénanie alors que le traité de Versailles l'en interdit. », « Il faut faire les élèves décrire l'image », « dans des camps où des millions de Juifs y meurent ». Conclusion : il ne s'agit que d'exemples relevés par deux correcteurs sur une trentaine, les autres binômes effectuant massivement le même constat.

J'ai parlé du manque de transmission des connaissances, à l'intérieur d'un cours. Je ne citerai qu'un exemple de dérive pédagogique de programmation de cours : Deux collègues de secondaire font le tour de la salle pour tenter de trouver une explication à la proposition sidérante d'un candidat : « En lien avec les autres matières, à partir de l'image du cahier d'écolier 1900, on peut proposer en techno la séance dite «Flotte ou coule» ». Je leur indique qu'à la vue du navire à l'arrière-plan de l'image on a cherché un « lien » tiré par les cheveux (entre la séance d’Histoire et celle de sciences), dérive caractéristique de la pédagogie dite du projet. Pour eux c'est une révélation consternante.

Que d'énergie gaspillée dans ce genre de mission impossible : les liens ne sont pas garantis par l'organisation pédagogique mais se construisent dans la tête des élèves à condition de les instruire. On observe d'ailleurs que ceux-ci n'en font que très peu, parce qu'on attend qu'ils redécouvrent tout par eux-mêmes. Or, les liens se construisent dans le langage, à l’oral, dans les discussions (et non dans des débats) avec les élèves. Certes, c'est à la condition qu'on les y invite et les y encourage, mais surtout à condition qu'ils aient acquis des connaissances : ressassons encore une fois qu’ils ne peuvent pas réfléchir sur ce qu’ils ignorent. Revenons donc aux enseignements disciplinaires rigoureusement programmés Admettons de nouveau que le maître est supérieur à l’élève, non en tant que personne, mais en tant que transmetteur de savoir.

Je remarque enfin que les candidats, à l'issue de leur année de préparation à l'IUFM, ont surtout intégré rapidement toutes les dérives pédagogiques initiées ces 30 dernières années, dont nous combattons quotidiennement les effets. Face à ces constats, allons-nous enfin admettre qu'il ne faut pas maintenir ce qui ne marche pas ? Ces jeunes candidats sont-ils des citoyens plus libres que nous, leurs aînés qui avons connu la fin de l'époque glorieuse et sévère de l'école républicaine ? Sont-ils plus critiques, plus réactifs, plus humanistes, plus cultivés que nous ? Non. Et, de plus, l'ignorance de certains les révèle comme étant dangereux.

Je n'oublie pas que, aîné d’une famille nombreuse d'un milieu très modeste, je dois, ainsi que mes frères et sœurs, ma promotion sociale à l'école publique, à la discipline, à l'exigence et au travail rigoureux, aux résultats obtenus sans argent, sans moyens matériels, à la chance donnée par les bourses au mérite, au zéro en orthographe éliminatoire etc... et tant pis si j'ai injustement été puni en conseil de discipline : je n'en suis pas mort, chose qui me serait arrivée (socialement) si j'avais été dans un environnement laxiste comme celui d’aujourd'hui.

Depuis 35 ans, j'essaie de rendre ce qui m'a été donné. En dépit de toutes les circulaires, j'ai toujours instruit mes élèves et je leur ai appris à lire à tous sans exception, précisément parce que la culture se donne et se prend à l'école (et pas au centre social ou à la MJC du quartier), parce qu'elle est l'arme absolue de la liberté individuelle et de la démocratie : le savoir donne le pouvoir.

La chance, c'est d'apprendre : imposons-la à tous les élèves.

                                                                                                                                                                            © Marc Sterling pour LibertyVox

 

LIVRES

▪ Julien Hervier. "Deux Individus contre l’Histoire  - Pierre Drieu la Rochelle Ernst Jünger". Ed. Eurédit, Paris, 2010, 549 pages.

 Le germaniste français Julien Hervier, qui enseigne à Poitiers, a choisi la comparaison idéologique de deux auteurs au terme de la Première Guerre Mondiale, l’un de langue allemande, l’autre d’expression française, mais tous deux hostiles à la pensée égalitaire et socialiste. Les deux écrivains ont également en commun un esprit individualiste et aristocratique, et l’un de leurs sujets de prédilection, est l’histoire, ou, mieux encore, la philosophie de l’histoire, explique l’auteur Hervier. On ne s’étonnera donc guère que pour Drieu la Rochelle et Ernst Jünger, dont les chemins ne se sont jamais croisés dans leur vie, le rôle et l’avenir de la culture, le destin de l’Europe et de sa civilisation occupèrent une place importante dans leurs oeuvres littéraires respectives.

Mais, ajoutons-le immédiatement, ces deux auteurs n’ont pas du tout le même caractère. Si Jünger pense que dans le combat, le travail de l’homme s’accomplit presque inconsciemment et qu’il y exprime sa nature animale qui l’aide à mieux fonctionner dans ce milieu, Drieu croit reconnaître dans la guerre une loi générale et naturelle. “L’homme ne peut se passer de la guerre”, dit-il en substance, les hommes sont violents et nés que pour la guerre. Drieu réinterprète la philosophie de Nietzsche en stipulant qu’il y aura toujours de la guerre dans la nature, de l’amour…et toujours de la douleur. Drieu va même jusqu’à sacraliser la guerre en expliquant que ce ne sont pas les injures proférées pendant des siècles contre l’état actuel, contre ce qui est, mais que c’est la guerre, l’action physique qui change les choses. Elle serait donc “une prodigieuse récurrence de la nature et du passé. “ Ce qui mène Drieu plus loin dans sa pensée pour confesser: „J’aime la violence des hommes, je hais la violence des choses.” La guerre, c’est donc la violence des choses, et il faut donc lutter les uns contre les autres. Mais Drieu formule ici une prière de la guerre qui laisse apercevoir les contours d’une humanité entière: “Ne nous jetons pas à la tête la lave des volcans, la brutalité des minéraux, la perfidie des poisons!”

Ernst Jünger, lui, fut une sorte de héros dans la Première Guerre Mondiale, officier courageux blessé quatorze fois, et porteur de la Croix de fer de 1ère classe. Pour lui, les tirs d’obus se comparent, par leur puissance, aux orages de la nature et à la fureur des éléments. C’est donc par là qu’il faut comprendre le titre de son premier livre, roman de guerre par excellence “In Stahlgewittern.” Et l’auteur Hervier saisit bien la profondeur de la souffrance chez Jünger, qui croyait entendre, au passage des obus – qui sont pour lui une sorte d’insectes mécaniques - un frémissement d’oiseaux de fer, des cris de fauves affamés et un mugissement d’ouragans….Le combat constitue pour Jünger une véritable rage, sans égard ni limites, à comparer seulement aux forces de la nature…

Réflexions sur la technique, la guerre et l’individu

Après l’impressionnante description de la guerre, vue et vécue par ses deux protagonistes, Hervier compare, avec toute la distance requise, la guerre comme technique chez Jünger et Drieu, puis il étudie leurs conceptions respectives de l’individu en guerre et, enfin, le dépassement de l’univers rationaliste. Julien Hervier confronte ensuite les idées des deux écrivains sur l’histoire. Mais comment ne pas penser au suicide lorsqu’on lit les romans et faits de guerre de Drieu et Jünger ? En profond connaisseur, Hervier a donc entrepris de comparer également leurs idées respectives sur le suicide pour enchaîner ensuite sur la religion qui  a joué un rôle croissant chez Jünger. Celui-ci s’est converti au catholicisme sans le dire même à son épouse, à l’âge biblique de 100 ans. Jamais, expliqua l’auteur des “Orages d’acier”, il n’aurait cru, que face à cette guerre monstrueuse dans les tranchées en France, qui emportait tous les jours des hommes en surnombre, il irait au-delà de ses 30 ans. C’est parce que, peut-être, le sentiment individuel d’être porté et protégé par un Dieu, n’est aussi fort qu’après avoir passé des années en grand danger, le moment arrive où revient la paix. 

                                                                                                                                                                                  Richard E. Schneider

 

▪ Gillian Tett.  «L'or des fous». Ed. Le Jardin des Livres, Paris. 2011.

Au milieu des années 90, au bord d'une luxueuse plage de Floride, un petit groupe de jeunes banquiers diplômés en économie ou en mathématiques de la JP Morgan (parmi lesquels la jeune anglaise Blythe Masters) se réunit pour inventer de nouveaux produits financiers basés sur les crédits dérivés. Au cours de ce séminaire sera inventé le Credit Default Swap (permutation de l'impayé), aussi « révolutionnaire » que destructeur, et qui permettra aux banques de prêter de l'argent à l'infini pendant 15 ans sans se soucier du risque d'impayés.

Dans cet ouvrage incroyablement visionnaire, Gillian Tett, la journaliste vedette du Financial Times, raconte pas à pas l'enchaînement des événements tels qu'ils ont été vécus en interne au sein de la JP MORGAN depuis l'invention des Crédits Default Swaps en 1994 jusqu'à l'effondrement de Wall Street le 29 septembre 2008 qui se soldera par des faillites bancaires à la chaîne. Un livre littéralement proche d'un thriller, qui nous montre comment la cupidité des banquiers a scié la branche sur laquelle ils étaient tranquillement assis. Critiques :

« Un livre parfaitement lisible...très bien documenté sur la façon dont les banquiers d'investissement ont inventé, promu et profité des produits financiers qui ont été au coeur même de l'effondrement financier ». Vince Cable DAILY TELEGRAPH ; « Le fait que Gillian Tett soit capable de publier des conversations aussi privées est une preuve de ses formidables capacités de journaliste ».Dominic Lawson SUNDAY TIMES ; « Un vrai travail de détective..., Tett lève le voile sur le mode fermé de la finance qui n'a de comptes à rendre à personne ».Will Hutton, THE GUARDIAN ; « Gillian Tett est une visionnaire doublée d'un génie : de toute la presse économique, elle a été la seule, de part et d'autre de l'Atlantique à identifier le rôle joué par la JP MORGAN et Blythe Masters dans le déclenchement de la plus grande crise économique de l'histoire » Pierre Jovanovic, RADIO ICI ET MAINTENANT ; « Gillian Tett nous décrit un système bloqué par une grave erreur, émanant d'une élite de traders qui ont été capables de repousser toute forme de surveillance et de contrôle ».Stephen Foley, THE INDEPENDENT.

Contact Interviews : Mary Guillard, Attachée de presse, Editions Le Jardin des livres, tél. : 01 44 09 08 78, portable : 0682194259, mail : pressejdl@gmail.com; webpage : www.lejardindeslivres.com

 

▪ Pascal Boniface. « La géopolitique - Les relations internationales ». Collection « Eyrolles Pratique ». Editions Eyrolles. Paris. 2011. 200 pages – 10 € (Editions Eyrolles : Marie-Pierre Danset, Tél. : 01 44 41 46 05 – Fax : 01 44 41 41 98)

La géopolitique, en tant qu'étude des relations internationales, rend compte du phénomène de la mondialisation tout en analysant ses mécanismes. Dans ce guide pédagogique et pratique, Pascal BONIFACE, expert de renom, propose 40 fiches thématiques et documentées comme autant de repères et clés pour comprendre l'actualité.

Défis : terrorisme, prolifération nucléaire, réchauffement climatique, guerres de l’espace et cyberguerres, islamisme, choc des civilisations…
Principaux conflits et crises : Israël-Palestine, Iran, Afghanistan, Inde et Pakistan, Chine et Taïwan, Corée, RDC, Soudan, Tibet, ex-Sahara occidental…

Tendances structurelles : fin de l’hyperpuissance américaine et du monopole occidental de la puissance, basculement des États-Unis vers le Pacifique, prolifération étatique, Chine -prochaine première puissance mondiale-, montée en puissance de l’opinion publique, soft power, redéfinition de la puissance, justice internationale, progrès de la démocratie.

Questionnements : fin des frontières, mondialisation universelle, impuissance de la puissance militaire, NTIC, ingérence, obsolescence des États, privatisation de la guerre, matières premières, compétitions sportives mondialisées, défense anti-missile et sanctuarisation…

Ce livre est la plus complète synthèse d'introduction et de référence sur les conflits, problématiques et tendances du monde actuel, un livre pourtant succinct et lisible.

Pascal BONIFACE est directeur fondateur de l'IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques). Il est l’auteur de nombreux ouvrages de référence. L'IRIS est un centre indépendant d'études en relations internationales dont les activités comprennent la recherche et l'expertise, les publications, l'organisation de colloques et séminaires et l'enseignement relatif aux questions internationales.

 

 

▪ Jean-Claude Dana. L'éclate-vie. Editions Branche d’acacia.  2010. 21 € + 3 € de frais d’expédition : 24 €. Par Paypal/Contact : dana.jean-claude@bbox.fr

L'optimiste, dit-on, voit toujours poindre une lueur là où tout n'est que ténèbres, mais le pessimiste se précipite... pour l'éteindre. Tout au long de sa vie, Jean-Claude Dana a résolument choisi d'adopter le parti-pris de l'optimisme. Sa trop grande curiosité associée à une bonne dose d'inconscience l'a parfois égaré sur de périlleux chemins de traverse et seule la bienveillance de sa bonne étoile l'a aidé à se sortir indemne des tribulations qu'il a vécues. Dans ce récit picaresque et coloré, l'auteur nous fait parcourir un périple qui s'étend sur une vingtaine d'années, de l'adolescence à l'âge adulte, des années cinquante aux années soixante-dix. Vous y côtoierez avec plaisir la bande de joyeux drilles de ses amis tunes, juifs tunisiens comme lui, ainsi que d'autres, à l'aube de l'indépendance de l'Algérie. Les pérégrinations du narrateur vous feront voyager de Tunis à Montpellier, en passant par Grenoble, Besançon et Paris, sans compter quelques escapades lointaines au bout du monde. Esprit d'ouverture, amour des jolies femmes et des belles voitures, goût du jeu, des armes et de l'aventure sont intimement mêlés dans ce kaléidoscope dans lequel l'humour, sans lequel les choses ne seraient jamais ce qu'elles sont, ne perd jamais ses droits. Le fil conducteur et la trame de toutes les histoires narrées sont tissés par les rencontres, provoquées ou inopinées, souvent charmantes, parfois dangereuses, voire insolites avec des personnages célèbres. Vous traverserez les années soixante désormais rendues plus mythiques par la musique et la joie de vivre que par un mai 68 que l'auteur survole avec nonchalance. Vous croiserez les initiatrices, Marlène la putain et Térésa la Sicilienne pucelle, Marie-Claude et Christiane, les belles instigatrices, Helga, la jolie teutonne, Laura, la fausse timide, Chris, la call-girl, Max, le séducteur mythomane, Elie, l'impavide joueur de poker, Roger, le vieux pied-noir tricheur, Fanfan, le tueur corse gaffeur, Hedi, l'officier de gendarmerie au double visage et bien d'autres...

 

▪ Hélène Kohl. Une vie de Pintade à Berlin. Ed. Calmann-Lévy. Paris. 380 pages. 19 €.

Berlin, capitale de l’Allemagne et de l’Europe, capitale de la fête, capitale de la liberté… Berlin où l’on vient tout à tour s’encanailler et s’inspirer, une ville qui n’en finit pas de connaître des transitions. En huit chapitres décoiffants, « Une vie de Pintade à Berlin » vous guidera dans ses coulisses féminines, avec carnet d’adresses pointu et radioscopie en profondeur des habitants.

Féministes et indépendantes, rebelles et libertaires, les Berlinoises portent leur ville chevillée au corps. Elles sont DJ-ettes, designers, actrices porno-lesbiennes, éternelles adolescentes ou mères de famille. Elles sont naturelles, sans fards, sans artifices. La mode est d’abord pratique pour elles, qui filent sur leurs vélos le long de la Spree. Leurs cafés sont légendaires, leurs brunchs dominicaux, incontournables, leurs saucisses, mythiques, et leurs saunas, indispensables.

Qu’on ne vienne pas leur dire qu’à Berlin l’hiver est trop long : les salles de vapeur sont là pour réchauffer les corps, les marchés de Noël pour réchauffer les cœurs et, pour se réchauffer les sangs, les Pintades berlinoises savant faire la fête jusqu’au bout de la nuit.

Que vous soyez Berlinoise pour un week-end, une année ou une vie, « Une vie de Pintade à Berlin » vous montrera le chemin des plaisirs teutons. Afin que vous aussi puissiez dire : « Ich bin eine Berlinerin ».

Hélène Kohl, 31 ans, vit et travaille à Berlin depuis 2003. Des crues du Rhin aux variations du Dax, en passant par les exploits de la Mannschaft et la cote de popularité de la chancelière, elle couvre l’actualité allemande pour Europe 1, LCI, Le Journal du Dimanche et Les Dernières Nouvelles d’Alsace. Elle a obtenu le Prix franco-allemand du journalisme en 2007.

 

Jean-Louis de la Vaissière. Qui sont les Allemands ?  Ed. Max Milo. Paris. 380 pages. 24,90 €.

Préface de Volker Schlöndorff.

Voici le portrait actuel, captivant et sans complaisance d’un grand pays et de sa population. Première de la classe européenne, policée, travailleuse et rarement prise en faute, l’Allemagne, 20 ans après la Réunification, a goûté à loisir sa croissance jusque-là bien maîtrisée : culture, abondance, système social perfectionné. Reste qu'on sent que ce journaliste qui décrit l'Allemagne en visiteur tantôt sévère, souvent attendri et toujours observateur, s'est pris de sympathie sinon d'amour pour l'objet de son observation. Qui connaît Jean-Louis de la Vaissière ne s'en étonnera pas.

Mais quelque chose dans l’identité allemande s’est récemment tendu. La crise, ses positions géopolitiques, les défaillances européennes l’ont bousculée. Bien que quatrième puissance mondiale, le pays vit parfois mal les échecs de sa cohésion sociale, les difficultés à intégrer les nouveaux flux d’immigration, son rôle de docile géant européen. Pour la population, qui n’entend plus se flageller à cause d’un passé trop lourd, c’est l’heure des ruptures et de l’affirmation de soi. Mais qui sont, au juste, ces Allemands ?

Jean-Louis de la Vaissière est journaliste à l’AFP depuis 1976. Correspondant permanent en Allemagne de 1985 à 1990, il est devenu plus tard chef de la rédaction du bureau de l’AFP à Berlin pendant cinq ans. Il a été le témoin privilégié des évolutions de l’Allemagne, dans les années 80 à Bonn, sous l’ère Kohl, après la chute du Mur en 1989/90, puis dans la capitale réunifiée entre 2003 et 2008.

Volker Schlöndorff, cinéaste, a notamment réalisé L’Honneur perdu de Katharina Blum et a obtenu la Palme d’or à Cannes pour son adaptation du roman de Günter Grass, Le Tambour.

 

▪ Claire Demesmay et Daniéla Heimerl. Allemagne, une mystérieuse voisine, portrait en vingt tableaux. Ed. Lignes de Repères. Paris. 225 pages. 19 €.

Les Allemands ont beau faire : aux yeux des Français, ils passent toujours pour des gens sérieux mais ennuyeux. Résultat, l’Allemagne, partenaire essentiel pour la France dans l’Europe moderne, pays érigé en modèle pour ses performances économiques, demeure pour beaucoup d’entre nous à la fois mystérieuse et sans saveur.

En fait les Français, le plus souvent, méconnaissent leur voisine d’outre Rhin : or, en Allemagne, la face radieuse est la face cachée !

Tournant délibérément le dos aux clichés, faisant l’impasse sur les visions traditionnelles de l’Allemagne, l’ouvrage dresse de ce pays en plein renouveau un portrait en vingt tableaux, vingt « lieux de mémoire », emblématiques d’une nouvelle réalité allemande : l’Allemagne qui se souvient, s’affirme, provoque, innove et s’amuse.

Un ouvrage illustré par une série de dessins originaux, pour regarder autrement notre voisin allemand ;

Claire Demesmay est chercheur au Centre d’études des relations franco-allemandes (CERFA) de l’IFRI. Elle est entre-temps au service de la Société allemande de politique étrangère, la DGAP, pendant allemand du CERFA.

Danièla Heimerl, journaliste, est analyste à la Documentation française.

 

▪ Rapport Schuman sur l'Europe 2011 - L'état de l'Union. Ouvrage réalisé sous la direction de T. Chopin et M. Foucher. Ed. Lignes de Repères. Paris. 220 pages. 19,50 €.

Le rapport Schumann 2011 sur l’état de l’Union est, à la fois, une référence et un outil :

Une référence : réunissant les contributions des meilleurs spécialistes, dont un entretien avec Herman Van Rompuy, Président du Conseil européen, il propose une grille d’analyse inédite, pour que chacun se fasse son opinion sur une série de questions-clés :

-       L’Union européenne dans la crise, entre impératifs nationaux et intérêt européen

-       Les voies de rebond face à la crise financière

-       L’Union européenne, acteur d’un monde en pleine mutation.

Un outil : riche d’une trentaine de cartes couleur inédites, il rassemble des informations essentielles :

-     La synthèse de l’Europe politique : analyse des scrutins européens 2010, calendrier des élections 2011, représentation politique et économique des femmes en Europe, production normative de l’Union en 2010, protection des droits de l’homme en 2010.

-     L’Europe vue par les statistiques : un ensemble inédit de statistiques commentées et de cartes, couvrant tous les grands thèmes d’actualité : croissance, pouvoir d’achat, politique économique, démographie, immigration, énergie, environnement, mondialisation, politiques européennes…

L’essentiel pour comprendre l’Europe en mouvement.

 

▪ Nicolas Ducret. Cavalier des steppes, A travers les montagnes d'Asie centrale, 3000 km à cheval du Kazakhstan à l’Afghanistan. Editions Transboreal. Paris. 2010, 380 pages, 24 pages de photos, 19.90 euros, disponible dans toutes les librairies de France, Suisse et Belgique.

(Lire dans notre rubrique « Récits »)

 

Henri Conze. Des Tranchées à la Chute du Mur. Editions DiversGens. 2010.

Trois Lozériens, le grand-père, le fils et le petit-fils, ont participé aux quatre grands conflits qui ont marqué la France du XXème siècle en tant qu’acteurs capables de comprendre, juger et décrire. Hippolyte, capitaine, rejoignit le Front en août 1914 et ne le quitta qu’en décembre 1917. Pierre fut membre de l’Etat-major national de la Résistance et Chef d’Etat-major de l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA) ; il commanda la 13ème Division à Sidi Bel Abbès au moment des évènements d’Algérie du 13 mai 1958. Henri, enfin, connut l’Algérie comme sous-lieutenant et la Guerre Froide comme responsable d’aspects très sensibles de notre politique internationale et stratégique d’alors, notamment au travers des programmes nucléaires.

Dans ce livre, l’auteur, Henri Conze, ancien Délégué Général pour l’Armement,  rassemble et analyse des écrits laissés par son père et son grand-père. Certains ont été utilisés par des historiens, mais la plupart sont inédits. Il aborde aussi des aspects encore très méconnus de la Guerre Froide tels que les relations au sein de l’Alliance et celles, confidentielles, qu’eurent les Etats-Unis et la France et qui ne furent vraiment dévoilées qu’en 2009. 

Ce livre n’est pas seulement l’histoire d’une famille. Il n’est pas non plus toute l’histoire du XXème siècle. C’est, avant tout, un témoignage sur les actes et interrogations de trois êtres plongés dans des situations hors du commun.

 

▪ Ralph Keysers. "L’intoxication nazie de la jeunesse allemande". Editions L’Harmattan. Paris. 2010.

Hitler a déclaré : « La jeunesse m’appartient » ! Ses séides ont mis en œuvre tout un arsenal pour s’approprier les jeunes générations. Les éditions « Der Stürmer » dirigées par Julius Streicher, un fidèle d’Hitler, compagnon de la tentative du putsch de 1923, ont mis en musique cette volonté. Quatre livres à cet effet ont été rédigés, chacun pour une tranche d’âge spécifique. L’ensemble illustre une intoxication basée sur les techniques psychologiques les plus perfectionnées.

Ralph Keysers, ancien diplomate et docteur en études germaniques, est maître de conférences à l’université de Pau et des Pays de l’Adour. Il enseigne la civilisation des pays germanophones et y est chargé d’un cours sur le nazisme dans le cadre de la formation du certificat international d’écologie humaine.

À partir du constat que l'influence des livres de propagande conçus sous le troisième Reich pour conditionner la jeunesse n'a pour ainsi dire jamais été analysée en France, Ralph KEYSERS montre dans cette étude comment le « message raciste » a été pour une large part médiatisé par quatre publications s'adressant aux enfants en fonction des étapes successives de leur évolution : de 3 à 5 ans, de 6 à 7 ans, de 8 à 9 ans, et enfin de 10 à 12 ans. La chronologie éditoriale des parutions (1934, 1936, 1938, 1940) illustre la stratégie énoncée par Hitler lors de son discours de Reichenberg, le 2 décembre 1938 : embrigader les jeunes pratiquement dès le berceau afin qu'ils ne soient « plus jamais libres leur vie durant » et deviennent des rouages fanatiques de l'État nazi. La révélation de ces quatre publications, dont R. KEYSERS nous livre la traduction et la reproduction commentée des illustrations, est un voyage au coeur de l'horreur. On y voit naître pas à pas ce qui deviendra la Shoah : « Aucun peuple n'a réussi à ce jour à éliminer totalement le juif», explique le médecin au petit Hans (chap. 5, texte 11); et de poursuivre : «Le bacille juif se promène encore dans beaucoup de pays de la terre ! [...] Tant que les juifs vivront sur terre, il existera un danger juif. » Lire le travail de R. KEYSERS, ex-diplomate, maître de conférences à l'université de Pau et déjà auteur de Cinq mots forts de la propagande nazie (Klincksieck, 2008), c'est se persuader qu'une nation prépare son avenir sur le socle de programmation de sa jeunesse. Oui, il faut en passer par la nausée sciemment provoquée par R. KEYSERS dans cette minutieuse recherche car nous nous trouvons là en présence d'un terrifiant marqueur historique et sociologique de ce que peut représenter une intoxication de masse en vue d'une métamorphose radicale des consciences vers la barbarie.

                                                                                                                              Thierry Feral

 

 


Les armes chimiques et biologiques de Daniel Riche Patrice Binder▪ Daniel Riche et Patrice Binder. "Les armes chimiques et biologiques". Ed. de l'Archipel. 488 pages. 24 €

Comprendre les enjeux des nouvelles armes chimiques. Publié pour la première fois en 1983, La Guerre chimique et biologique, entièrement revu et mis à jour pour la présente édition, fit sensation : c’était l’un des  premiers livres en Français à évoquer très précisément la menace d’attentats terroristes à l’arme biologique ou bactériologique. Plus de dix ans après sa publication, en 1995, la dispersion de gaz sarin dans le métro de Tokyo, par la secte Aum démontrait que les craintes alors exprimées étaient fondées. 

Depuis les attentats du 11 septembre 2001 et la psychose de l’anthrax qui a suivie, cette menace a pris une nouvelle dimension. Il faut sans doute d’abord craindre des attentats à la bombe ou des assassinats de leaders politiques, mais des actions d’éclat faisant des milliers de victimes ne sont jamais à exclure.

Les armes chimiques et biologiques, officiellement bannies des champs de bataille par deux conventions internationales, sont des armes de terreur car elles sont sournoises, invisibles. Quelle est leur histoire ? De quoi sont elles faites ? Qui les a fabriquées ou perfectionnées ? Y a-t-il un marché ? Comment se prémunir contre elles et comment estimer leur puissance ? La science et les scientifiques doivent-il jouer un rôle dans leur limitation et leur contrôle ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles ce livre tente de répondre de façon précise et documentée.

Daniel Riche (1949-2005), diplômé en philosophie, journaliste, fut en 1983 le premier auteur français à évoquer la menace terroriste à l’arme biologique. Rédacteur en chef de la revue Fiction, scénariste pour le cinéma et la télévision, ce spécialiste de la littérature d’anticipation dirigea au Fleuve noir plusieurs collections.

Auteur, avec Olivier Lepick, de Les Armes biologiques (Que Sais-je ?, PUF, 2001), Patrice Binder, docteur en médecine, médecin en chef militaire au Service de santé des armées, est l'un des meilleurs experts français en la matière.

 

▪ François-Jacques Giraud. « Lucie à la recherche du temps perdu ». Tomes I, II et III en deux volumes. Janvier et mai 2010. Editions PIT ( Pax In Terris) 35 € la trilogie.

Ce roman est aussi un étonnant chemin de paix au Proche Orient. Avant l'heure des grands bouleversements du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord, François-Jacques Giraud, ancien radiologue et écrivain intuitif, qui demandait qu'on s'y prépare, publie aux éditions pit, une leçon de conciliation vécue. 

Ce Roman a été conçu avant les contestations des doubles autorités politiques et religieuses durables et féroces qui asservissent les peuples musulmans au point qu'ils résument la situation en quelques mots : L'amour dure 7 secondes, la fantasia dure 7 minutes et la misère toute la vie.

Ce dernier livre de FJ Giraud est peut-être une nouvelle et surprenante intuition. Lucie, à la recherche des temps heureux est un surprenant projet de paix sous une forme romanesque tout à fait plausible au regard des révoltes actuelles. Cette oeuvre en trois volumes, passionne les lecteurs ou du moins ne les laissent pas indifférents. Elle ravit les Chrétiens martyrisés et contraints à émigrer, intéresse les modérés avides de calme et de paix construite, irrite les extrémistes mus par une haine immense qui ne veulent qu'une chose : en découdre, malgré les risques encourus.

Lucie, ancienne élève de Sciences-po de Bordeaux, de culture chrétienne, choisit d'épouser son collègue juif David qui l'aime sincèrement et qui admire son charme, son idéal et son intelligence. Ils s'installent à Tel Aviv et entreprennent une action douce dans les profondeurs des peuples opposés. Les autorités s'en rendent compte, mais laissent faire tant l'action qui se développe sous leurs yeux, finit par les rendre tolérantes et finalement par les séduire. Lucie aidée par ses amis restés à Paris et par des journalistes devient un personnage qui passionne le monde entier, ce qui va faciliter de nouvelles et extraordinaires décisions antérieurement impensables.

Le docteur Giraud pour ses actions et ses écrits a reçus les plus grandes distinctions internationales, nationales et locales. ( Prix Mondial de l'éducation à la paix de l'UNESCO , Rotary services above self award. Membre de l'académie nationale des arts sciences et lettres, Médaille de vermeil Officier dans l'ordre des palmes académiques, Chevalier de la légion d'honneur etc... )

Commandes directement à l'édition PIT: 8 chemin du Moulin, 16400 France. Port gratuit ) tel 05 45 67 96 51 - www.editions-pit.com

 

▪ Egor Gaïdar. La chute de l’Empire Soviétique. Leçons pour la Russie d’aujourd’hui. Editions d’Organisation EYROLLES . 2010. Ce livre est le testament politique et économique d’un homme qui a connu la Russie soviétique et la Russie nouvelle et qui est prématurément décédé. Il est mort à 52 ans le 16 décembre 2009 Odinzowo non loin de Moscou d’une hémorragie. Premier ministre libéral, souvent qualifié d’ultralibéral, de la Russie sous la présidence de Boris Eltsine, Egor Gaïdar, avait mené au pas de charge la privatisation des biens de l’Etat soviétique dès 1992. Sa popularité en Russie avait souffert de cette action controversée aux multiples effets collatéraux. Il a subi en quelque sorte le sort de Gorbatchev, détesté pour avoir libéré les Russes du carcan dans lequel ils étaient enserrés depuis soixante ans. Les peuples sont bien ingrats, mais il est vrai que le changement de système a jeté à la rue des milliers de gens qui avaient un petit boulot tranquille à condition de rester politiquement plus tranquilles encore.

Mais quelle est la place de la Russie dans la mondialisation ? Comment expliquer la chute de l’Empire et la montée en puissance d’une oligarchie aujourd’hui si décriée à l’étranger et plus ou moins combattue par le Kremlin ? Gaïdar était l’un des principaux promoteurs de la perestroïka. Il dresse un bilan sévère de la situation économique réelle de l’URSS à la veille de l’éclatement du Bloc soviétique. Pour cet auteur, le déclin de l’Empire était imparable. Et Gaïdar le démontre à l’aide de données chiffrées extrêmement précises et précieuses. On ne les trouve nulle part ailleurs et elles auraient été déclarées en d’autres temps secret d’Etat. D’autant que les pays de l’Empire soviétique avaient pour habitude de falsifier leurs données afin de camoufler la réalité. C’était en général l’œuvre non pas d’économistes, mais des sections de désinformation des services de renseignement, KGB, Stasi et autres.

Au moment de l’implosion du système les statistiques officielles de l’URSS étaient  d’une opacité confondante. Gaïdar met en garde la Russie d’aujourd’hui contre le retour des démons d’autrefois à l’heure où « la nostalgie de l’Empire » revient dans les milieux dirigeants comme dans la population. On le voit à des velléités de réhabilitation de Staline. Dr. en droit e 1980 de l’université Lomonossov de Moscou, Gaïdar avait été jusqu’en 1990 journaliste économique, notamment à la « Pravda ». En 1994 il avait quitté le gouvernement Eltsine pour devenir leader de l’opposition libérale démocrate. Depuis 200/2001 il était l’un des principaux dirigeants du parti « Union der forces de droite » favorable à l’économie de marché.

 

● Alain Vincenot. Les larmes de la rue des Rosiers. Préface d’Elie Wiesel. Editions des Syrtes, Paris, 300 pages, 20 euros.

Il y a soixante-dix ans, dès l’été 1940, le gouvernement de Vichy prenait ses premières mesures anti-juives. D’autres allaient suivre, recouvrant d’une chape de peur la rue des Rosiers et son vieux quartier parisien, dont l’histoire remonte au Moyen Âge. Au XIXe siècle, beaucoup de Juifs d’Europe de l’Est fuyant les pogroms s’y installèrent. Ils appelaient le quartier le Pletzl, mot qui signifie « la petite place » en yiddish.

Entre 1940 et 1944, la « petite place » s’est arrêtée de respirer. Jadis animées, les ruelles se sont figées. Puis la vie est revenue rue des Rosiers. Les façades des immeubles ont été ravalées. Des boutiques jeunes ont succédé aux vieux commerces. Les logements exigus et insalubres ont été remodelés en appartements confortables. Quant aux locataires, les cadres ont remplacé les ouvriers. Toutefois, les murs du Pletzl n’ont pas oublié les joies du passé ni les malheurs endurés. Ils parlent pour peu qu’on sache les écouter. Comme parlent les anciens, dont les parents s’étaient enracinés sur ces quelques hectares parisiens. Avant guerre ils avaient connu un village enveloppant, familier, avec ses odeurs de charcuterie, de fromage fermenté et de hareng mariné, ses paliers bruyants, vétustes et surpeuplés, l’espoir en un avenir meilleur qui se dégageait des ateliers… L’Occupation leur a volé leur enfance, leur adolescence.

Les souvenirs qu’ils ont confiés à ce livre, cimentent un chapitre de l’Histoire de France.

Au 36, rue des Rosiers, le père de Suzanne Malamout, d’origine russe, était ouvrier boulanger. Sa mère venait de Roumanie. A la Libération, Suzanne n’a retrouvé que deux frères. Son père, sa mère, ses trois autres frères et ses deux sœurs avaient été déportés à Auschwitz.

Les parents de Victor, Maurice et Régine Zynszajn tenaient une épicerie, 54, rue des Rosiers. Il ne reste d’eux que quelques lettres écrites à Drancy, avant leur départ pour « une destination inconnue ». Ceux de Léa Stryk-Ziegelman, étaient artisans maroquiniers à domicile, 8 rue des Guillemites. Pris dans la rafle du XIème arrondissement, du 21 août 1941, son père a été assassiné à Auschwitz. Egalement déportés, le père de Sarah Romen-Traube, qui vendait du poisson sous le porche du 27, rue des Rosiers, celui de Lucien Finkielsztejn, 74, rue Saint-Antoine, celui de Clément Lewkowicz, boucher 12, rue des Rosiers, arrêté avec sa fille Rosette, 12 ans.

Claude Hampel, lui, entama, au début des années soixante, un apprentissage de compositeur-typographe chez Gelbard, une imprimerie du 20 rue Ferdinand Duval. Il était né en octobre 1943, dans une cave, près de Varsovie. Un polonais avait sauvé sa mère, enceinte, alors qu’arrêtée dans le ghetto, elle était poussée dans un wagon pour Treblinka.

Parmi les autres témoins figurant dans le livre : Frida Wattenberg, du 13, rue des Ecouffes. Son père et quinze membres de sa famille ont été déportés. Adolphe Korman, du 26 rue de Rivoli. Il conserve la plaque en cuivre de brocanteur que la préfecture de police avait  délivrée à son père. Le 16 juillet 1942, il a assisté à l’arrestation de son copain Félix et de toute sa famille. Milo Adoner, dont le père disait à ses six enfants : « Toute la famille ensemble, il faut rester ensemble. » Milo est le seul survivant la rafle du 28 septembre 1942 qui vida le 10-12 rue des Deux-Ponts de sa cinquantaine de familles. Au 25, rue des Rosiers, Alexandre Halaunbrenner a perdu son père, fusillé pour acte de résistance, son frère, Léon, 14 ans, mort d’épuisement en Haute-Silésie, et ses deux petites sœurs, Mina, 9 ans, et Claudine, 5 ans, raflées à Izieu…

Dans la préface, Elie Wiesel écrit : « Sionistes, socialistes, communistes, riches et pauvres, érudits et moins instruits, à travers chaque Juif que le tueur tuait, c’est la mémoire ainsi que l’avenir du peuple juif tout entier qu’il visait. Et l’ouvrage remarquable d’Alain Vincenot le confirme. Sa description de la rue des Rosiers et des rues avoisinantes est bouleversante de vérité vécue et partagée ».

 

 

jacket image for Reflections on the Revolution in Europe by Christopher Caldwell● Christopher Caldwell. "Reflections on the Revolution in Europe", Penguin. 2009.

   Christopher Caldwell, un journaliste américain de renom, grand reporter au Weekly Standard, mais aussi éditorialiste au New York Times et au Financial Times, est peut-être le Burke de ce XXIe siècle qui commence. Son enquête sur l’immigration islamique en Europe et un chef d’œuvre. Et un signal d’alerte. Un livre qui fera date. Mais à lire de suite. Mais qui était Edmund Burke ?

     Burke avait été, à la fin du XVIIIe siècle, l’un des chefs du parti libéral anglais, les whigs. A ce titre, il avait pris le parti des catholiques irlandais contre leurs maîtres protestants, celui des Insurgents, les rebelles américains, contre la Couronne, et enfin celui de l’Inde contre la colonisation. Mais le même Burke devint, après 1789, l’un des adversaires les plus résolus de la Révolution française, et surtout son premier adversaire intellectuel d’envergure, alors que les autres libéraux avaient tendance à l’approuver et à la soutenir. Dans une série d’essais publiés entre 1790 et 1792,  sous le titre général de Réflexions sur la Révolution en France, il devait s’en expliquer. Le nouveau régime continental, notait-il, était libéral et démocratique en théorie, mais despotique en pratique ; tout en invoquant la liberté, il la supprimait ; sous couvert de philosophie et de raison, il donnait libre cours à des pulsions destructrices. Il constituait donc une fraude – ou une perversion. Si bien qu’en le combattant, les vrais libéraux ne trahissaient pas leurs convictions, mais au contraire les défendaient.
   Caldwell s’est mis de lui-même dans la filiation du grand whig  en intitulant Réflexions sur la Révolution en Europe un livre récemment publié chez Penguin. Mais c’est surtout par le fonds qu’il soutient la comparaison. Comme Burke, Caldwell décrit une Révolution que les libéraux et autres esprits généreux – la gauche, en termes d’aujourd’hui - se croient forcés de soutenir. Comme lui, il conclut à un piège dangereux. La principale différence, c’est que la crise française des années 1790 était de nature politique et sociale ; tandis que la crise européenne actuelle se situe dans les domaines démographique, culturel et religieux. Il ne s’agit plus, comme voici deux cents dix ans, d’abolir les ordres privilégiés ou la monarchie, mais d’accélérer la substitution d’une population à une autre dans toute l’Europe, et donc d’une civilisation par une autre. 
    On l’aura compris, Caldwell parle de l’immigration et de ses conséquences. D’autres auteurs s’y sont essayés depuis une trentaine d’années. Rares sont ceux qui ont pu se faire entendre. La force de Caldwell, c’est d’avoir mené une enquête particulièrement complète, dans tous les pays européens. Et d’avoir évité tout ce qui pourrait, de près ou de loin, s’apparenter au racisme. Il ne dénonce pas, mais observe, avec minutie. Ses conclusions ont d’autant plus de poids.

   Selon lui, les immigrants ont été plutôt bien traités depuis les années 1950, et leur condition n’a cessé de s’améliorer. Partout où ils ont souhaité s’intégrer au pays d’accueil, ils ont pu le faire. Et enfin, là où ils ne l’ont pas souhaité, l’Europe n’a pris aucune mesure de rétorsion, mais au contraire cherché à s’adapter elle-même à cette nouvelle présence. Une telle capitulation constitue, a priori, un « mystère ». En fait, elle ne fait que refléter le collapsus démographique du continent (« un quart de la population a plus de 60 ans ») et les valeurs pacifistes et ultra-démocratiques qui ont prévalu après la Seconde Guerre mondiale.
   Ce qui donne à cette évolution un tour alarmant, c’est que la plupart des immigrants, aujourd’hui, sont originaires de pays musulmans, et que l’islam se pense et se conduit en civilisation universelle et conquérante. Le refus d’intégration n’est donc plus une exception, mais la règle. Et la tolérance européenne facilite l’entrée massive de populations décidées à remodeler l’Europe à leur image. « On peut affirmer avec certitude que l’Europe ne sortira pas indemne de sa confrontation avec l’islam », note Caldwell.
« A l’heure actuelle, c’est à l’islam et non à la civilisation européenne ou ses valeurs démocratiques que les immigrants accordent une légitimité politique… Ils acceptent les institutions européennes dans la mesure où celles-ci ne freinent pas l’expansion de l’islam. Ils les rejettent quand elles deviennent un obstacle. »

    Caldwell consacre plusieurs pages de son livre à l’avenir des Juifs européens. Sur ce sujet comme sur les autres, on ne peut qu’admirer sa lucidité. Il observe que pour beaucoup de musulmans, l’antisémitisme, y compris sous ses formes négationniste et néo-nazie,  est « un moyen commode de participer à la culture européenne sans s’intégrer ». Il redoute aussi ce qu’il appelle « la tentation du bouc émissaire » : plutôt que de se mesurer à telle ou telle forme de violence islamique, de nombreux responsables européens affirment que celle-ci cessera, ou baissera en intensité, « quand le conflit israélo-palestinien sera résolu ». Ce qui revient à offrir aux Juifs un choix « horrible » : abandonner leurs frères israéliens ou être considérés comme les vrais responsables d’atrocités éventuelles commises sur le sol européen.

                                                                                                                                                                Michel Gurfinkiel

 

● Nicolas-Philippe PIOT. "Noms dits et autres friandises". Patrice du Puy Editeur - 2009 - 432 pages, 29€.

Nicolas Sarkozy est un noble authentique qui ne porte pas son titre, Dominique de Villepin est un roturier qui porte un titre de noblesse.

Nicolas-Philippe Piot, spécialiste des titres nobiliaires, a intitulé avec malice un nouveau guide qui se charge de faire le tri entre les vrais et les faux nobles «Noms dits et autres friandises». Ce ouvrage sous forme d’annuaire examine 10 000 patronymes français d’apparence noble. Le titre du livre fait allusion à un bon mot du (vrai) duc de Saint-Simon qui désignait ainsi les usurpations de noblesse. L’ouvrage comporte trois fois plus de noms que le recensement du ministère de la Justice, gardien du Grand livre du Sceau, qui répertorie les actes de noblesse et estime en effet les familles subsistantes dont les ancêtres ont réellement bénéficié de titres à 3.200 seulement, hormis la noblesse étrangère. Pour certains, la descendance est authentique. Pour d'autres, les particules ont été gagnées en relevant des noms de terre ou à la grâce d'une opportune erreur d'un officier d'état civil. Il en ressort notamment que les ancêtres hongrois de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bosca ont bénéficié de lettres de noblesse attribuées par le roi Ferdinand II en septembre 1628, à Vienne. Ancien président du CNPF, le patronat français, Ernest-Antoine Seillière ne doit lui son titre de baron qu'à la relève arbitraire par ses ancêtres d'une branche cadette éteinte, renforcée en 1886 par des quartiers de noblesse papale sans aucune valeur en France. Parmi les roturiers les plus célèbres, on relève le journaliste Patrick Poivre d'Arvor, la styliste Inès de la Fressange, l’ancien président de la Répubilque Valéry Giscard d'Estaing, l'ancien Premier ministre Dominique Galouzeau de Villepin, l'académicienne Hélène Carrère d'Encausse et Geneviève de Fontenay. Cette dame qui chaperonne les Miss France, a été la compagne de Louis Poirot, dit «de Fontenay» dans la Résistance. Geneviève de Fontenay a bénéficié d'un changement de nom paru au Journal officiel en 2007.
«Je révèle l'histoire vraie de ces noms d'honnête bourgeoisie ou d'authentique roture fabriqué à coups d'ordonnances et décrets, voire après adoption, au point d'avoir aujourd'hui toutes les apparences de la noblesse», souligne l'auteur. «Le plus étonnant est que des patronymes apparemment communs comme Pichon sont d'authentique noblesse française, malgré l'absence de particule», ajoute-t-il. La République française accorde aux descendants de la vraie noblesse l'ajout du titre (prince, duc, baron, comte, marquis, vicomte...) sur les pièces d'état-civil, mais son usage a été supprimé en 1975 lors des réceptions officielles sur décision de VGE.

 

 

Patrick Buisson : „1940-1945 Années érotiques“ Ed. Albin Michel, Paris 2009 - ISBN 978-2-226-18688 1

Patrick Buisson, directeur de la chaîne Histoire, a réalisé un gigantesque travail de recherche pour cette „encylopédie“ de la sexualité à l´heure de l´Occupation. Des zazous aux faiseuses d´anges, des „pantalonnées“ à la prostitution des femmes de prisonniers, le premier tome „Vichy ou les infortunes de la vertu“ nous plonge dans une France abattue par la défaite, subjuguée par l´“homme nouveau“ incarné par les forces d´occupation, et tout simplement… en mal d´homme : “Un homme vaincu est-il encore un homme?“.

Plus d´un million de Français sont prisonniers ou plus tard enrôlés dans le STO, laissant les femmes seules, tentées par ces occupants si virils, ou tout simplement contraintes, pour nourrir leur famille, de se prostituer (60% des prostituées à Paris sont des femmes de prisonniers). La „danse sur le volcan“, la rage de vivre ouvre les portes à une sexualité débridée, qui s´affiche aussi bien en pleine rue que dans les salles obscures ou bien dans le métro, à la faveur d´une alerte à la bombe.

Le gouvernement de Vichy, avec à sa tête le fringand Pétain, peine à instaurer une nouvelle politique moraliste tout en fermant les yeux sur l´homosexualité (surtout lorsque des soldats allemands sont impliqués) et les enfants illégitimes (natalité oblige). Paradoxalement, c´est sous Vichy que les moeurs auront été les plus relâchées - comme le dit Sartre, „jamais nous n´avons été plus libres que sous l´occupation allemande“. Pour contrer la vague d’avortements qui s’abat sur la France, c’est à ce moment que le législateur légalise les naissances sous x, appelées à l’époque, né de père inconnu.

Les défaites allemandes à partir de 1942 et l´influence croissante des Résistants vont mettre un terme au „plus grand lupanar de l´Europe“ qu´est devenue la France. Dans le second tome, „De la Grande Prostituée à la revanche des mâles“, l’auteur se penche particulièrement sur la „collaboration horizontale“, qui concerne aussi bien Arletty, Coco Chanel que de modestes femmes de prisonniers, et qui va se terminer en grand règlement de compte national : jalousies, rancoeurs et machisme accompagnent la tonte systématique des „embochies“. „Les tontes de l´été 44 constituent une revanche à la fois collective et individuelle sur la défaillance masculine au printemps 40“. Mais en 44, ce sont les vainqueurs, après les Allemands, qui vont une nouvelle fois humilier la fierté masculine française en flirtant (ou violant) les Françaises libérées.

Là où Vichy a échoué, le gouvernement unissant gaullistes, communistes et démocrates-chrétiens triomphe : les valeurs morales et familiales sont rétablies, la fermeture officielle des maisons-closes est décrétée en 1946, la politique nataliste devient priorité nationale et renvoie les femmes à leurs cuisines. Il faudra attendre encore 20 ans pour accéder à la véritable libération (de la sexualité) des femmes. (AB)

                                                                                                                                                                

 

"Frau, komm!" - Münch, Ingo von Ingo von Münch.„Frau, komm!“ – Die Massenvergewaltigungen deutscher Frauen und Mädchen 1944/45 ("Femme, viens !" – Les viols de masse de femmes et de jeunes filles allemandes en 1944/45). Ares Verlag, Graz (Autriche). 2009. ISBN 978-3-902475-78-7

Les viols à titre de représailles ont toujours été un des effets collatéraux des guerres. Mais ce qui s’est passé lors de l’entrée en Allemagne de l’Armée rouge entre la fin de 1944 et mai 1945 (et plus tard aussi) dépasse tout ce qu’on a connu. Pour des millions de jeunes filles et de femmes cet appel des Russes « Femme, viens » (« Frau, komm ») est devenu un cauchemar.

 Ingo von Münch, professeur de Droit et ancien sénateur de Hambourg à la Justice, s’est penché sur ce thème très douloureux  et très difficile  qui n’est jamais évoqué aujourd’hui encore que dans le contexte des autres drames de la fin de la guerre. A Berlin-Treptow se dresse encore le monument à la gloire du soldat soviétique, protecteur des enfants, vainqueur du fascisme et libérateur de l’Allemagne en 1945. Or la réalité fut tout autre.

Dans le flot de publications sur la Deuxième Guerre mondiale, le livre « Anonyma » – « Une femme à Berlin » (en France aux Editions Gallimard/folio) et sa version filmée a été le seul ouvrage à aborder ce thème. Alexandre Soljenitsyne et Lev Kopelev qui étaient membres de l’Armée rouge en Prusse orientale ont bien été les seuls parmi les russes à parler de ce problème. Kopelev fut enfermé d’ailleurs dix ans dans l’archipel du Goulag pour avoir témoigné de la « compassion envers l’ennemi ».

L’auteur, lngo von Münch, cherche à analyser les causes de ces infamies et le fait qu’elles aient été ensuite frappées d’un tabou. La propagande diffusée surtout par Ilya Ehrenburg, la sauvagerie des soldats après trois ans de guerre, le désir de vengeance et la saoulerie (au sens propre du terme), enfin la certitude de détenir la victoire sont les raisons généralement avancées pour les plus de 100 000 viols perpétrés par des soldats de l’armée soviétique durant leur offensive et après leur victoire sur l’Allemagne. « Le vainqueur humilie le vaincu en violant sa femme ».  

La honte a souvent empêché les femmes et les jeunes filles de parler de leur martyre – et pourtant, ce sont les auteurs de ces crimes qui devraient avoir honte et non pas leurs victimes – Ou bien elles ont fait du refoulement. Le tabou s’est greffé là-dessus parce que ces sévices ont eu lieu en Allemagne de l’Est, la future RDA ou, par la force des choses, toute critique du « grand frère soviétique » était interdite. A l’Ouest, tous ceux qui considéraient les Allemands comme un « peuple victime » et non pas comme un « peuple criminel » étaient taxés de révisionnisme.

Il restitue à chacune des victimes qu’il évoque, le droit à la parole, chacun de ces destins est une descente en enfer. Puisse ce livre contribuer à faire considérer les viols dans le cas de guerre comme des crimes de guerre passibles de poursuites (comme par exemple au Congo de l’Est où depuis des années les femmes sont devenues un gibier).

Avec sa précision et son objectivité, le livre répond aux exigences de la rigueur scientifique. Mais la preuve que l’histoire contemporaine n’est pas encore à la hauteur, est apportée par le fait que cet ouvrage n’a pas trouvé d’autre éditeur en Allemagne que les Editions ARES  dont la maison mère, les Editions Stocker, publie des périodiques situés politiquement à la droite de la droite (comme la revue « Ordre Nouveau »).

Or l’auteur appartient au Parti libéral allemand, associé aujourd’hui au gouvernement d’Angela Merkel, et ne peut être suspecté de révisionnisme ni d’extrémisme. C’est tout de même navrant que cette grave question des viols de masse, souvent suivis de l’assassinat ou du suicide des victimes, ne puisse encore trouver en Allemagne ou en Autriche un éditeur plus neutre. De nos jours encore, les crimes de guerre ne sont pas traité avec toute la neutralité requise à des fins de justice ou de réparation de préjudices matériels et moraux. (AB)

 

                                                                                                                                                                                 

Jean-Paul Picaper. « Berlin-Stasi ». Editions des Syrtes. Paris. 2009.

Berlin, 9 novembre 1989… Le mur est ouvert. La RDA ferme boutique. Son existence ne tenait qu’à un mur. Un mur qui n’était que la partie visible de l’iceberg. Dessous se cachait la Stasi, ce monstre tentaculaire de la guerre froide, cette police secrète à qui rien n’échappait. C’est dans son antre que nous emmène l’auteur.

Pendant près de trente ans, il a affronté à Berlin-Ouest et en RFA les agitateurs et désinformateurs stipendiés de la Stasi, déjouant ses traquenards à Berlin-Est et en RDA.

A partir de son vécu, de témoignages poignants, d’entretiens avec des espions et leurs victimes, il nous entraîne dans les arcanes du « meilleur service d’espionnage de l’histoire », et nous fait vivre le quotidien d’une dictature.

Paru le 29 octobre 2009 - Vous pouvez commander ce livre directement aux Editions des Syrtes, 74 rue de Sèvres. F-75007 Paris (20 euros au lieu de 22, port gratuit).

Dans la presse :

« Je dois avouer que ce livre est passionnant, et m'a ramené vingt ans en arrière, écrit Bruno Racouchot, Editeur de « Communication et influence ». J'avais eu l'occasion de visiter l'Allemagne de l'Est (ainsi que les autres pays de l'Est) avant la chute du mur et j'ai retrouvé beaucoup d'impressions et de souvenirs à travers vos lignes. C'est vivant, bien écrit, sans concession, solide, bien étayé. Vraiment j'ai pris plaisir à le lire, même si par moments, l'ambiance est tellement bien rendue que j'ai éprouvé un sourd sentiment d'angoisse... que l'on avait d'ailleurs vraiment à l'époque dans certaines circonstances. Le procès du communisme n'a pas été fait et ne sera pas fait, nous sommes peu à nous souvenir d'une Europe coupée en deux. A cet égard, ce livre est un formidable travail pour que cette époque et ces souffrances ne soient pas oubliées ».  

Alexis Arette, président de « Renaissance Aquitaine » écrit pour le quotidien régional « Eclair Pyrénées » : « Résumer les 500 pages de l'ouvrage est impossible. Je dirai cependant que le travail de la Stasi était inscrit dans le projet de Lénine qui avait dit : "Qui tient Berlin, tient l'Allemagne. Qui tient l'Allemagne tient l'Europe !". La Stasi sera donc  l'agent impitoyable de la tentative de conquérir Berlin-Ouest, avant la conquête de l'Allemagne... Ce sont tous les moyens mis en place par la Stasi que recense Picaper. Mais ce qui pourrait être un catalogue, frémit ici par l'intimité qu'a l'auteur avec le sujet qu'il traite. C'est en partie grâce à cela que l'ouvrage sera accessible à tout honnête homme qui veut s'instruire, mais il ravira ceux qui ont vocation d'enseigner l'Histoire, et, s'il existe encore  des hommes politiques capables de tirer la leçon des évènements, ils disposeront d'une mine où ils pourront puiser ».

 Dans le "Midi-Libre" du 11 novembre, Marie-Edvige Hébrard a écrit : "Mêlant récits autobiographiques et narration historique, "Berlin-Stasi" retrace l'histoire de "la firme", autre nom de la police secrète est-allemande. Dans la deuxième moitié des années 60, l'auteur s'est retrouvé aux premières loges dans ce théâtre qu'a été l'université de Berlin, d'où il a observé la radicalisation des étudiants de ce côté du mur d'abord, puis de toute l'Allemagne, préambule à celle des étudiants français et américains et bien sûr français : une radicalisation et une contestation allumées et attisées par la Stasi elle-même. Mais c'est bien pour rappeler l'horreur de ce système autoritaire que Jean-Paul Picaper pense cet ouvrage et éclaire d'un jour nouveau l'histoire de la guerre froide, à travers "sa guerre froide". (...) Plus de 200 000 indicateurs, agents, mouchard, agents doubles, tueurs à gages, spécialistes du renseignement, de la manipulation et de la désinformation auraient animé ce service tentaculaire".

 

Jean-Paul Picaper : "Opération Walkyrie - Stauffenberg et la véritable histoire de l'attentat contre Hitler". (Editions de l'Archipel, Paris. 300 pages - 19,95 €) . Avec une Préface de Horst Köhler, Président de la République Fédérale d‘Allemagne. (Vous pouvez commander ce livre aux Editions de l'Archipel, 34, rue des Bourdonnais, F-75001 Paris - e-mail : jdbecricom@wanadoo.fr)

Dans les coulisses du complot du 20 juillet 1944
Ce complot contre Adolf Hitler est l’événement le plus marquant de la Résistance allemande au nazisme. Il visait à éliminer le dictateur, à revenir à la démocratie et à mettre un terme à la guerre en Europe. Jean-Paul Picaper revient sur l’organisation de ce complot et expose les raisons de son échec : jusque là, toutes les tentatives d’assassinat d’Hitler ainsi que les actions subversives les plus héroïques avaient échoué ; l’urgence se faisant sentir, la mission est confiée à Claus von Stauffenberg, colonel qui avait un accès direct et régulier à Hitler. L’opération Walkyrie est lancée. Lors d’une réunion au QG du Führer, Stauffenberg est chargé de placer deux charges d’explosif dans la pièce. Gêné par son handicap (il a été blessé en 1943 lors d’une opération en Afrique du Nord, et a perdu un œil, sa main droite et deux doigts de sa main gauche), il n’a le temps d’activer qu’une charge explosive. De plus, la mallette placée sous la table est déplacée par un officier ; l’explosion fera de nombreuses victimes, mais quelques rescapés, dont Hitler, survivront sans même être blessés. Les conjurés, fine fleur de la nation allemande, subiront la torture, les pires humiliations et quelque 6 000 personnes seront exécutées. Loin de se limiter à l'attentat du 20 juillet 1944, ce livre donne un panorama complet de la Résistance antihitlérienne en Allemagne, des tentatives d'attentats contre le "Führer", plus nombreux qu'on le pense généralement et aussi une analyse de la personnalité psychotique d'Hitler, "la cible".

Ancien professeur de science-politique à l’université de Berlin-Ouest puis pendant vingt-six ans correspondant du Figaro en Allemagne, Jean-Paul Picaper écrit aujourd’hui pour Valeurs Actuelles, Politique internationale et plusieurs journaux allemands. Il réside depuis 40 ans à Berlin. Il a publié une vingtaine d’ouvrages en allemand et en français dont, Nicolas Sarkozy et l’accélération de la politique (en allemand, Gollenstein Verlag, 2008), Le Nouveau défi européen. Conversations avec Otto de Habsbourg (Fayard, 2007), Angela Merkel, une chancelière à Berlin (J.-C. Gawsewitch éditeur, 2005), L’Or des Nazis (Tallandier, 1997), Helmut Kohl (Fayard, 1995). Ses livres Enfants maudits (2004) et Le Crime d’aimer (2005), parus aux éditions des Syrtes, ont fait découvrir au grand public l’existence des « enfants de la guerre » nés d’un soldat allemand de l’armée d’occupation en France (1940-44) ou d’un prisonnier de guerre ou d’un STO français en Allemagne (1940-45).

Une enquête riche, des documents et des témoignages rares et complets de survivants ou d’enfants des conjurés, qui éclairent l’opération du 20 juillet et ses héros.

La préface du président de la République fédérale d’Allemagne, Monsieur Horst Köhler, au livre de Jean-Paul Picaper sur la Résistance allemande antinazie.

Je me réjouis que Jean-Paul Picaper présente aux lecteurs français un livre sur la Résistance allemande à Hitler, en particulier sur les conjurés du 20 juillet 1944. Ce chapitre de l’histoire du « IIIème Reich » n’est guère connu en dehors de l’Allemagne.
Le 20 juillet est la partie la plus visible de la Résistance qui s’est formée en Allemagne sous la dictature. Une Résistance aux multiples facettes, avec beaucoup de formes et de nombreux visages, animée par des motifs très divers, qui fut plus fréquente et répandue dans le pays qu’on ne l’a longtemps admis.

Certes, elle fut souvent modeste et pas très efficace, mais elle a bel et bien existé. D’aucuns ont ressenti que le droit ne peut pas être impunément violé, qu’on ne peut exclure, voire assassiner des êtres humains eu égard à leur origine. Qu’on n’a le droit d’opprimer ni la liberté de pensée, ni la liberté d’expression.  Et que le sens de la bienséance et de la justice ne peut être aboli. Il y eut des Allemands qui cachèrent des persécutés, qui traitèrent des travailleurs forcés avec humanité, qui aidèrent des juifs à fuir.

Que ce n’était pas déplacé  d’entrer en dissidence, que leur foi en Dieu, leur honneur et leur conscience leur imposent de commettre un attentat contre un chef de l’Etat également chef des armées – n’était certainement pas le sens de la berceuse que les soldats et officiers du 20 juillet 1944 avaient entendu chanter par leurs mères. Car cet acte allait à l’encontre de toutes les traditions dans lesquelles ils avaient grandi, de presque toutes les convictions et impératifs qui formaient la trame de leur vision du monde. Ils durent sans doute lutter violemment contre une voix intérieure opposée à leur décision finale. Que de douleurs eurent-ils à endurer en explorant ainsi leur conscience – cela échappe aujourd’hui à notre appréciation. La foi chrétienne qui avait fini par inspirer la décision à nombre d’entre eux ne leur a pas facilité les choses : de quel droit pouvait-on rompre un serment ? Se révolter contre l’autorité étatique ? C’était pour eux tous des questions difficiles, aucun ne les a prises à la légère.

Sans oublier qu’au début un nombre non négligeable de conjurés avaient été, comme bien d’autres, gagnés par l’enthousiasme que suscitait le nouvel Etat d’Adolf Hitler. Ainsi étaient-ils devenus les instruments dociles de ses plans, au point de concevoir et de réaliser avec lui les guerres de conquête.

Se transformer en opposant, voire en auteur d’un attentat, fut souvent l’aboutissement d’un long processus. Ainsi, des hommes se liguèrent malgré toutes sortes de barrières qui les auraient sans cela séparés les uns des autres : des conservateurs et des socialistes, des officiers et des déserteurs, des nobles et des représentants du monde ouvrier. Ce qui les unissait était sans aucun doute le désir de voir restauré le règne de la liberté et du droit, comme on peut le lire dans le projet de gouvernement des conjurés.

Cette attitude et l’entente par delà les clivages sociaux ont jeté – même si beaucoup ne l’avaient pas perçu tout de suite – les bases morales et intellectuelles d’une nouvelle Allemagne. Ce fut aussi et enfin la chance à saisir pour promouvoir la réconciliation des Européens. Raison de plus pour faire connaître la Résistance allemande en Europe.

La Résistance sous ses diverses formes et aspects n’effacera aucun des crimes commis. Elle ne sera pas non plus l’instrument dont on se servira pour faire contrepoids à l’horreur.  Rien ne peut racheter les assassinats et les crimes contre l’humanité. Et pourtant les petits et les grands actes de Résistance brillent jusqu’à nos jours. Ils montrent que l’humanité, la morale et le courage civique n’ont pas été totalement détruits.

 Le 20 juillet 1944 fut la dernière chance pour que des Allemands se débarrassent eux-mêmes de la dictature. Après cet échec, la guerre se poursuivit jusqu’à sa triste fin de sorte que défaite et libération furent une seule et même chose. L’Allemagne n’a pas pu se libérer toute seule de la barbarie. Mais l’action et le témoignage du 20 juillet ont assurément contribué à faire des vainqueurs et des libérateurs nos amis.

                                                  

 

▪ Jean-Paul Picaper : Angela Merkel

La promotion d’une femme à la tête de l’Allemagne a quelque chose de surprenant, d’extraordinaire même, et certains qui l’ont précédée sur le trône de chancelier doivent trépigner de colère là-haut au paradis (Bismarck) ou là-bas en enfer (Hitler) en voyant une femme à la tête de la grande Allemagne bien que l’Allemagne ait considérablement rétréci entre-temps. JP Picaper insiste brièvement au début sur les origines familiales, culturelles et religieuses de la chancelière comme il l’avait déjà fait dans un précédent livre chez le même éditeur en 2005. Il explique aux Français que Mme Merkel est une femme protestante avec ses caractéristiques de la culture luthérienne. Les femmes allemandes se sont émancipées à la faveur de la Première Guerre mondiale. Elles ont obtenu le droit de vote en 1919, les Françaises en 1944. Mais elles n’avaient pas le droit d’étudier au XVIIIème et XIXème siècles. A la fin des collèges pour jeunes filles, mais ils ne décernaient pas le bac et sans le bac pas d’inscription à l’université. Pourquoi ? On disait à l’époque que la masse cervicale des femmes était trop réduite ! Mais, visiblement, plus futées que les hommes les femmes ont connecté mine de rien des milliards de synapses dans leurs têtes blondes et voilà qu’elles en ont maintenant plus que les hommes. Mme Merkel est l’incarnation de cette évolution, qui plus est, à la tête d’un pays très porté sur la science et la technique.

Nous laisserons aux lecteurs français le retour sur les années de mandat politique d’Angela Merkel à la tête de l’Allemagne, sur sa difficile élection contre la « machine électorale » Schröder en 2005 et sur le redressement des finances et de l’économie allemande, sur la réduction du chômage et l’essor qu’elle a su donner à son pays, après que, sous Gerhard Schröder et Joschka Fischer, l’Allemagne soit devenue la lanterne rouge de l’Europe. Certes, Schröder avait commencé les réformes. Elle les a poursuivies dans le consensus de la Grande coalition avec le SPD. On rappellera qu’elle a obtenu l’accord du SPD sur le report de l’âge de la retraite à 67 ans d’ici 2029, ce qui, au vu de ce qui se passe en France, est une extraordinaire performance. L’économie a été profondément modernisée mais aussi le travail parlementaire a été assoupli de sorte que la perte de majorité à la deuxième chambre allemande, le Bundesrat, n’est plus un obstacle majeur au maintien au pouvoir d’un gouvernement comme c’était le cas à l’époque de Helmut Kohl. Certes l’éclatement du spectre politique en quatre partis représentés au parlement et la perte de vitesse des grands partis populaires (les Volksparteien) a profit de petites formations plus radicales, ne facilite pas les décisions politiques. Mais Mme Merkel a été réélue en 2009 en pleine crise avec la majorité chrétienne-démocrate et libérale qu’elle n’avait pas obtenue en 2005. C’est aussi une performance singulière.

Picaper qui la connaît depuis de longues années, en fait depuis 1990, comme il le relate, explique qu’elle sait manœuvrer vent debout, plus réactive qu’active, menant sa barque même quand elle est en minorité, trouvant des arrangements dans le déséquilibre, très apte au compromis et mais capable de trancher en définitive quand c’est nécessaire. Elle sait séparer ce qui est vital de ce qui ne l’est pas et virer de bord avec de nouveaux partenaires le cas échéant. On a dit en France au début de l’année 2010 qu’elle était le serre-frein de l’Europe alors que Nicolas Sarkozy en était l’accélérateur et qu’elle n’arrivait pas à se décider. En fait, elle a pris la tête de la lutte pour le sauvetage de l’euro et de l’Union Européenne, assumant les sacrifices contre beaucoup d’hostilité dans son propre pays. C’est ce qu’explique Picaper dans plusieurs chapitres de politique étrangère à la fin du livre. Grâce à Mme Merkel, l’Allemagne a une place prééminente et salvatrice en Europe, mais sans jeter des paillettes, en toute modestie comme cette chancelière. L’auteur montre comment fonctionne la chancellerie sous Mme Merkel, l’ambiance de ce haut lieu du pouvoir et revient plusieurs fois sur le caractère et le tempérament d’une chancelière qui assimile très vite les dossiers, règle en quinze secondes au téléphone ce qui demanderait un quart d’heure à d’autres, qui parle d’une voix claire à de vastes auditoires, qui a de l’humour et de l’ironie en privé.

Bref, Merkel fait partie désormais de l’image de marque de l’Allemagne moderne. Ces derniers mois, les médias, en particulier en France, ont cherché à donner l’impression qu’elle connaissait de graves difficultés, voire qu’elle ne terminerait pas sa législature jusqu’en 2013. Bonne raison pour la France de se détourner du fameux « modèle allemand » et de casser le coude à coude (Schulterschluss) franco-allemand. Pourquoi soutenir en effet une chancelière qui allait démissionner ? L’insinuation était perfide ! En réalité, on est frappé par la convergence ou le parallélisme des soutiens, plutôt faibles, concédons-le, dont jouissaient la chancelière allemande et le président français dans l’opinion publique. Ils étaient la cible de la même hostilité. Et ils ont réagi de manière similaire, en donnant un coup de barre à droite pour récupérer l’électorat traditionnel de leurs partis respectifs.

 Nicolas Sarkozy comme Angela Merkel gravitait au début de l’automne 2010 autour de seulement 33% d’opinions positives. Cela ne doit pas nous surprendre. Il est normal que les dirigeants pâtissent du mécontentement et de la souffrance infligée à leurs concitoyens par la crise économique et financière. Les peuples ont besoin de boucs émissaires. En Grande-Bretagne, Gordon Brown a dû céder sa place à David Cameron. En Espagne, les jours du socialiste Zapatero sont comptés. Au Portugal et en Irlande, des changements de majorités ont eu lieu ou se dessinent. Ainsi les médias de gauche en Allemagne, en tête le « Spiegel » qui donne le ton aux autres médias dès le lundi matin dans les kiosques et déjà le dimanche sur Internet, ont-ils cherché à créer une « self fullfilling prophecy », espérant que la chancelière jetterait l’éponge en sentant le sol se dérober sous ses pieds. De même en France, les adversaires de gauche de Nicolas Sarkozy ont utilisé comme prétexte la réforme des retraites pour tenter de provoquer un soulèvement contre le président et son gouvernement, les acculant à la démission. Si Nicolas Sarkozy et François Fillon avaient renoncé à leur projet de réforme des retraites après que celui-ci eut été voté par l’Assemblée Nationale et le Sénat, ils auraient dû démissionner et appeler les Français aux urnes.

L’assaut contre la forteresse gouvernementale a pris des formes plus concrètes et plus virulentes en France qu’en Allemagne, encore que les manifestations des écologistes et sympathisants contre le projet « Stuttgart 21 » aient été elles aussi très médiatisées en Allemagne. Angela Merkel n’a jamais été en aussi mauvaise posture que son collègue Sarkozy l’a été en septembre-octobre 2010 dans son pays. Reste qu’on annonçait déjà et très prématurément la démission de la chancelière et que les spéculations allaient bon train. On voyait Karl Theodor zu Guttenberg, voire Ursula von der Leyen ou quelque autre politicien lui ravir son sceptre, comme si ce n’était pas la gauche qui lorgne la chancellerie. Pendant ce temps, l’étoile de la Verte Renate Künast montait à Berlin où elle pourrait effectivement succéder au social-démocrate Klaus Wowereit à la mairie de Berlin en 2011. Il faut dire qu'après les défaites de la CDU à Brême, en Rhénanie-Palatinat et surtout en Bade-Württemberg où un Vert est arrivé au pouvoir, Mme Merkel avait de quoi s'inquiéter. Mais surtout, les médias ont voté contre Merkel en Allemagne comme ils votaient contre Sarkozy en France. C’est bien la preuve que la majorité des journalistes sont à gauche ou flirtent avec la gauche.

Sauf accident de parcours, tous deux achèveront leur mandat, M. Sarkozy en 2012 et Mme Merkel en 2013. Ils jouissent d’une solide majorité des sièges dans leurs parlements respectifs. C’est ce qu’assure dans son livre sur Angela Merkel Jean-Paul Picaper. L’auteur prend donc le contre-pied du courant dominant dans l’opinion médiatisée en Allemagne. Dans des articles écrits en France, Picaper s’oppose aussi à l’idée que le président Sarkozy va faire sa valise. Or il est impensable qu’à Paris, le parlementarisme cède la place au diktat de la rue car ce serait un changement de régime politique et non pas la porte ouverte à un simple changement de majorité gouvernementale. Sans avoir l’ampleur de ce qui s’est passé en France, l’Allemagne a donc connu à l’automne, elle aussi, des batailles de rues mises en scène et fortement médiatisées par les Verts allemands autour du futur chantier de la gare centrale de Stuttgart.

Du coup, les forces de gauche et d’extrême gauche ont progressé dans les deux pays, en Allemagne surtout les Verts, en France les socialistes du PS et les Verts ainsi que l’extrême gauche. On est frappé aussi que l’extrême droite ou la droite ultraconservatrice ait profité de la situation. En France, Marine Le Pen qui va succéder à son père Jean-Marie Le Pen à la tête du Front National est à nouveau crédité dans certains sondages de 20% des intentions de vote, voire maintenant 36% en milieu ouvrier, plus que le PS et l'UMP additionnés, tandis qu’en Allemagne, écrit « Die Zeit » (du 16. 9. 10), certains sondages estiment à 18% le pourcentage de vote qu’obtiendrait un parti de Thilo Sarrazin et 20% à un parti à droite de la CDU auquel 20% des partisans de la CDU lui donneraient leur voix. Ces sondages sont certes fantaisistes et fragiles encore, mais des gestes des deux dirigeants prouvent qu’ils sont préoccupés. Ainsi le discours « sécurité d’abord » de Nicolas Sarkozy à Grenoble le 30 juillet dernier ainsi que la loi sur les expulsions d’étrangers délictueux ainsi que leur déchéance de la nationalité française en cas de coups portés à des représentants de la sécurité publique. Mais ce furent des coups d'épée dans l'eau qui n'ont pas eu de suites concrètes.

De même que le discours d’Angela Merkel le 14 octobre dernier devant un millier de délégués CDU de Berlin et du Brandebourg dans lequel la chancelière a déclaré que ceux qui ne se situaient pas dans l’optique de l’image chrétienne de l’homme n’étaient pas à leur place dans son parti. Et la chancelière d’insister sur l’importance de la profession de foi en faveur d’une identité allemande. « Celui ou celle qui est pénétrée de sa culture peut convaincre autrui que c’est une belle chose de vivre sous notre constitution“. Et de rejeter fermement la « berceuse multiculturelle ». L’Allemagne est un pays ouvert, certes, mais celui qui ne se veut pas se laisser assimiler, doit se soumettre à des exigences. La chancelière a ouvert ainsi le débat sur la „culture dominante“ en Allemagne et elle veut le poursuivre à l’enseigne des qualités intrinsèques du peuple allemand. La pression des faits est telle que les utopistes et jusqu’au-boutistes devraient dans les mois ou les années qui viennent rentrer dans leur coquille et qu’on ne peut plus se permettre les largesses qui avaient cours avant 2008-2009.

Il faut espérer en tout cas que la mutation politique que nous traversons suite à la crise n’aura pas des séquelles révolutionnaires comme en 1917 en Russie et en 1933 en Allemagne. Apparemment, la crise n’est pas aussi grave et la misère n’est pas aussi noire. Loin de là. Mais nous vivons dans une autre société dans laquelle les slogans et les contrevérités se répandent très rapidement par médias et réseaux sociaux interposés et dans laquelle l’image télévisuelle a un impact souvent plus fort que la réalité. Les liens traditionnels avec des familles politiques sont rompus et l’électorat est extrêmement volatil. Coûte que coûte nos deux républiques doivent rester stables. Angela Merkel a muté, elle est vraiment devenue la figure de proue des forces libérales et conservatrices d’Allemagne et elle lutte, lutte, lutte. Elle a su se servir de la bataille autour de Stuttgart et du problème de l’intégration (ou plutôt de la « désintégration » de la société par des cultures et religions parallèles) des immigrés pour regagner des points, comme Nicolas Sarkozy l’avait fait avec son offensive sécuritaire. La chance de la chancelière est que la conjoncture économique allemande est vigoureuse et que la sortie de crise de l’Allemagne a été plus forte et plus rapide que celle de la France.

Plusieurs fois dans sa carrière, Mme Merkel a eu de la chance. Cette fois encore la déesse Fortune semble lui sourire. Elle a perdu les dernières batailles contre la gauche et surtout contre les Verts, mais elle cherche à s'en faire des alliés comme l'a prouvé son coup de frein au nucléaire après le drame de Fukushima, sans compter son clin d'œil à la gauche pacifiste en s'abstenant d'intervenir en Libye aux côtés de la France, de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis. Et elle peut rebondir sur les succès économiques allemands. Il n’en va pas de même pour Nicolas Sarkozy en France où les syndicats et l’extrême gauche, suivis par les socialistes du PS pourraient bien tuer la sortie de crise du pays. On assiste en France à un véritable sabotage de l’économie par le syndicat communiste CGT alors qu’en Allemagne le culte de la stabilité est prédominant. S’ajoute que les exigences croissantes des Verts vont faire monter le prix de l’énergie. La population allemande s’en aperçoit déjà. L’étoile des Verts va donc descendre après être si bien montée au zénith, même si les sondages ne reflètent pas encore cette évolution. L’arbitre de la situation sera la chancelière. Les Allemands sont rationnels et les Français sont romantiques. Les premiers réfléchissent, les seconds s’emportent, les premiers calment le jeu, les seconds jouent à la révolution.

                                                                                                                                   Michael Bermann

 

                                                                                                                                              retour