CULTURE

Grand Prix de l'Eurovision
"Paysanas !"
Les avatars d'"Avatar" en Chine
Comment inculquer aux jeunes l'amour de la culture mondiale/Steffen Noack
Le Ministère français de l'Education nationale a-t-il une politique de diversification de l'offre d'enseignement linguistique
Guerre aux châteaux !
Le film "Der Baader Meinhof Komplex" critiqué par Bettina Röhl

 

 

LIVRES

La Chute de l'Empire Soviétique/Egor Gaïdar
Flic dans le 9.3/Cdt Patrick Trotignon
Les larmes de la rue des Rosiers/Alain Vincenot
Une histoire des forces spéciales/Jean-Dominique Merchet
Reflections on the Revolution in Europe/Christopher Caldwell
Noms dits et autres friandises/Nicolas-Philippe Piot
1940-1945 Années érotiques/Patrick Buisson
Frau komm! Die Massenvergewaltigungen deutscher Frauen und Mädchen 1944/45
Berlin Stasi/Jean-Paul Picaper
Le syndrome de la grenouille/Michel Bassi
Opération Walkyrie - Stauffenberg et la véritable histoire de l'attentat contre Hitler/ Jean-Paul Picaper

 

 

● Grand Prix de l'Eurovision

Petite-fille d’un ambassadeur qui a joué un rôle-clé dans la réunification de son pays en 1989, la chanteuse Lena Meyer-Landrut a remporté haut la main le Grand prix de l'Eurovision de la chanson le 29 mai 2010 à Oslo.

Certes, les chanteuses de l’Azerbaïdjan, de l’Ukraine, de la Georgie, et leurs voix, et quelques autres encore, avaient plus de technique, de maturité, de force, d’élégance que Lena, le jeune phénomène allemand. Mais tout le monde s’accorde sur le fait que cette « jeunesse » de 19 ans a quelque chose qu’on sait mieux sentir (et entendre) que dire, du jamais vu, dans sa voix et dans ses manières. Elle est naturelle, c’est vrai, entre le charme et le vulgaire, entre la modestie et l’insolence. En un mot, elle est « cool ». Quand on lui demande si elle a peur avant le concours, elle répond le plus innocemment du monde : « Je me chie dans les froques ». Elle minaude, caricature, se moque, mais toujours gentiment, sans agresser personne. Elle est sincère jusqu’à en être choquante. Bref, elle incarne une Allemagne sans complexes, celle qu’on avait vue lors de la Coupe du monde de football au cours de l’été 2006 (voir notre page Archives ci-dessous), avec tous ces jeunes qui brandissaient le drapeau noir, rouge et or. L’Allemagne était devenue à l’époque une équipe nationale. En ce printemps froid et humide de 2010, ce pays aura été quelques semaines un club de fans de Lena.

L'Allemagne n'avait plus remporté l'Eurovision depuis 28 ans. Alors que leur petit phénomène qui a mis du temps à admettre qu’elle avait gagné, criait à son public et à quelques 100 millions de téléspectateurs : « Vous êtes fous », pour leur dire qu’elle ne comprenait pas pourquoi ils l’avaient élue gagnante, ses compatriotes n’étaient pas peu fiers d’elle. Dans son pays, Lena était depuis quelques mois un évènement. Sa chanson, "Satellite", était déjà plus qu'un tube outre-Rhin. Les commentateurs et les critiques allemands ne juraient plus que par elle. On louait sa fraîcheur, son naturel, sa spontanéité, son sens de la répartie, son humour. On la trouvait drôle, mignonne, sans fard. Tout simplement "différente". Pleinement elle-même. Surtout, on n'en finissait pas de s'émerveiller devant son incroyable présence scénique. Non seulement elle chante bien, mais elle assure le spectacle, elle crée l'ambiance. Et voilà qu’elle est devenue un symbole de l’Allemagne nouvelle. Elle s’entoure sans faire de chichis politiques du drapeau allemand, elle le brandit. Mais elle est métamorphosée aussi depuis le 29 mai en star internationale. Elle parle si bien l’anglais ! Avec un accent à elle, proche quand même de l’original. Elle n’a jamais mis les pieds en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis. Elle l’a appris seulement avec son prof. Chacun se demande si elle a beaucoup travaillé pour en arriver là. Non, assure-t-elle. Stefan Raab, son impresario, estime même qu’elle n’a aucune technique respiratoire ni vocale, mais que justement, c’est cela son atout. Elle dénote. Ses talents de comédienne ? Elle a déjà pensé à embrasser la carrière. Simple, sans afféterie, douée, Lena Meyer-Landrut a déjà sorti un album, "My Cassette Player", et placé trois singles dans le top cinq des chants. Mais si elle a déjà tout d'une professionnelle, elle n'en reste pas moins une jeune femme de son âge, qui a passé son bac entre deux enregistrements.

Léna est la petite-fille de l’ambassadeur Andreas Meyer-Landrut qui fut cinq fois en poste à Moscou, en dernier de 1980 à 1983 puis de 1987 à 1989 et qui a joué un rôle clé dans la réunification de l’Allemagne. C’est lui qui avait rapproché Mikhaïl Gorbatchev d’Helmut Kohl pendant la perestroïka. Né à Tallin en Estonie en 1929, Meyer-Landrut est un grand connaisseur de l’Europe de l’Est et un défenseur de la diaspora allemande en Russie. Il avait été de 1984 à 1986 Secrétaire d’Etat de Hans-Dietrich Genscher et chef de la présidence fédérale allemande sous le président Richard von Weizsäcker.

 

 

● „Paysanas !“

C’est, hélas! d’actualité. Le monde paysan retient l’attention du grand public.

On constate la diminution accélérée de ses effectifs, sa déroute économique, son angoisse pour l’avenir. L’affluence au Salon pose question : sympathie pour la nature ? Attrait pour la gastronomie ? Visite pittoresque des régions et des nations ? Retour sentimental aux sources des citadins issus de la province ? Sourires accueillants dans les stands ? Chez nous et ailleurs, les ruraux voient bien la souffrance morale de leurs rares voisins agriculteurs. Avec la misère matérielle, ils souffrent aussi d’un manque d’intérêt du public et même d’une crise d’identité profonde.

Certes, le progrès technique, la mécanisation ont profondément modifié les styles de vie dot le lien avec la terre s’efface devant les impératifs commerciaux : coûtes de production, exigences de commercialisation. Certains le comprennent, mais on voit aussi une ignorance, voire un discrédit du métier de paysan, qui n’est pas seulement une profession mais un lien physique à al terre. D’où le mépris du mot lui-même, redoublé en béarnais par le suffixe dépréciatif : « paysanas » ! L’ l’opprobre rejaillit sur le noble langage pourtant pratiqué naguère et estimé.

Trésor ancestral

Nous voici donc aujourd’hui contraints de défendre le trésor ancestral d’observations, de souvenirs, de sentiments, de sagesse, d’humour, de convivialité, d’œuvres littéraires et artistiques bien propres à notre pays. Ne nous laissons pas qualifier d’esprits bornés, d’attardés intellectuels, de sentimentaux inefficaces, d’amputés de curiosité. Alors que le pot paysan marquait le noble lien à un pays, il est devenu injurieux. De même, comme il y a un siècle, pour la mépriser, on donne à la langue pratique, « lengue mayrane », le nom de patois qui veut dire : parler du pays… Ignorants ! Comprenez qu’au contraire, c’est le lien avec le pays et le monde paysan qui donne au béarnais et au gascon son vocabulaire concret et imagé, ses descriptions poétiques, la prédominance des faits sur l’abstraction. Lisez donc les œuvres de l’ouvrier tailleur Palay vivant parmi les paysans, du médecin Al Cartero, de l’instituteur Baudorre, de l’épicier Camelat, du postier Buzy-Pucheu, du prêtre Labaig-Langlade, du professeur Bouzet, du paysan Julien Csebone et de tant d’autres. Voyez surtout comment les centaines de pages de « Bouts de la Terre » et les « Batalères » hebdomadaires pendant des décades ont fait d’une langue de métier l’expression lumineuse d’un mode de vie attaché au pays natal. Relisez Alexis Peyret, journaliste et entrepreneur en Amérique du Sud. Serres-Castet, son village natal, ne craint pas d’illustrer de son nom ses réalisations de « ville nouvelle ». Comme le poète Jean-Baptiste Bégarie voulait sortir de l’ornière les « boules dou bieilh pourtau », travaillons donc à redonner leur noblesse aux paysans et à leur langue.

Alexis Arette

 

● Les avatars d’« Avatar » en Chine

Le débat sur le retrait de Google de la Chine populaire était encore tout chaud et voilà que la censure chinoise créait un second litige en retirant des salles le film de James Cameron « Avatar ». Il n'est plus présenté que dans des salles disposant de la technologie en trois dimensions, c'est-à-dire presqu’aucune. Selon le journal de Hong Kong « Apple Daily », les débats que le film a suscités sur Internet dérangent les autorités chinoises. Beaucoup d’internautes comparent l’expulsion de populations entières de leur territoire ancestral avec les réalités chinoises de notre temps. En Europe et aux Etats-Unis, on avait pourtant mis un certain temps à remarquer qu’Avatar était aussi un film politique. Or c’est absolument le cas. Il traite d’une grande puissance impérialiste qui veut s’emparer des richesses naturelles d’un peuple archaïque, lequel ne veut pas se laisser chasser de son territoire. Jadis, la Chine, l’URSS, les gauches occidentales unanimes auraient dénoncé la critique de « l’impérialisme américain » qu’exprimait ce film. Aujourd’hui, la Chine n’est pas moins visée. On voit combien les choses ont changé dans l’ère postcommuniste. Cela dit, "Avatar" fait la part belle à l'air du temps. Ce Roméo et sa Juliette extraterrestre empruntent à tout ce qui a été fait sur la question et sur d'autres en matière de fiction, ce qui rend le reproche de plagiat fait à Cameron absurde (il a plagié sur tout, de la guerre futuriste à la fleur bleue d'antan, mais en grand artiste qu'il est, il a fait de ce cocktail disparate quelque chose d'entièrement neuf). Surtout, après de lourdes pertes, les "bons" triomphent des méchants et tout est bien qui finit bien, ce qui se dit en "hollywoodien" "happy end". Pour le plus grand bien de l'homme naturel. Et vive Jean-Jacques Rousseau !

 

Comment inculquer aux jeunes l’amour de la culture mondiale

L’Education en faveur du patrimoine mondial

par Steffen Noack *

L’éducation en faveur du patrimoine mondial est encore une jeune pousse dans le jardin des programmes de l’UNESCO pour l’éducation. Elle n’existe que depuis 10 ans. Différentes rencontres et conférences nationales et internationales ont déjà eu lieu, dont, pour la onzième fois, le « World Heritage Youth Forum ». Ces rencontres du "Forum", au cours desquelles des enseignants et des élèves travaillent sur différents thèmes et peuvent échanger leurs expériences, ont été très utiles à notre travail. Un des exemples se rapporte à un projet commun aux lycées de trois pays, qui a été présenté lors du 10ème « World Heritage Youth Forum » à Karlskrona en Suède. Je vais y revenir.

Trois questions me paraissent bien cerner le sujet :

1. Quelle est l’importance du patrimoine mondial et de l’éducation en sa faveur ?
2. Comment peut-on transformer ces idées en projets pour les écoles ?
3. Que doit-on faire pour que l’éducation en faveur du patrimoine mondial devienne un élément constant de la culture et de l’éducation ?

Premier point :

Le patrimoine mondial est le patrimoine du MONDE. Les sites classés, qui sont plus de 700, appartiennent à l’humanité, ils sont supranationaux et interculturels. Grâce à leurs formes variées, les sites classés de la planète nous parlent des hommes et de notre histoire commune. Le patrimoine mondial de la culture ne doit servir ni aux nationalismes, ni à toute autre acceptation généralisatrice. Montrer les points communs qui se cachent derrière la pluralité des formes des sites est une des premières missions de l’éducation en faveur du patrimoine mondial.

Le patrimoine mondial est aussi l’HERITAGE mondial. Les Anciens de la Grèce Antique qualifiaient le vrai savoir de combat contre l’oubli : aletheia. Dans sa préface à « l’Histoire de la guerre du Péloponnèse », Thucydide souligne l’importance de l’expérience historique.

« Mais celui qui veut bien connaître le passé pour mieux connaître le futur, puisque selon la nature humaine, ils seront identiques, de sorte qu’on doit retenir la leçon pour toujours, le passé ne devant pas être un élément de décor qui ne servirait qu’une fois », a écrit l’historien grec.

Tel Proust, l’idée de patrimoine part à « la Recherche du temps perdu » pour en tirer le savoir d’aujourd’hui et de demain. Elle s’oppose à l’idée d’oubli, qu’il soit volontaire ou forcé. Elle s’oppose aussi à une culture du souvenir, qui comme Thucydide le souligne, se contenterait de créer des éléments de décor et couperait le lien entre le passé, le présent et le futur.

Ce furent avant tout les expériences dramatiques vécues par l’Europe pendant ses guerres qui nous ont menés à prendre des dispositions contre les pestes et les gouffres pascaliens. Dans le volume final de la « Recherche du temps perdu » Marcel Proust traduit son vécu de la guerre de la manière suivante :

"Je ne trouvais plus mon chemin. Je m’imaginais que le dieu du Mal voulait me détruire. Enfin des flammes m’éclairèrent ; je pouvais retrouver mon chemin tandis que les coups de canon ne cessaient de tonner".

Deuxième point:

Voilà le genre de réflexions que l’on retrouve dans le « World Heritage Kit ». Elle se sont développées dans les projets en faveur du patrimoine mondial auxquels participèrent nos écoles ou qu’elles organisèrent. Je voudrais vous en présenter deux. Mais permettez-moi, chers lecteurs, une parenthèse. Comme vous le savez, la culture et l’éducation sont en Allemagne du domaine des « Länder ». Dans tous les Etats fédéraux, il existe des programmes pédagogiques qui s ‘appellent chez nous programmes généraux. Ces programmes fixent plus ou moins strictement les contenus des cours ainsi que les conditions pour des projets interdisciplinaires ou inter-écoles. Il existe donc un espace pour développer des projets et y participer.

Evoquons un peu ici, le dixième « World Heritage Youth Forum » eût lieu en 2001 à Karlskrona en Suède. L’idée principale de cette rencontre était de dégager les aspects positifs et négatifs des sites du patrimoine mondial et de mieux prendre en compte des lieux du souvenir comme Auschwitz ou l’île des esclaves de Gorée dans l’éducation en faveur du patrimoine mondial.

Sept élèves de mon école, âgés de 16 et 17 ans, participèrent à cette rencontre internationale en Suède. On leur demandait deux choses. Ils devaient étudier le site berlinois appelé « l’Ile des musées » dans deux domaines : d’une part, les aspects positifs et négatifs du tourisme de masse après les travaux de reconstruction et de modernisation. D’autre part, ils devaient rechercher dans l’histoire des cinq musées s’il existait des pages négatives susceptibles de servir la connaissance du présent et du futur.
                                                              
Le groupe de travail visita plusieurs fois l’Ile des musées et eut des contacts variés sur place. Il trouva effectivement des éléments négatifs. Pendant l’époque nazie, plus de 150 œuvres d’art avaient été retirées des expositions pour être vendues ou détruites. En outre, de vastes surfaces des murs extérieurs des musées portent les traces des coups de feu et des combats de la seconde guerre mondiale.

Le groupe de travail rechercha des documents et présenta des affiches qui furent exposées au forum de Karlskrona. Des membres du groupe prirent part aux animations culturelles qui eurent lieu dans le cadre du festival d’été de l’Ile des musées. Ainsi se firent-ils une idée des conséquences possibles du tourisme actuel. Lors d’entretiens avec la direction des musées et d’autres institutions culturelles au sujet du nombre de visiteurs prévus dans le futur, ils purent discuter des possibles dangers, mais aussi des aspects positifs du développement touristique.

Concernant les pages négatives de l’histoire des musées, le groupe proposa la chose suivante : pour se souvenir des artistes poursuivis par les nazis et de leurs œuvres détériorées, un cadre de tableau vide devait être accroché à un endroit central de l’Ancienne Galerie Nationale, accompagné d’un texte explicatif. Le texte devait rappeler que la barbarie raciste des nazis ne respectait ni la liberté des hommes, ni celle de l’art.

Pour les murs du musée de Pergame parsemés de traces de coups de feu, une surface d’un mètre carré située à l’entrée devait être épargnée des travaux de restauration et protégée par une vitre. Un panneau devait informer les visiteurs du fait que la folie meurtrière des nazis exposa les hommes et les œuvres d’art au risque de destruction.

Le deuxième exemple de notre travail en faveur du patrimoine mondial que je voulais vous exposer est un projet commun à trois écoles élémentaires de Berlin et de la région du Brandebourg.

En juin 2002 la commission allemande de l’UNESCO célébrait à Potsdam le trentième anniversaire de la convention du patrimoine mondial. Dans le cadre des festivités les élèves des écoles jouèrent deux petites pièces de théâtre à l’entrée du château de Sanssouci, lui-même classé au patrimoine mondial. Au cours des semaines précédant les festivités, environ 15 élèves des trois écoles élémentaires travaillèrent sur le thème du patrimoine mondial de Sanssouci, le château de Frédéric le Grand à Potsdam, en banlieue sud de Berlin. Lors d’un séminaire commun réuni dans le relais de chasse de Glienicke qui fait partie du site du château de Sanssouci, les résultats de ce travail préliminaire furent rassemblés dans un programme commun. Les écoles du Land de Brandebourg dans lequel se trouve le château créèrent un sketch court et instructif montrant la bénédiction par Frédéric II de l’introduction de la pomme de terre dans la région de Brandebourg.

L’école de Berlin présenta un échange épistolaire entre Frédéric II et Voltaire dans lequel il était question de la politique des « despotes éclairés », de tolérance et de problèmes économiques. Non seulement les participants à la conférence, mais aussi les nombreux touristes présents saluèrent de leurs applaudissements ces réalisations vraiment remarquables des élèves. Les projets que je viens de vous présenter sont enrichissants pour les participants et en outre ils permettent de créer des contacts et d ‘établir un réseau dont nous pûmes profiter dans les projets suivants.

Troisième point:

Ces exemples tirés de notre travail ne doivent pas nous donner l’impression que l’éducation en faveur du patrimoine mondial est déjà bien entrée dans les mœurs, voire institutionnalisée. C’est pourquoi je voudrais dans ma troisième partie signaler les nombreuses missions qu’il nous faut encore accomplir. En 2001, lors de la conférence annuelle des écoles-UNESCO allemandes à Spire, des propositions furent faites et je voudrais vous en citer quelques passages.

Sur le plan scolaire

Les sites et l’éducation en faveur du patrimoine mondial devraient être davantage intégrés dans l’enseignement des disciplines telles la religion, l’histoire, les arts plastiques, les sciences de la vie et de la terre etc. ; les sorties scolaires vers des sites devraient devenir part entière des cours. Des échanges entre écoles voisines de sites classés devraient être développés pour des visites, afin de mieux connaître le patrimoine. Le patrimoine mondial et les sites classés devraient être plus apparents dans la vie scolaire, grâce à la production d’affiches, d ‘expositions, de symboles, afin d ‘éveiller la curiosité des élèves.

Sur le plan régional

Les coordinations régionales des différents Länder de la République fédérale d’Allemagne devraient, en coopération avec des écoles proches de sites classés, exercer une influence sur l’administration de ces sites, afin de mettre en avant le caractère de patrimoine mondial des sites et de mieux les faire connaître (grâce à des guides de voyage, des brochures, des visites guidées, etc.). Les coordinations régionales devraient exercer une influence sur les rectorats, les commissions de programmes, etc., pour intégrer dans les objectifs d’apprentissage l’éducation en faveur du patrimoine mondial.

Sur le plan de la coordination fédérale et de la commission allemande pour l’UNESCO

La coordination fédérale des écoles UNESCO d’Allemagne et/ou la commission allemande de l’UNESCO (DUK) doit exercer son influence sur l’ensemble des ministres fédéraux de l’Education pour que ceux-ci tiennent compte de l’éducation en faveur du patrimoine mondial dans leurs instructions et leurs lignes directrices.

Comme vous pouvez le constater à partir de cette liste de recommandations, il reste beaucoup de choses à faire. Il fait espérer que les responsables de la culture et de l’Education reconnaîtront l’importance pédagogique de ce domaine pour notre planète. En parallèle, nous pouvons dès maintenant entre en action sur le plan scolaire en intégrant l’éducation en faveur du patrimoine mondial, par exemple lors de programmes d’échanges d’élèves venant de villes ayant des sites classés.

                                                                                                                   * Steffen Noack est professeur d’histoire à Berlin
 

 

Le Ministère français de l'Education nationale a-t-il une politique de diversification de l'offre d'enseignement linguistique ?

Retour sur les propos de Nicolas Sarkozy.

« Entre les deux propos ci-dessous du Président de la République, nous avons cru discerner un certain flottement, en tout cas une réelle difficulté d'interprétation persiste », nous écrit l’Observatoire Européen du Plurilinguisme (OEP).

"Si certains de vos camarades ont du mal en français, est-ce que c'est raisonnable de leur donner deux langues, alors qu'ils ne possèdent pas la leur ? Est-ce qu'on n'a pas intérêt à les concentrer sur une langue, l'anglais par exemple, et mettre les heures de la seconde langue en renforcement du français ?".

A rapprocher de celui-ci, tenu dans le même contexte, qui était la visite d'un établissement scolaire : "La vérité vous savez, je le dis pour les jeunes, la vérité, ce n'est pas bilingue que vous devez être, la vérité c'est trilingue que vous devez être, parce que dans les autres pays européens, c'est bien ce qui se passe." ( à voir sur Internet : http://www.youtube.com/watch?v=1VfwDSaIM60

« Le vrai sujet n'est pas de polémiquer sur les mots mais de savoir ce qui se passe dans la réalité et sur le terrain aujourd'hui. La question est également de connaître les conséquences que le Ministère de l'éducation nationale a tirées de la résolution du Conseil Education Jeunesse et Culture du 21 novembre 2008 relative à une stratégie européenne en faveur du multilinguisme qu'il a signée. L’'OEP a reçu du Ministère une réponse dont les termes résolument flous laissent insatisfait : absence d'objectifs explicites, de chiffrage, de plans d'action et d'évaluation des résultats. A se demander si le Ministère a une politique de diversification des enseignements linguistiques ! »

 

● Guerre aux châteaux !

La démolition de la Bastille de Paris en 1790 fut  l’une des pires absurdités de la Révolution française. S’est ajoutée l’éradication des Tuileries. Heureusement, Versailles était trop loin de Paris ! Les sans-culottes fatigués ne voulaient pas faire le chemin une seconde fois. Les idéologues et les fanatiques ne se contentent pas d’occire des humains, comme à Kaboul, Bagdad et autres lieux. Ils s’attaquent au fer et à la pierre, à la peinture et au livre, à tout ce que les hommes ont fait d’œuvres magistrales. Les Talibans avaient concassé à l’explosif et au canon en Afghanistan des statues colossales de Bouddha qui figuraient au patrimoine mondial de l'humanité. Et les Arabes adeptes du Prophète avaient brûlé ce qui restait encore de la bibliothèque d'Alexandrie pour chauffer l'eau de leurs bains.

Quand les communistes eurent ancré leur pouvoir en RDA, ils s’en prirent eux aussi aux monuments historiques que les bombes anglo-américaines n’avaient pas entièrement détruits. Une des principales victimes de leur leader, Ulbricht, fut en 1950 le château des Hohenzollern au cœur de Berlin, dont il restait les murs extérieurs avec colonnes et sculptures et des parties importantes des intérieurs. Il fallait de l'espace pour faire défiler la soi-disant classe ouvrière. Puis, Ulbricht fit raser l’église néo-gothique intacte de l’université de Leipzig sa ville natale. Après qu’on ait démembré ces dernières années le parlement de la RDA bourré d’amiante et d’une laideur sans pareille (avec l’acier des poutres on a fait des Volkswagen), construit par Honecker, successeur d’Ulbricht, là où se trouvait jadis le château de Berlin, il y a maintenant de la place pour rebâtir le château géant. Sous la direction d’architectes internationaux, le chantier ouvrira fin 2010 ou début 2011, finition en 2016. Les députés allemands, qui ont voté sa reconstruction le 4 juillet 2002, et le président allemand Horst Köhler, veulent en faire une « maison de la culture mondiale », avec musées, expositions, tous les arts.

  

                              "Hier" la célèbre avenue Unter den Linden avec le Palais de la République. Ce qu'elle sera "demain" avec le château reconstruit.

Mais la ville de Berlin avec son déficit n'a pas les moyens de subventionner ce « grand projet ». Aussi, fait-elle appel aux dons des citoyens. Chacun peut ainsi acquérir une pierre taillée de l’édifice avec son nom gravé dessus en échange d’un don. Il y en a pour tous les budgets: de 50 euros pour la plus petite pierre jusqu’à 2,5 millions d’euros pour des éléments entiers comme le portail.

En France, s’adresser à la Fondation de France, Caisse des dépôts et consignations, 56, rue de Lille, 75356 Paris Cédex 07.

 

Le film „Der Baader Meinhof Komplex“ critiqué par Bettina Röhl

Der Baader Meinhof KomplexL’Allemagne a passé dans tous ses cinémas, des semaines durant, un film sur les terroristes de la Fraction Armée Rouge (RAF) qui sévirent dans les années 1970. Fille de la cofondatrice de la RAF, Röhl estime qu’on a voulu avec ce navet leur ériger un monument et faire d’eux des héros à part entière, alors que ces desperados ont lamentablement échoué dans leur œuvre qui était pourrie au départ. Cela en dit long sur l’état d’esprit qui règne en Allemagne. Quand on voit que le terroriste Christian Klar a été remis en liberté conditionnelle après d’autres, malgré le sang qu’il a versé, on comprend tout. En France, Carlos qui a tué deux policiers, est condamné à la prison à vie et il n’en sortira pas.

« J’estime que ce film est une héroïsation totale. C’est une œuvre monumentale pour faire de Baader et Meinhof pour de longues années des icones et leur dresser un monument », déclare Bettina Röhl qui reproche entre autres au film d’avoir fait jouer les rôles des terroristes par des acteurs aimés et appréciés du public, ce qui les rend automatiquement sympathiques. « Naturellement, l’acteur Moritz Bleibtreu qui joue le rôle d’Andreas Baader est chéri par le public. S’il incarne Baader, il fait de ce dernier automatiquement un personnage de la pop-culture. Jamais Baader n’a été aussi beau ni aussi sympa. C’est une falsification historique ! il aurait mieux valu le faire incarner par Klaus Kinski qui sait très bien jouer la folie ».

Bettina Röhl reproche également au film d’être « détaché de toute réalité ». Il ne tient absolument pas compte du contexte historique. « Les victimes, leurs familles, et surtout le reste de la société allemande de l’époque ne sont que des figurants », nous précise la journaliste allemande, membre de notre rédaction.

Erinnerung an den bleiernen Herbst 1977 in Deutschland.

Hanns Martin Schleyer saß 1977 den beiden Verbänden der deutschen Industrie vor (BDA/BDI) und galt als der mächtigste deutsche Wirtschaftspräsident der Nachkriegszeit. 1977 waren die Anführer der RAF im Gefängnis in Stammheim bei Stuttgart inhaftiert (die Mitgründerin der RAF, Ulrike Meinhof hatte sich schon im Gefängnis das Leben genommen). Ihre Nachfolger, Brigitte Mohnhaupt und andere, an der Spitze der RAF beschlossen, die Regierung zu erpressen, um deren Freilassung zu erwirken.

Am 5. September 1977 wurde Schleyer in Köln von Mitgliedern der RAF entführt. Sein Fahrer und drei Sicherheitsbeamte wurden erschossen. Die Entführer forderten die Freilassung von elf inhaftierten RAF-Terroristen, darunter Andreas Baader, Gudrun Ensslin und Jan Carl Raspe. Schleyer wurde zunächst in einem Hochhaus in Erftstadt bei Köln versteckt und später in die Niederlande gebracht. Die Terroristen hatten ihn Wochen lang in einem Schrank angekettet gehalten. Sie schickten der Polizei Fotos von ihm.

Der sozialdemokratische Bundeskanzler Helmut Schmidt bildete im Kanzleramt einen „Krisenstab“ von Politikern und Beamten, der Entscheidungen treffen sollte. Es wurde beschlossen, den Forderungen der Terroristen nicht nachzugeben. Die Frau und der Sohn von Schleyer, Hans Eberhard Schleyer, wurden von dieser Entscheidung informiert, die den Tod des Ehemannes und Vaters bedeutete. Die Polizei war ein oder zweimal auf der Spur der Terroristen aber Pannen bei der Fahndung verhinderten die Festnahme der Entführer und die Befreiung Schleyers.

Nach der Befreiung der Lufthansamaschine am 18. Oktober durch die deutsche Anti-Terror-Einheit GSG9 begangen die zu lebenslanger Haft verurteilten Terroristen Baader, Ensslin und Raspe im Gefängnis von Stuttgart-Stammheim Selbstmord.

Schleyer wurde von seinen Entführern im belgisch-französischen Grenzgebiet erschossen. Am 19. Oktober wurde sein Leichnam in Mülhausen im Elsass im Kofferraum eines Autos aufgefundener wurde am 25. Oktober in seiner Heimatstadt Stuttgarter begraben.

Hanns Martin Schleyer war bei weitem nicht das einzige Opfer der Roten Armee Fraktion (RAF). Zwischen 1971 und 1983 tötete die RAF 36 Menschen. Aber er war das berühmteste Opfer der RAF.

 

LIVRES

 

● Egor Gaïdar. La chute de l’Empire Soviétique. Leçons pour la Russie d’aujourd’hui. Editions d’Organisation EYROLLES . 2010.

Ce livre est le testament politique et économique d’un homme qui a connu la Russie soviétique et la Russie nouvelle et qui est prématurément décédé. Premier ministre libéral, souvent qualifié d’ultralibéral, de la Russie sous la présidence de Boris Eltsine, Egor Gaïdar, avait mené au pas de charge la privatisation des biens de l’Etat soviétique dès 1992. Sa popularité en Russie a souffert de cette action controversée aux multiples effets collatéraux. Il a subi en quelque sorte le sort de Gorbatchev, détesté pour avoir libéré les Russes du carcan dans lequel ils étaient enserrés depuis soixante ans. Les peuples sont bien ingrats, mais il est vrai que le changement de système a jeté à la rue des milliers de gens qui avaient un petit boulot tranquille à condition de rester politiquement plus tranquilles encore.

Mais quelle est la place de la Russie dans la mondialisation ? Comment expliquer la chute de l’Empire et la montée en puissance d’une oligarchie aujourd’hui si décriée à l’étranger et plus ou moins combattue par le Kremlin ? Gaïdar était l’un des principaux promoteurs de la perestroïka. Il dresse un bilan sévère de la situation économique réelle de l’URSS à la veille de l’éclatement du Bloc soviétique. Pour cet auteur, le déclin de l’Empire était imparable. Et Gaïdar le démontre à l’aide de données chiffrées extrêmement précises et précieuses. On ne les trouve nulle part ailleurs et elles auraient été déclarées en d’autres temps secret d’Etat. D’autant que les pays de l’Empire soviétique avaient pour habitude de falsifier leurs données afin de camoufler la réalité. C’était en général l’œuvre non pas d’économistes, mais des sections de désinformation des services de renseignement, KGB, Stasi et autres.

Au moment de l’implosion du système les statistiques officielles de l’URSS étaient  d’une opacité confondante. Gaïdar met en garde la Russie d’aujourd’hui contre le retour des démons d’autrefois à l’heure où « la nostalgie de l’Empire » revient dans les milieux dirigeants comme dans la population. On le voit à des velléités de réhabilitation de Staline.

 

● Cdt Patrick Trotignon. Flic dans le 9.3 Editions du Rocher/978-2-268-06427-7

Patrick Trotignon est né dans la banlieue Est et y a travaillé en tant qu´inspecteur, capitaine et commandant pendant plus de 30 ans. Ce livre va donc au-delà de la polémique et des préjugés habituels, car c´est un homme de terrain qui sait de quoi il parle, et qui décrit comment l´ancienne „banlieue rouge“ est devenue le 9.3, en passant de la petite délinquance de la fin des années 70 à la criminalité organisée.

Il y est aussi question du manque flagrant de coordination entre police et justice, et de la quasi-impunité des criminels, qui ne font que passer dans des cellules de garde-à-vue insalubres et des commissariats à l´équipement antédiluvien, pour reprendre leurs „activités“ une fois relâchés.

Comment en est-on arrivé là? Et surtout, comme sortir de cette impasse? Comment expliquer que 85% des policiers en banlieue - „au front“ - soient des jeunes fonctionnaires totalement inexpérimentés (comme c´est d´ailleurs également le cas avec les jeunes enseignants placés en ZEP)?   

Patrick Trotignon propose des pistes pour sortir de cet engrenage de la violence, tout en rendant hommage à sa profession, qui se retrouve aux premières loges pour affronter le „malaise“ social français.

                                                                                                                                                        Anne Bühler  

http://www.arte.tv/fr/3238690.html: reportage sur la police en Allemagne et en France sur arte.tv du 8 juin 2010

 

● Alain Vincenot. Les larmes de la rue des Rosiers. Préface d’Elie Wiesel. Editions des Syrtes, Paris, 300 pages, 20 euros.

Il y a soixante-dix ans, dès l’été 1940, le gouvernement de Vichy prenait ses premières mesures anti-juives. D’autres allaient suivre, recouvrant d’une chape de peur la rue des Rosiers et son vieux quartier parisien, dont l’histoire remonte au Moyen Âge. Au XIXe siècle, beaucoup de Juifs d’Europe de l’Est fuyant les pogroms s’y installèrent. Ils appelaient le quartier le Pletzl, mot qui signifie « la petite place » en yiddish.

Entre 1940 et 1944, la « petite place » s’est arrêtée de respirer. Jadis animées, les ruelles se sont figées. Puis la vie est revenue rue des Rosiers. Les façades des immeubles ont été ravalées. Des boutiques jeunes ont succédé aux vieux commerces. Les logements exigus et insalubres ont été remodelés en appartements confortables. Quant aux locataires, les cadres ont remplacé les ouvriers. Toutefois, les murs du Pletzl n’ont pas oublié les joies du passé ni les malheurs endurés. Ils parlent pour peu qu’on sache les écouter. Comme parlent les anciens, dont les parents s’étaient enracinés sur ces quelques hectares parisiens. Avant guerre ils avaient connu un village enveloppant, familier, avec ses odeurs de charcuterie, de fromage fermenté et de hareng mariné, ses paliers bruyants, vétustes et surpeuplés, l’espoir en un avenir meilleur qui se dégageait des ateliers… L’Occupation leur a volé leur enfance, leur adolescence.

Les souvenirs qu’ils ont confiés à ce livre, cimentent un chapitre de l’Histoire de France.

Au 36, rue des Rosiers, le père de Suzanne Malamout, d’origine russe, était ouvrier boulanger. Sa mère venait de Roumanie. A la Libération, Suzanne n’a retrouvé que deux frères. Son père, sa mère, ses trois autres frères et ses deux sœurs avaient été déportés à Auschwitz.

Les parents de Victor, Maurice et Régine Zynszajn tenaient une épicerie, 54, rue des Rosiers. Il ne reste d’eux que quelques lettres écrites à Drancy, avant leur départ pour « une destination inconnue ». Ceux de Léa Stryk-Ziegelman, étaient artisans maroquiniers à domicile, 8 rue des Guillemites. Pris dans la rafle du XIème arrondissement, du 21 août 1941, son père a été assassiné à Auschwitz. Egalement déportés, le père de Sarah Romen-Traube, qui vendait du poisson sous le porche du 27, rue des Rosiers, celui de Lucien Finkielsztejn, 74, rue Saint-Antoine, celui de Clément Lewkowicz, boucher 12, rue des Rosiers, arrêté avec sa fille Rosette, 12 ans.

Claude Hampel, lui, entama, au début des années soixante, un apprentissage de compositeur-typographe chez Gelbard, une imprimerie du 20 rue Ferdinand Duval. Il était né en octobre 1943, dans une cave, près de Varsovie. Un polonais avait sauvé sa mère, enceinte, alors qu’arrêtée dans le ghetto, elle était poussée dans un wagon pour Treblinka.

Parmi les autres témoins figurant dans le livre : Frida Wattenberg, du 13, rue des Ecouffes. Son père et quinze membres de sa famille ont été déportés. Adolphe Korman, du 26 rue de Rivoli. Il conserve la plaque en cuivre de brocanteur que la préfecture de police avait  délivrée à son père. Le 16 juillet 1942, il a assisté à l’arrestation de son copain Félix et de toute sa famille. Milo Adoner, dont le père disait à ses six enfants : « Toute la famille ensemble, il faut rester ensemble. » Milo est le seul survivant la rafle du 28 septembre 1942 qui vida le 10-12 rue des Deux-Ponts de sa cinquantaine de familles. Au 25, rue des Rosiers, Alexandre Halaunbrenner a perdu son père, fusillé pour acte de résistance, son frère, Léon, 14 ans, mort d’épuisement en Haute-Silésie, et ses deux petites sœurs, Mina, 9 ans, et Claudine, 5 ans, raflées à Izieu…

Dans la préface, Elie Wiesel écrit : « Sionistes, socialistes, communistes, riches et pauvres, érudits et moins instruits, à travers chaque Juif que le tueur tuait, c’est la mémoire ainsi que l’avenir du peuple juif tout entier qu’il visait. Et l’ouvrage remarquable d’Alain Vincenot le confirme. Sa description de la rue des Rosiers et des rues avoisinantes est bouleversante de vérité vécue et partagée ».

 

● Jean-Dominique Merchet. Une histoire des forces spéciales. Éditions Jacob-Duvernet. Paris. http://editionsjd.com/ Contact: Louis de Mareuil, tél. 01 42 22 63 65. Louis.sfg@noos.fr

Sorti en librairie le 2 février 2010, le livre de Jean-Dominique Merchet dont nous avions présenté l’an dernier dans ces pages d’« Eurbag » le livre « Mourir pour l’Afghanistan », n’est pas consacré au thème qui viendrait à l’esprit du profane. Ce n’est pas un livre sur les services secrets, sur les exécuteurs du Mossad ou les hommes de Ben Laden, comme le mot « spécial » pourrait le suggérer. Rien à voir non plus avec ce qu’entendaient les nazis par « traitement spécial » (Sonderbehandlung), c'est-à-dire l’exécution en masse de détenus, souvent par ces troupes spéciales, en effet, qu’étaient les « groupes d’intervention » (Einsatzgruppen) chargés de liquider les partisans, les prétendus « sous-hommes » et autres ennemis potentiels du nazisme dans les territoires occupés en Europe de l’Est. Ce ne sont pas non plus des unités d’élite proprement dites, comme le seraient les CRS ou la gendarmerie mobile de la police française, souvent appelées aussi forces spéciales. Il y a là une difficulté sémantique.

En France finalement, nous avoue Merchet, la définition est simple, elle est donnée, note l’auteur, par le Commandement des opérations spéciales (CSO) qui existe depuis 1992 : « Les opérations spéciales sont menées par des unités des forces armées spécialement désignées, organisées, entraînées et équipées pour atteindre des objectifs stratégiques désignés par la CEMA ». L’auteur trouve cette définition « amusante » parce qu’elle dit que « les opérations spéciales sont menées par des forces spéciales », une sorte de tautologie. Il faudrait, pour lors, définir d’abord ces opérations. Le point est important, parce que l’objectif doit être légitime, conforme au droit de la guerre, ce qui n’a pas toujours été le cas dans le passé. Toujours est-il que ces unités ont leur place dans l’imaginaire collectif et qu’elles sont « à la mode », comme l’a dit le général Gorgelin, cité par J.-D. Merchet. Des citations, en particulier celle de Joseph Kessel (p. 89), remettent les choses à leur place. La mort est leur métier… pourrait-on on dire.

Et pour s’en convaincre, il suffit de lire (p. 141 et suiv.) les exploits douteux  de Paul Aussaresses à Alger que l’auteur n’épargne pas. Seulement, il ne faut pas prendre à la lettre les vantardises d’un Aussaresses ni les propos d’un romancier. Peut-être l’auteur n’a-t-il pas insisté justement sur ce qui est devenu l’objectif principal nous semble-t-il des forces spéciales aujourd’hui, à savoir sauver des vies, de civils en particulier, en les extrayant de situations inextricables et dangereuses pour leurs vies. Encore l’auteur relate-t-il plusieurs opérations de ce genre qui n’ont pas toutes réussi comme l’opération américaine Desert One en Iran en 1980. D’autres évoquées trop rapidement dans le livre (mais on ne peut pas être totalement exhaustif) ont été magnifiques, comme la prise d’assaut de l’Airbus sur la piste de Marignane par le GIGN le 26 décembre 1994 qui a certainement évité à la France un « 11 septembre » avant la lettre. Mais alors pourquoi ne pas avoir évoqué (sauf erreur) la GSG9 de la police allemande et l’extraordinaire et très efficace attaque de l’Airbus de la Lufthansa à Mogadiscio en octobre 1987 ?

On constate malheureusement une fois de plus que de l’Allemagne, les Français qui ne la connaissent pas ont retenu essentiellement ce qui s’est passé pendant la Seconde Guerre mondiale, et que l’Allemagne d’aujourd’hui, leur principale alliée, est pour eux « Terra incognita ». Merchet ne croit-ils pas à l’Europe ? Au noyau franco-allemand de l’Europe ? Passons. Ces forces mystérieuses et souvent secrètes ne sont pas toutefois insaisissables. Il s’agit souvent, explique Merchet,  d’unités héroïques infiltrées en terrain ennemi pour liquider, saboter, préparer l’intervention militaire proprement dite. A troupes spéciales, entraînement particulier et méthodes différentes. L’auteur a mais sur les commandos, les troupes d’élite, les unités de choc, bref toutes les forces qui ont vécu des aventures risquées. Mais ce sont souvent des unités qui ont pignon sur rue bien qu’on ne connaisse pas les visages de leurs hommes, ni les endroits où elles sont stationnées ou déployées, leurs lieux d’entraînement et affectations. Elles datent de la plus haute antiquité, comme l’indique Merchet au début de son livre sans prétendre écrire une histoire complète de ce genre de soldats. Le livre porte le titre d’ailleurs « UNE » histoire de ces troupes. Il n’a aucune ambition à l’exhaustivité. Ne serait-ce d’ailleurs pas folie ? Ce n’est pas le travail d’un historien professionnel, mais d’un journaliste qui connaît la chose militaire.

« C’est un livre forcément subjectif, dans lequel l’auteur n’a pas cherché à cacher ses inclinaisons et son point de vue”, a écrit l’éditeur. Merchet ne témoigne en effet d’aucune complaisance à l’égard de ce genre d’armée, même si secrètement, il l’admire pour son cran. On ne peut qu’apprécier l’objectivité de l’auteur qui se garde avant tout d’héroïser les commandos comme on le fait souvent dans le roman ou le film. L’ouvrage est très documenté et sa démarche est clairement avouée. Il dresse un état des lieux des forces spéciales et aborde la manière de faire la guerre, de combattre autrement. Quelle différence existe-t-il entre les services français de forces spéciales au sein des armées ? Comment les Français ont-ils arrêtés les criminels des guerres bosniaques ? Comment agissent-ils contre les Talibans ? Comment interviennent-t-ils dans les pays africains ? L’ouvrage se divise en quatre parties : “l’idée, la forge, l’épreuve, l’emploi”, qui permettent à Jean-Dominique Merchet de partir de l’origine antique des forces spéciales, avant de raconter leur création pendant la seconde guerre mondiale, puis la période de l’après-guerre jusqu’aux années 1990 et enfin l’emploi des forces spéciales françaises depuis la création du COS en 1992.

Jean-Dominique Merchet,  journaliste à « Libération » et écrivain, est l’auteur de Caroline Aigle, Vol brisé et Mourir pour l’Afghanistan aux Éditions Jacob-Duvernet ainsi que de Défense Européenne, la grande illusion, chez Larousse.

 

 

jacket image for Reflections on the Revolution in Europe by Christopher Caldwell● Christopher Caldwell. "Reflections on the Revolution in Europe", Penguin. 2009.

   Christopher Caldwell, un journaliste américain de renom, grand reporter au Weekly Standard, mais aussi éditorialiste au New York Times et au Financial Times, est peut-être le Burke de ce XXIe siècle qui commence. Son enquête sur l’immigration islamique en Europe et un chef d’œuvre. Et un signal d’alerte. Un livre qui fera date. Mais à lire de suite. Mais qui était Edmund Burke ?

     Burke avait été, à la fin du XVIIIe siècle, l’un des chefs du parti libéral anglais, les whigs. A ce titre, il avait pris le parti des catholiques irlandais contre leurs maîtres protestants, celui des Insurgents, les rebelles américains, contre la Couronne, et enfin celui de l’Inde contre la colonisation. Mais le même Burke devint, après 1789, l’un des adversaires les plus résolus de la Révolution française, et surtout son premier adversaire intellectuel d’envergure, alors que les autres libéraux avaient tendance à l’approuver et à la soutenir. Dans une série d’essais publiés entre 1790 et 1792,  sous le titre général de Réflexions sur la Révolution en France, il devait s’en expliquer. Le nouveau régime continental, notait-il, était libéral et démocratique en théorie, mais despotique en pratique ; tout en invoquant la liberté, il la supprimait ; sous couvert de philosophie et de raison, il donnait libre cours à des pulsions destructrices. Il constituait donc une fraude – ou une perversion. Si bien qu’en le combattant, les vrais libéraux ne trahissaient pas leurs convictions, mais au contraire les défendaient.
   Caldwell s’est mis de lui-même dans la filiation du grand whig  en intitulant Réflexions sur la Révolution en Europe un livre récemment publié chez Penguin. Mais c’est surtout par le fonds qu’il soutient la comparaison. Comme Burke, Caldwell décrit une Révolution que les libéraux et autres esprits généreux – la gauche, en termes d’aujourd’hui - se croient forcés de soutenir. Comme lui, il conclut à un piège dangereux. La principale différence, c’est que la crise française des années 1790 était de nature politique et sociale ; tandis que la crise européenne actuelle se situe dans les domaines démographique, culturel et religieux. Il ne s’agit plus, comme voici deux cents dix ans, d’abolir les ordres privilégiés ou la monarchie, mais d’accélérer la substitution d’une population à une autre dans toute l’Europe, et donc d’une civilisation par une autre. 
    On l’aura compris, Caldwell parle de l’immigration et de ses conséquences. D’autres auteurs s’y sont essayés depuis une trentaine d’années. Rares sont ceux qui ont pu se faire entendre. La force de Caldwell, c’est d’avoir mené une enquête particulièrement complète, dans tous les pays européens. Et d’avoir évité tout ce qui pourrait, de près ou de loin, s’apparenter au racisme. Il ne dénonce pas, mais observe, avec minutie. Ses conclusions ont d’autant plus de poids.

   Selon lui, les immigrants ont été plutôt bien traités depuis les années 1950, et leur condition n’a cessé de s’améliorer. Partout où ils ont souhaité s’intégrer au pays d’accueil, ils ont pu le faire. Et enfin, là où ils ne l’ont pas souhaité, l’Europe n’a pris aucune mesure de rétorsion, mais au contraire cherché à s’adapter elle-même à cette nouvelle présence. Une telle capitulation constitue, a priori, un « mystère ». En fait, elle ne fait que refléter le collapsus démographique du continent (« un quart de la population a plus de 60 ans ») et les valeurs pacifistes et ultra-démocratiques qui ont prévalu après la Seconde Guerre mondiale.
   Ce qui donne à cette évolution un tour alarmant, c’est que la plupart des immigrants, aujourd’hui, sont originaires de pays musulmans, et que l’islam se pense et se conduit en civilisation universelle et conquérante. Le refus d’intégration n’est donc plus une exception, mais la règle. Et la tolérance européenne facilite l’entrée massive de populations décidées à remodeler l’Europe à leur image. « On peut affirmer avec certitude que l’Europe ne sortira pas indemne de sa confrontation avec l’islam », note Caldwell.
« A l’heure actuelle, c’est à l’islam et non à la civilisation européenne ou ses valeurs démocratiques que les immigrants accordent une légitimité politique… Ils acceptent les institutions européennes dans la mesure où celles-ci ne freinent pas l’expansion de l’islam. Ils les rejettent quand elles deviennent un obstacle. »

    Caldwell consacre plusieurs pages de son livre à l’avenir des Juifs européens. Sur ce sujet comme sur les autres, on ne peut qu’admirer sa lucidité. Il observe que pour beaucoup de musulmans, l’antisémitisme, y compris sous ses formes négationniste et néo-nazie,  est « un moyen commode de participer à la culture européenne sans s’intégrer ». Il redoute aussi ce qu’il appelle « la tentation du bouc émissaire » : plutôt que de se mesurer à telle ou telle forme de violence islamique, de nombreux responsables européens affirment que celle-ci cessera, ou baissera en intensité, « quand le conflit israélo-palestinien sera résolu ». Ce qui revient à offrir aux Juifs un choix « horrible » : abandonner leurs frères israéliens ou être considérés comme les vrais responsables d’atrocités éventuelles commises sur le sol européen.

                                                                                                                                                                Michel Gurfinkiel

 

● Nicolas-Philippe PIOT. "Noms dits et autres friandises". Patrice du Puy Editeur - 2009 - 432 pages, 29€.

Nicolas Sarkozy est un noble authentique qui ne porte pas son titre, Dominique de Villepin est un roturier qui porte un titre de noblesse.

Nicolas-Philippe Piot, spécialiste des titres nobiliaires, a intitulé avec malice un nouveau guide qui se charge de faire le tri entre les vrais et les faux nobles «Noms dits et autres friandises». Ce ouvrage sous forme d’annuaire examine 10 000 patronymes français d’apparence noble. Le titre du livre fait allusion à un bon mot du (vrai) duc de Saint-Simon qui désignait ainsi les usurpations de noblesse. L’ouvrage comporte trois fois plus de noms que le recensement du ministère de la Justice, gardien du Grand livre du Sceau, qui répertorie les actes de noblesse et estime en effet les familles subsistantes dont les ancêtres ont réellement bénéficié de titres à 3.200 seulement, hormis la noblesse étrangère. Pour certains, la descendance est authentique. Pour d'autres, les particules ont été gagnées en relevant des noms de terre ou à la grâce d'une opportune erreur d'un officier d'état civil. Il en ressort notamment que les ancêtres hongrois de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bosca ont bénéficié de lettres de noblesse attribuées par le roi Ferdinand II en septembre 1628, à Vienne. Ancien président du CNPF, le patronat français, Ernest-Antoine Seillière ne doit lui son titre de baron qu'à la relève arbitraire par ses ancêtres d'une branche cadette éteinte, renforcée en 1886 par des quartiers de noblesse papale sans aucune valeur en France. Parmi les roturiers les plus célèbres, on relève le journaliste Patrick Poivre d'Arvor, la styliste Inès de la Fressange, l’ancien président de la Répubilque Valéry Giscard d'Estaing, l'ancien Premier ministre Dominique Galouzeau de Villepin, l'académicienne Hélène Carrère d'Encausse et Geneviève de Fontenay. Cette dame qui chaperonne les Miss France, a été la compagne de Louis Poirot, dit «de Fontenay» dans la Résistance. Geneviève de Fontenay a bénéficié d'un changement de nom paru au Journal officiel en 2007.
«Je révèle l'histoire vraie de ces noms d'honnête bourgeoisie ou d'authentique roture fabriqué à coups d'ordonnances et décrets, voire après adoption, au point d'avoir aujourd'hui toutes les apparences de la noblesse», souligne l'auteur. «Le plus étonnant est que des patronymes apparemment communs comme Pichon sont d'authentique noblesse française, malgré l'absence de particule», ajoute-t-il. La République française accorde aux descendants de la vraie noblesse l'ajout du titre (prince, duc, baron, comte, marquis, vicomte...) sur les pièces d'état-civil, mais son usage a été supprimé en 1975 lors des réceptions officielles sur décision de VGE.

 

 

 

Patrick Buisson : „1940-1945 Années érotiques“ Ed. Albin Michel, Paris 2009 - ISBN 978-2-226-18688 1

Patrick Buisson, directeur de la chaîne Histoire, a réalisé un gigantesque travail de recherche pour cette „encylopédie“ de la sexualité à l´heure de l´Occupation. Des zazous aux faiseuses d´anges, des „pantalonnées“ à la prostitution des femmes de prisonniers, le premier tome „Vichy ou les infortunes de la vertu“ nous plonge dans une France abattue par la défaite, subjuguée par l´“homme nouveau“ incarné par les forces d´occupation, et tout simplement… en mal d´homme : “Un homme vaincu est-il encore un homme?“.

Plus d´un million de Français sont prisonniers ou plus tard enrôlés dans le STO, laissant les femmes seules, tentées par ces occupants si virils, ou tout simplement contraintes, pour nourrir leur famille, de se prostituer (60% des prostituées à Paris sont des femmes de prisonniers). La „danse sur le volcan“, la rage de vivre ouvre les portes à une sexualité débridée, qui s´affiche aussi bien en pleine rue que dans les salles obscures ou bien dans le métro, à la faveur d´une alerte à la bombe.

Le gouvernement de Vichy, avec à sa tête le fringand Pétain, peine à instaurer une nouvelle politique moraliste tout en fermant les yeux sur l´homosexualité (surtout lorsque des soldats allemands sont impliqués) et les enfants illégitimes (natalité oblige). Paradoxalement, c´est sous Vichy que les moeurs auront été les plus relâchées - comme le dit Sartre, „jamais nous n´avons été plus libres que sous l´occupation allemande“. Pour contrer la vague d’avortements qui s’abat sur la France, c’est à ce moment que le législateur légalise les naissances sous x, appelées à l’époque, né de père inconnu.

Les défaites allemandes à partir de 1942 et l´influence croissante des Résistants vont mettre un terme au „plus grand lupanar de l´Europe“ qu´est devenue la France. Dans le second tome, „De la Grande Prostituée à la revanche des mâles“, l’auteur se penche particulièrement sur la „collaboration horizontale“, qui concerne aussi bien Arletty, Coco Chanel que de modestes femmes de prisonniers, et qui va se terminer en grand règlement de compte national : jalousies, rancoeurs et machisme accompagnent la tonte systématique des „embochies“. „Les tontes de l´été 44 constituent une revanche à la fois collective et individuelle sur la défaillance masculine au printemps 40“. Mais en 44, ce sont les vainqueurs, après les Allemands, qui vont une nouvelle fois humilier la fierté masculine française en flirtant (ou violant) les Françaises libérées.

Là où Vichy a échoué, le gouvernement unissant gaullistes, communistes et démocrates-chrétiens triomphe : les valeurs morales et familiales sont rétablies, la fermeture officielle des maisons-closes est décrétée en 1946, la politique nataliste devient priorité nationale et renvoie les femmes à leurs cuisines. Il faudra attendre encore 20 ans pour accéder à la véritable libération (de la sexualité) des femmes. (AB)

                                                                                                                                                                

 

"Frau, komm!" - Münch, Ingo von Ingo von Münch.„Frau, komm!“ – Die Massenvergewaltigungen deutscher Frauen und Mädchen 1944/45 ("Femme, viens !" – Les viols de masse de femmes et de jeunes filles allemandes en 1944/45). Ares Verlag, Graz (Autriche). 2009. ISBN 978-3-902475-78-7

Les viols à titre de représailles ont toujours été un des effets collatéraux des guerres. Mais ce qui s’est passé lors de l’entrée en Allemagne de l’Armée rouge entre la fin de 1944 et mai 1945 (et plus tard aussi) dépasse tout ce qu’on a connu. Pour des millions de jeunes filles et de femmes cet appel des Russes « Femme, viens » (« Frau, komm ») est devenu un cauchemar.

 Ingo von Münch, professeur de Droit et ancien sénateur de Hambourg à la Justice, s’est penché sur ce thème très douloureux  et très difficile  qui n’est jamais évoqué aujourd’hui encore que dans le contexte des autres drames de la fin de la guerre. A Berlin-Treptow se dresse encore le monument à la gloire du soldat soviétique, protecteur des enfants, vainqueur du fascisme et libérateur de l’Allemagne en 1945. Or la réalité fut tout autre.

Dans le flot de publications sur la Deuxième Guerre mondiale, le livre « Anonyma » – « Une femme à Berlin » (en France aux Editions Gallimard/folio) et sa version filmée a été le seul ouvrage à aborder ce thème. Alexandre Soljenitsyne et Lev Kopelev qui étaient membres de l’Armée rouge en Prusse orientale ont bien été les seuls parmi les russes à parler de ce problème. Kopelev fut enfermé d’ailleurs dix ans dans l’archipel du Goulag pour avoir témoigné de la « compassion envers l’ennemi ».

L’auteur, lngo von Münch, cherche à analyser les causes de ces infamies et le fait qu’elles aient été ensuite frappées d’un tabou. La propagande diffusée surtout par Ilya Ehrenburg, la sauvagerie des soldats après trois ans de guerre, le désir de vengeance et la saoulerie (au sens propre du terme), enfin la certitude de détenir la victoire sont les raisons généralement avancées pour les plus de 100 000 viols perpétrés par des soldats de l’armée soviétique durant leur offensive et après leur victoire sur l’Allemagne. « Le vainqueur humilie le vaincu en violant sa femme ».  

La honte a souvent empêché les femmes et les jeunes filles de parler de leur martyre – et pourtant, ce sont les auteurs de ces crimes qui devraient avoir honte et non pas leurs victimes – Ou bien elles ont fait du refoulement. Le tabou s’est greffé là-dessus parce que ces sévices ont eu lieu en Allemagne de l’Est, la future RDA ou, par la force des choses, toute critique du « grand frère soviétique » était interdite. A l’Ouest, tous ceux qui considéraient les Allemands comme un « peuple victime » et non pas comme un « peuple criminel » étaient taxés de révisionnisme.

Il restitue à chacune des victimes qu’il évoque, le droit à la parole, chacun de ces destins est une descente en enfer. Puisse ce livre contribuer à faire considérer les viols dans le cas de guerre comme des crimes de guerre passibles de poursuites (comme par exemple au Congo de l’Est où depuis des années les femmes sont devenues un gibier).

Avec sa précision et son objectivité, le livre répond aux exigences de la rigueur scientifique. Mais la preuve que l’histoire contemporaine n’est pas encore à la hauteur, est apportée par le fait que cet ouvrage n’a pas trouvé d’autre éditeur en Allemagne que les Editions ARES  dont la maison mère, les Editions Stocker, publie des périodiques situés politiquement à la droite de la droite (comme la revue « Ordre Nouveau »).

Or l’auteur appartient au Parti libéral allemand, associé aujourd’hui au gouvernement d’Angela Merkel, et ne peut être suspecté de révisionnisme ni d’extrémisme. C’est tout de même navrant que cette grave question des viols de masse, souvent suivis de l’assassinat ou du suicide des victimes, ne puisse encore trouver en Allemagne ou en Autriche un éditeur plus neutre. De nos jours encore, les crimes de guerre ne sont pas traité avec toute la neutralité requise à des fins de justice ou de réparation de préjudices matériels et moraux. (AB)

 

                                                                                                                                                                                    

Jean-Paul Picaper. « Berlin-Stasi ». Editions des Syrtes. Paris. 2009.

Berlin, 9 novembre 1989… Le mur est ouvert. La RDA ferme boutique. Son existence ne tenait qu’à un mur. Un mur qui n’était que la partie visible de l’iceberg. Dessous se cachait la Stasi, ce monstre tentaculaire de la guerre froide, cette police secrète à qui rien n’échappait. C’est dans son antre que nous emmène l’auteur.

Pendant près de trente ans, il a affronté à Berlin-Ouest et en RFA les agitateurs et désinformateurs stipendiés de la Stasi, déjouant ses traquenards à Berlin-Est et en RDA.

A partir de son vécu, de témoignages poignants, d’entretiens avec des espions et leurs victimes, il nous entraîne dans les arcanes du « meilleur service d’espionnage de l’histoire », et nous fait vivre le quotidien d’une dictature.

Paru le 29 octobre 2009 - Vous pouvez commander ce livre directement aux Editions des Syrtes, 74 rue de Sèvres. F-75007 Paris (20 euros au lieu de 22, port gratuit).

Dans la presse :

« Je dois avouer que ce livre est passionnant, et m'a ramené vingt ans en arrière, écrit Bruno Racouchot, Editeur de « Communication et influence ». J'avais eu l'occasion de visiter l'Allemagne de l'Est (ainsi que les autres pays de l'Est) avant la chute du mur et j'ai retrouvé beaucoup d'impressions et de souvenirs à travers vos lignes. C'est vivant, bien écrit, sans concession, solide, bien étayé. Vraiment j'ai pris plaisir à le lire, même si par moments, l'ambiance est tellement bien rendue que j'ai éprouvé un sourd sentiment d'angoisse... que l'on avait d'ailleurs vraiment à l'époque dans certaines circonstances. Le procès du communisme n'a pas été fait et ne sera pas fait, nous sommes peu à nous souvenir d'une Europe coupée en deux. A cet égard, ce livre est un formidable travail pour que cette époque et ces souffrances ne soient pas oubliées ».  

Alexis Arette, président de « Renaissance Aquitaine » écrit pour le quotidien régional « Eclair Pyrénées » : « Résumer les 500 pages de l'ouvrage est impossible. Je dirai cependant que le travail de la Stasi était inscrit dans le projet de Lénine qui avait dit : "Qui tient Berlin, tient l'Allemagne. Qui tient l'Allemagne tient l'Europe !". La Stasi sera donc  l'agent impitoyable de la tentative de conquérir Berlin-Ouest, avant la conquête de l'Allemagne... Ce sont tous les moyens mis en place par la Stasi que recense Picaper. Mais ce qui pourrait être un catalogue, frémit ici par l'intimité qu'a l'auteur avec le sujet qu'il traite. C'est en partie grâce à cela que l'ouvrage sera accessible à tout honnête homme qui veut s'instruire, mais il ravira ceux qui ont vocation d'enseigner l'Histoire, et, s'il existe encore  des hommes politiques capables de tirer la leçon des évènements, ils disposeront d'une mine où ils pourront puiser ».

 Dans le "Midi-Libre" du 11 novembre, Marie-Edvige Hébrard a écrit : "Mêlant récits autobiographiques et narration historique, "Berlin-Stasi" retrace l'histoire de "la firme", autre nom de la police secrète est-allemande. Dans la deuxième moitié des années 60, l'auteur s'est retrouvé aux premières loges dans ce théâtre qu'a été l'université de Berlin, d'où il a observé la radicalisation des étudiants de ce côté du mur d'abord, puis de toute l'Allemagne, préambule à celle des étudiants français et américains et bien sûr français : une radicalisation et une contestation allumées et attisées par la Stasi elle-même. Mais c'est bien pour rappeler l'horreur de ce système autoritaire que Jean-Paul Picaper pense cet ouvrage et éclaire d'un jour nouveau l'histoire de la guerre froide, à travers "sa guerre froide". (...) Plus de 200 000 indicateurs, agents, mouchard, agents doubles, tueurs à gages, spécialistes du renseignement, de la manipulation et de la désinformation auraient animé ce service tentaculaire".

 

Michel Bassi. "Le Syndrome de la grenouille" "L'incroyable complot de la CIA contre la France". Editions Alphée. Jean-Paul Bertrand. Paris. 2009

"Prenez une grosse grenouille, mettez là dans une grande bassine d'eau et faites chauffer l'eau peu à peu". C'est en ces termes qu'un dirigeant de la CIA annonce le traitement que réservent les Américains à la France dans ce roman du journaliste Michel Bassi. Curieux que ce dirigeant s'appelle "John P. Gates" à une époque où le ministre de la Défense américain s'appelle Robert Michael Gates qui fut effectivement pendant 26 ans président de la CIA et remplaça plus tard Donald Rumsfeld à la tête du Pentagone sous George W. Bush et fut repris par Barrack Obama au même poste. Le dirigeant français de la société EURAERO,  qui est évidemment EADS, ne s'appelle lui que "Robert", mais sans doute s'agit-il de Louis Gallois, tandis que son associé-ennemi allemand porte un nom anglo-saxon "Summers", mais il s'agit bien évidemment de l'Allemand Tom Enders, venu de la DASA pour prendre la tête d'Airbus-EADS. Notre confrère Michel Bassi dont nous nous sentons proches, notamment parce qu'il est comme nous chroniqueur du quotidien régional français "Eclair Pyrénées", voit donc les Américains, "certains Américains" précise-t-il quand même, ébouillanter une société française d'aéronautique très performante tandis que les Allemands attisent le feu. Et pourquoi ? Parce que "JetAir", autrement dit Airbus, menaçait la suprématie dans les airs de Boeing (pour la firme américaine, le nom est en clair dans le roman).

Quelle est la trame de l'intrigue ? Airbus grignote des parts de marché à Boeing et commence même à lui damer le pion avec certains appareils, le dernier né de la famille, l'A480 est même très supérieur au futur "Dreamliner" de Boeing qui peine à voir le jour. Alors Gates conçoit ce plan diabolique dont le nom officiel est "Back to the Leadership" et fait entrer ses alliés allemands dans le capital de JetAir en flattant leurs ambitions. Une fois germanisée, JetAir devient EURAERO et le patron de JetAir, Jean-Luc Lagardère, qui avait cru pouvoir tenir les Allemands en échec, mais est tombé dans le piège, meurt dans des circonstances mystérieuses dans lesquelles la CIA a peut-être trempé. En utilisant une belle espionne américaine qui séduit le cadre français Loriot, un des intimes de Lagardère, Gates sème la zizanie dans le camp français. Mais son challenger français Lafitte, décrit par l'auteur de façon beaucoup plus sympathique que l'Américain, lui rend la monnaie de la pièce en collant une belle espionne française aux basques de Summers. Ces dames transmettent à leurs patrons respectifs des confidences très économico-politiques recueillies sur l'oreiller. Comme cela va de soi, l'espionne américaine s'amourache du Français, tandis que sa collègue française, patriote pur sucre, reste ferme, elle, et fidèle à son chef. Les petites Françaises sont comme ça...

L'intrigue montée par l'Américain va un peu plus loin puisqu'il utilise les zizanies qui déchirent le camp français après la disparition du grand patron Lagardère, pour monter une opération de fausse dénonciations sur une fausse liste où l'on reconnaît aisément "Clearstream". Cette affaire catastrophique pour la droite française ne peut-elle vraiment avoir germé dans l'Hexagone? Toujours est-il que c'est assez bien vu, les Gaulois fidèles au chef tant qu'il vit, s'entre-déchirent comme un panier de crabes dès qu'ils sont entre eux. Tel est le sort de la nation française tandis que les Anglo-saxons, eux, obéissent à d'autres lois, régies par l'intérêt matériel au service d'une ambition mondiale et que les Allemands sont animés tout simplement par une intense volonté de puissance longtemps réfrénée. Il y a du vrai dans tout cela, y compris dans les caractères des uns et des autres. C'est le premier bon point du roman. Le second est de nous faire entrer dans l'intimité des "grands" des affaires et de la politique d'une manière assez véridique. Donc, ce roman peut être lu comme une initiation à la politique et au monde du business par ceux que normalement ces univers-là ennuient. D'autant que la grande originalité du roman est d'utiliser les noms en clair des principaux acteurs. Sarkozy, Villepin, Chirac, Claude Guéant, et autres apparaissent dans le roman en chair et en os. Ce n'est pas usuel dans un roman de politique fiction où les leaders portent toujours des noms d'emprunt, ce qui parfois dérange beaucoup, car ils sont trop connus pour utiliser des pseudonymes...

C'est incontestable que les Etats-Unis visent le leadership mondial et qu'ils ont une attitude plus qu'ambiguë à l'égard des Européens. C'est clair qu'en cofondant Airbus avec les Français, le Bavarois Franz-Josef Strauss avait fait gagner vingt ans à l'Allemagne à laquelle les traités d'après-guerre avaient rogné les ailes en matière d'aéronautique. Cela dit, certes, la vie politique et la vie des affaires prennent souvent les allures d'un combat à couteaux tirés, mais après avoir lu ce roman, on a l'impression de ne plus pouvoir faire confiance à personne. Quand même, Nicolas Sarkozy s'est rapproché des Etats-Unis et de l'Allemagne, comme il le dit d'ailleurs dans le roman de Bassi. Il y a donc des méthodes politiques pour contrer "les méchants". Tout n'est pas noir. Or, ce qui me dérange dans ce livre dont nous recommandons pourtant vivement la lecture, c'est qu'il s'en dégage une certaine xénophobie anti-américaine et surtout antiallemande. C'est clair que Bassi connaît bien les Etats-Unis, mais que, comme les Français en général, il ne connaît pas l'Allemagne, notre plus proche alliée. (JPP)

 

 

Jean-Paul Picaper : "Opération Walkyrie - Stauffenberg et la véritable histoire de l'attentat contre Hitler". (Editions de l'Archipel, Paris. 300 pages - 19,95 €) . Avec une Préface de Horst Köhler, Président de la République Fédérale d‘Allemagne. (Vous pouvez commander ce livre aux Editions de l'Archipel, 34, rue des Bourdonnais, F-75001 Paris - e-mail : jdbecricom@wanadoo.fr)

Dans les coulisses du complot du 20 juillet 1944
Ce complot contre Adolf Hitler est l’événement le plus marquant de la Résistance allemande au nazisme. Il visait à éliminer le dictateur, à revenir à la démocratie et à mettre un terme à la guerre en Europe. Jean-Paul Picaper revient sur l’organisation de ce complot et expose les raisons de son échec : jusque là, toutes les tentatives d’assassinat d’Hitler ainsi que les actions subversives les plus héroïques avaient échoué ; l’urgence se faisant sentir, la mission est confiée à Claus von Stauffenberg, colonel qui avait un accès direct et régulier à Hitler. L’opération Walkyrie est lancée. Lors d’une réunion au QG du Führer, Stauffenberg est chargé de placer deux charges d’explosif dans la pièce. Gêné par son handicap (il a été blessé en 1943 lors d’une opération en Afrique du Nord, et a perdu un œil, sa main droite et deux doigts de sa main gauche), il n’a le temps d’activer qu’une charge explosive. De plus, la mallette placée sous la table est déplacée par un officier ; l’explosion fera de nombreuses victimes, mais quelques rescapés, dont Hitler, survivront sans même être blessés. Les conjurés, fine fleur de la nation allemande, subiront la torture, les pires humiliations et quelque 6 000 personnes seront exécutées. Loin de se limiter à l'attentat du 20 juillet 1944, ce livre donne un panorama complet de la Résistance antihitlérienne en Allemagne, des tentatives d'attentats contre le "Führer", plus nombreux qu'on le pense généralement et aussi une analyse de la personnalité psychotique d'Hitler, "la cible".

Ancien professeur de science-politique à l’université de Berlin-Ouest puis pendant vingt-six ans correspondant du Figaro en Allemagne, Jean-Paul Picaper écrit aujourd’hui pour Valeurs Actuelles, Politique internationale et plusieurs journaux allemands. Il réside depuis 40 ans à Berlin. Il a publié une vingtaine d’ouvrages en allemand et en français dont, Nicolas Sarkozy et l’accélération de la politique (en allemand, Gollenstein Verlag, 2008), Le Nouveau défi européen. Conversations avec Otto de Habsbourg (Fayard, 2007), Angela Merkel, une chancelière à Berlin (J.-C. Gawsewitch éditeur, 2005), L’Or des Nazis (Tallandier, 1997), Helmut Kohl (Fayard, 1995). Ses livres Enfants maudits (2004) et Le Crime d’aimer (2005), parus aux éditions des Syrtes, ont fait découvrir au grand public l’existence des « enfants de la guerre » nés d’un soldat allemand de l’armée d’occupation en France (1940-44) ou d’un prisonnier de guerre ou d’un STO français en Allemagne (1940-45).

Une enquête riche, des documents et des témoignages rares et complets de survivants ou d’enfants des conjurés, qui éclairent l’opération du 20 juillet et ses héros.

La préface du président de la République fédérale d’Allemagne, Monsieur Horst Köhler, au livre de Jean-Paul Picaper sur la Résistance allemande antinazie.

Je me réjouis que Jean-Paul Picaper présente aux lecteurs français un livre sur la Résistance allemande à Hitler, en particulier sur les conjurés du 20 juillet 1944. Ce chapitre de l’histoire du « IIIème Reich » n’est guère connu en dehors de l’Allemagne.
Le 20 juillet est la partie la plus visible de la Résistance qui s’est formée en Allemagne sous la dictature. Une Résistance aux multiples facettes, avec beaucoup de formes et de nombreux visages, animée par des motifs très divers, qui fut plus fréquente et répandue dans le pays qu’on ne l’a longtemps admis.

Certes, elle fut souvent modeste et pas très efficace, mais elle a bel et bien existé. D’aucuns ont ressenti que le droit ne peut pas être impunément violé, qu’on ne peut exclure, voire assassiner des êtres humains eu égard à leur origine. Qu’on n’a le droit d’opprimer ni la liberté de pensée, ni la liberté d’expression.  Et que le sens de la bienséance et de la justice ne peut être aboli. Il y eut des Allemands qui cachèrent des persécutés, qui traitèrent des travailleurs forcés avec humanité, qui aidèrent des juifs à fuir.

Que ce n’était pas déplacé  d’entrer en dissidence, que leur foi en Dieu, leur honneur et leur conscience leur imposent de commettre un attentat contre un chef de l’Etat également chef des armées – n’était certainement pas le sens de la berceuse que les soldats et officiers du 20 juillet 1944 avaient entendu chanter par leurs mères. Car cet acte allait à l’encontre de toutes les traditions dans lesquelles ils avaient grandi, de presque toutes les convictions et impératifs qui formaient la trame de leur vision du monde. Ils durent sans doute lutter violemment contre une voix intérieure opposée à leur décision finale. Que de douleurs eurent-ils à endurer en explorant ainsi leur conscience – cela échappe aujourd’hui à notre appréciation. La foi chrétienne qui avait fini par inspirer la décision à nombre d’entre eux ne leur a pas facilité les choses : de quel droit pouvait-on rompre un serment ? Se révolter contre l’autorité étatique ? C’était pour eux tous des questions difficiles, aucun ne les a prises à la légère.

Sans oublier qu’au début un nombre non négligeable de conjurés avaient été, comme bien d’autres, gagnés par l’enthousiasme que suscitait le nouvel Etat d’Adolf Hitler. Ainsi étaient-ils devenus les instruments dociles de ses plans, au point de concevoir et de réaliser avec lui les guerres de conquête.

Se transformer en opposant, voire en auteur d’un attentat, fut souvent l’aboutissement d’un long processus. Ainsi, des hommes se liguèrent malgré toutes sortes de barrières qui les auraient sans cela séparés les uns des autres : des conservateurs et des socialistes, des officiers et des déserteurs, des nobles et des représentants du monde ouvrier. Ce qui les unissait était sans aucun doute le désir de voir restauré le règne de la liberté et du droit, comme on peut le lire dans le projet de gouvernement des conjurés.

Cette attitude et l’entente par delà les clivages sociaux ont jeté – même si beaucoup ne l’avaient pas perçu tout de suite – les bases morales et intellectuelles d’une nouvelle Allemagne. Ce fut aussi et enfin la chance à saisir pour promouvoir la réconciliation des Européens. Raison de plus pour faire connaître la Résistance allemande en Europe.

La Résistance sous ses diverses formes et aspects n’effacera aucun des crimes commis. Elle ne sera pas non plus l’instrument dont on se servira pour faire contrepoids à l’horreur.  Rien ne peut racheter les assassinats et les crimes contre l’humanité. Et pourtant les petits et les grands actes de Résistance brillent jusqu’à nos jours. Ils montrent que l’humanité, la morale et le courage civique n’ont pas été totalement détruits.

 Le 20 juillet 1944 fut la dernière chance pour que des Allemands se débarrassent eux-mêmes de la dictature. Après cet échec, la guerre se poursuivit jusqu’à sa triste fin de sorte que défaite et libération furent une seule et même chose. L’Allemagne n’a pas pu se libérer toute seule de la barbarie. Mais l’action et le témoignage du 20 juillet ont assurément contribué à faire des vainqueurs et des libérateurs nos amis.

                                                                                           Horst Köhler, président de la République Fédérale d’Allemagne.

Le président Horst Köhler - Qui est Horst Köhler, ce président qui s'est fait déjà entendre plusieurs fois y compris pour contrer certaines décisions gouvernementales, notamment en matière d'économie, sa spécialité? Il est né en 1943 à Skierbieszow en Pologne, septième de huit enfants d'une famille de paysans d'origine allemande. Ses parents avaient été chassés de Bessarabie (Roumanie). En 1944, fuyant devant l'Armée rouge, ils fondèrent une nouvelle exploitation agricole près de Leipzig. Mais le communisme est-allemand n'aimait pas les paysans et Mme Köhler décida en 1953 qu'on fuirait à l'Ouest par Berlin-Ouest. pour que les enfants aient de meilleures chances dans la vie. Ils passèrent quatre ans dans des camps de réfugiés avant de s'installer à Ludwigsburg en Souabe. Horst Köhler obtint son baccalauréat en 1963, finança lui-même ses études d'économie politique en travaillant, diplômé d'économie en 1989, docteur à Tübingen en 1977 avec une thèse sur le sujet "Moins de travail grâce au progrès technique". Il entre au ministère de l'Economie à Bonn, puis à Kiel, est nommé en 1990 secrétaire d'Etat par Theo Waigel. Il a préparé l'Union monétaire avec la RDA, négocié à Moscou le retrait des troupes soviétiques d'Allemagne et dirigé les négociations allemandes au Traité de Maastricht. Köhler fut le "sherpa" économique d'Helmut Kohl.

En 1993, il avait quitté ses fonctions au gouvernement pour raisons familiales et était devenu président de la Fédération des Caisses d'épargne, puis chef de la BERD à Londres et est enfin poussé par Gerhard Schröder au poste de directeur du FMI à Washington. Son choix comme candidat président de la République fédérale en 2004 avait été un coup de maître d'Angela Merkel. 

 Horst Köhler a été brillamment réélu le 23 mai 2009 pour un second mandat à son poste de président de la République fédérale d'Allemagne.  Sa majorité dans le collège électoral où les Länder sont fortement représentés, était garantie par la CDU de Mme Merkel et  la CSU bavaroise le soutenaient les Libéraux FDP et les Electeurs libres de Bavière, lequels avaient annoncé qu'ils voteraient en sa faveur. Parmi les sociaux-démocrates SPD, certains émettaient des réserves sur la candidature de l'ancienne professeur de politologie Gésine Schwan comme candidate socialiste contre Horst Köhler. D'aucuns pensaient que Mme Schwan, "la candidate à la chevelure en nid de cigogne," comme l'appellent certains, allait ramasser une nouvelle veste comme lors la dernière élection qui avait hissé Horst Köhler sur le pavois le 4 mai 2004. La réélection de Horst Köhler fut un bon démarrage pour Mme Merkel dans la campagne à sa propre réélection aux législatives du 27 septembre suivant. Elle a obtenu sa majorité à elle avec les libéraux FDP, comme nous l'avons décrit en long et en large dans nos rubriques ci-dessous "Allemagne-France" et "Deutschland-Frankreich". Voir nos analyses...

 

 

 

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