Nous conserverons ici l’éditorial et quelques articles des numéros précédents.
FRANZÖSISCHE AUSGABE
L’Europe
doit résister à la démagogie populiste
Jean-Dominique Giuliani *
Le succès des « Vrais Finlandais », le seul parti qui avait progressé aux législatives finlandaises du 17 avril dernier, a marqué une nouvelle avancée des populistes. Cette tendance concerne désormais presque tous les pays européens. Au Danemark aussi, libéraux et conservateurs ont besoin pour gouverner de l’appui du « Parti du peuple danois », de tendance nationaliste. Et l’on a vu Copenhague rétablir au mépris de Schengen sa frontière avec l’Allemagne, dès que Rome et Paris ont créé un doute sur la libre circulation des personnes.
En France, Marine Le Pen a le vent en poupe. Son « Front National » propose de sortir de l’euro, et en somme de l’Europe. Nous n’avons pas de parti europhobe de ce genre en Allemagne, mais de nombreuses personnalités et groupements y multiplient les recours devant le Tribunal constitutionnel contre de prétendus abus de pouvoir et ingérences de l’Europe et toute une presse vitupère à Berlin Outre-Rhin contre le sauvetage des partenaires endettés en oubliant tout ce l’Union Monétaire a rapporté à l’Allemagne et lui rapporte encore sur les marchés de notre continent.
Le virus populiste est contagieux. La crise économique le nourrit ; l'immigration, dont l'Europe est devenue le premier continent d'accueil, l'entretient. Mais ses racines sont ailleurs. Ce repli identitaire est d'abord un refus de la globalisation, de la liberté de circulation, une angoisse face à une compétition économique internationale plus rude, une peur du déclin. Le vieillissement de la population européenne l'amplifie. Depuis le tournant du siècle, les partis extrémistes ne cessent d'enregistrer des succès en accusant les élites d'être les artisans d'une mondialisation qui détruit les emplois traditionnels. Ils magnifient l'État-nation comme le seul véritable rempart contre un prétendu complot mondialiste qui enrichirait quelques-uns sur le dos des peuples au mépris de leurs racines et de leurs spécificités.
L'immigration est accusée d'être la cause du chômage. Or, l'effondrement démographique de l'Europe n'est même pas compensé par l'immigration nette d'un million de personnes par an, de moins en moins acceptée faute d'une intégration, aujourd'hui en panne. Le discours populiste est aussi un discours anti-immigrés et d'exclusion. Moralement condamnable, il est surtout totalement contraire aux intérêts nationaux et européens. Une étude américaine de Daniel Hamilton explique ainsi que, pour garder la même force de travail, l'Union européenne (moins de 20 millions d'étrangers pour 501 millions d'habitants) devrait tripler le rythme actuel de son immigration. On se demande si certains peuples d’Europe qui n’aiment pas les nouveaux-venus ne se détestent pas eux-mêmes plus encore. Si ce n’était pas le cas, n’auraient-ils pas davantage d’enfants ? Aiment-ils encore la vie ?
Le populisme, c'est enfin un euroscepticisme sans nuances, qui accuse la construction européenne d'être le cheval de Troie de la mondialisation et l'élément le plus destructeur des identités nationales. Il plaide pour une fermeture des frontières sur notre continent, pour l'instauration de droits de douane et souvent la fin de l'euro. Autant d’absurdités que les responsables politiques européens ont du mal à combattre. Les institutions de l'Union, pour leur part, ne sauraient se contenter de gérer l'ouverture du continent, sans corriger, ou plus exactement sans mieux assumer, leur rôle de promotion et de défense de l'Europe dans le monde. Elles doivent parler aux peuples et pas seulement aux États.
La question migratoire doit être abordée franchement et pas seulement sous l'angle technique d'accords de Schengen dont l'application n'est trop souvent contrôlée que sur le seul papier. En outre, on ne peut sans danger continuer à n'envoyer aux Européens en difficultés qu'un seul message punitif, celui de la rigueur, des économies, de la baisse des salaires et des garanties sociales, avec des arguments techniques définitifs. Pour que les disciplines soient acceptées, elles doivent s'inscrire dans des solidarités plus effectives et des objectifs politiques crédibles de redressement économique. Ce message d'espoir fait défaut.
Il serait pourtant justifié par les atouts d'une Europe qui garde de puissants leviers d'action sur la scène mondiale, une économie forte, un niveau et une qualité de vie sans équivalent dans le monde développé. Et, surtout, une certaine conception de l'homme et de la société ou les libertés, les solidarités et la générosité ont encore leur place.
* Président de la Fondation Robert-Schuman
● Helmut Kohl, père de l’unité allemande
Sous un temps maussade mais dans la joie, plus de 100 000 personnes ont célébré le 9 novembre 2009 le 20ème anniversaire de l’ouverture du mur de Berlin. Une vingtaine de chefs d’Etats et de gouvernements de l’Union Européenne, parmi eux Nicolas Sarkozy, et pour les Etats-Unis Hillary Clinton, étaient présents devant la Porte de Brandebourg. Mais le nom du principal artisan de la réunification allemande, Helmut Kohl, était singulièrement absent des discours des politiques et des commentaires des médias. Cela nous a désagréablement frappés. Qui a dit que les absents ont toujours tort ? Ils ont tort d’être absents. Mais nous pouvons nous rassurer : dans vingt ans, dans trente et cent ans, plus personne ne parlera dans ce contexte de ceux qui étaient ici le 9 novembre 2009. Pour l’histoire, Kohl restera, comme Bismarck un siècle avant lui, le père de l’unité allemande. A cela près que Bismarck unifia l’Allemagne par le fer et le sang et que Kohl la réunifia par le compromis et la négociation. Ses compatriotes ont témoigné envers ce grand homme une incroyable ingratitude, notamment quand ses adversaires politiques firent campagne contre lui en 1999-2000 pour des malversations qu’il n’avait pas commises et dont la justice l’a relaxé ensuite.
Néanmoins,
on avait vu l’ancien chancelier Kohl (79 ans) quelques jours plus tôt sur la
scène du Friedrichstadtpalast, lors d’une célébration de cette « Victoire de la
liberté » aux côtés de Mikhaïl Gorbatchev (78 ans) et de George Bush senior (85
ans). Il était assis dans une chaise roulante. Cet homme de très grande taille et d’un poids
conséquent était tombé au début de l’année dernière dans l’escalier de sa maison
d’Oggersheim en Rhénanie-Palatinat. Blessé au genou et à la tête, il a depuis du
mal à marcher et a des problèmes d’articulation du langage. Après la mort
tragique de son épouse Hannelore, l’ancien chancelier a retrouvé un appui en la
personne de Maike Richter, docteur en Economie, qui l’a épousé. Faute de pouvoir
prononcer les discours qu’il affectionnait jadis, l’ancien chancelier saisit
les mains de ses deux amis, le Russe et l’Américain, tandis que le président de
la République fédérale, Horst Köhler, remerciait les trois hommes d’avoir « ouvert
des portes et des portails pour des millions de gens » et les remerciait « au
nom des Allemands et des peuples d’Europe ».
S’adressant aux 1 800 personnes invitées par la Fondation Konrad-Adenauer, George Bush qui semble encore très en forme, malgré la canne sur laquelle un mal de hanche l’oblige de s’appuyer, qualifia Kohl de « grand homme d’Etat ». Toujours aussi volubile, le visage un peu plus rond, mais pareil à lui-même, Gorbatchev que sa fille accompagne depuis la mort de son épouse Raïssa, lança que les Etats-Unis, sous Obama, « ont besoin eux aussi d’une perestroïka ». Et de décerner un compliment à Angela Merkel qui « dirige son pays avec compétence », ce qui attira un sourire sur les lèvres de la chancelière. Helmut Kohl esquissa un sourire en direction de Gorbatchev, disant que sa relation avec lui et avec Bush avait été « une chance ». L’amitié envers Gorbatchev avait « monté d’un cran à chaque rencontre ». L’ex-chancelier fit état de sa « fierté d’avoir fait l’unité allemande ». Mais, ajouta-t-il avec un brin de modestie, à l’époque, il y a vingt ans, « le ciel nous avait aidés ».
La participation de la chancelière allemande Angela Merkel aux cérémonies traditionnelles de commémoration du 11 novembre à Paris n’a pas été moins significative. La télévision française TF1 n’a pas manqué de souligner à cette occasion que l’hymne allemand a été joué pour la première fois devant l’Arc-de-Triomphe. Conformément au rituel, Mme Merkel a ranimé avec Nicolas Sarkozy la flamme du soldat inconnu. A Berlin, au niveau politique, on a beaucoup apprécié ce geste du président français qui montre que l’hostilité ancestrale est devenue amitié et que les guerres fratricides entre nos deux nations ne se renouvelleront plus jamais. « Vive l’amitié franco-allemande » lança Angela Merkel avec un merveilleux accent allemand, répondant au « Wir sind Berlin » de Nicolas Sarkozy, prononcé avec non moins d’accent français devant la Porte de Brandebourg.
Ce 11 novembre, le Français a parlé du « trésor » de l’amitié franco-allemande. Les commentaires et lettres de lecteurs de citoyens français se sont répartis entre les « éternels belligérants » qui se sont plaint de ce détournement de la victoire de 1918. En Allemagne aussi, les lettres de lecteurs adressées aux journaux étaient plutôt acides. Il faut que les gens s'habituent, les temps nouveaux ne sont pas encore entrés dans toutes les têtes et certaines sont particulièrement dures, pour ne pas dire bouchées. Mais les amis de l’Europe ont salué cette initiative le jour où nos deux peuples sont unis dans le deuil des « Landser » et des « Poilus » et se tournent vers un avenir commun. Cet avenir sera défini dans une déclaration commune qui verra le jour probablement au début de l'année 2010. La 20ème célébration de la réunification allemande, le 3 octobre 2010 mettra un point d'orgue à ces projets.
„J’ai été touchée par le fait que Sarkozy ait rappelé les souffrances des deux peuples dans cette épouvantable guerre, a écrit Ulrike Ruppel dans le quotidien berlinois „B.Z.“ le 12 novembre. Les notions de victoire et de défaite – elles ne jouent plus aucun rôle entre nos deux peuples ».
Reste un problème : l’absence à l’Elysée d’un conseiller compétent du président pour l’Allemagne alors qu'à la chancellerie allemande on ne manque pas de diplomates parlant parfaitement le français et connaissant bien la France. La gaffe du 11 novembre était à cet égard éloquente. Sur les programmes de la journée, on avait écrit que l’hymne allemand « Deutschland über alles » serait exécuté. Visiblement, nul ne savait dans l’entourage présidentiel que l’hymne allemand a éliminé cette strophe et s’appelle aujourd’hui le « Deutschlandlied » ou « Das Lied der Deutschen ». Les paroles sont « Unité, droit et liberté pour la patrie allemande », étonnamment proches par le sens de notre « Liberté, égalité, fraternité ». Le gros du vivier politique français est ce qu’il a toujours été en matière d’Allemagne : ignorant. (JPP)
→ Pologne : Parmi les nombreux jeunes Européens : Espagnols, Français, Tchèques, qui ont pris part aux festivités de commémoration de l'ouverture du mur de Berlin, le 9 novembre 2009, il y avait un groupe de 150 élèves et étudiants polonais envoyés par le "Projet : Polska" et le "Dom Spotkan z Historia (Maison des Rencontres avec l'Histoire). Cette initiative s'appelle : "Razem 89" (Ensemble 89). Avec Lech Walesa, l'initiateur légendaire de "Solidarnocz", qui fut le premier en 1979 à organiser une contestation de masse dans le Bloc soviétique, ils avaient été placés tout au long de la rangée de dominos qu'il s'agissait symboliquement de faire tomber. Le domino polonais fut le premier à être renversé par Walesa, en souvenir de la rébellion de "Solidarnocz" en 1980 et de la "Table Ronde" de février 1989. Celle-ci aboutit aux premières élections libres polonaises du 4 juin 1989. Mais surtout elle donna le coup d'envoi au séisme qui fit tomber l'empire soviétique. Cette mission des jeunes Polonais avait pour but de montrer qu'ils vivent "ensemble" dans la Maison Europe avec leurs compatriotes européens des autres nations qui forment notre UE.
→ Des semaines durant, à l'automne 2010, le nom de Thilo Sarrazin, 64 ans, ex-sénateur au Finances de Berlin et membre du conseil de la Bundesbank depuis le mois de mai, avait défrayé la chronique. Cet homme politique social-démocrate n'avait pas ménagé les bénéficiaires de l’assurance chômage Hartz IV ( «Ils aiment bien le confort"), les étudiants ( «Des trous du cul») et les fonctionnaires ( «Blêmes et puants»). Et voici qu’il s’en prend maintenant aux Turcs et aux Arabes de Berlin au risque de finir prématurément sa carrière ! «Je ne dois tirer mon chapeau à aucun de ces gens qui vivent aux frais de l’Etat, mais refusent de lui prêter allégeance, qui n’éduquent pas correctement leurs enfants et produisent constamment des fillettes qu’on affuble d’un voile islamique ». Immédiatement, le chef de la Bundesbank, Axel Weber, un camarade de parti de Sarrazin a répliqué, disant qu’il craint que l’ancien sénateur ne ternisse la bonne réputation de sa banque et qu’il faut réparer au plus vite le dommage qu’il a causé. Le comble : le parquet de Berlin envisageait même des poursuites contre Sarrazin pour « démagogie ». Bref, on ne peut plus dire en Allemagne ce que tout le monde pense. Sous peine d’être déféré en justice. Mais Sarrazin ne lâche pas le morceau. Il vient de publier un livre autour de ses thèses. Anticipant son éviction du directoire de la Bundesbank, il avait de lui-même démissionné. Après maintes réflexions et tergiversations, son parti le SPD dont il est membre depuis un quart de siècle, a mis en route une procédure d'exclusion.
Mais le pugnace ex-sénateur n’était pas totalement dans le faux. Selon une étude menée par le Commissaire à l'intégration du gouvernement fédéral, on compte parmi les immigrés – qui viennent en Allemagne essentiellement de Turquie et de pays arabes - deux fois plus de chômeurs et de délinquants que dans la moyenne nationale. Les bénéficiaires de subsides étatiques sont également deux fois plus souvent représentés parmi les migrants et leurs enfants que dans la population autochtone. Le politologue Prof Arnulf Baring est d'accord avec Sarrazin : «Sur le fond, personne ne peut le réfuter: l'Allemagne a un énorme problème avec ses immigrés de Turquie et du monde arabe! Mais dans un pays comme le nôtre, celui qui s’écarte du politiquement correct est tout de suite cloué au pilori ! ». L’écrivain Ralph Giordano souligne que « Sarrazin a raison d’insister sur la situation épouvantable qui règne dans les sociétés parallèles. Les illusionnistes qui célébraient la société multiculturelle, les bons apôtres professionnels, les bisouilleurs de service et les romantiques sociaux, ces prédicateurs de la paix universelle nous ont gâté la sauce. Il ne faut pas leur céder ni se laisser museler par eux ». En publiant son livre "Deutschland schafft sich ab" qui a dépassé le million d'exemplaires vendus, Sarrazin a ouvert la boîte de Pandore. Il était temps que le vrai débat commence. Mais il a payé son incartade par une mise à la retraite anticipée du directoire de la Bundesbank.
Le 30 octobre 2010, dans le journal "Bild am Sonntag", ce terrible rouspéteur s'en prenait au président de la RFA Christian Wulff et à la chancelière Merkel: "C'est faux de dire que l'Islam fait partie de l'Allemagne, a-t-il souligné. La culture allemande s'est développée sans faire référence à l'Islam. Que des millions de concitoyens musulmans vivent en Allemagne, ne changera rien à cela". Sarrazin avait répondu à ses détracteurs à l'automne précédent : "Quelquefois j'ai l'impression que nous nous évoluons vers une république de femmelettes". Il avait vivement critiqué l'attitude du président allemand Wulff lors de la visite de celui-ci en Turquie, observant qu'il n'avait rien dit "contre la situation pas très réjouissante des chrétiens en Turquie" et qu'il avait distillé une "sauce d'harmonie très kitsch ". Les pressions l'intérieur de son parti, le SPD, pour lui retirer sa qualité d'adhérent sont très fortes, mais selon certains observateurs la direction du SPD attendrait pour cela que les régionales de 2011 soient passées afin de ne pas être taxée d'intolérance. D'autant que Sarrazin n'a fait que formuler des évidences.
L'attitude des dirigeants allemands en matière d'immigration n'est pas très harmonieuse. Angela Merkel s'est prononcée pour accueillir davantage de personnes qualifiées issues de l'immigration dans les services publics allemands à des fins d'intégration. De son côté, le ministre-président bavarois Horst Seehofer a déclaré sous les applaudissements de son parti qu'il fallait stopper toute immigration en Allemagne, y compris celle de personnels qualifiés.
Angela
Merkel et Nicolas Sarkozy à l’unisson au Sony Center de Berlin
Un plaidoyer pour une Europe plus stable et plus forte, phare de la paix dans le monde
C’est sur la Potsdamer Platz, au cœur de Berlin, qu’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont fait meeting commun, ce dimanche 10 mai 2008, en vue des élections européennes du 7 juin prochain. Longuement applaudi, le couple franco-allemand a scellé son unité dans la lutte pour une Europe plus forte, devant plus de 2000 personnes. Affichant une harmonie de pensée quasi parfaite, ils ont dit non à l'élargissement de l'UE tant que tout le monde n'aura pas ratifié le Traité de Lisbonne, et non à l'entrée de la Turquie comme Etat membre dans l’Union Européenne. "Il est juste de dire aux gens, lors de cette campagne pour les élections européennes, que nous ne pouvons pas faire entrer tout le monde en Europe en tant que membre à part entière", a déclaré la chancelière. "Notre position commune est donc la suivante: un partenariat privilégié pour la Turquie, mais pas une adhésion pleine et entière."
"Quand Angela Merkel dit : l'Europe doit avoir des frontières, elle a raison. Parce qu'une Europe sans frontières sera une Europe sans volonté, sans identité, sans valeurs. Et, si l'Europe ne défend pas ses valeurs, qui le fera a la place de l'Europe ?", a ajouté le président, qui a offert à la Turquie l’adhésion à l’Union pour la Méditerranée dont Mme Merkel a dit qu’elle la soutenait , notamment pour «aider les peuples d’Afrique à coopérer pacifiquement».
Sous le drapeau de leur parti commun aux Européennes, le PPE, (Parti Populaire Européen) qui regroupe les partis conservateurs et libéraux d’Europe, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel sont conscients des valeurs transnationales et universelles qui unissent leurs deux mouvements politiques. Des valeurs dont Hans-Gerd Pöttering, le président du Parlement européen qui était avec eux sur cette scène du Nouveau Berlin, s’est fait l’avocat dans tous ses discours et ses écrits.
Ce fut
une manifestation très mobilisatrice devant les jeunes de la Jeune Union
chrétienne démocrate qui avait invité à cette manifestation et devant les
Jeunes UMP. Elle a montré que la CDU/CSU et l’UMP étaient les partis
porteurs de l’avenir de l’Europe. Qui aurait dit il y a cinquante ans que les anciens gaullistes
tiendraient un jour le fanal de l’Europe et de l’alliance franco-allemande ?
Nicolas Sarkozy a proclamé que celle-ci était « un trésor pour le monde
entier » qui « dépassait nos deux nations ». « L’Europe, a
ajouté le président, ne peut pas s’accorder sur le minimum alors que le monde
entier attend le maximum de l’Europe ». Faisant allusion à la réforme des
institutions européennes, Nicolas Sarkozy a dit notamment que l’Union Européenne
« ne peut pas changer de président tous les six mois ».
Les deux chefs d’Etat et de gouvernement ont surtout montré par leurs discours improvisés et très acclamés qu’ils étaient capables de mobiliser les jeunes générations au service d’un avenir constructif. « Je voudrais dire à la jeunesse allemande, a lancé Nicolas Sarkozy : la France vous aime, la France vous admire, la France est votre amie. Elle ne vous craint pas. Elle veut vous ressembler dans votre industrie, dans votre compétence. Quand Angela défend les intérêts de l’Allemagne, elle le fait d’une façon admirable ». Tandis que la chancelière souriait à ce propos, le Président ajouta : « C’est une femme que j’admire et que je respecte ». « La question n’est pas de savoir qui sera le premier ou le second en Europe. La France est totalement engagée dans l’Europe et dans le PPE. Vive l’Allemagne et la France, vive l’amitié franco-allemande ».
Le président retrouvait là presque des accents « gaulliens ». Il a quand même rappelé qu’il avait, lui, adhéré à l’OTAN, levant ainsi un contentieux franco-américain et surtout franco-allemand vieux de 43 ans. Seulement, a-t-il précisé, « je me sens proche des Etats-Unis et j’ai voulu être dans l’OTAN, mais ne je suis pas pour un système sans régulateurs où les profits sont toujours pour les mêmes. De cela nous ne voulons pas. D’un système om l’on pillerait les ressources de la planète. De cela nous ne voulons pas ». Le président a rappelé qu’il est allé récemment s’incliner à Verdun devant les morts, y compris les morts allemands, ces « jeunes victimes » qu’une mauvaise politique avait « menés dans l’impasse ». « Il faut haïr la guerre, a-t-il crié sous les applaudissements, mais jeunes de la CDU et de l’UMP soyez prêts à défendre nos convictions et nos valeurs ».
Nicolas Sarkozy a bien précisé que les Français n’ont plus « peur de l’Allemagne », selon la formule galvaudée. « L’Allemagne réunifiée est au service de la paix. L’Allemagne et une grande nation et le monde a besoin de l’Allemagne. La France est à ses côtés quand elle demande à être un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies. Nous avons les mêmes valeurs, Nous sommes pour le capitalisme réformé, pour l’économie sociale de marché et des entrepreneurs. Nous n’acceptons pas ceux qui par cupidité ont conduit le monde au bord du gouffre. L’Europe ne veut pas subir. L’Europe a besoin de frontières. L’Europe a fait adopter le paquet énergétique et défend l’écologie ». Finalement le président s’est adressé à son jeune public « Est-ce que votre génération sera à la hauteur des pères fondateurs de l’Europe ? Ils avaient fait la réconciliation alors que nos deux peuples se détestaient encore. Ils ont pensé à l’avenir, comme Kohl et Mitterrand quand ils ont fait l’euro. Ceux qui ont eu peur de la réunification allemande ne voyaient que le passé. Quand le Mur de Berlin est tombé, ce fut un très beau jour de paix ».
Auparavant, Angela Merkel avait déclaré que la monnaie unique était « beaucoup plus que de l’argent » parce que « ceux qui ont la même monnaie ne font plus jamais la guerre les uns contre les autres ». La chancelière avait plaidé à la manière allemande « pour une Europe stable » alors que le président était à la manière française plutôt pour une Europe dynamique. Mme Merkel a remercié Nicolas Sarkozy d’accueillir pour la première fois des soldats allemands en France dans le cadre de la Brigade franco-allemande. « C’est un grand geste, a dit la chancelière. Nous en sommes très reconnaissants et nous considérons cela comme un signe de confiance en l'Allemagne", promettant d’être à ses côtés contre « ceux qui veulent détruire les valeurs de liberté et de démocratie ». Un des buts de l’Europe est « la prospérité pour tous, selon le mot de Ludwig Erhard, voilà à quoi nous travaillons, l’Etat doit se charger de cela », a-t-elle ajouté, admettant ainsi la gouvernance politique de l’économique et du social, une concession à la doctrine française.
On a vu au discours de Mme Merkel que le point de vue allemand s’était beaucoup rapproché de la vision française de la politique et de l’économie, à la faveur de la crise actuelle. La chancelière a enfin défendu le traité de Lisbonne, c'est-à-dire le projet refondu de Traité constitutionnel européen qui débureaucratisera l’Europe, stabilisera la Commission et donnera des pouvoirs plus étendus au Parlement, de façon à démocratiser l’Union. Jetant enfin le gant aux adversaires socialistes et communistes du PPE « porteur des traditions des pères de l’Europe », la chancelière a résumé par ces mots son programme : « Nous ne misons pas sur l’envie et la jalousie mais nous voulons mobiliser les forces vives des citoyens ».
Il est
évident que cette manifestation européenne était pour le président français un
petit coup de pouce apporté à la réélection d’Angela Merkel le 27 septembre
prochain. Si la chancelière est reconduite, comme c’est probable, avec une
majorité à elle, ce qui l’est moins, alors ils mettront en œuvre un grand
programme européen qui devrait comporter une refonte du Trait de l’Elysée et un
projet européen pour les cinq ans à venir. Les deux politiciens ont procédé à
des mises au point claires et nettes : pas de Turquie dans l’Union Européenne,
l’Europe aura de frontières, l’Allemagne et la France seront à égalité, y
compris aux Nations Unies, avec un droit de veto pour l’Allemagne et l’euro est
le ciment de notre alliance et notre rempart contre la crise financière. Enfin,
l’Europe est l’alliée des Etats-Unis, mais le pays qui a déclenché la crise
mondiale ne peut pas nous imposer son système économique et n’a pas à nous
dicter nos options. (MP/JPP)
Climat
▪ Pourquoi les mages de l’écologie sont
aujourd’hui dans le pétrin
Nous traversons actuellement une phase climatique plutôt étrange. Ce n'est pas exactement le réchauffement climatique tellement annoncé que nous vivons, mais des bizarreries de la nature. Quand le soleil se montre, les températures montent nettement au-dessus des moyennes saisonnières. Quand le ciel se fait nuageux, elles descendent au-dessous des moyennes enregistrées depuis des décennies. Nous avons eu en 2010 un été brûlant avec çà et là de la sècheresse. Jusqu’en octobre le Sud de notre continent au dessous de la ligne du Main et de la Loire a connu des jours chauds avec des températures dépassant les 30 degrés. Puis, dans la seconde moitié du mois d’octobre, des températures inférieures aux moyennes saisonnières sont arrivées, presque hivernales avec de la neige en montagne à 500 mètres d’altitude. Peut-on parler d’un réchauffement climatique en Europe ? Le début de l'hiver 2010-11 a été nettement plus froid qu'à la normale et en janvier puis en février 2011 deux coups de chaleur sont survenus inopinément, fondant la neige et grossissant les rivières. Le climat joue au yoyo. Il semble qu'il soit plutôt déréglé. La nature subit des turbulences, ce sont tantôt des vents très forts, des averses violentes qui causent des inondations, ou au contraire la sècheresse qui entraîne de gigantesques feux de forêts. Nous n'avons pas besoin de nommer ici les parties du monde qui ont été touchées dans l’année 2010 par ces catastrophes. Qu'en est-il ? Ces phénomènes ne peuvent pas provenir de la seule activité humaine.
Et voilà que les météorologues nous prédisent l’hiver le plus dur depuis une centaine d’années. Il ya 50 ans, les fleuves du Nord de l’Europe avaient gelé. IL fallut déblayer le Rhin au brise-glace. On a mesuré une moyenne de 5,5 degrés au dessous de zéro en Allemagne au cours de l’hiver 1962. C’est ce qui pourrait à nouveau se produire. D’une part, au Nord de l’Europe une concentration de froid s’est accumulée, de l’autre le Golfstream ne transporte plus autant de chaleur qu’à l’ordinaire et cette année il s’est encore affaibli. Déjà au cours des deux dernières années, il ne nous a plus autant réchauffés et cette année ce déficit s’est aggravé. Si le Golfstream s’arrêtait de couler, nous aurions en Europe une nouvelle ère glaciaire. Ce n’est pas encore d’actualité, mais la catastrophe pétrolière dans le Golfe du Mexique y a contribué. « Pour pomper le pétrole, la BP a déversé dans l’Océan plus de 7,5 millions de litres de Corexite, un produit chimique. Cela pourrait être une des raisons pour lesquelles le Golfstream ne coule plus régulièrement et que devant la côte de la Caroline du Nord aux Etats-Unis, il s’est littéralement brisé », a déclaré le météorologue Dominik Jung au quotidien allemand « Bildt ». Mais tous les experts ne sont pas de son avis. « Il n’ya a là-dessus aucune étude scientifique. Le Golfstream est stable ». Néanmoins, après janvier, février, mars et en Allemagne après septembre 2010 le mois d’octobre déjà a connu des moments de froid nettement au-dessous de la saison. Il y avait dix ans que cela ne s’était pas produit.
Raison pour laquelle nous résumons ci-après les découvertes de quelques scientifiques qui s’inscrivent en faux contre la thèse du réchauffement climatique. Le phénomène est certainement beaucoup plus complexe et varié qu’un simple réchauffement. Nous avons retenu en particulier la thèse d’un scientifique danois selon lequel les nuages ne sont pas le résultat mais la cause des changements climatiques et d’après lequel leur densité dépend du soleil et non des hommes. Son avis se distingue nettement des idées en vogue et c’est la raison pour laquelle il a capté notre attention.
Nous avions déjà souligné dans le numéro d’automne 2009 d’« Eurbag Magazine » une coïncidence troublante, fortuite bien entendu, mais bizarre. Au moment où se tenait à Copenhague une conférence mondiale pour freiner le réchauffement climatique, une vague de froid et de neige presque sans précédent envahissait l’Europe. Ce qui avait immanquablement amené la question : ne sommes-nous pas davantage menacés par le refroidissement que par le réchauffement ? En toute objectivité, nous devons admettre aujourd'hui qu'à un hiver polaire a succédé un été saharien, tout au moins en juillet 2010.
Le climat se refroidit apparemment et se réchauffe tout à la fois. Il oscille surtout beaucoup plus fortement que jadis. On peut peut-être rappeler dans cet ordre d'idées que le géologue britannique William Patterson a lu dans les sédiments d’un lac irlandais qu’il n’avait fallu que six mois, il y a 13 000 ans, pour que l’Europe tempérée se couvre de glace pendant 1 300 ans. Un ralentissement brutal des eaux du Gulf Stream dû à la coulée des eaux glacées d’un lac canadien dans les océans Arctique et Atlantique était à l’origine de cette glaciation.
Sans nous pencher sur la question de savoir si nous sommes à la veille d’un refroidissement plutôt que d’un réchauffement climatique ou le contraire, la question qui se pose est de savoir si les industries humaines ont un impact aussi décisif sur le climat que d’aucuns nous l’assurent depuis plus de trente ans, ou bien si notre climat ne dépend pas d’autres forces que l’homme ne peut pas maîtriser. Dans ce contexte, nos yeux se tournent immédiatement vers le soleil qui nous donne le chaud quand il brille et le froid quand il s’absente, comme chacun le sait d’expérience.
Nous constations au début du mois de janvier dernier que, source avérée de réchauffement, les tâches solaires qui auraient dû normalement augmenter en nombre depuis 2002, se faisaient attendre. Depuis un an sinon plus la montée moyenne des températures tellement dénoncée et annoncée avait cessé. Le 15 janvier, notre confrère Christophe Doré écrivait dans les pages scientifiques du « Figaro » que « pendant deux ans, le soleil avait affiché un calme inquiétant ». « Les experts, poursuivait ce journaliste, cherchent à comprendre pourquoi il est resté dans un « minimum profond » aussi longtemps et à savoir si cette léthargie aurait des conséquences directes sur la Terre » (notre photo montre la seule tâche solaire visible, n°1042, à la mi-janvier 2010).
Allait-on vers un retournement de tendance ? Entre-temps, certes, l’astre du jour a repris un peu de tonus. Une éruption solaire de classe M8.3, la plus puissante depuis 2004, s’est produite le 12 février dernier à 11 h 26 GMT, comme l’a annoncé l’Institut de physique Lebedev (FIAN) de Moscou. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps. A l’automne, puis à la Noël, déjà, le soleil avait connu quelques soubresauts, comme le communiquait la Nasa, mais ces réveils n’étaient pas assez importants pour permettre de conclure qu’on revenait dans le cycle normal d’activité qui se manifeste communément tous les onze ans. De toute manière, notre étoile s’était éteinte aussitôt. Pendant 266 jours, l’astre central était resté vierge de taches noires, signe de reconnaissance d'une reprise d'activité. Du jamais-vu depuis le début du XXe siècle !
Il y a de quoi inquiéter car la survie de la planète dépend de l’activité solaire. Cela ne veut pas dire que nous mourrons tous en grelottant, mais une corrélation directe entre l’activité solaire et les transitions du chaud au froid et inversement sur notre planète a été constatée par deux scientifiques qui ont mis ensemble leurs découvertes. Le paléontologue canadien Jan Veyzer avait constaté en analysant des coquillages fossiles une périodicité de 140 millions d’années du chaud et du froid sur terre. Mais il n’avait pas d’explication pour ces variations de températures mesurées à partir de données géochimiques. L’astronome israélien Nir Shaviv, de l’Université de Tel Aviv, la lui a donnée : tous les 150 millions d’années environ, notre système solaire qui se déplace à travers la « Voie lactée », comme on appelle notre galaxie, traverse un des « bras » de celle-ci. Ensuite, il retourne dans le vide entre deux bras de la spirale pour un laps de temps à peu près équivalent. Quand il traverse un des bras constellés d’étoiles et de poussières d’étoiles, le champ magnétique du soleil, donc son activité augmente, pour diminuer ensuite dans le vide.
Il y avait donc corrélation. Mais quel était le mécanisme qui pouvait influer sur le climat terrestre. Ce n’était pas le simple rayonnement solaire qui, certes, peu avoir un effet : plus chaud ou plus froid. Mais les choses sont beaucoup plus compliquées. Un troisième scientifique détenait l’explication. Il s’agit d’Erik Svensmark, directeur des études climatiques au Centre spatial du Danemark. Les Danois ont toujours été intéressés par le fait que leurs ancêtres vikings aient appelé la grande île de l’Atlantique qui leur appartient, « le pays vert », le Groenland, et aient pu dessiner le tracé de ses côtes il y a environ mille ans. Or Svensmark découvrit que la terre refroidit quand se forment d’épais nuages à de basse altitude et que la formation de ceux-ci dépend de l’intensité du rayonnement cosmique. Quand des étoiles de notre galaxie explosent en formant des supernovae, elles dégagent force rayons cosmiques qui viennent frapper la terre. Ce phénomène est quasi-permanent en raison de la fréquence de ces explosions. Or, ces rayons cosmiques contribuent fortement à la formation de nuages de basse altitude sur notre planète suite à une multiplication d’aérosols que leurs ions provoquent. Svensmark a pu le démontrer assez récemment grâce à une expérience soigneusement préparée quatre années durant.
Ces nuages de basse altitude, couleur de neige à leur surface parce qu’imprégnés de lumière solaire renvoient dans l’espace le réchauffement solaire. Quand ils sont très denses et constants, notre terre se refroidit et subit un âge glaciaire. Mais comment expliquer qu’à certains moments, les nuages se raréfient et que la terre redevienne plus chaude et plus sèche, accueillant alors les rayons du soleil ? C’est très simple : quand l’activité du soleil s’accroit, son champ magnétique se renforce et oppose un bouclier aux rayons cosmiques venus de l’espace qui ont alors du mal à pénétrer dans notre système. Comme l’a indiqué Nir Shaviv, cette activité solaire augmente tous les 150 millions d’années quand le soleil traverse un champ d’étoiles plus consistant de notre galaxie, un de ses « bras ». Actuellement, le soleil se trouve dans un de ces bras galactiques, de sorte que nous avons assez peu de nuages et une période assez chaude, avec au cours des derniers millénaires et siècles des variations limitées, tels le fort réchauffement d’il y a mille ans et le « petit âge glaciaire » d’il y a 200 à 300 ans. Si les nuages s’amoncelaient momentanément dans les prochaines années, par réduction de l’activité solaire, nous pourrions subir un refroidissement passager. Mais en principe nous resterons encore un peu de temps dans une période de forte amplitude magnétique.
Les attaques que nous avait attirées notre éditorial du mois de janvier dernier, nous ont incités à effectuer cette recherche. Elles confirmaient que nous avions touché un point sensible. Rien d’étonnant à cela, vu l’importance du lobby formé d’ONG, de partis, d’instituts qui vivent de l’annonce du réchauffement climatique. Très implanté en Europe et depuis peu aux Etats-Unis, ce groupe de pression récolte depuis près de quarante ans une manne de subventions gouvernementales sous prétexte de réduire l’élévation de la température. Cette campagne quelque peu apocalyptique diffuse une panique globale comparable aux peurs millénaristes et aux prophéties mystiques qui jalonnent l’histoire de l’humanité. Sans compter ses répercussions politiques. Des trublions se servent de ces peurs pour accumuler des suffrages. A preuve la progression constante des partis Verts et, en France, les scores étonnants d’Europe Ecologie. On se souvient que le refroidissement climatique du XVIIIème siècle avec peu de soleil et davantage de précipitation avaient été une des causes de la Révolution française, suite aux mauvaises récoltes et au renchérissement du prix du pain.
Rien d’étonnant donc à ce que les travaux de Svensmark et de ses collègues se soient heurtés à des résistances dans la communauté scientifique internationale. Ce n’est qu’après seize mois d’efforts qu’il a pu faire publier dans une honorable revue britannique les résultats de sa dernière expérience, très concluante pourtant. Elle était « politiquement incorrecte ». Seulement, depuis que le « New York Times » a publié le 20 novembre dernier des e-mails piratés de l’université de Norwich en Grande-Bretagne attestant que le Conseil du climat des Nations Unies (IPCC) éliminait systématiquement les expertises sur la baisse des températures au cours des dernières décennies, d’aucuns crient à la mystification.
Il en ressortait en effet que les activités humaines, c’est à dire le dégagement de CO2, n’ont qu’un impact minime sur le climat de la terre, à la différence de l’activité du soleil. Cela dit, l’atmosphère, l’eau et les sols influent évidemment sur la santé des hommes et il est bien évident qu’il faut tenir propres nos villes et nos campagnes, même si ces précautions écologiques n’ont pas beaucoup d’impact sur la superficie des glaciers et des banquises, sur le niveau des mers et des océans et sur le chaud et le froid. (JPP)
Publications
de Henrik Svensmark
Articles et essais : Henrik Svensmark (1998). "Influence of Cosmic Rays on Earth's Climate". Physical Review Letters 81: 5027–5030. doi:10.1103/PhysRevLett.81.5027.
Henrik Svensmark, Jens Olaf P. Pedersen, Nigel D. Marsh, Martin B. Enghoff & Ulrik I. Uggerhøj (2007). "Experimental evidence for the role of ions in particle nucleation under atmospheric conditions". Proceedings of the Royal Society A: Mathematical, Physical and Engineering Sciences 463 (2078): 385–396. doi:10.1098/rspa.2006.1773. http://rspa.royalsocietypublishing.org/content/463/2078/385.full.pdf.
Henrik Svensmark (2007). "Astronomy & Geophysics Cosmoclimatology: a new theory emerges". Astronomy & Geophysics 48 (1): 1.18–1.24. doi:10.1111/j.1468-4004.2007.48118.x. http://www.blackwell-synergy.com/doi/full/10.1111/j.1468-4004.2007.48118.x.
Livre : Svensmark, Henrik; Calder, Nigel (2007). The Chilling Stars: A New Theory of Climate Change. Totem Books. ISBN 978-184046815
Biographie : Henrik Svensmark est né en 1958. Spécialiste des rayons cosmiques comme cause de la formation des nuages en corrélation avec le vent solaire, il est entré en conflit avec la théorie dominante du changement climatique qui a fini cependant par admettre que ces phénomènes spatiaux pouvaient avoir été à l’origine des alternances anciennes de glaciation et de réchauffement climatique, tout en déniant qu’elles aient une influence sur le réchauffement actuel. Mais pourquoi pas ? Le dimanche 13 décembre 2009, alors qu’il participait à un débat à l’émission de la télévision danoise Klima 09, invité par la Conférence des Nations Unies sur le réchauffement climatique, Henrik Svensmark a été victime d’une crise cardiaque vécue en direct par les téléspectateurs. Entre-temps, ses jours ne sont plus en danger. Cet incident montre à quel stress est soumis un scientifique qui s’oppose à l’idéologie dominante. Il est peu vraisemblable qu'il ait été victime d'une attaque contre sa santé pour l'amener à se taire.
● Alexis Arette. "La longue marche des Aquitains". Editions PyréMonde/Princi Negue, 2007. 279 pages, 28,95 euros.
En ces temps où il est fort question du débat lancé par le président de la République sur l'identité nationale, voici un livre que son érudit auteur a conçu pour que les Béarnais en particulier et les Aquitains en général reprennent conscience de ce qu'ils furent, voire de ce qu'ils sont. Ils ne jouissent plus, de nos jours, que d'une identité régionale, mais l'épopée légendaire des peuples adossés aux Pyrénées occidentales qu'Alexis Arette appelle les "Vaccéens", avait fait d'eux en leur temps une nation avant le terme. Elle sut préserver son identité sous les coups de boutoir des Romains, des Visigoths, des Arabes, des Normands, des Français et des Anglais. Ce peuple béarnais put même conquérir la France, représenté par l'un de ses fils, Henri IV. Alexis Arette est Béarnais de souche et de coeur. Il a été le président fondateur de l'association "Renaissance Aquitaine" et fut le plus jeune maître en "gai savoir" du Félibrige, digne petit cousin de Frédéric Mistral et de Simin Palay. Aussi n'est-on pas surpris de son engouement pour sa culture natale et de son engagement pour prendre sa défense.
Les luttes qu'il mène d'une plume alerte qu'il manie parfois comme un sabre, sont parfois rétroactives, mais toujours identitaires. Précisons-le tout de suite : s'il est une puissance qu'il n'apprécie pas, ce sont bien les Romains, ceux naturellement de l'époque de Jules César et de Crassus. Il pourfend ces impérialistes arrogants qui ont bâti leur empire en violant des traités conclus pour endormir leurs adversaires, et en faisant assassiner leurs chefs par des traîtres, puis en écrasant les forces adverses avec la machine de guerre de leurs légions. Dans nos écoles, nous avons étudié l'Antiquité à partir des récits de Jules César et d'historiens latins. Nous avons tous été marqués par cette Rome dont nos ancêtres furent les vassaux. Nous avons donc vu Rome à travers le prisme de ses thuriféraires. Mais voilà que des historiens comme le Béarnais Alexis Arette décortiquent ce passé dit gallo-romain avec le regard des anciens opprimés. Je viens de lire le roman en deux tomes de Daniel Baltassat (qui signe A.B. Daniel), "Reine de Palmyre" (xo editions, Pocket, 2005). Le jugement porté sur Rome ne diffère pas de celui d'Arette. On lit dans cette oeuvre de fiction historique des phrases sur la perfidie romaine qui pourraient figurer telles quelles dans le livre d'Arette.
Il faut aller jusqu'à la fin du livre pour prendre conscience du travail de nettoyage et de dépoussiérage qu'Alexis Arette a mené à son terme. Forcément, puisque les Romains ne sont venus que sur le tard et que les Basques ne sont qu'un produit récent d'auteurs complaisants et de nationalistes dévoyés. Les Basques ? N'aurait-il pas fallu commencer par eux ? Une opinion bien établie veut qu'ils aient été dans les Pyrénées depuis le néolithique et que toute l'Aquitaine jadis leur ait appartenue. Ne parlent-ils pas la plus ancienne langue d'Europe, assimilable à aucune autre ? Eh bien non, nous apprend Alexis Arette en ramenant le prétendu "mystère basque" à de plus justes proportions. Ce n'est qu'après les Vème ou VIème siècle après J. C. qu'apparurent les "Euskariens", c'est à dire les Basques, comme on les a nommés longtemps après en les assimilant à tort aux Vascons. Avant cette époque, l'historien sérieux ne relève aucun indice de leur présence dans les Pyrénées. Certes, ils sont arrivés eux aussi du Sud, comme les autres, Romains et Visigoths exceptés, par la voie maritime probablement, venant eux aussi du Moyen-Orient où leur langue, le "Carien", était déjà considérée par leurs voisins comme incompréhensible. Alexis Arette qui met en doute jusqu'à l'unité ethnique et culturelle des provinces basques, a des indices uniques permettant de démontrer que les Basques ne sont pas une population autochtone. C'est évidemment l'extraordinaire pouvoir d'assimilation de leur langue qui trompe. Elle a pu emprunter des termes au ligure, mais elle comporte aussi 60% de mots "basquisés" d'origine latine. Et pourtant elle a gardé sa syntaxe et sa grammaire, des racines qui l'excluent du club des langues européennes. Passés par l'Asie mineure, la Mer Egée, la Grèce, la Libye et la péninsule ibérique, les Ligures et leurs cousins Ibères, sont arrivés dans les Pyrénées bien avant les Euskariens, et nous ont laissé des noms de leurs cités, fleuves et divinités. .
Le grand mérite de ce livre n'est pas seulement d'éliminer des idées reçues. C'est surtout de procéder à des rapprochements inédits, de voir des similitudes et des filiations entre cultures et langues, des liens et des conflits entre des peuples, partant de la thèse incontestable que le plus ancien travers de l'homme est de "mettre un pied devant l'autre", c'est à dire de nomadiser, de migrer. Les actuels habitants des Pyrénées étaient les enfants de peuples qui avaient quitté la Bactriane, au Nord de l'Afghanistan, il y a quelques dix mille ans et plus, pour se répandre vers le Sud, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest (à la différence de ce qui s'est passé au cours du premier millénaire de l'ère chrétienne où l'on a vu les fameux "Barbares" migrer du Nord vers le Sud). Ils avaient été chassés de leur territoire d'origine par la dernière grande glaciation. On sait aujourd'hui que ce "coup de froid" s'est produit très brutalement. D'où cette très ancienne translation Est-Ouest puis Sud-Nord des peuples, des cultures et des mythes qui sont à l'origine de la civilisation pyrénéenne. Ce que l'on voit en Egypte et en Lybie deux millénaires avant J. C. peut donc très bien se retrouver au pied des Pyrénées au début de notre ère. A notre humble avis, personne n'était allé aussi loin qu'Arette en matière de "culture comparée" de l'Europe méridionale. Ces peuples avaient amené avec eux le souvenir d'un paradis perdu pour aller affronter des conflits et des épreuves. S'ils se sont enracinés sur le versant nord des Pyrénées, c'est sans doute qu'ils y ont trouvé un climat accueillant et un paysage qui hantait leurs anciennes légendes. Les fondateurs, Ligures et Ibères, ancêtres des Vaccéens devenus Béarnais, étaient arrivés sur place plusieurs siècles avant tous les autres envahisseurs. Les Ligures surtout ont étendu leur sphère d'influence jusqu'en Bretagne et en Irlande en suivant la côte atlantique et ce sont eux qui ont planté les racines de notre civilisation. Ils sont remontés jusqu'en Irlande, terre à laquelle ils ont donné le nom d'une de leurs divinités : Eire. Ils n'avaient pas d'écriture et leur langue a quasi disparu sous la pression du germanique et du latin. Ils n'ont laissé que des noms de lieux et de fleuves, des croyances tournant autour de leur dieu suprême, "Lug" ou "Luc", dont le nom est associé aujourd'hui encore à la lumière.
Arette a tout à fait raison d'attribuer à la dernière ère glaciaire, celle dite du Wurm, l'explosion des peuples dits "aryens" qui ont essaimé à partir du Caucase et de l'Asie centrale vers des contrées plus hospitalières. En passant par les rives orientales de la Méditerranée, ou même avant, nos lointains ancêtres on créé plusieurs mythes dont le plus important, commun à toutes ces cultures, le culte de la vache sacrée. Les Ligures et les Ibères, nos ancêtres, s'étaient voués essentiellement à l'adoration de la vache-mère qui figurait aux sources des anciennes religions, y compris dans l'Egypte des Pharaons et la Grèce antique. On la retrouve dans les armoiries de la ville de Pau et dans diverses représentations héraldiques de la région béarnaise. Aux Indes, son culte est encore actuel. Le mot de code de cette grande migration semble donc avoir été "Suivez la vache". Mais pour cela, il fallut que ces peuples aient baigné au passage dans la révolution agricole qui s'est affirmée vers 6000 ans avant J. C. dans le "croissant fertile" moyen-oriental. A coup sûr, la mutation génétique qui a permis à une majorité d'Européens d'assimiler le lactose en plus forte proportion que toutes les autres ethnies du monde a joué un rôle clé non moins décisif que le mythe religieux de la divine génisse. Poussant devant eux leurs troupeaux de chèvres, de moutons et de bovins, ils sont arrivés jusque chez nous. Peut-être Alexis Arette, paysan soldat comme ses ancêtres, ne s'est-il pas assez étendu dans son ouvrage sur l'impact de la révolution agricole, mais ses trouvailles sont par ailleurs si prodigieuses qu'il lui sera pardonné. Quand il parle des rites funéraires de nos anciens (les "tours du silence") et relate que la création de l'homme à partir de la vache génératrice pourrait très bien avoir quelque rapport avec le beurre ("Burri") et non pas avec l'argile de la Genèse, voilà qui est vraiment neuf.
Ce livre est la clé de notre très vieille identité régionale et historique. Ce serait téméraire de prétendre donner ici une idée de l'immense fresque des peuples en marche qu'a tracée Alexis Arette, avec des centaines de références linguistiques, archéologiques et géographiques. Nous avons lu avec délectation ses longues notes en bas de page dont on peut déduire qu'il a stocké bien plus d'informations qu'on n'en peut mettre dans un livre. Des détails curieux y fourmillent. Nous renvoyons notamment à son interprétation si évidente de l'origine du nom de Lescar (p. 132), à celle du nom de Lourdes avec son culte de la Vierge bien antérieur à Bernadette (p. 190), pour ne pas parler de son analyse des noms de la vallée d'Ossau (Val Ursalis) et de la ville de Pau. Sa lecture des armoiries de la capitale béarnaise nous ouvre des horizons inattendus. A une province que l'histoire a rapetissée, il restitue ses lettres de noblesse. Les Aquitains béarnais reviennent de loin en effet. Son approche de l'histoire est parfaitement neutre. Il ne tombe surtout pas dans le matérialisme marxiste qui prophétise un progrès continu vers une société partageuse ni dans l'idéalisme des Lumières qui fait de l'homme un pèlerin de la Déesse Raison. Tous ceux qui résident entre le Pyrénées et la Garonne et ceux qui n'ont pas cette chance devraient avoir lu ce livre. (JPP)
EURBAG N° 19
Crise du langage : La guerre des mots
Quelques procédés de la propagande
par Jean-Paul Picaper
Plus que jamais, il faut s'alarmer de l'influence que prennent les médias et les politiques sur notre conscience. Et ce ne sont pas toujours ceux qui sont en haut qui nous manipulent, mais des courants sous-jacents, des gens dont nous ne nous méfions pas, des étudiants pour les étudiants, des fonctionnaires pour les fonctionnaires, des ouvriers pour les ouvriers. Cela passe par les mots. Qui crée le langage, dicte les idées. Changer les mots dont on se sert, modifie les rapports de forces dans la société. Subrepticement, des mots disparaissent, d’autres apparaissent. Avec les nouveaux mots, un autre système de communication s’installe pour établir de nouvelles suprématies. Avec ceux qui disparaissent sans qu’on s’en aperçoive, d’anciennes relations se désagrègent. Souvent, les nouveaux termes assurent la domination de minorités offensives sur la majorité passive. Les nouvelles minorités ont l’avantage de l’agressivité alors que la majorité, croyant incarner la normalité, ne fait rien pour affirmer ses valeurs et ses critères. Et la manipulation est plus efficace quand, au langage, s’ajoutent des manifestations revendicatrices, violentes ou festives, avec leurs rites, leurs accoutrements, symboles et slogans. Et un jour l'opinion minoritaire devient "courant dominant", "mainstream".
L’information et sa sœur illégitime, la propagande, ne sont pas des inventions de notre temps. Ainsi peut-on dire que l’invention de l’imprimerie par Johannes Guttemberg (1398-1468) permit de diffuser plus largement les idées et par conséquent la manière dont elles étaient formulées. Les pamphlets virent alors le jour. Cela mit fin au Moyen-Âge et jeta l’opprobre sur cette époque qui finalement n’avait pas été aussi obscure et malheureuse qu’on l’a affirmé par la suite. Surtout, l’imprimerie permit par la suite de diffuser les thèses de Martin Luther (1483-1546) et contribua ainsi à l’émiettement de l’empire du très catholique Charles Quint. La Révolution française fut précédée par un pilonnage de propagande contre la monarchie et Napoléon III ne fut pas épargné non plus. Mais c’est au XXème siècle qu’on a pris réellement conscience du pouvoir des mots et ce, pour deux raisons. La première est le suffrage universel qui a permis à des tyrans comme Hitler d’arriver au pouvoir en séduisant ceux que l’extrême droite et l’extrême gauche ont appelés « les masses ». La deuxième fut l’invention de la radio et de la télévision qui permirent une diffusion beaucoup plus rapide et directe du « dire » et du « penser ». Le droit de vote nous impose d'éclairer nos contemporains sur les artifices de la propagande.
C’est important d'apprendre à les détecter. Ils permettent de faire miroiter des choses qui n’existent pas et au contraire de jeter un voile sur des réalités ou encore d’orienter leur interprétation dans un sens qui n’est pas le sens commun ou le bon sens. L’analyse de la propagande est plus subtile que la politologie proprement dite, car elle traite de phénomènes subliminaires alors que la science politique part de statistiques, d’institutions de groupes identifiables. L’analyse de la propagande doit identifier l’invisible et même le disparu. Deux procédés contraires sautent immédiatement aux yeux : la réduction par extension du sens des mots ou au contraire par restriction de leur sens. Ainsi attaquera-t-on, dans le registre de l’extension, « la droite » en amalgamant la droite démocratique et conservatrice avec la droite extrémiste, ou bien les « communistes » se protègeront-ils en se plaçant derrière l'écran de fumée du « socialisme » (« les pays socialistes » désignaient les dictatures communistes d’Europe de l’Est). Dans le registre de la restriction, les conservateurs seront catalogués comme étant "la réaction". Il y a généralisation abusive quand un singulier offensif désigne un pluriel négatif, ainsi « la droite » et « la gauche », « le capital » et « le travail ». On ne s’étonnera pas que le premier terme dans ces couples soit négatif et le second positif étant donné la supériorité de la gauche en matière de propagande.
La restriction de sens pour les initiés du régime nazi consistait à donner un aspect inoffensif à un acte horrible (les nazis qui étaient maîtres en la matière, appelaient d’un terme assez général, celui de « traitement spécial », « Sonderbehandlung », l’assassinat collectif des juifs et d'autres minorités). Le mot « réactionnaire » a subi une restriction de sens en devenant pratiquement synonyme de fasciste ou d’extrémiste de droite, alors qu’il y a parfois de bonnes réactions à certains abus. De même le mot « autoritaire » par lequel les soixante-huitards désignaient l’éducation ancienne fondée sur le respect de la morale et du savoir. Le mot « permissif » qui aurait pu, inversement, signifier libéral est devenu chez les adversaires des soixante-huitards synonyme de « laxiste » : restriction de sens.
Un autre instrument de la propagande est ce que j’appelle les symboles agrégés, c’est à dire les termes devenus flous qui chapeautent tout ce qu’on peut détester ou faire détester : « classe » (comme dans « lutte de classes »), « les riches », « les gros », « les patrons » ou « le patronat ». Il y a aussi les termes qui deviennent tabous par perversion idéologique. Sauf si l’on s’appelait Aimé Césaire, on n’a plus pu parler de « nègre » ou de « négritude ». Il faut dire aujourd’hui « noir » ou, mieux, « black », la formule « gens de couleur » faisant colonialiste. « Colonie », encore un mot qui est en train de virer de bord. Une colonie était pourtant à l’origine quelque chose de très positif. « Coloniser » signifiait défricher, mettre en valeur. Aujourd’hui, c’est soumettre, assujettir. Il y a des termes qui meurent parce qu’ils sont jugés blasphématoires par certains groupes. Ainsi « mahométan » pour « musulman », étant donné que les infidèles n’ont pas le droit de proférer le nom du Prophète. La langue allemande fourmille de mots tabous ou négativement évocateurs : « concentration », « race », « sélection », "guide" (Führer), « mur ».
Certains mots qui désignent une réalité visible, en l’occurrence une couleur de peau ou une installation territoriale, peuvent devenir péjoratifs dans un usage gauchi par la propagande et s’ils sont refusés par les supposées victimes de ceux qui avaient le monopole de la langue mère. C’est souvent le destin des mots féminins (pensez au mot « fille » auquel on peut ajouter « de rue »). Ou au mot « capitaliste ». On dira aujourd’hui « investisseur » et non plus « capitaliste ». C’est aussi toute la différence entre « exploitant » et « exploiteur ». Mais des mots d’usage courant peuvent prendre un sens terrifiant. Pensez que si l’on vous met « au poteau » (les Allemands eux vous mettront « au mur », « an die Wand »), vous n’y survivrez pas. Pas plus qu’à « la corde ». Certains termes qui ne le méritent pas, usurpent en revanche une connotation positive. Ainsi les mots « révolution » et « révolutionnaire » sont bien vus, évoquent des actes positifs, alors que généralement l’action révolutionnaire débouche sur le bain de sang, sur des sévices innommables, sur l'expropriation sans indemnisation et sur l'échec économique. D’une manière générale, les mots de gauche tendent plus fréquemment à dériver vers un sens positif que les mots de droite. La raison est simple : la gauche maîtrise mieux la propagande que la droite et se réclame toujours des grands principes de la morale. Lénine et ses épigones avaient même créé une méthode qui s’appelait « l’agit-prop » (l’agitation et la propagande). Et il y avait des sections d’agit-prop dans les partis communistes. Goebbels avait créé son propre "ministère de la Propagande et de l'Education du peuple" (Ministerium für Propaganda und Volksaufklärung). Il aurait fallu dire plutôt "ministère de l'Abêtissement du peuple".
Plus récemment, avec l’invasion des minorités actives que nous a values Mai 68, certains préfixes ou suffixes créent des tabous dont la transgression vous mène droit aux tribunaux. Ainsi faut-il se garder de passer pour « xénophobe ». C’est ce qui peut vous arriver également si vous dites que vous désapprouvez l’homosexualité, ce qui pourtant peut se justifier par des lois naturelles et anatomiques. Vous êtes alors taxé d’« homophobie ». C’est un peu ce qui se passait jadis avec la religion. Un athée était automatiquement un hérétique, donc voué au bûcher. Il en sera bientôt de même si vous vous avérez « islamophobe ». D’une part, il n’y a plus dans ce cas de communication interactive, de débat possible, puisque l’on cherche à museler la critique par les voies de la justice. De l’autre, on est déjà en pleine idéologie, une idéologie étant un processus qui réduit la complexité des réalités en fermant la porte à d’autres interprétations. L’idéologie mise sur la paresse d’esprit de la grande majorité des gens et sur le besoin de conviction de quelques-uns qui seront les futurs militants d’une cause, jusqu’au fanatisme.
Un autre procédé de la propagande est le faux équilibre qu’on appelle aussi la pseudo-symétrie. Il consiste à opposer des groupes ou des valeurs qui ne sont pas de force ou de valeur égale pour valoriser le moins représentatif ou dévaloriser le moins populaires des deux. On dit alors qu’un groupe cherche à acquérir un avantage de sens qu’il ne possédait pas au départ. Durant la Guerre froide, d’aucuns opposaient « capitalisme » à « socialisme », comme s’il s’était agi de deux mondes équivalents, alors qu’il y avait, d’un côté, la liberté, de l’autre, la dictature. On fait de même en opposant « les riches aux pauvres » comme si ces deux catégories s’équilibraient. Dans la plupart des pays, les seconds sont beaucoup plus nombreux que les premiers. Les « homosexuels » s’opposent aussi volontiers aux « hétérosexuels », divisant ainsi l’humanité en « homos » et « hétéros » alors que les seconds représentent presque la totalité des « Homo sapiens ».
Dans le premier cas de « faux équilibre » la « réduction de sens » jouera au désavantage des « riches » dans le contexte actuel de misérabilisme dominant alors qu’il y a un siècle ou un demi-siècle, c’était encore mal vu d’être pauvre (on devenait riche par son travail et pauvre par sa paresse ou sa sottise). Dans le second, toujours dans la même tendance sémantique, le désavantage sera pour les « hétéros », le « faux équilibre » étant fait ici pour valoriser les « homos » (de nos jours, nul n’est plus responsable de ses avatars ou de ses dérives). Notons en passant que les prétendus « hétéros » ne revendiquent pas cette étiquette. Ils se considèrent comme « normaux ». Mais la « normalité » est en train de dévier elle aussi dans un sens péjoratif. Nous assistons actuellement à une dégradation de la logique sémantique. Descartes et Boileau doivent se retourner dans leurs tombes.
Par voie de médias, la gauche, pour l’essentiel, domine le langage politique dans nos pays. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel n’arriveront à s’imposer dans cette psycho-guerre que s’ils reprennent la main du langage. S’ajoute que les mots, comme les fusées, ont trois étages qui s’allument successivement : l’information (sur le thème ou l’objet), l’appréciation (sur le sens) et la directive (menant à l’action). Si l’on ajoute à l’un ou l’autre de ces niveaux une composante émotionnelle et que les destinataires du message soient branchés sur le « newspeak », le mot peut-être utilisé comme un bouton-pression. Il fera saliver ou mordre. Il faut donc apprendre à ne pas être dupe des méthodes de la propagande. (JPP)
● Les mots changent de sens selon celui qui les prononce

par François Giraud
La langue
française est-elle en train de perdre la liberté de ton qui lui était propre et
qui la rendait si savoureuse et nuancée ? François Mauriac n’avait-il pas raison
de dire : « La politique vide le langage de sa substance » ?
Lorsque Jacques Chirac, parlant de la vie difficile des Français dans les
immeubles occupés par de nombreux Africains et nord Africains, évoqua des
« odeurs », ce fut un immense scandale qui fut aussitôt surexploité
politiquement par ses adversaires.
Pourtant, très
récemment, lors d’une table ronde sur une chaîne de la TV française, un immigré
parlant de la vie dans les quartiers se permit de dire sans aucune sanction
d’opinion : « C’est la faute du gouvernement si les ascenseurs sont en panne et
s'il y a des odeurs de pisse dans les escaliers. » Cette évocation plus précise
des effluves n’a pas été relevée cette fois-ci ! Le mot "odeur" change donc de
portée suivant celui qui le prononce.
Nicolas Sarkozy, exaspéré par les attaques, dans les quartiers, de certains
jeunes "inéducables" ou mal-éduqués, qui sèment le désordre, le feu et la
terreur autour d’eux, avait prononcé le mot « karcher » pour nettoyer le
quartier. « Speedy Sarko » l’avait attrapé au vol, car le terme lui avait été
lancé par une habitante du quartier. Qu’à cela ne tienne, ce fut aussitôt le
motif d’une exploitation politique inégalée. Le mot Karcher est définitivement
banni de la langue française. Et ce n’est peut-être pas plus mal.
Il y eut aussi le terrible et funeste dérapage verbal pour lequel son auteur Jean-Marie Le Pen s’est excusé, mais l’occasion était trop belle pour en tirer un immense et durable profit par tous ses adversaires, et ils sont nombreux, et en l’occurrence, ils avaient parfaitement raison ! Ce mot si malencontreusement utilisé était celui de « détail ». Il s’agissait d’une question tragique : la Shoah. S’agissant de quelques 5 à 6 millions de juifs assassinés par Hitler et ses sicaires, le mot ne pouvait être plus mal choisi.
Cependant, depuis, aucun homme politique ne peut plus utiliser ce mot, même dans des circonstances assez banales ou très précises, sans courir un risque de sévère discrédit. C’est ce qu’on a vu dans le cadre du débat sur la loi d’immigration quand le Premier ministre François Fillon a qualifié de « détail » le paragraphe sur l’usage des tests ADN en matière de vérification de paternité ou de maternité. Et encore n’est-ce rien, chez nous, comparé à ce qui se dit, ou plutôt ne se dit pas en Allemagne. C’est ainsi qu’un évêque allemand s’est vu attaqué récemment pour avoir dénoncé une « dégénérescence » de l’art. Quand on se souvient que les nazis avaient qualifié d’ « art dégénéré » tout ce qui ne correspondait pas à leurs critères, ce n’était pas, évidemment, le terme approprié. Pourtant tout ce qui nous est présenté aujourd'hui comme de l'art, ne mérite certainement pas ce nom. Sauf chez les snobs.
Le traumatisme provoqué par tous ces mots anodins au départ fut considérable dans l'opinion et il faut espérer qu'ils ne vont pas susciter de nouvelles réactions. On se demande encore comment il est possible de dire que l’on ait autour de soi dans une entreprise des « collaborateurs » ou que l’on puisse boire sans s’empoisonner de « l’Eau de Vichy ». Ce qui prouverait que certains mots peuvent retrouver la santé, ou plutôt le sens premier qu’ils avaient avant d’avoir été contaminés. En général, c’est plutôt l’inverse. Le langage est semé d’embûches. Même des mots indiqués au Larrousse comme non péjoratifs piquent au vif ceux qui se sentent visés par eux, à tort ou à raison, bien plus souvent à tort.
Ce phénomène n’est pas limité à la France, bien entendu. Ainsi Helmut Kohl avait-il traité en 1987 la RDA de « camp de concentration ». Cette appellation provoqua un énorme tollé dans la gauche allemande. Le chef du gouvernement allemand expliqua pourtant qu’entouré de barbelés, de champs de mines et d’un mur gardé par des chiens et des miradors, l’autre Etat allemand évoquait exactement ce genre d’installation. Tous ceux qui ont visité des camps de concentration en Allemagne et en Pologne, notamment, se sont rendus compte à quel point leurs enceintes ressemblaient à ce qui fut plus tard la frontière interallemande et le mur de Berlin.
Heureusement, les Allemands de l’Est ont donné deux ans plus tard raison à Helmut Kohl en ouvrant massivement et sans verser le sang les barbelés qui les entouraient. A ce moment-là, les détracteurs de Kohl se sont tus. (FG)
● De la guerre en temps de paix
par Jean-Gérard Lapacherie
La thèse de la “ guerre des mots ” a connu un vif succès dans la première moitié du XXe siècle. Sartre, en 1945, est parti à la guerre, quand la guerre réelle, celle qui tue, était terminée : “ les mots sont des armes ”, déclarait-il, pour justifier son retard, répétant le bolchevique Maïakovski et faisant écho à Ludendorff, qui, dans les années 1930, soutenait une même thèse : “ les mots sont aujourd’hui des batailles ; les mots justes sont des batailles gagnées, les mots faux sont des batailles perdues ”. La guerre que les deux socialismes, national et international, ont faite à la démocratie, a donné à cette thèse une justesse provisoire. Depuis 1989, la guerre est terminée ou elle a pris des formes différentes. Aujourd’hui, ce n’est pas à une guerre de mots, front contre front, que l’on assiste, mais à un désajustement des mots – plus à une opération de sape qu’à un affrontement ouvert. Les mots justes s’effacent. Les sens frelatés et artificiels prolifèrent. Le but poursuivi est clair : il ne faut pas que les citoyens aient une conscience claire de ce qui se passe dans leur pays. La France change, mais il est interdit d’en prendre connaissance. Qui tient la langue, comme un bataillon tient une place forte, qui impose le sens des mots, qui donne aux mots un sens inédit, qui tranche de leur usage, décide à terme du destin des peuples, comme l’avaient compris, en URSS et dans ses satellites, les bolcheviques. La langue, dite novlangue ou toufta (abrégée en TFT), leur a servi à ajuster les réalités à l’idéologie, à camoufler les faits gênants et à épargner à leur sacré l’épreuve du réel. Ces buts sont atteints suivant des modes divers : l’écran, la herse, la camisole de force ou, dit en d’autres termes, les mots sont des écrans qui occultent ce que les citoyens n’ont pas le droit de savoir ; ils sont, comme dans l’architecture féodale, des herses abaissées qui interdisent l’accès à des lieux saints ; ils sont une camisole de force qui fait passer pour fous ceux qui tiennent les écrans et les herses pour une atteinte à leur liberté. Examinons cela.
Faire écran
Quand une fumée épaisse s’élève au-dessus d’une prairie où brûlent des herbes sèches, elle cache le paysage. Quand l’écran est un drap blanc ou une surface fluorescente, au cinéma ou à la télévision, il montre les images en mouvement qui y sont projetées. L’écran cache ou montre. Il empêche de voir ou il fait voir. En dépit des apparences, les deux sens d’écran ne sont pas opposés. Sur les écrans, des objets, personnes, actions, phénomènes sont montrés. “ C’est juste une image ”, disait Godard. Tandis que l’écran de projection fait voir des fragments de réel, il cache les réalités qui sont à côté ou autour des fragments montrés. L’écran est, suivant les cas, de la fumée, un objet, une personne, un astre, un dispositif : ce peut être aussi un mot. En effet, il existe des mots qui font écran. Ils sont placés devant des choses pour les cacher. Il est trois domaines au moins dans lesquels les mots écrans prolifèrent : les faits sociaux, l’islam, les sciences de la société.
En français, il est fréquent qu’un adjectif s’emploie comme un nom : les grands, les petits, les gros, les maigres, les jeunes, les vieux, etc. Dans ces exemples, ces adjectifs désignent des personnes, mais de façon relative : les jeunes ne sont pas “ jeunes ” en soi ou dans l’absolu, mais par opposition à des personnes plus âgées, qui sont nommées les vieux. Or, il y a dans la langue ordinaire, dès qu’il est question de délits ou de crimes, de plus en plus de jeunes en soi, qui ne sont pas dits jeunes pour les distinguer de personnes plus âgées, mais qui sont jeunes, quel que soit leur âge, même s’ils sont âgés de plus de trente ans et qu’ils sont des hommes mûrs ou dans la force de l’âge. Ce mot cache l’origine ethnique ou raciale des délinquants, quand ceux-ci ne sont pas français. Violence scolaire, qui signifie “ violence de l’école ” (c’est la violence symbolique qui est faite par l’école à des enfants), sert à dissimuler les délits et les crimes qui sont commis à l’école, très souvent par des “ jeunes ”. Il en va ainsi du mot incivilités, qui cache, sous le sens apparent d’actes d’impolitesse, de graves infractions aux lois.
Un martyr est un “ témoin de Dieu ” que l’on force à abjurer. Il accepte de mourir plutôt que de renoncer à ce qu’il croit. Il ne tue personne, il offre sa vie à la vérité. A l’opposé, les musulmans qui sont nommés martyrs sont des tueurs psychopathes, des dérangés mentaux, des auteurs de crimes de guerre ou contre l’humanité, qui tuent des hommes, des femmes et des enfants uniquement parce qu’ils sont nés. Ce ne sont pas des martyrs. Dans les crimes de masse qui font depuis trente ans l’actualité, les vrais martyrs, ceux qui méritent d’être nommés ainsi, ne sont pas les tueurs, mais les victimes. Martyr est une traduction trompeuse du mot arabe chahid. Le chahid est celui qui prononce la profession de foi des musulmans ou chouhada, à savoir “ il n’y a de dieu qu’Allah et Mohammed est son envoyé ” (la allah ila allah wa Mouhammed rasoul allah). La traduction martyr est un contresens. En effet, il n’est pas exigé du chahid qu’il renonce à ses croyances, mais qu’il les affirme, non qu’il abjure, mais qu’il islamise le monde, non qu’il meure, mais qu’il tue. Il n’a rien d’un martyr.
Les mots terrorisme, terroriste, terroriser ont été formés, pendant la Terreur, pour désigner l’utilisation des forces de l’ordre ou de la loi, non pas pour protéger les citoyens, mais pour les terrifier et les forcer à se plier à un régime illégal. Quand ils désignent les fous furieux de l’islam, ils cachent la vraie nature de ces tueurs : ils sont en guerre et ils font la guerre, ce ne sont pas de simples criminels. Terrorisme et terroriste sont de ces mots écrans qui prolifèrent dans la langue moderne. Les Occidentaux croient que le Verbe a des pouvoirs illimités et que le langage peut tout dire et ainsi donner une existence à toutes les réalités du monde. Or, comme le langage a des pouvoirs illimités, il peut tout aussi bien cacher les choses que les montrer. Il offusque le réel et il rend aveugles les sujets parlants ou les citoyens, sans que ceux-ci en aient jamais conscience.
Abaisser les herses
Dans les châteaux forts, la herse est une grille à grosses pointes de fer qui est placée entre le pont-levis et la porte d’un château et qui se lève ou s’abaisse suivant qu’un danger est ou non annoncé. Elle évite l’intrusion de voleurs ou d’ennemis. Aujourd’hui, il arrive que des mots soient utilisés comme des herses. Ils sont placés au milieu des discours, les barrant en quelque sorte, pour interdire aux citoyens d’accéder à des réalités – ces réalités étant, de fait, considérées comme taboues.
Le mot fondamentalisme désigne des doctrines élaborées à partir du milieu du XIXe siècle par des protestants anglo-américains qui prenaient la Bible au pied de la lettre, comme si elle était la parole intangible de Dieu ; intégrisme la doctrine de catholiques qui militaient pour que la sainte Eglise romaine ne pactise pas avec le “ monde moderne ” ; radical est un terme propre à la vie politique, telle qu’elle est menée en France ou dans les pays anglo-américains. Aucun de ces mots n’est adéquat pour désigner des musulmans, les croyances qu’ils professent, les idéologies qu’ils diffusent, les organisations qu’ils ont fondées. Pourtant, c’est par ces mots qu’ils sont désignés, bien que les musulmans ou les organisations qu’ils forment, dits intégristes ou fondamentalistes ou radicaux, n’aient rien en commun, ni dans leur histoire, ni dans leur doctrine, ni dans les actes qu’ils accomplissent, avec les catholiques, les protestants, les francs-maçons ou les sceptiques qui se sont dits eux-mêmes, librement, sciemment, en toute connaissance de cause, intégristes, radicaux, fondamentalistes. Ces mots n’existent pas en arabe. Ils sont le précipité d’une langue transposée ou brouillée, dans laquelle le rapport juste que les noms devraient avoir avec les choses est brouillé. Ce sont des herses abaissées qui protègent de tout examen l’islam.
Islamisme est un nom français formé en 1697 par un professeur du Collège de France, qui jugeait anormal que, de tous les noms qui désignent des religions, seul islam ne se termine pas par isme. Il y a donc ajouté le suffixe - isme, sans que cette adjonction ajoute quoi que ce soit au sens. En effet, islamisme est un synonyme d’islam. Dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-77), Littré y donne deux acceptions : “ la religion de Mahomet ” et “ l’ensemble des pays où règne cette religion, dans le même sens que chrétienté par rapport aux pays chrétiens ”. Dans le Trésor de la Langue Française (1971-94, volume 10, 1983), il est défini ainsi : “religion des musulmans ; synonyme : islam ”. Les auteurs du Trésor de la langue française ne consacrent pas d’entrée à islamiste (adjectif, au sens de “ relatif à l’islamisme ”), non plus qu’à l’emploi de cet adjectif comme nom désignant les personnes qui se réclament de l’islam. Il n’existe ni en arabe ni en français. En français, existent les noms ou les adjectifs musulman, adaptés de l’arabe mouslim (pluriel mouslimoun, dérivé d’islam), et islamique (au sens de “ relatif à l’islam ”) qui correspond à l’adjectif arabe “ islamiyya ”, qui est dérivé lui aussi d’islam, comme dans GIA, sigle de Groupes Islamiques Armés. Islamiste a été fabriqué récemment en français. On nomme ces soldats islamistes, ils se disent musulmans. Les désigner de noms factices revient à abaisser la herse sur ce qu’ils sont.
Le mot arabe dhimmi désigne ceux qui, dans les pays d’islam, ne sont pas musulmans et professent le judaïsme, le christianisme, le mazdéisme, qui étaient en vigueur dans les pays qu’ont conquis, à partir de 635, les arabes. Il est traduit en français par protégé. Il n’y a pas de traduction plus trompeuse – sauf peut-être martyr. Le verbe protéger et le nom ou adjectif protégé dissimulent un rapport de forces en faveur de celui qui protège et au détriment de celui à qui la protection est imposée. Dans les pays musulmans, les dhimmis sont protégés, au sens où il ne leur est pas fait la guerre. Ils sont protégés du djihad. Tant qu’ils acceptent la domination de l’islam, et à condition qu’ils paient un tribut, ils ont droit à la vie sauve et peuvent alors jouir des biens qui ne leur ont pas été confisqués. La protection qu’ils paient est précaire ; elle peut être interrompue unilatéralement.
Emprunté au grec, le nom euphémisme signifie “ parole douce ”. Une réalité brutale ou désagréable ou contraire aux bonnes mœurs est désignée par un terme qui gomme la brutalité ou efface l’inconvenance de ce qui est désigné. La morale commune interdit de dire à autrui des mots grossiers ou triviaux ou d’évoquer en public des tabous. Or les Modernes sont libérés : ils se sont affranchis de toute contrainte quand ils parlent du sexe, des besoins physiques, du désir, des pulsions, du corps. Il est de bon ton de dire, même en public, les pires ordures. Faire cattleya, s’il était employé, ne serait plus compris que des seuls lecteurs de Proust. L’interdit a été déplacé du sexe, de la politesse, du corps à l’islam et aux réalités sociales, vrai royaume de l’euphémisme : violence scolaire, jeunes, techniciens de surface, sans-emploi, sans-abri, quartiers sensibles ou en difficulté, islamisme, protégés, SDF. Ces euphémismes empêchent d’examiner les réalités. Puisqu’il a été décidé que la vie avait changé, il faut que le changement se voie. Il ne peut pas se voir dans les faits qui n’ont pas changé, sinon en pis, il se voit dans la langue. Dans l’euphémisme classique, les réalités désagréables ont beau être adoucies, elles sont dites. Certes, elles le sont avec des mots mal ajustés, mais elles ne sont pas tues : il y est fait allusion. Dans la conception moderne, il est fait interdiction de dire ces réalités telles qu’elles sont. “ Un certain mot ne doit pas passer par la bouche. Il est simplement effacé de l’usage, il ne doit plus exister ” (Benveniste). Le tabou est social, l’interdit verbal est un acte conscient.
User de la camisole
La camisole de force est un vêtement à manches fermées, dans lequel sont immobilisés les malades mentaux. Au XIXe siècle, quand l’usage de la camisole de force était la règle, on a formé le verbe camisoler pour signifier “ mettre la camisole de force ” à un malade mental et le nom camisolage ou action de mettre la camisole à un malade agité. Les modernes ont des manières. La brutalité physique leur donne des hauts le cœur. Ils n’immobilisent donc plus les malades dans des vêtements de force, ils les étourdissent de médicaments. La civilisation progresse, même chez les fous. Par analogie, le nom de camisole chimique a aussi été donné à des molécules de synthèse, telles la réserpine et la chlorpromazine, qui abrutissent les malades agités.
La camisole s’étend aussi à la langue. L’avantage de la camisole verbale est qu’elle n’est pas discriminatoire. Tous les esprits sont enfermés dans le même carcan, agités ou non, modérés ou vigilants, croyants ou agnostiques, qu’ils soient ou non de couleur. Elle est donc politiquement intouchable. C’est ainsi que les Français sont camisolés à leur insu, sans qu’ils en aient conscience. Il n’est rien de tel que l’autocamisolage pour soumettre les esprits. C’est un esclavage volontaire : les victimes revêtent elles-mêmes leur propre camisole.
A partir du moment où ils ont pris le pouvoir par la force, les bolcheviks, où que ce soit dans le monde, ont commis des crimes abominables, dont le total dépasse le chiffre inconcevable de 85 millions. En 1960, conscients que les massacres ne feraient pas du socialisme le paradis annoncé par le marxisme, les maîtres de l’URSS se sont rabattus, faute de mieux, sur la psychiatrie. Plutôt que de tuer les opposants, ils les ont fait passer pour fous. De fait, le “ nettoyage ” du saint paradis soviétique a continué par d’autres moyens. Ainsi, la très léniniste balle dans la nuque a été troquée contre la camisole de force. Pour les internés de force, le progrès a été indéniable. Ils ont perdu la liberté, le traitement chimique qui leur était infligé leur a grignoté la raison, mais ils sont restés en vie et quelques-uns, dont l’admirable Vladimir Bukovsky, ont fini par échapper aux griffes du monstre et être expulsés vers la liberté. De fait, Krouchtchev et Brejnev ont ouvert une voie nouvelle, dans laquelle se sont engouffrés les faux monnayeurs qui ont transporté en France la camisole soviétique. Connaître le réel, nommer les choses par leur nom, dire d’un crime qu’il n’est pas une incivilité, mais un crime, user de mots justes, ne pas mentir à soi-même et aux autres, c’est de la folie. Alors ont été médicalisés les citoyens qui ont une conscience raisonnée des crimes et délits et qui sont soucieux de les nommer par des noms justes. Certes, s’ils avaient été soviétiques, ils auraient été internés. Ils ne l’ont pas été, parce qu’en France, on n’interne plus personne, depuis que les “ murs de l’asile ” ont été abattus, que la folie a été portée au débit de la société capitaliste ou libérale, que la famille a été accusée de causer ce désordre génétique qu’est l’autisme et que la psychiatrie s’est muée en antipsychiatrie. On s’est contenté de passer à ces citoyens une camisole verbale. Ce n’est pas leur corps qui a été entouré de bandelettes, mais leur raison. L’asile où ils ont été relégués est linguistique.
D’un individu ou d’un groupe d’individus, d’une pensée, d’un pays, d’une organisation, d’un gouvernement, qui, entre 1930 et 1945, ont rejeté ou critiqué le socialisme national ou s’y sont opposés, on dit qu’ils sont antinazis. Ceux qui critiquent le fascisme ou s’y opposent sont dits à juste titre antifascistes. Ceux qui critiquent le christianisme ou en ont horreur sont antichrétiens. Le préfixe anti sert à former des milliers de mots. Il n’y a aucune limite. Le mot ainsi obtenu signifie que le sujet parlant qui en use est contre la notion, la chose, la personne désignée par le mot qui suit anti. C’est clair, simple, efficace, sans ambiguïté. Pourtant, anti ne suffit pas. Dès qu’il est question d’homosexualité, si vous exprimez des réserves, même timides, sur les homosexuels ou leurs moeurs, ne serait-ce que parce que vous pensez que la vraie solidarité est celle qui lie les générations, vous n’êtes plus antihomosexuel, mais homophobe. S’il est question d’islam et que vous critiquiez, comme vous êtes en droit de le faire, cette religion et les fidèles qui la professent, vous n’êtes pas étiqueté antimusulman, vous voilà cloué au pilori pour islamophobie. Phobie n’est pas un nom neutre. En effet, la phobie n’est pas une peur ordinaire, mais une maladie de l’esprit. C’est un “ symptôme névrotique ”, qui se caractérise par “ une réaction d’angoisse ou une répulsion ressentie devant le même objet, la même personne ou une situation bien déterminée ”. Classée parmi les “ anomalies mentales ”, cette “ peur excessive (...) conduit à une agressivité refoulée ou à un sentiment de culpabilité intense ” “ s’exprimant sous la forme d’une peur en apparence irrationnelle des lieux clos ou élevés, des chats, des orages ou de quelque autre parmi la quasi infinité des objets possibles de phobie ” (Trésor de la langue française). La critique de l’islam en tant que religion (islam avec un i minuscule) ou de l’Islam (Islam avec un I majuscule) en tant que civilisation, à partir du moment où elle est qualifiée d’islamophobie, devient taboue. Si, malgré l’interdit, elle se fait entendre, celui qui ose l’exprimer est un dérangé mental. Un athée ou un libre penseur qui critique le christianisme n’est pas christianophobe. Là où la critique des dogmes est une phobie, la liberté d’examen est abolie. Dans les tyrannies, quelles qu’elles soient, modernes ou archaïques, communistes ou fascistes ou musulmanes, la liberté d’examen est impossible. La stigmatisation islamophobe est le prodrome de futurs bûchers. Chaque fois qu’un citoyen ose dire ce qu’il est de bon ton de ne pas dire ou ose penser ce qu’il est interdit de penser, c’est-à-dire chaque fois qu’il fait usage de sa liberté, que lui garantit la déclaration des droits de l’homme, on diagnostique une maladie mentale. Une place lui est réservée à l’hôpital psychiatrique avec, comme traitement de force, la camisole et le silence. Censuré, sa parole est interdite. S’il s’obstine, il subit l’infibulation des lèvres. L’objectif n’est pas seulement de faire taire, il est aussi de faire honte. Se livrer à un examen critique de l’islam et de l’Islam est une faute. Il faut contraindre les critiques imprudents à se sentir coupables. C’est blanc ou noir. Blanc, c’est l’islam, parce que l’islam est du côté du Bien. Noir, c’est d’en faire un examen critique. Seuls les fous se livrent à un examen du Bien absolu.
Soit l’exemple de populisme ou de populiste. Voilà deux mots qui, à Sciences-Po ou chez les commentateurs distingués, servent à diaboliser des idées, une pensée ou un programme politique. Ils ne désignent rien, ils sont purement évaluatifs – en l’occurrence toujours en mal. Cela n’a pas toujours été ainsi. Il a existé dans les années 1900-1930 des écrivains populistes, qui situaient l’action de leurs romans, non dans les salons de l’aristocratie ou de la grande bourgeoisie d’affaires, mais dans les faubourgs, parmi les artisans et les ouvriers ; Sartre a même obtenu le Prix du roman populiste pour La Nausée. Les noms populiste et populisme ont d’abord désigné dans les années 1880 les jeunes Russes (et les idées qu’ils exprimaient), souvent instruits, parfois issus de l’aristocratie, qui désiraient rendre aux moujiks leur dignité, en leur apprenant à lire et à écrire, en adoptant leur costume, en défendant leurs droits, en les éduquant. De nombreux personnages des romans de Tolstoï sont des populistes, tous honorables, un peu idéalistes peut-être, mais généreux, ouverts aux autres, attachants, etc. C’est Lénine et les léninistes qui, une fois parvenus au pouvoir, ont exterminé par les moyens connus (prison, balle dans la tête, camp de travail, censure, terreur, etc.) les populistes et fait du populisme un crime contre l’Etat et contre l’idéologie soviétique. “ L’aliénation ” (au sens marxiste du terme) intellectuelle et verbale est si générale en France que même des libéraux ou des commentateurs qui ne sont pas complaisants vis-à-vis du marxisme se plient, de façon irréfléchie, comme s’ils avaient subi un lavage de cerveau, aux oukases des léninistes, en dénigrant à leur tour le populisme. Quant au mot "libéral", c’est le marxisme qui a rendu haïssables les mots libéralisme et libéral. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, libéral a eu deux sens : “ qui est propre à l’homme libre ” (il n’est pas esclave) et “ généreux ” ; appliqué au domaine de la politique, le mot a désigné les institutions et le mode de gouvernement que l’on nomme aujourd’hui démocratiques. Montesquieu, Diderot, Condorcet, Constant, Tocqueville étaient des libéraux : il n’y a rien dans leur pensée qui soit à marquer du fer rouge de la honte.
Il est possible d’analyser des milliers d’exemples qui attestent la présence, sous la langue ou à côté d’elle, la sapant ou la paralysant, d’une langue nouvelle, qui est nommée “ nouvelle langue française ” ou, dit en abrégé et par acronyme, NLF. Les sons dont elle se compose sont ceux du français. Elle en suit la syntaxe, en observe la grammaire, en reprend les mots, en respecte l’orthographe. Seule la désignation (ou relation des mots aux choses ou référence) est perturbée. S’insinuant dans la langue ou sous la langue, faisant corps avec elle jusqu’à s’y fondre, la NLF ne se remarque pas. Elle est invisible, comme les galeries creusées sous une fortification, et, métastase, elle affecte d’abord le sens des mots, puis la propriété qu’a la langue de désigner clairement les choses du monde. Quand il est nommé de façon juste, le réel peut être saisi, appréhendé, analysé, compris. Il est placé dans la lumière. S’il ne l’est ou s’il ne l’est qu’avec des mots frelatés, manipulés et inadéquats, il n’est plus ni saisi, ni appréhendé, ni reconnu. Il reste dans l’obscurité. Ce qu’infecte la NLF, c’est la latitude, qui est propre aux hommes et définit leur condition, de référer au monde et de se libérer des ténèbres de l’ignorance ou de l’aveuglement. Or, la NLF, qui, peu à peu, se substitue à leur langue, ne leur fournit que de dérisoires ersatz de noms derrière lesquels, déformé, le réel s’évanouit. (JGL)
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Deux
poids deux mesures : un cas flagrant de propagande en Allemagne
L’interprétation que l’on donne
actuellement en Allemagne au paragraphe 130 du code pénal qui condamne
l’excitation à la haine (raciale, xénophobe et autre…) inquiète nos voisins. Il
n’est utilisé que pour sévir contre des Allemands qui médiraient, publiquement
s’entend, d’étrangers.
Or, de plus en plus souvent, en particulier dans le quotidien des grandes
villes, des étrangers résidant en Allemagne qui sont, comme le sait, en majorité
turcs ou allemands d’origine turque (double nationalité), insultent des
Allemands : « c… d’Allemands », « bouffeurs de porcs » ou « p… d’Allemandes »,
etc. Souvent avec une connotation religieuse ou politique.
L’association d’électeurs « Citoyens en colère » (« Bürger in Wut », BIW) s’en
est alarmée, mais elle se heurte à la pratique de la justice qui considère que
ces formules ne tombent pas sous le coup dudit paragraphe à la différence de
tout qualificatif qui pourrait déplaire à un immigré sur le sol allemand, ce qui,
évidemment, n’est par une bonne chose non plus.
Selon un sondage européen réalisé au printemps 2008 par BBC World, la Turquie
est le pays où l’Allemagne récolte le plus d’opinions négatives (47% contre 37%
de positives) alors qu’il est le plus représenté dans l’immigration allemande.
L’Egypte suit de près avec 43% d’opinions négatives contre 36% de positives.
Tout cela a bien changé. Jadis, dans beaucoup de pays arabes, on aimait les
Allemands parce qu'Hitler avait commis l'Holocauste. Il faut croire que la
protection accordée par Berlin à Israël a changé cela.
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Géopolitique/ La nouvelle guerre
froide
L'ex-KGB a repris le pouvoir en Russie. Il contrôle toujours de puissants
mouvements subversifs dans le reste du monde.
par Michel Gurfinkiel
Voici vingt ans, en 1988, la Russie, alors connue sous le nom d'Union
soviétique, était un Empire immense. De la Baltique à l'océan Pacifique, et du
cercle Arctique au Pamir, elle contrôlait 22 millions de kilomètres carrés, d'un
seul tenant : c'est à dire le sixième de toutes les terres émergées ou encore,
selon la remarque d'un géographe allemand, « plus que la superficie de la face
visible de la Lune ». Avec 300 millions d'habitants, elle se situait au
quatrième rang mondial ex æquo : derrière la Chine et l'Inde, à égalité avec les
Etats-Unis.
Au delà de ses frontières, elle contrôlait six Etats nominalement indépendants
en Europe de l'Est, Cuba dans les Caraïbes, la Mongolie et le Vietnam en
Extrême-Orient, une dizaine d'Etats en Afrique noire. Elle avait noué des
alliances étroites avec la plus grande partie du monde arabe et islamique, ainsi
qu'une alliance d'un autre ordre, moins inégale, avec l'Inde. Elle avait
retrouvé une partie de son influence dans des pays communistes rebelles, tels
que la Roumanie, la Yougoslavie et même l'Albanie.
En outre, elle disposait de puissants réseaux dans le reste du monde : les vieux
partis communistes de l'ère stalinienne, de nombreux partis ou groupuscules
trotskystes (repris en main, dans les années 1960, par l'intermédiaire de Cuba),
une nouvelle gauche teintée d'écologisme, de nombreux mouvements dits de «
libération nationale » dans le tiers-monde, une partie des confréries
islamistes, l'OLP de Yasser Arafat, et enfin, last but not least, les bonnes
vieilles droites et extrême-droites d'Occident, pour lesquelles un régime
autoritaire ou totalitaire, même rouge, était toujours préférable à un régime
démocratique.
Ce qui tenait l'Empire debout, c'était le KGB, à la fois corps d'élite, police
secrète, maître d'œuvre de camps de concentration, officine de meurtre et de
corruption, service de contre-espionnage, agence de désinformation, inquisition
idéologique. Le KGB gouvernait l'Union soviétique proprement dite, les Etats
vassaux, les Etats satellites et alliés. Il gérait les réseaux subversifs au
sein du monde libre.
L'Empire s'est effondré, comme on le sait, en trois ans. Par une sorte de
pourrissement intérieur. L'URSS a disparu en tant qu'Etat, ses vassaux
est-européens ont retrouvé leur indépendance. Mais la structure impériale
centrale, le KGB, est restée en place. En Russie même, elle a repris le pouvoir
en 1999, avec Vladimir Poutine. Dans la plupart des républiques ex-soviétiques,
ce sont des branches locales de l'ex-KGB qui gouvernent, d'une main de fer. Et
surtout, les réseaux implantés en Occident et dans le tiers-monde n'ont jamais
disparu. Ils animent aujourd'hui quatre internationales superposées : le
gauchisme latino-américain, dont les épicentres sont Cuba et le Venezuela d'Hugo
Chavez ; la nouvelle gauche altermondialiste en Occident, dont Olivier
Besancenot est aujourd'hui une figure de proue ; l'islamisme, notamment sous
contrôle iranien, ce qui inclut des mouvements sunnites comme le Hezbollah et le
Hamas ; et enfin l'ultra-droite anti-américaine, qui milite pour une grande
alliance continentale allant de la France à la Russie en passant par
l'Allemagne.
Cette évolution, ou plutôt cette redoutable régression, était visible à l'œil
nu. Il a pourtant fallu la crise du Caucase, le mois dernier, pour qu'on
l'intègre à la réflexion politique. L'heure presse.
© Michel Gurfinkiel, 2008
● Stratégies d'influence : le rôle-clé des idées
par Bruno Racouchot - Directeur de Comes Communication www.comes-communication.com
Une stratégie d'influence a simultanément pour but de
convaincre de la justesse de la stratégie sélectionnée, et d'organiser des
actions de contre-influence face aux pressions et aux désinformations venues
d'ailleurs. L'engager efficacement suppose une réflexion très en amont pour
acquérir une capacité d'anticipation et une vision objective de l'environnement,
permettant d'optimiser l'utilisation des outils de l'intelligence économique et,
pourquoi pas, de certains vecteurs de communication.
Aussi loin que l'on remonte dans les sociétés humaines, les idées ont toujours joué un rôle structurant pour séduire ou effrayer, rassembler ou exclure. Qu'elles prennent des traits mythologiques ou théologiques, qu'elles se parent des atours dialectiques chers à la politique ou à la sociologie, les idées sont par essence liées aux enjeux de puissance. Dans les rivalités ou les conflits, économiques ou guerriers, culturels ou sociétaux, les idées permettent d'accentuer ou de compenser les différences matérielles. A qui sait les utiliser, un avantage certain est conféré. Le fort trouve en elles la justification de sa cause, le faible y puise des énergies qui font basculer des individus ou des groupes hors de la logique rationnelle, établissant ainsi un contrepoids dans les luttes asymétriques. Bref, qu'on s'en réjouisse ou qu'on le déplore, comme le constatait Renan, les idées mènent le monde.
L'importance de l'enjeu est patente puisque les idées définissent le cadre immatériel dans lequel se jouent les affrontements et les rivalités, les alliances et les synergies. Il serait donc logique que les professionnels des stratégies d'influence, qui constituent l'un des pôles essentiels de l'intelligence économique, s'y intéressent de près[1]. Or, si une telle approche se vérifie chez nos amis d'outre-Atlantique, notre "vieux pays" semble ne pas l'avoir intégré dans sa praxis. Chez nous, la mise en œuvre d'une stratégie d'influence s'entend, au pire comme l'engagement de manœuvres sulfureuses et occultes visant à déstabiliser les cibles visées par des campagnes de rumeurs savamment orchestrées, au mieux comme du lobbying et du relationnel, ce qui est utile, certes, mais parfois un peu court. En effet, la guerre économique est un conflit d'intérêts. Or ces intérêts sont commandés non seulement par des paramètres d'ordre économique et financier, mais encore par des idées, des "manières-de-voir-le-monde". A nous de savoir si nous voulons que ces paramètres nous soient imposés de l'extérieur ou si nous entendons reprendre la main pour que notre discours soit en adéquation avec les buts poursuivis.
Idées justes pour causes troubles
Pour gagner dans la guerre économique, il ne suffit pas d'être techniquement le meilleur. Encore faut-il que les argumentaires déployés pour asseoir l'action soient étayés par un discours haut de gamme, cohérent et porteur. Rien n'est pire pour un programme ambitieux que de devoir se développer sous l'œil suspicieux des "faiseurs d'opinion", en ressassant des thématiques communicationnelles inadaptées, aussi convenues qu'éculées. Prenons l'exemple d'un certain discours ambiant sur le développement durable, structuré et répercuté, lui, par des idéologues purs et durs, parfaitement rôdés aux subtilités des stratégies d'influence. Sans porter un jugement sur le bien-fondé des analyses des uns et des autres, analysons la manière dont des idées, en apparence justes, peuvent structurer avec efficacité des stratégies d'influence jusqu'à empêcher tout débat sous peine d'anathémisation.
Plusieurs scientifiques se sont récemment attaqués à ce que l'ingénieur Christian Gerondeau nomme "la grande arnaque"[2]. Dénonçant les pratiques aussi démagogiques qu'onéreuses qui, au nom de principes dévoyés de l'écologie, paralysent notre économie, il écrit : "Les dirigeants de nos grandes entreprises du secteur de l'énergie, des transports et de bien d'autres encore savent parfaitement ce qu'il en est. Mais tous se considèrent obligés de mentir face au rouleau compresseur du terrorisme écologique. Et ils gaspillent alors par milliards notre argent". D'où quelques questions : "Comment se fait-il que nous nous soyons laissés égarer à ce point par des concepts qui ne viennent pas de chez nous ? Comment se fait-il que nous ayons perdu tout bon sens, au point d'écouter sans réagir les sirènes de ceux qui nous conduisent sur des voies sans issue ?" La réponse est simple et ramène de plein fouet à notre problématique initiale : "C'est que nous avons été dirigés pendant un quart de siècle par des responsables qui ont accordé aux idées et aux opinions plus d'importance qu'aux faits et aux chiffres". Enfonçant le clou, Jean de Kervasdoué, titulaire de la chaire d'économie et de gestion des services de santé au Cnam, s'interroge carrément[3] : "il serait plaisant de connaître les financiers des grandes associations écologistes…" Comme le constate son confrère Michel Godet, lui aussi professeur au Cnam, "les modes changent et passent d'un mirage collectif à l'autre, sans même s'en rendre compte", ajoutant, tristement lucide : "malheureusement, la France a un génie suicidaire à imaginer des réglementations brisant sa compétitivité et sa croissance"[4] .
Ainsi, l'utilisation structurée de thématiques reposant sur des constats pertinents, (laisser un monde épanoui à nos enfants, respecter l'environnement,… quel être normalement doué de raison pourrait être contre ?), permet d'obtenir des résultats bien concrets, qui en l'espèce, hypothèquent gravement l'avenir en paralysant mentalement les décideurs économiques et politiques. Or, sur quoi repose ce blocage sinon sur de simples idées, mises correctement en perspective et relayées abondamment au point de s'imposer comme des vérités incontestables[5] ? On constate ici un glissement feutré de la sphère de la raison à celle de la croyance, de la dialectique au dogmatisme. Il est paradoxal qu'à l'heure où chacun s'accorde à vanter haut et fort les vertus de l'économie de la connaissance[6], un tel obscurantisme puisse imposer sa férule à ceux qui ont en charge les destinées de notre pays.
Condition première : un nouvel état d'esprit
Un tel constat implique de repenser en profondeur les stratégies d'influence des structures publiques et privées dans notre pays, notamment en intégrant les idées au cœur des dispositifs déployés. Il s'agit là de travailler en extrême amont de l'élaboration des stratégies. Plus que de moyens, c'est d'une volonté et d'un certain état d'esprit dont les managers ont besoin pour accomplir cet aggiornamento. Exercice délicat entre tous car il exige de sortir du carcan des idées toutes faites, d'être capable d'affirmer sa spécificité face au discours ambiant. C'est là un travers bien français que de se réunir entre intellectuels et décideurs formés aux mêmes moules, rompus aux mêmes subtilités dialectiques, en refusant les éclairages qui dérangent. Cruelle faillite pour un pays qui se flatte d'avoir été la patrie des Lumières ! Les Anglo-saxons, eux, forts de leur pragmatisme, savent au contraire qu'il faut explorer toutes les voies, y compris les chemins de traverse, tant il est vrai, comme le disait ce bon Monsieur de la Fontaine, que "la raison du plus fort est toujours la meilleure"… Vu sous cet angle, et pour marcher sur les brisées d'Hubert Védrine, il semble urgent pour les Européens de voir enfin le monde tel qu'il est, de nous battre moins pour des principes et davantage pour nos intérêts vitaux légitimes[7] .
Dans cette perspective, acceptons donc le réel dans toute son ampleur ! Penser, structurer et mettre en œuvre une stratégie d'influence digne de ce nom exige de manier les idées et les concepts sans tabou, en toute lucidité, en ne craignant pas d'affirmer son identité et sa vocation dans un monde qui souffre cruellement de repères. Car c'est justement l'effacement des repères qui contribue à cette situation délétère où le bon sens est traqué et les idées en vogue portées au pinacle. L'articulation des idées et leur mise en œuvre dans le cadre de stratégies d'influence se révèlent donc être indissociables d'un effort de fond et de forme pour redonner du sens aux messages délivrés, mettre en relief des repères, structurer les logiques développées.
Comment faire ?
Cet aspect est capital car l'objectif n'est pas ici de viser directement le grand public. A ce stade, les stratégies d'influence n'ont rien à voir avec une démarche marketing ou commerciale[8]. Elles ne visent pas le consommateur, mais ceux qui, dans leur ensemble, font et relayent l'opinion. Tout métier, si technique ou commercial soit-il, dans un grand groupe ou une PME, s'inscrit en fait dans des problématiques plus vastes, et répond à des besoins en lien direct avec l'actualité. Au-delà de la production de richesses, les métiers donnent du sens. Développer des stratégies d'influence, ce n'est pas vouloir s'adresser à la Terre entière ! C'est plus modestement permettre aux structures publiques ou privées de renforcer les liens avec leurs parties prenantes (clients, partenaires, salariés, décideurs publics, médias…), donc de conforter leur patrimoine immatériel. Grâce aux TIC en particulier, une telle démarche, bien concrète, est à la portée de toute entreprise ou institution, quelle que soit sa taille. C'est simplement une question d'intelligence, dans la pleine acception anglo-saxonne du terme. Seule condition : privilégier le contenu des vecteurs de communication. Un tel discours doit en effet être soigneusement élaboré et solidement charpenté, ne supportant ni l'erreur ni la médiocrité.
Donner du sens et affirmer son identité
Les hommes, dans leur immense majorité, éprouvent viscéralement le besoin de rêver en construisant des utopies. S'il ne se trouve plus grand monde pour miser sérieusement sur les utopies constructivistes, en revanche les utopies sociétales ont la cote. D'autant que les institutions – en premier lieu politiques – qui traditionnellement étaient supposées donner du sens pour construire et garantir l'ordonnancement de la cité, sont aujourd'hui à la remorque des études d'opinion. L'avènement du "tout-médiatique" conforté par le règne des "sachants", l'apparition de "nouvelles subjectivités"[9] relayées sur la Toile par les "prosumers"[10] ont bouleversé l'architectonique de nos sociétés et développé un corpus idéologique qui n'est soft qu'en apparence. A cet évanouissement du sens, à cette disparition des repères, à cette infantilisation des populations s'ajoutent pêle-mêle le règne de l'éphémère et de l'immédiateté[11] , la difficulté à démêler le réel du virtuel, la soif d'étourdissement, corollaire à l'angoisse existentielle, qui exige à nouveau de l'entertainment et des utopies en mouvement… La boucle est bouclée !
Difficile dans une telle configuration de dissocier l'élaboration de stratégies d'influence des exigences de la communication. La mise en œuvre de stratégies d'influence demeure indissociable d'une réflexion sur la réinjection de sens dans le discours développé. Il faut ici savoir s'extraire des règles habituellement concoctées en vue de jouer sur les seuls registres de l'émotion. Et parallèlement, engager une réflexion de fond, non seulement sur la nature même des stratégies d'influence, mais aussi sur le mode communicationnel adéquat pour les mettre en application.
Influence et communication
Une difficulté supplémentaire se greffe à cette configuration déjà fort complexe. Nul ne peut nier qu'en France aujourd'hui, intelligence économique et communication apparaissent globalement comme deux mondes clos, s'ignorant superbement, ayant l'un de l'autre une image peu flatteuse. Les uns sont vus comme des "barbouzes" peu fréquentables, les autres sont taxés de superficialité. Il faut en finir avec les clichés et travailler ensemble sous peine d'échec. Tendons enfin des passerelles entre le pôle influence de l'intelligence économique et les directions de communication, sous l'autorité des directions de la stratégie ou des directions générales, seules à même de fédérer ces synergies d'un nouveau genre ! Et soyons innovants ! Ces actions de communication sont d'un tout autre ordre que celles habituellement engagées. Elles se mesurent moins sur le plan de la quantité que de la qualité. L'influence se pense ici en termes de notoriété et d'identité, donc de crédibilité et de puissance sur le long terme.
Dans cette perspective, forger une identité se révèle être consubstantiel à l'élaboration d'une authentique stratégie d'influence. D'où la nécessité de trouver un point de jonction entre ce pôle spécifique de l'intelligence économique et la communication corporate des structures publiques et privées. En effet, dans un monde débordant d'informations mais en vérité en quête de repères, nous devons redéfinir les fondamentaux. Et d'abord affirmer clairement une identité correspondant à la vocation de chaque structure, aussi modeste soit-elle, non sous la pression des événements, mais dans le prisme de la longue durée. Puis, peu à peu forger et conforter cette identité, non en répétant à satiété les antiennes en vogue, mais en ouvrant des lignes de réflexion originales, transverses, s'abreuvant à des sources diverses.
Des méthodes commencent à voir le jour qu'il serait trop long d'exposer ici. Concrètement, certaines ont déjà été mises en œuvre auprès de plusieurs de nos clients, dans des domaines jusque-là hermétiques à l'intelligence économique ! En l'occurrence, il ne s'agit pas de suivre benoîtement l'évolution des tendances sociétales, mais de jouer sur la prédominance et l'ordonnancement des idées, de construire un discours cohérent, sur mesure, adapté à chaque configuration spécifique, et surtout susceptible de s'extraire de l'immédiateté du quotidien pour ouvrir des perspectives. Ce qui implique d'être tout à la fois solidement enraciné dans un terrain d'idées cohérentes, et capable de les projeter dans un futur proche. L'influence se déploiera alors d'elle-même, sur un mode organique. Les idées ont leur vie. Il faut en connaître la genèse, la floraison, la valse par laquelle elles jouent leur jeu dans l'histoire des hommes, à l'image des corsi et ricorsi du philosophe italien Giambattista Vico. Loin d'être cantonnées dans les cieux des philosophes, elles peuvent se révéler d'une puissance redoutable ici et maintenant. Armes à manier avec précaution, il ne tient qu'à nous qu'elles puissent retrouver leur pleine place dans l'univers stratégique et dialectique, depuis l'Etat jusqu'à la PME, tant dans la sphère publique que privée. L'enjeu est d'envergure et il est fort probable qu'à cet égard, sans l'appréhender clairement, l'Europe se trouve à un tournant de son histoire, comme l'a récemment souligné Edmund Phelps, directeur du Center on Capitalism and Society à l'université de Columbia et prix Nobel d'économie 2006[12] . Le réalisme exige d'ouvrir les yeux et de repositionner le jeu des idées au cœur des stratégies d'influence.
Un article pour
"Eurbag Magazine" et la revue "Défense" (IHEDN) - Contact :
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[1] Voir l'intéressant dossier de la revue générale de stratégie, Agir, sur le thème "Puissance et Influence" (n° 14, printemps 2003), et surtout l'analyse très pertinente d'Alain Juillet, "L'Intelligence économique : une réponse aux enjeux du 21ème siècle", Défense n° 126, en particulier "remettre en cause le primat du financier et prendre des risques" [2] "Ecologie, la grande arnaque", Albin Michel, 2007 [3] "Les prêcheurs de l'apocalypse", Plon, 2007 [4] "Peut-on développer durable ?", Le Monde, 13/12/07 [5] Sur ce sujet, voir par exemple "Propaganda – Comment manipuler l'opinion en démocratie", Edward Bernays, Zones, 1928/2007 ; "Storytelling – La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits", Christian Salmon, La Découverte, 2007 ; "La fabrique de l'opinion publique", Noam Chomsky – Edward S. Herman, Le serpent à plumes, 1988/2003 ; "La révolte des élites", Christopher Lasch, Climats, 1996 [6] Le rapport Lévy / Jouyet de 2006 sur l'économie de l'immatériel s'ouvre sur un constat sans ambiguïté : "l'immatériel est aujourd'hui le facteur clé de succès des économies développées" [7] "Se battre moins pour des principes et davantage pour nos intérêts vitaux", entretien accordé à Foreign Policy, édition française, avril-mai 2007. H. Védrine ajoute : "la 'realpolitik' a tout de même fait couler moins de sang que certaines utopies, c'est probablement mon côté 'aronien de gauche' qui me fait dire cela…" [8] Voir par exemple "Ces idées qui collent", Chip et Dan Heath, Le Village Mondial, 2007 ; "Comment naissent et grandissent les idées", Stratégies, 10/01/08 [9] "Devenir média, l'activisme sur Internet", Olivier Blondeau, Editions Amsterdam, 2007 [10] Euro RSCG étudie de près le comportement de ces leaders d'opinion et autres early adopters qui constituent de 20 à 30% des consommateurs [11] Voir les ouvrages de Gilles Lipovetsky, en particulier "Le bonheur paradoxal : essai sur la société d'hyperconsommation", Gallimard, 2006 [12] "Innovative thinking for European business", Financial Times, 17/12/07. E. Phelps commence ainsi son article : "The great ideas about enterprise and society were all europeans"…
● Un sondage significatif Outre-rhin
D'après un sondage significatif réalisé en Allemagne en 2006 sous le titre « Les souffleurs de la société médiatique » (par « souffleurs »on entend les rédacteurs en chef et autres responsables médiatiques qui donnent des clés d’interprétation et des consignes aux journalistes placés sous leurs ordres), les préférences politiques des journalistes allemands vont à 36% aux Verts et à 26% aux sociaux-démocrates SPD. Les chrétiens-démocrates CDU/CSU doivent se contenter de 9% et les libéraux FDP de 6%. Il est vrai que le parti néo-communiste La Gauche n’a que 1% des journalistes à ses côtés. Les autres petits partis, extrême-gauche ou extrême-droite n’ont que 3% de soutien et 20% des journalistes estiment n’avoir pas de préférence politique.
● “Iconologies – Nos idol@tries postmodernes”, par Michel Maffesoli, Albin Michel, 247 p., 18 euros ; "La République des bons sentiments", Éditions du Rocher, 138 p., 15 euros
Du
danger des bons sentiments…
“On dit que ce sont les rêves qui font grandir les enfants. Pas seulement eux d'ailleurs. Ce qui est certain, c'est que les mythes, cristallisation des rêves collectifs, permettent à une société d'être ce qu'elle est. Encore faut-il, en un premier temps, savoir les repérer, ensuite les interpréter. Et cela ne peut se faire qu'en montrant ce à quoi ils succèdent : car chaque époque doit savoir élaborer l'atlas de son imaginaire afin d'établir ses repères et identifier le 'roi secret' qui, au-delà des pouvoirs apparents, la régit en profondeur.”
Professeur de sociologie à Paris-Sorbonne et administrateur du CNRS, Michel Maffesoli s'intéresse depuis des années au resurgissement des comportements archaïques dans notre société. Les modes ont beau être à la transparence, à la communication, à l'égalité, il n'en demeure pas moins que nos contemporains réclament sans cesse de nouvelles idoles. “À l'image des dieux de la mythologie classique, les stars contemporaines ou les situations paradigmatiques ne font que cristalliser la lumière collective. Elles ont un rayonnement spécifique et exercent en conséquence une fascination.”
Qu'on s'en offusque ou qu'on s'en réjouisse ne change rien à l'affaire. Le fait est là. L'idéal rationnel, qui fut la marque de la modernité, doit compter avec ces forces collectives qui se manifestent au cœur même de notre société, alors qu'on aurait pu les croire éteintes. “L'image, l'imaginaire, les formes symboliques y jouent un rôle qui est bien loin d'être négligeable. Internet irrigue en profondeur les consciences. Il convient donc de prendre au sérieux toutes ces représentations. Tant il est vrai qu'à partir du moment où une chose est vraie pour quelqu'un, pour un groupe, voire une société, cette chose existe et mérite attention.” Ce ne sont donc pas seulement les vecteurs qui doivent être pris en considération, mais d'abord et surtout les contenus véhiculés.
Totalitarisme doux
La puissance des messages subliminaux qui nous sont ainsi adressés est souvent inversement proportionnelle à la capacité des analystes à les traiter. Michel Maffesoli met ainsi en cause “l'extraordinaire déphasage des élites intellectuelles et politiques par rapport aux choses de la vie, leur incompréhension d'une vitalité qui leur échappe”. Ceux qui pensent ainsi tout savoir ignorent en fait les rouages de la vie. Au nom d'une vérité qu'ils prétendent détenir, ils s'arrogent le droit de pratiquer un “totalitarisme doux conduisant à l'aseptie de la vie sociale. Mais c'est en voulant tout sécuriser, c'est-à-dire apporter une réponse abstraite à toutes choses, que l'on 'énerve' un corps social. Stricto sensu, on lui ôte les nerfs qui assurent la tenue et la solidité d'un ensemble donné”.
D'où la charge en règle menée par Michel Maffesoli contre ce qu'il appelle la République des bons sentiments, “totalement abstraite, entièrement désincarnée, reposant sur le faire-semblant". Assez de ces messages larmoyants et moralisateurs ! “La peur de la vie et de ses passions est certainement ce qui caractérise le mieux la triste intelligentsia moderne. Ce qui nous vaut une littérature édifiante faite par des imbéciles formés à l'école de la vertu", assène-t-il sans barguigner ; “ils n'ont pas, vraiment, de morale, ils se 'servent' de la morale.” Influence du réel d'un côté, influence textuelle de l'autre.
L'analyse de Michel Maffesoli peut faire grincer des dents, il n'en demeure pas moins qu'elle conduit sérieusement à s'interroger sur les contenus à mettre en oeuvre dans les stratégies d'influence. Savoir penser autrement est une vertu rare, difficile en tout cas à acquérir…
EURBAG N° 18
Chercher une solution franco-allemande
par Henri Conze
La flambée du prix des hydrocarbures, le
pétrole d’abord, puis le gaz indexé sur celui-ci, repose la question des
approvisionnements en énergie de notre continent. Apparemment, un certain
consensus existe, dans ce domaine, sur le constat concernant, d’une part,
l’absence, voire l’incohérence, de la politique européenne, d’autre part, la
liste des divergences, malentendus ou oppositions entre les deux rives du Rhin.
L’énergie pourrait être, devrait être, un des grands chantiers, une des priorités de l’Europe. Notre avenir en dépend, quels que soient les motivations, les inquiétudes, les engagements politiques, philosophiques ou culturels des nations européennes et de leurs citoyens : défense de l’environnement, développement durable, raréfaction des ressources, dépendance stratégiquement dangereuse vis-à-vis de pays producteurs très instables, coûts, perception du fait nucléaire, etc. Or, il est clair que notre intérêt indiscutable est qu’il y ait une politique commune pour peser beaucoup plus vis à vis des pays producteurs en tant que premier marché acheteur mondial, pour harmoniser nos réseaux d’électricité afin de réduire les coûts de transport et éviter les grandes pannes que nous avons connues récemment, pour faire les meilleurs choix et à moindre coût en matière d’investissements, pour préparer ensemble l’avenir au travers de programmes de recherche communs ( piles à combustible, économie de l’hydrogène, solaire, supraconducteurs, etc. ). Or, que constatons-nous ? Concrètement presque rien, si ce n’est une incohérence : d’une part, l’Europe s’accorde sur des objectifs ambitieux, contraignants, voire irréalistes pour certains, sur le développement des énergies renouvelables ; d’autre part, elle n’a pas de politique de l’énergie et ne décide donc rien, ne suggère rien, quant aux voies et moyens pour atteindre ces objectifs. Comment ne pas s’inquiéter des réactions que pourraient avoir, tôt ou tard, des opinions publiques constatant, à tort ou à raison, que Bruxelles tient à tout prix à légiférer sur les fromages au lait cru, mais que sur la question de l’énergie, cruciale pour nos concitoyens, elle reste immobile, sauf quand il s’agit d’opérer la dichotomie entre producteurs et transporteurs d’électricité, débat incompréhensible pour l’usager et donc byzantin à ses yeux !
Mais qu’en est-il des relations franco-allemandes en matière d’énergie ? Elles sont au diapason de la situation européenne, sauf sur la dichotomie production-transport de l’électricité, et donc ‘’pavées’’ de malentendus ou de profondes différences, comme : la stratégie autonome de l’Allemagne vis à vis du gaz russe, marquée en particulier par l’affaire du gazoduc de la Baltique décidé afin d’éviter l’intervention d’un quelconque voisin ( Pologne, Lituanie, Biélorussie ou Ukraine ), dont le pendant est la stratégie de la France vis-à-vis du gaz algérien ( ces deux ‘’autonomies’’ ne sont pas le fruit du hasard, ou de contraintes économiques, mais ont des racines profondes comme le montre la crise actuelle née de la problématique ‘’Méditerranée ou le grand Est’’ ) ; l’abandon du nucléaire par l’Allemagne, malgré la présence de Siemens ( 34% ) dans le capital d’Areva Nuclear Power, et ses conséquences sur les autorisations d’exportation par la France de centrales ; le contournement de cette décision par les sociétés d’électricité allemandes et leurs acquisitions hors des frontières ( par exemple E-on en Slovaquie ) ; l’impact différent du prix du baril de pétrole sur le commerce extérieur des deux pays et donc sur les réactions des opinions publiques et des responsables politiques ; le rêve allemand d’un charbon propre et le rêve nucléaire français ; l’intérêt tangible pour l’éolien de l’Allemagne dont l’essentiel du ‘’socle’’ électrique est encore fourni par les combustibles fossiles, et les doutes fondés de la France dont le socle est totalement nucléaire ; la coopération trop limitée sur les réseaux, comme l’a montré la grande panne électrique de 2006 ; notre antagonisme à Bruxelles sur les allocations de C02 pour l’industrie ; la bombe à retardement que constitue le coût de l’électricité ( coût moyen ou coût marginal ) ; etc.
Il est évident que si la France et l’Allemagne s’accordaient sur ces constats et trouvaient ensemble des réponses à leurs divergences et à leurs malentendus, il y aurait enfin une politique européenne commune ! Ce rêve ne peut se réaliser à court terme, en raison d’échéances électorales, d’équilibres politiques instables, de relations personnelles ou de panne momentanée d’altérité, mais tôt ou tard il faudra bien renouer le dialogue, à moins que la réalité nous rattrape et nous impose ce dialogue, car l’énergie, comme ses conséquences sur l’environnement, obéit d’abord aux lois de la physique, avant celles des hommes. (HC)
EURBAG N° 15
Sus à l’hypocrisie
par Jean-Paul Picaper
Le résultat du premier tour des municipales révèle que la propagande a ses limites. Les Français ne se sont pas laissés manipuler par la campagne ciblée anti-Sarkozy. Rarement, jamais peut-être, on n'avait vu une telle chasse à l'homme, à un homme. Eh bien, cela n'a pas fonctionné, même si les Ch'ti et les Normands ont viré de bord. Dany Boon et l'ombre du grand Bourvil vous saluent, gens du Nord. Mais le Sud n'a pas viré de bord. A Marseille, à Toulouse, l'UMP a ses chances. Même le ministre de l'Education Xavier Darcos que l'on disait en mauvaise posture n'est pas définitivement éliminé et la plupart des ministres et des personnalités du parti gouvernemental UMP ont été réélus dans leurs mairies. Le succès de Juppé à Bordeaux "c'est que du bonheur" comme il l'a dit lui-même. Un mot qui restera. Car cet homme, sous ses dehors froids et hyper rationnels, est un grand sensible.
Le danger, ce n'est plus Le Pen dont la chute se confirme. Le danger c'est le Modem qui tire tous les jours à boulets rouges contre le gouvernement en général et contre Sarkozy en particulier et se trouve donc en position d'allié objectif de la gauche. Tous les électeurs mécontents ou mal dans leur peau qui n'oseraient pas voter socialiste ou vert, votent Modem. Maurice Leroy, président (Nouveau Centre) du conseil général du Loir-et-Cher, a estimé sur France 3 que le président du MoDem François Bayrou «ne sait plus où il habite». «Comme le dit excellemment Jean-Louis Bourlanges, il y a un moment donné, quand on est simultanément à la droite de la droite et à la gauche de la gauche, où on n'est plus du tout au centre et on ne sait plus du tout où on habite», a-t-il lancé. Bayrou en veut surtout à Sarkozy de l'avoir mis sur la touche aux présidentielles : voilà le programme du Modem. Un autre problème est la persistance du démagogue Besancenot qui pourrait un jour si l'on n'y prend garde, grimper à la manière de La Gauche en Allemagne et tailler des croupières au PS. Enfin, il y a Ségolène qui n'arrive pas à comprendre qu'avec sa beauté, son talent, son intelligence et son enfance malheureuse, elle ait été battue l’an dernier aux présidentielles. Mais elle, c'est un problème du PS. Qu'ils l’élisent 1ère secrétaire et les socialistes verront comment leur parti dégringolera.
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Ce n’est pas parce qu’on est président de la République que l’on doit se laisser insulter sans réagir. Nicolas Sarkozy a bien fait de répliquer comme il l’a fait à la phrase d’un quidam qui retirait sa vilaine patte de la sienne en lui disant « Tu vas me salir ». Il faut dire aux gens ce qu’ils comprennent. C’est exactement ce qu’a fait le président au Salon de l’agriculture en lançant à cet individu : « Casse-toi, pauvre con ! ». L’homme a certainement compris la réplique présidentielle. Il ne l’avait pas volée. Et ceux qui le manipulaient l’auront bien retenue.*
Espérons que ces quatre mots du président passeront dans l’histoire. Ils n’étaient pas moins percutants et lapidaires que le mot de Cambronne. Il y a des moments où il faut montrer aux malotrus leurs limites et dire aux autres qu’un chat est un chat.
Beaucoup de Français en ont ras le bol du harcèlement médiatique contre le président élu, écœurés qu’ils sont par ce que le député UMP des Alpes-Maritimes a appelé la « chasse au Sarko ». Seriez-vous contents si un homme politique qui incarne la France tendait l’autre joue à tout bout de champ ? C’est comme ce prof qui a giflé un élève qui l’insultait et s’est vu blackboulé par les instances administratives, judiciaires et autres… Mais où va-t-on, alors, si on laisse faire ? Où est l’autorité ? Où est la fierté ? François Fillon a eu raison de prendre son parti contre la cabale des faux bien-pensants de gauche.
Ce qui gêne les adversaires du président et la foule des jaloux et des aigris, c’est qu’en France, il a mis les choses en mouvement, même si d’autres freinent, et qu’à l’étranger, tout le monde regarde à nouveau la France, souvent avec envie. Nous avons un non conformiste et un non conventionnel à la tête de l’Etat. Et après ? Espérons pour lui qu’il a le cuir épais. Nous avons un président vraiment révolutionnaire que le monde nous envie. « Enfin un politicien qui apporte de la vie et de l’action », « Nous aimerions que les nôtres fassent autant bouger les choses que lui », entend-on dans tous les pays européens, surtout parmi les jeunes. Les Français n’ont-ils pas remarqué que Nicolas Sarkozy est plus actif que ses prédécesseurs ? L’autre jour, nous avons été frappés de voir dans l’émission de Gérard Calvi « C dans l’air » que les journalistes de cinq pays étrangers importants affirmaient que leurs lecteurs appréciaient beaucoup le président français et étaient fascinés par lui, par son style, ses idées. Tiens, tiens ! « Marianne », « Libé » et « Le Monde » mentiraient aux Français ? Sarkozy plairait ailleurs ?
A moi qui suis depuis des années les relations franco-allemandes, cela me rappelle Helmut Kohl. Il était la cible de campagnes de malveillance bien orchestrées dans son pays et même des gens de son parti lui tombaient dans le dos, mais il était très admiré à l’étranger. Et c’est lui qui a fait le plus pour son pays (l’Europe, la réunification). Je vous assure que dans la population allemande, Sarkozy est apprécié et envié à la France, même s’il est la bête noire des ministres sociaux-démocrates du gouvernement Merkel, les Steinmeier et autres Steinbrück. Dès qu’un homme politique sort de l’ordinaire, il est la cible des mous.
L’hypocrisie a tellement imprégné la vie politique dans nos pays européens que l’homme politique idéal devrait être désarmé, émasculé et toujours consensuel sinon consentant. On veut des hommes et femmes politiques lisses et plats, sans aspérités ni angles, qui disent aux gens ce qu’ils veulent entendre et qui font ensuite le contraire, ou mieux, qui ne font rien. Nos régimes actuels fabriquent des ectoplasmes. Or, si nous continuons ainsi, la République mourra. Les efforts de M. Sarkozy pour tirer les Français de leur léthargie et de leur train-train et secouer une Europe fromage exploitée par des vers, font évidemment des jaloux. Un trio infernal Villepin-Bayrou-Royal s’est constitué dans les colonnes de « Marianne » (belle référence) pour crier « haro sur Sarko ». Et ils n’ont pas honte de cosigner leur oh combien émouvant et crédible cri du cœur avec Bertrand Delanoë et avec le communiste André Gérin ! François Fillon a eu la bonne réponse en fustigeant « l’acharnement de certains responsables politiques qui n’ont pas été élus par les Français, pas été choisis par les Français, à tenter de déstabiliser le chef de l’Etat ».
François Léotard vilipende dans un livre Nicolas Sarkozy pour s’être montré tel qu’il est et tel qu’il vit, au lieu d’être un mannequin solennel et compassé à la manière de ses prédécesseurs. Quel dommage, cher François ! Il paraît que Sarkozy désacralise la fonction présidentielle. La belle perte ! Il était temps que quelqu’un le fasse. On ne vit plus sous Louis XIV ni sous le Grand Charles. On est au XXIème siècle et pour les jeunes, Sarkozy est tout à fait « cool ». Les gens du peuple intelligents qui sont beaucoup plus nombreux que l’imaginent la classe politique et la classe médiatique, apprécient le style Sarkozy. Attention, François, à ne pas vous faire traiter de passéiste.
Nous regrettons dans ce contexte que l’Elysée, à ce que l’on dit, ait fait se rétracter Nicolas Sarkozy dans l’interview qu’il a donnée au « Parisien » le 26 février dernier, en lui faisant dire qu’il aurait « mieux fait de ne pas répondre » au malotru qui l’a insulté. Mais si, Monsieur le Président, vous avez bien fait de répondre. C’est ce que des millions de Français auraient dit à votre place. (mars 2008)
Les sarkophages à l’œuvre
par Jean-Paul Picaper
Voilà déjà 2008 et les municipales, les 9 et 16 mars prochains. Besancenot a les dents longues sous son masque de chérubin. Mais le PS n’est plus que l’ombre de lui-même, le PC et les Verts sont fantomatiques. Aussi les sarkophages, sous-espèce française de l’anthropophage commun, fouillent-ils la vieille boîte à outils de la propagande pour grignoter Sarkozy et les siens. Deux thèmes sont récurrents : la vie chère et les sans abris. Dans sa conférence de presse du 8 janvier dernier, le président français a protesté surtout contre la montée en épingle du premier sujet, rappelant tout ce qu’il a fait jusqu’ici pour permettre aux Français de gagner davantage d’argent.
Mais il suffit de comparer tout cela avec les années 50.
Les Français ont la mémoire courte (ce n’est pas moi qui l’ai dit). Ils ont oublié que le pouvoir d’achat de leurs grands-parents n’atteignait pas la moitié du leur, que le franc dérapait sans cesse, à la différence de l’euro, et que la vie était à l’époque plus pénible et moins longue. C’est vrai, deux breuvages ont grimpé, le lait et l’essence, et le pain est plus cher. Il y a là des mesures à prendre. La marge entre le prix sur le marché du litre de lait et les 36 centimes d’euro payés à l’agriculteur, est à revoir. Mais l’industrie agroalimentaire a fait des progrès fabuleux. Voyez nos yogourts 100% allégés avec toutes sortes de goûts. Cette valeur ajoutée doit être payée. Quant aux carburants, on sait ce que prélève l’Etat. Mais le parc automobile a été multiplié par trois ou quatre. n
La montée des prix qui résulte aussi de facteurs internationaux, c’est de la triche d’en accuser le gouvernement. Certes, les S.D.F., 100 000 peut-être, sont trop nombreux, mais on parle d’eux parce que les médias relaient des opérations spectaculaires comme celle des Don Quichotte. Seulement, quand l’Abbé Pierre lança son action d’hébergement il y a soixante ans, ils étaient infiniment plus nombreux qu’aujourd’hui et les structures d’accueil étaient rares. C’était une vraie tragédie. Ne voulant pas demeurer en reste, des municipalités, communistes surtout, ont bâti toutes ces cages à lapins baptisées HLM pour héberger les nécessiteux. Elles ressemblent aux cités ouvrières des anciennes démocraties populaires d’Europe de l’Est et posent problème dans nos banlieues.
Mais le gouvernement Fillon n’a pas créé ces problèmes et leur cherche des solutions. Insister sur le prix du pain rappelle la Révolution de 1789. « S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche », cette fausse phrase de Marie-Antoinette avait été fabriquée par les amis de Robespierre. Visiblement, la boîte à slogans n’a pas évolué. La gauche s’en prend aux « voyages » du président « que nous payons », à son futur mariage avec Carla Bruni « que nous allons payer », aux dessous de table qu’il aurait versés aux uns et aux autres et à son augmentation de salaire. Vont-ils lui reprocher maintenant d’avoir construit le château de Versailles ? Le journaliste de « Libération » Laurent Joffrin l’a apostrophé, lui reprochant de pratiquer une « monarchie élective ». « Vous croyez que je suis le fils illégitime de Jacques Chirac, et qu’il m’a mis sur le trône ? » a répondu Sarkozy du tac au tac, provoquant des rires dans la salle. « Avec votre intelligence, Monsieur Joffrin, j’aurais cru que vous savez qu’un monarque hérite son pouvoir. Soit, c’est une monarchie, donc c’est l’hérédité. Dans ce cas, je voudrais qu’on m’explique de qui je suis l’héritier. Or, j’ai été élu démocratiquement et je n’ai volé ma responsabilité à personne ».
Reste que les sarkophages grignotent, patiemment, longuement. L’inflation monte à 2% (mais à 3% en Allemagne). La croissance atteint tout juste 2% (un peu au-dessous de la moyenne de l’Union Européenne). Mais Sarkozy et Fillon ont des plans ambitieux et ils semblent décidés à les réaliser en tendant la main aux syndicats au chapitre des augmentations de salaires et de la participation des salariés aux bénéfices de toutes les entreprises. Toujours est-il que le président a parlé pendant dix minutes de sa liaison avec Carla Bruni et qu’il n’a eu qu’un mot : « Oui », pour dire qu’en 2008 il voulait abolir les 35 heures de travail hebdomadaires décrétées sous le gouvernement socialiste de Lionel Jospin. Là, les syndicats ne sont pas contents, c'est une couleuvre à avaler. Comme Sarkozy, les Français doivent travailler plus et gagner davantage.
N’ont-ils pas remarqué que Nicolas Sarkozy est plus actif que ses prédécesseurs et que le monde regarde maintenant la France ? (janvier 2008)
Eurbag N°13/14
Qu’on nous accorde ce plaisir !
Les Français se sont passionnés pour leurs élections présidentielles et beaucoup d’Européens les ont suivies également. Ce fut une période exceptionnelle, terminée à présent. On s’est lancé à corps perdu dans la bataille, on l’a suivie le cœur battant. Bien des gens ont senti la gravité de l’enjeu. Ou bien la France prenait un tournant vers le monde moderne et, avec elle l’Europe sans doute, ou bien elle retournait à ses vieux démons. Il s’agit maintenant de tourner la page et de se retrousser les manches. Mais jetons un dernier regard sur ces derniers mois qu’on peut qualifier d’historiques.
Nicolas Sarkozy et les siens ont remporté les élections en France, les présidentielles haut la main, les législatives largement. Tout le monde le sait, mais c’est agréable de le redire ! Qu’on nous accorde ce plaisir ! Il ne faut pas minimiser le succès. Comme beaucoup, nous n’étions pas certains, au départ, de la victoire. Nous nous sommes battus avec acharnement y compris dans ce magazine pour soutenir Sarkozy, car les partisans de la candidate de la gauche, soixante-huitards attardés, émancipateurs ludiques, éternels ados et misérabilistes anti-américains, étaient très nombreux autour de nous.
Parmi les « expats » français d’Allemagne, le vote pro-Royal a largement dominé dans tous les consulats, avec des scores mirobolants de 72% à Berlin et de 62% à Hambourg. A l’ambassade de France à Berlin, des gauchistes ont hué le nom du président Sarkozy. Une petite ambiance insurrectionnelle flottait au soir du 6 mai. Dans les villes françaises aussi. Mais le nouveau gouvernement a vite désamorcé ces jeux interdits. Nous savions que Mme Royal pouvait mener le pays au chaos. Il fallait être aveugle pour ne pas voir qu’en lieu de programme elle n’avait que des slogans. Les Français ont été dans leur grande majorité perspicaces. C’est rassurant !
Certains, à gauche, regrettent leur vote, pas seulement parce qu’on n’aime pas être parmi les perdants. Ils s’attristent de n’avoir pas vu depuis l’été 2006 qu’il fallait coûte que coûte barrer la route à la candidate, tout simplement parce qu’elle n’avait pas le niveau. Sans forfanterie, nous en étions convaincus depuis cette époque. Quant à la presse allemande, elle votait très majoritairement Royal. Jusque chez les conservateurs. Quelques-uns, incapables d’évoluer, mènent aujourd’hui encore des combats d’arrière-garde contre ceux qui ont vu clair d’emblée. Réceptifs à la propagande, ils n’ont pas vu que Sarkozy n’était pas un fasciste mais un républicain, pas un « karchériseur » (ce mot qui n’était pas de lui… mais oublions ces bassesses), mais un homme sensible et généreux, pas un amateur, mais un vrai « pro » et, enfin, que son programme était intelligent alors que l’autre répétait des slogans sur le ton du sanglot.
Le Parti Socialiste retire peu à peu la vaincue de la circulation et la confine dans son Poitou Charentes. Hollande ne la veut plus pour épouse et se prépare à lui disputer la prochaine candidature. Strauss-Kahn et Fabius avaient bien tenté de lui barrer la route, mais que faire contre l’ignorance des jeunes et la psychose collective ? Nous l’avons échappé belle ! Mais beaucoup à gauche n’ont pas encore compris et cela nous rappelle le temps d’Helmut Kohl en Allemagne contre lequel s’acharnait une clique de plumitifs fielleux alors qu’il était en train de tirer son pays et l’Europe des griffes de l’hydre soviétique. C’est certainement une loi de la nature qu’un tiers du pays et la majorité des intellectuels ne comprend jamais de quoi il retourne.
Des politologues omniscients affirment déjà sur un ton plaintif que nous n’avons plus de grands hommes en politique, que De Gaulle était d’un autre calibre que Sarkozy. Ces soi-disant experts ont des oeillères. D’abord les très grands hommes, ce sont les guerres et les résistances contre la tyrannie qui les font et ils sont souvent morts. Ensuite, nous avons changé d’époque. En 1969, De Gaulle n’était déjà plus de son temps. Sarkozy est du sien, du nôtre. Mais laissons tout cela ! Stoppons les polémiques électorales ! L’heure est à la neutralité et au rassemblement !
Après ces joutes électorales, « Eurbag » va retourner à l’équilibre et à la modération et traiter maintenant des grands problèmes, la débâcle climatique, la pénurie d’eau, les pandémies, la concurrence mondiale, le danger islamiste, le choc des idées, etc. L’important est que la France de Sarkozy aille de l’avant et que l’Allemagne d’Angela Merkel ne retombe pas dans l’ornière. Jusqu’ici, la chancelière dont nous avions célébré la victoire, y compris dans un livre à l’automne 2005, ne s’est pas laissée démonter par la gauche modérée pendue à ses basques et par la gauche monstrueuse des naufragés de la RDA.
L’un et l’autre, ces deux dirigeants dotés d’un fort quotient intellectuel ne se débrouillent pas mal. Il ont tellement de scories à déblayer ! D’aiguillages à redresser ! Aidons les pour l’amour de l’Europe et de nos deux pays alliés !
Jean-Paul Picaper
L'Europe a encore de beaux jours devant elle
"Le nouveau défi européen" par Otto de Habsbourg. Conversations avec Jean-Paul Picaper. Collection "Témoignages pour l'Histoire" sous la direction de Jean-Luc Barré. Librairie Arthème Fayard. 2007. 560 pages. 23
€Cinquante ans après la signature du traité de Rome, nul n'était mieux placé que l'archiduc Otto de Habsbourg pour dresser le bilan de la construction européenne à travers le temps et évoquer ses perspectives d'avenir. Député européen pendant une vingtaine d'années, Otto de Habsbourg, 95 ans bientôt, possède une expérience sans équivalent de l'histoire de notre "vieux continent" et de ses enjeux à la fois séculaires et immédiats. Alexandre de Marenches disait qu'il existe un "club mondial des hommes courageux", que ceux-ci se comptent sur les doigts de la main et que Otto de Habsbourg en fait partie. Par dessus le marché, ayant toujours vécu au diapason du monde, il est un des rares hommes de notre temps à penser à l'échelle de la planète, à être un expert du "thinking global". Ami de Valéry Giscard d'Estaing, il fait partie comme lui de ces hommes intelligents qui ont compris dès après la Seconde Guerre mondiale la nécessité de surmonter la fragmentation du continent pour "faire le poids" face aux "Grands" et à un monde en ébullition.
Questionné par Jean-Paul Picaper qui poursuit avec lui depuis une bonne quinzaine d'années un dialogue approfondi, Otto de Habsbourg évoque ici longuement la mémoire de sa dynastie depuis Charles Quint et sa propre aventure personnelle depuis près d'un siècle, sa condition d'exilé permanent comme ses engagements incessants en faveur de la paix entre les peuples. Non moins que le célèbre Oscar Schindler et quelques autres, pourchassé lui-même par Hitler, il avait réussi en 1939-40 à sauver de nombreux juifs et opposants au nazisme et mérite le titre de "Juste". Adversaire de l'Anschluss de l'Autriche, il persuada les Alliés de rendre sa souveraineté à son pays après la guerre. Se situant au-dessus des partis et des querelles idéologiques, Otto de Habsbourg a fréquenté la plupart des grands de ce monde au XXème siècle, sauf Hitler qu'il avait refusé de rencontrer, sauf Staline et Mao-Tsétoung, et il a conservé des relations avec ceux d'entre eux qui sont encore en vie et quelques autres plus jeunes. Nous sommes en présence d'un homme qui est la mémoire vivante du XXème siècle, avec des réminiscences d'une Europe plus ancienne, mais résolument tourné vers le XXIème siècle. Car ce Habsbourg n'est pas homme à ressasser un passé aboli et qui ne reviendra plus. Il ne s'intéresse au passé que dans la mesure où il sert l'avenir, dit-il.
Parlant couramment quatre langues, plus le latin, et en comprenant sept au total, il connait la plupart des pays de notre continent comme sa poche et se souvient de détails de la France profonde des années 30 et 50 que plus personne ne sait aujourd'hui. Cela s'applique aussi à d'autres pays. Il fallait sauvegarder pour les générations montantes la leçon qu'il a retenue de tous ces évènements historiques vécus à fleur de peau. C'est chose faite par le questionnement de J.-P. PIcaper. Otto de Habsbourg aborde dans le même temps tous les nouveaux défis auxquels l'Europe est confrontée: les conséquences de l'échec de la Constitution, les critiques, souvent légitimes, de l'opinion à l'égard de la bureaucratie bruxelloise, la question de l'élargissement à de nouveaux Etats, celle, cruciale, de l'intégration de la Turquie pour laquelle il indique une solution originale intégrant les Etats du Maghreb et permettant aux Turcs de sauver la face. S'ajoute le nécessaire dialogue entre chrétiens et musulmans face au terrorisme. L'homme politique Otto de Habsbourg nous met en garde contre les menaces pour la paix et l'équilibre de l'Europe que représente à ses yeux la Russie de Poutine, dont il dénonce ouvertement les pratiques totalitaires.
C'est avant tout un message d'espoir et de confiance en l'Europe future que nous livre le chef de la Maison d'Autriche reconverti parlementaire européen et leader de l'Union Paneuropéenne. Dans le marasme actuel de la pensée européenne, contre le scepticisme et le pessimisme ambiants, Otto de Habsbourg est résolument positif. Sa foi catholique et aussi le recul qu'il a acquis, lui disent que les problèmes passent comme les hommes et qu'il ne faut pas forcer le destin. Comme il fallait s'y attendre, il croit aussi à l'élargissement de l'Europe, des Balkans à la Mer Noire, avec des limites cependant qui sont plus morales et politiques que géographiques. C'est pour lui un processus irréversible du moment qu'il a été enclanché après la chute de la tyrannie marxiste-léniniste et de son creuset, le Bloc soviétique. Dans cet ouvrage riche d'informations et d'analyses inédites, et résolument à contre-courant de bien des idées reçues, Monseigneur de Habsbourg livre aux jeunes de notre temps sa conception de l'Europe et sa recette pour continuer à la bâtir. Parmi les phrases clés de ce livre très exhaustif consacré à l'âme de l'Europe sur au moins cinq siècles, on retiendra celle-ci : "J'ai le sentiment profond qu'en bâtissant l'Europe nous avons fait quelque chose qui changera la face du monde".
Eurbag N° 11/12
Editorial
Un nouveau départ : « Eurbag » succède à « Airbag »
Un an après le 11 septembre 2001, nous avions publié une page sur Internet avec le titre « Don’t forget them », à la mémoire des victimes. L’accueil qu’elle avait rencontré, nous incita à lancer sur Internet le magazine franco-allemand gratuit de géostratégie européenne « Airbag Magazine ». Après quatre ans d’existence, forts de quelques 30 000 lecteurs, nous relançons ce magazine au numéro 11/12 en modifiant légèrement son titre qui devient « Eurbag Magazine », avec une nouvelle adresse : www.eurbag.eu .
Notre nouveau produit aura plus de lisibilité et de transparence. Il comportera moins de photos mais plus de textes et d’informations. Une étude universitaire américaine a constaté que les utilisateurs d’Internet privilégient l’information à l’image, à la différence des lecteurs de papier imprimé. Les dix premiers numéros d’« Airbag », soit plusieurs milliers de pages de textes et de photos, ne sont plus accessibles en ligne, mais seront, d’ici la fin de l’année, gravés sur CD que nos lecteurs pourront acquérir sur demande.
Tout en balayant devant sa porte, l’Europe doit réfléchir à la meilleure manière d’instaurer la paix et la prospérité dans le monde avec les moyens dont elle dispose. Tout en nous gardant de tout messianisme, nous devons agir avec pragmatisme en nous attaquant aux véritables menaces. Celles-ci sont climatiques, économiques, médicales et sécuritaires. Outre la prolifération des armes nucléaires, chimiques et bactériologiques, et liée à elles, la grande menace internationale est le terrorisme islamiste qui sévit dans les autobus et les restaurants israéliens, sur les marchés et devant les mosquées de Bagdad, mais aussi, déjà, dans les grandes capitales européennes.
Les chefs d’Etat arabes qui luttent efficacement et honnêtement contre le terrorisme islamiste, et les musulmans épris de paix et respectueux de la démocratie sont nos alliés. Nous haïssons le racisme, la xénophobie, l’intolérance, les entraves à la liberté de penser et les ingérences des pouvoirs publics dans la vie privée.
Une contribution à la paix entre l’Ouest et l’Islam
Il faut pour ouvrir le dialogue connaître les différences et les similitudes et en parler franchement et sans aucune censure.
Etant donné le risque croissant d’affrontement militaire entre les pays de l’Ouest, qu’ils soient chrétiens ou juifs, ou tout simplement démocratiques et laïques, et les Etats musulmans, qu’ils soient arabes, turcs, persans, africains ou asiatiques, affrontement qui pourrait utiliser un jour des armes de destruction massive, nous attirons ici l’attention sur un ouvrage qui cherche à intensifier le dialogue et la compréhension mutuelle. Malheureusement, cet ouvrage n’est pas encore traduit en français.
Le ministère allemand des Affaires étrangères, plus précisément l’Institut des Relations Internationales de Berlin, a présenté en effet le 6 septembre 2006 en présence de nombreux journalistes allemands et étrangers ainsi que de diplomates d’ambassades arabes une étude sur le dialogue entre l’Occident et l’Islam intitulée « Guerre, Répression, Terrorisme ».* Cette étude a été menée sous la conduite de Jochen Hippler, politologue à l’Université de Duisburg-Essen et de Nasr Hamid Abou Zaid qui enseigne à l’Université Humaniste d’Utrecht et à l’Université de Leyde, ainsi que d’Amr Hamzaqwy, collaborateur du Carnegie Endowment for International Peace à Washington.
Ce ne fut pas facile au cours de cette conférence de presse de convaincre quelques-uns des auditeurs que Hippler a travaillé en toute indépendance et ne s’est pas plié aux desiderata du ministère des Affaires Etrangères. Ce qui déjà dénote une divergence culturelle fondamentale, les représentants des pays arabes ayant du mal à imaginer la réalité de la liberté de pensée et d’expression qui ont droit de cité dans les démocraties occidentales. Pourtant, ce n’est que dans ce cadre qu’un dialogue authentique sera possible (et s’il n’est pas possible dans tous leurs pays qu’ils viennent donc le mener sur nos supports scientifiques et médiatiques !). Mais dans l’ensemble, les présents ont fini par s’en convaincre, ce qui est déjà un grand pas en avant.
L’été dernier, la guerre d’Israël contre le Hezbollah a montré que quiconque est intéressé à maintenir le dialogue entre l’Ouest le monde islamique, ne peut éluder le problème de l’emploi de la force par la politique. Aussi, fit observer Hippler, est-il plus que temps de réfléchir aux similitudes et aux différences des rapports que les uns et les autres entretiennent avec le pouvoir politique. L’étude est la première à donner un aperçu comparatif dans l’histoire et dans l’actualité du maniement du pouvoir politique dans les deux cultures. Son bilan : c’est un problème qui se pose dans les deux types de sociétés. De part et d’autre, on s’est servi de la force dans l’histoire et on le fait encore, les deux sociétés sont à la fois coupable et victime.
Si elles veulent développer ensemble des stratégies pour surmonter la violence politique, elles doivent cesser de pointer l’une sur l’autre un doigt accusateur et rechercher plutôt où sont les racines de cette violence. Dans le cas concret du conflit de l’été dernier, les racines de la violence sont vite identifiées. Elles ne découlent nullement de la religion qui n’est utilisée que comme un prétexte pour recruter des troupes et justifier des mauvais coups.
Ainsi le Hezbollah du Liban a-t-il recours à des motivations qui s’affirment religieuses mais qui ne masquent que trop souvent les visées impérialistes de puissances extérieures à ce pays, Iran ou Syrie. Israël n’utilise guère l’argument religieux, mais n’hésite pas à passer à l’offensive, se considérant depuis des décennies en état de légitime défense et dans une situation de siège. Seules des garanties concrètes de sécurité parviendraient donc à apaiser l’Etat juif et elles sautent aux yeux. Mais depuis quelque temps, en particulier en provenance de Téhéran, les menaces contre Israël se sont multipliées.
Selon Hippler, il faut pouvoir cerner les divergences d’intérêts authentiques entre le monde occidental (dont Israël fait partie par le type de société politique, mais non pas par la géographie) et le monde islamique ainsi que les perceptions opposées qu’on a les uns des autres (les clichés et les idées reçues). Il faut aussi prendre en compte les contextes psychologiques différents.
On pourra objecter que ce livre de Hippler et de ses collègues musulmans comporte une bonne dose d’idéalisme voire d’illusionnisme. Mais il est de bonne foi et constitue un effort honnête pour promouvoir la paix. Il ne faut pas oublier que nous vivons à une époque où pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la guerre n’est plus considérée comme un élément incontournable du débat politique ou religieux. Sinon, les Nations unies n’existeraient pas.
Jean-Paul Picaper
Mondial : Le coq et l’aigle ont perdu des plumes


On retiendra du Mondial que les trois nations fondatrices de l’Union Européenne, Italie, France et Allemagne, moins la Belgique et la Hollande, ont terminé en tête de la Coupe du monde de football. L’avenir dira si ce fut le chant du cygne de l’Europe, d’autant que le prochain Mondial se déroulera en Afrique du Sud, sous l’égide du continent noir tout entier. Ou bien fut-ce une preuve que l’Europe n’est pas morte et qu’elle maîtrise encore ce gros ballon rond qui s’appelle la Terre ? C’est également symbolique que la France et l’Allemagne aient partagé un coup dur puisqu’elles furent vaincues toutes deux de justesse par le même adversaire.
Qui espérait que la Coupe du monde donnerait un coup de pouce à une Allemagne dont l’économie et les finances ne sont plus ce qu’elles étaient, et un retour triomphal sur la scène internationale à une France dont le prestige s’est terriblement dégradé, s’est bien trompé. Dans les premières semaines certes, la méthode Klinsmann a surpris tout le monde, à l’instar de la manière Domenech qui a encore plus étonné les Français. Les Allemands ont racheté l’honneur en battant les Portugais pour la troisième place, plus confortablement encore que l’avaient fait les Français cinq jours plus tôt. Ce match pour la troisième place fut incontestablement le plus beau moment du Mondial. Bastian Schweinsteiger et Oliver Kahn ont bien mérité de la patrie et la Mannschaft a eu son triomphe en musique devant la Porte de Brandebourg.
N’oublions pas non plus la miraculeuse expulsion de l’Argentine du terrain germanique par tirs au but. Le goal, Jens Lehmann, héros national lui aussi ! Les Allemands voyaient déjà la coupe à la portée de leur main, comme le montre l’excellent film de Sönke Wortmann « Deutschland. Ein Sommermärchen », dont le titre est inspiré du « Wintermärchen » de Heinrich Heine, qui sera, nous l’espérons traduit ou plutôt sous-titré en français. Le film montre aussi sans fioritures la déprime de la Mannschaft après la défaite face à l’Italie. Un journaliste américain m’écrivait au lendemain de la défaite allemande : « Cher ami, nous voilà enfin délivrés de l’outrecuidance d’un Beckenbauer, et des mots d’un Köhler qui prédisait 2-0 contre l’Italie. Dieu merci, les Italiens ont fait un 2-0 et pas 1-0. C’est clair et net. Les Allemands ne pourront pas comme toujours accuser l’arbitre. Les Italiens ont nettement mieux joué, chacun d’entre eux mais aussi l’équipe. Ici tout à coup le calme est revenu. C’est un jour de deuil national. Demain, il y aura sans doute 50 % de réduction sur la pizza alors que, si les Allemands avaient gagné, on aurait eu 20 % de plus sur les saucisses et la choucroute. Je les connais bien ».
Non, je ne suis pas sûr qu’il « les » ait bien connus. Dès le lendemain de leur défaite, les Allemands reportaient leur espoir sur la France. « Allez les Bleus ! » criaient des supporters allemands le 5 juillet dans les rues de Munich et de Berlin. « C’est sûr que dimanche, nous serons tous pour l’équipe de Domenech », me disait mon garagiste. Et la caissière du supermarché : « Les Italiens sont des pleurnichards. Dès qu’on les touche, ils se jettent à terre et hurlent comme si on leur avait cassé un bras". Jamais la solidarité franco-allemande ne s’était aussi bien portée. Les « fans » allemands reportaient leur enthousiasme refoulé sur les Bleus. Zidane devait venger Ballack de l’humiliation infligée par « les Ritals », les « macaroni » comme on les appelle outre-Rhin quand on est mécontent (à cela près que les Allemands depuis Goethe adorent l’Italie).
Mais c’était compter sans ces fous d’Italiens. Sans contester leur talent, on accordera aux footballeurs italiens un art de la ruse, de la « combinazione » et de la « comedia » qui a assurément ses racines dans leur culture nationale. Ils avaient laissé les Allemands s’assoupir sur un match nul jusqu’à la fin du match. Accrocheurs et enragés, ils profitèrent alors de l’occasion, se faufilèrent dans le trou des défenses allemandes endormies sur leurs lauriers et expédièrent deux buts au filet. Mais la honte de la France fut plus amère encore à boire. Zidane n’a pas vengé Ballack, les Black-blanc-beurs n’ont pas vengé les Blancs-noir-rouge-or. Le coq et l’aigle ont du plomb dans l’aile. Après un match au cours duquel les Français avaient nettement dominé, surtout au cours de la deuxième mi-temps, il y eut le tir au poteau de Trézéguet qui « a tout fait capoter ». « Trézéguet au poteau », étaient tentés de crier les supporteurs des Bleus.
Mais il y avait eu, avant, l’éviction de Zidane. Marco Materazzi a-t-il traité sa sœur de « prostituée » ? A-t-il insulté la mère du Français ? Traité les musulmans en bloc de « terroristes » ? On ne le saura jamais avec certitude. Toujours que, d’entrée de jeu, Zidane fut la cible des Italiens qui le connaissaient bien et menèrent contre lui une guerre psychologique pour le déstabiliser. Ils avaient tenté dès les premières minutes de blesser des Français et se jetaient à terre sans rime ni raison pour simuler des blessures.
Mais cela ne justifie en rien le « coup de boule de Zidane » qui s’est laissé prendre à une provocation faite pour le sortir du terrain. On a beaucoup épilogué là-dessus. Zizou est un talent exceptionnel, mais il n’est pas de bout en bout maître de ses réactions, comme Barthez qui s’était rendu lui aussi coupable jadis qu’un jet de salive sur un arbitre. Sa présence sur le terrain n’aurait rien changé au résultat du match sans doute. Seul un coup de pied de Thierry Henry au lieu de celui de David Trézéguet aurait peut-être fait tourner la chance en faveur des bleus. Heureusement qu’en France, tout finit par des chansons. Quelques jours après le single "Zidane y va marquer" interprété entre autres par Cauet, l'animateur de Fun radio, et son équipe pendant le premier tour, alors qu'on désespérait encore de l'équipe de France, ce fut au tour de trois compères du groupe « Plage records » d'entrer dans la course. Derrière le nom La Plage, un groupe formé après le Mondial 2006 se cachent les auteurs compositeurs Emmanuel Lipszyc, Sébastien Lipszyc ainsi que Franck Lascombes, les 3 producteurs du label musical La Plage Records, un label spécialiste des musiques de pub.
La Plage a donc surfé donc sur la vague de Cauet mais avec une touche d'humour et de dérision. Le "refrain" de cet hymne impérissable : " «Attention, c'est la danse du coup de boule. Coup de boule à droite, coup de boule à gauche, allez les Bleus, Zidane il a frappé, Zidane il a tapé [...], l'arbitre l'a vu à la télé [...] mais la coupe on l'a raté, on a quand même bien rigolé», est devenu incontestablement le « tube » de l’été 2006 en France. Après trois sociétés de disques, les vendeurs de sonneries de téléphones portables qui ont fait le forcing pour avoir le morceau dans leur catalogue. Le refrain entraînant de la chanson « Coup de boule » a permis a fait le tour de la planète en passant par la radio Skyrock qui l'a diffusée un soir d'antenne. Le succès a été fulgurant, tout le monde a dansé sur la musique du coup de boule. Le clip vidéo a été tourné au stade Charlety. Au départ « Coup de boule » devait être une blague mais c'est vite devenu un immense succès.
Ce n’est certainement pas Zidane qui le chantera, lui qui ne sait même pas chanter la Marseillaise sur les stades, à l’instar de Barthez d’ailleurs. Il est intéressant de constater que ce sont les « bleus » d’origine africaine ou antillaise qui chantent l’hymne national français alors que joueurs allemands chantent le « Deutschlandlied » avec ferveur et les Italiens leur chant patriotique avec rage presque.
Le 6 juillet au matin, c’en avait été fait des drapeaux allemands sur les voitures, aux fenêtres, des belles fusées qui marquaient dans toutes les villes tout but allemand, du culte des Ballacks et autres Podolsky ou Lahm. Les villes allemandes étaient comme mortes… Mais la tristesse allemande a été de courte durée. Que restera-t-il de tout ce patriotisme gai et gentil comme on n’en avait jamais vu encore dans ce pays et qui faisait dire à un humoriste allemand que ses compatriotes eux-mêmes ne se reconnaissaient plus et se demandaient si on n’avait pas remplacé la population de leur pays par des travailleurs polonais ? L’Allemagne va-t-elle retomber dans sa déprime coutumière ?
Jean-Paul Picaper